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	<title>[Le Site]</title>
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	<description>Le site de Valentin Villenave, musicien et auteur Libre.</description>
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		<title>[Le Site]</title>
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		<title>Musique &amp; astronomie : red&#233;couvrir William Herschel</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Musique-astronomie-redecouvrir-William-Herschel</link>
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		<dc:date>2019-08-25T15:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;William Herschel (1738-1822) a r&#233;volutionn&#233; l'histoire de l'astronomie et de notre conception de l'Univers &#8212; &#224; tel point que sa brillante carri&#232;re musicale s'en est trouv&#233;e &#233;clips&#233;e. Ceci est une tentative de red&#233;couverte et de r&#233;habilitation de son &#339;uvre de compositeur, notamment &#224; travers quelques partitions que j'ai moi-m&#234;me r&#233;-&#233;dit&#233;es.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;William Herschel (1738-1822) a r&#233;volutionn&#233; l'histoire de l'astronomie et de notre conception de l'Univers &#8212; &#224; tel point que sa brillante carri&#232;re musicale s'en est trouv&#233;e &#233;clips&#233;e. Ceci est une tentative de red&#233;couverte et de r&#233;habilitation de son &#339;uvre de compositeur, notamment &#224; travers quelques partitions que j'ai moi-m&#234;me r&#233;-&#233;dit&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'automne 2018, pour c&#233;l&#233;brer le 280&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/William_Herschel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;William Herschel&lt;/a&gt;, j'ai propos&#233; au Palais de la d&#233;couverte (en l'esp&#232;ce de son instance patronale Universcience) d'organiser une exposition ainsi qu'un cycle de conf&#233;rences et de concerts, pr&#233;sentant notamment (pour la premi&#232;re fois en France &#224; ma connaissance) les concertos pour hautbois de Herschel, interpr&#233;t&#233;s par le hautbo&#239;ste Thierry Gaiffe et &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.1_in_E-flat_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enti&#232;rement&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.2_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;&#233;dit&#233;s&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.3_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;orchestr&#233;s&lt;/a&gt; par mes &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_movement_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soins&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs reports, cette initiative fut finalement abandonn&#233;e &lt;del&gt;en rase campagne&lt;/del&gt; par Universcience ; elle donna cependant lieu, l'ann&#233;e suivante, &#224; un &#233;v&#233;nement public soutenu par la &lt;a href=&#034;https://www.ladiagonale-paris-saclay.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diagonale Paris-Saclay&lt;/a&gt;. Voici le document que je r&#233;digeai &#224; cette occasion pour rendre compte de mes propres recherches sur la vie et l'&#339;uvre de Herschel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;pdf914&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/odt/herschel_presentation.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 6 Mio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-318d6.svg?1772298242' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Herschel red&#233;couvert
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;V. Villenave, 2019 &#8212; source OpenDocument
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'en livre ci-dessous une version l&#233;g&#233;rement enrichie au fil de mes lectures subs&#233;quentes, notamment lorsque j'eus l'occasion de consacrer &#224; Herschel un &lt;a href=&#034;http://lemodelestandard.fr/?episode=lms_06_hs-herschel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode hors-s&#233;rie&lt;/a&gt; du podcast &lt;i&gt;Le Mod&#232;le standard&lt;/i&gt;. Les ajouts majeurs figurent en italiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De Hanovre &#224; Bath&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;William Herschel (1738-1822) voit le jour dans le &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Electorate_of_Hanover&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;principat de Hanovre&lt;/a&gt;, &#224; une &#233;poque o&#249; l'Allemagne n'existe pas encore en tant qu'entit&#233;. C'est un enfant &#233;veill&#233; et curieux de tout ; ainsi, prenant des le&#231;ons de fran&#231;ais (ainsi que d'anglais et de latin) avec son grand fr&#232;re Jacob, il termine le programme entier alors que son fr&#232;re n'en est encore qu'&#224; la moiti&#233;&#8230; mais William insiste pour continuer &#224; assister aux le&#231;ons afin de grappiller aupr&#232;s de leur pr&#233;cepteur davantage de connaissances, car ce dernier est fort cultiv&#233; en math&#233;matiques et en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu tr&#232;s t&#244;t musicien tout comme son p&#232;re et ses fr&#232;res, William est engag&#233; d&#232;s l'&#226;ge de quatorze ans en tant qu'instrumentiste dans l'arm&#233;e de Hanovre. Cependant lorsque ladite arm&#233;e entre en guerre contre la France (dans un conflit virulent qui prend vite une envergure mondiale : la Guerre de Sept Ans), son p&#232;re l'&#233;vacue discr&#232;tement avec Jacob, en Angleterre &#8211; ce qui fera de lui un d&#233;serteur aux yeux de sa patrie d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barquant dans ce nouveau pays &#224; l'&#226;ge de dix-neuf ans seulement, il entreprend de s'y faire un nom, de par son talent musical ind&#233;niable (hautbo&#239;ste tout comme son p&#232;re, il pratique &#233;galement le violon et les claviers) et son pragmatisme qui le conduit d'emplois pr&#233;caires (donnant des le&#231;ons et copiant des partitions, avec une productivit&#233; semble-t-il remarquable) &#224; des fonctions plus prestigieuses de musicien soliste et de directeur de concerts. Organisant m&#233;thodiquement sa carri&#232;re, il se sert de chacun de ces postes comme tremplin pour en briguer ensuite d'autres plus r&#233;mun&#233;rateurs &#8211; non sans, &#224; l'occasion, une certaine roublardise : l'on raconte ainsi que pour remporter le concours de recrutement d'une chaire d'organiste, il place discr&#232;tement un poids sur une des touches graves du clavier, produisant une magnifique note tenue qui donne l'impression qu'il joue &#224; trois mains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son abondante activit&#233; de compositeur s'inscrit &#233;galement dans cette d&#233;marche d'ascension sociale : &#224; chaque nouvelle ville o&#249; il s'installe, il ne manque pas de r&#233;diger des sonates, des concertos et des symphonies qu'il interpr&#232;te avec l'orchestre local. Il tire &#233;galement parti de circonstances exceptionnelles : ainsi lorsqu'il est nomm&#233; organiste titulaire de la toute nouvelle (et tr&#232;s &#171; branch&#233;e &#187;, pourrait-on dire, &#224; l'&#233;poque) Chapelle octogonale de Bath, l'orgue est encore en travaux et ne peut &#234;tre utilis&#233; pendant un an &#8211; qu'&#224; cela ne tienne, William assure lui-m&#234;me le concert d'inauguration en faisant usage de tous les autres instruments qu'il ma&#238;trise, et pr&#233;sente ainsi au public un programme de ses propres compositions pour violon, pour hautbois et pour clavecin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours proche de sa famille, il obtient des concerts pour son fr&#232;re musicien Jacob et fait venir de Hanovre son jeune fr&#232;re Dietrich ; il h&#233;bergera aussi par la suite son autre fr&#232;re Alexander ainsi que sa s&#339;ur Caroline, dont nous reparlerons bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une conversion inattendue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;William Herschel est d'un temp&#233;rament curieux et opini&#226;tre. Alors qu'en moins de dix ans sa carri&#232;re musicale lui a permis d'atteindre une position confortable et solidement &#233;tablie dans la soci&#233;t&#233; britannique, il estime que son existence manque de nouveaux d&#233;fis et de stimulation intellectuelle, comme il l'&#233;crit &#224; l'un de ses fr&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;What a pity that music is not a hundred times harder than science. I love activities and I need to do something.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#034;&lt;i&gt;Quel dommage que la musique ne soit pas cent fois plus difficile que la science ; j'adore m'occuper et j'ai besoin d'accomplir quelque chose.&lt;/i&gt;&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science, en effet, offre &#224; William le domaine id&#233;al o&#249; exercer sa vivacit&#233; d'esprit. Il est vrai que son p&#232;re lui a donn&#233; tr&#232;s t&#244;t l'exemple d'un parfait honn&#234;te homme du si&#232;cle des lumi&#232;res : musicien autodidacte, homme d'une grande culture non seulement en mati&#232;re de musique mais aussi de philosophie, de math&#233;matiques et d'astronomie, celui-ci passait de longues soir&#233;es &#224; s'entretenir passionn&#233;ment de tous ces sujets avec ses fils, et &#224; leur faire admirer sous tous les angles l'objet le plus pr&#233;cieux qu'il poss&#233;d&#226;t : un globe terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre influence d&#233;terminante est &#224; chercher dans les lectures d'Herschel. S'&#233;tant pench&#233; sur le &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Harmonics%2C_or_The_Philosophy_of_Musical_Sounds_(Smith%2C_Robert)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trait&#233; d'acoustique&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;ou plus exactement d'harmonie&lt;/i&gt;) du math&#233;maticien &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Smith_(mathematician)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robert Smith&lt;/a&gt; (1689-1768), il encha&#238;ne avec le &lt;a href=&#034;https://archive.org/details/acompleatsystem00smitgoog/page/n13/mode/2up&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trait&#233; d'optique&lt;/a&gt; du m&#234;me auteur ; s'y adjoignent bient&#244;t les trait&#233;s de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/William_Emerson_(mathematician)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;William Emerson&lt;/a&gt; (trigonom&#233;trie, optique et m&#233;canique), les traductions d'Euclide par &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Simson&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robert Simson&lt;/a&gt;, et surtout l'&lt;a href=&#034;https://archive.org/details/astronomyexplai00ferggoog/page/n7/mode/2up&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Astronomy&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/James_Ferguson_(Scottish_astronomer)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Ferguson&lt;/a&gt;, o&#249; se trouvent vulgaris&#233;s les principes de Newton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1773, la th&#233;orie ne lui suffit plus et il fait l'acquisition d'un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Octant_(instrument)#Hadley's_versions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quadrant de Hadley&lt;/a&gt; pour proc&#233;der &#224; ses propres observations (il note m&#234;me la date exacte de cette acquisition : le 19 avril). Quelques semaines plus tard, il ach&#232;te diverses lentilles et fait construire des tubes sur-mesure&#8230; mais ne tarde pas &#224; constater que m&#234;me les lentilles les plus performantes de l'&#233;poque ne lui permettront jamais mieux qu'un grossissement d'environ 40 fois. L&#224; o&#249; un autre s'avouerait vaincu, Herschel d&#233;cide simplement de changer de technique : de la lunette de type Huygens, il passe au &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Newtonian_telescope&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;lescope &#224; miroir&lt;/a&gt;&#8230; et se met en devoir d'acqu&#233;rir, aupr&#232;s d'un fabricant local, tout l'outillage et le savoir faire n&#233;cessaires pour fabriquer d&#233;sormais lui-m&#234;me ses propres miroirs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/herschel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH751/herschel-12721.jpg?1772298242' width='500' height='751' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la fin de l'ann&#233;e 1773, son premier miroir est pr&#234;t, d'une distance focale d'1,7 m. Il encha&#238;ne imm&#233;diatement avec d'autres miroirs d'un alliage de cuivre et d'&#233;tain, polis &#224; la main ; leur poids atteint bient&#244;t plusieurs centaines de kilogrammes, et leur diam&#232;tre s'&#233;l&#232;vera jusqu'&#224; 1,26 m. Ces miroirs lui permettront de confectionner dans les ann&#233;es suivantes des t&#233;lescopes d'une distance focale de 6 m&#232;tres, puis 10 et m&#234;me 12 m&#232;tres &#8211; des records pour l'&#233;poque, &#224; plus forte raison de la part d'un simple musicien ! Ayant opt&#233; pour le t&#233;lescope &#224; miroir plut&#244;t que la lunette r&#233;fractive alors largement utilis&#233;e, il perfectionne le mod&#232;le originellement invent&#233; par Newton en 1668, en lui &#244;tant son miroir secondaire et en choisissant plut&#244;t d'incliner le miroir principal pour pouvoir regarder directement l'image obtenue. D'apr&#232;s sa s&#339;ur, il polira ainsi, dans la p&#233;riode qui d&#233;bute alors, plus de deux cents miroirs ; cette activit&#233; n&#233;cessitant d'&#234;tre accomplie d'une traite, il s'y consacre parfois pendant seize heures d'affil&#233;e ! Selon d'autres biographes, Herschel aura fabriqu&#233; de son vivant plus de quatre cents t&#233;lescopes, avant tout destin&#233;s &#224; ses propres observations &#8211; il en vendra n&#233;anmoins une bonne soixantaine &#224; travers l'Europe, pour des montants rondelets.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;238&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/reflecting_telescope.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH667/reflecting_telescope-20f80.jpg?1772298243' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le premier grand t&#233;lescope de Herschel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;R&#233;plique du t&#233;lescope ayant servi &#224; la d&#233;couverte d'Uranus et de nombreuses com&#232;tes (il restera le pr&#233;f&#233;r&#233; de Caroline Herschel, elle-m&#234;me chasseuse de com&#232;tes) : longueur 2,1 m, miroir de 15,3 cm.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sa demeure de Bath, puis ses r&#233;sidences suivantes, se transforment tout enti&#232;res en atelier, non sans quelques p&#233;rip&#233;ties (innombrables bris de verre, explosion du fourneau, projections sur les volants en dentelle des manches de chemise, &#233;coulement de m&#233;tal en fusion sur le sol dall&#233;,&#8230;). Sa s&#339;ur Caroline et l'un de ses fr&#232;res, Alexandre, font partie int&#233;grante de ces travaux ; pour les t&#233;lescopes les plus ambitieux de la d&#233;cennie 1780-1790, s'y ajouteront des bataillons de menuisiers charpentiers afin de construire les armatures n&#233;cessaires, les m&#233;canismes, cordages et poulies d'inclinaison et de rotation, et ainsi de suite. L'un de ces artisans, voyant un jour William manipuler la forge et le tour d'usinage d'une main experte, lui demande quel apprentissage a donc bien pu lui donner une telle dext&#233;rit&#233; : &#171; le violon &#187;, s'entend-il r&#233;pondre imperturbablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La patience et la minutie d'un apprentissage musical sont &#233;galement un atout pour l'observation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Observing is in some respects an art which must be learnt. To make a person see with such power is nearly the same as if I were asked to make him play one of Handel's fugues upon the organ.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#034;&lt;i&gt;L'observation est &#224; certains &#233;gards un art qu'il faut apprendre. Faire atteindre &#224; quelqu'un une telle acuit&#233; visuelle est presque du m&#234;me niveau que de lui apprendre &#224; jouer une fugue pour orgue d'H&#228;ndel.&lt;/i&gt;&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De d&#233;couvertes en d&#233;couvertes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; &#233;trange de ce musicien qui, entre deux cours ou r&#233;p&#233;titions s'emploie &#224; polir des miroirs, et sit&#244;t le concert du soir termin&#233;, rentre chez lui pour se coller devant un t&#233;lescope, ne manque pas d'&#233;veiller la curiosit&#233;, y compris celle des lettr&#233;s de Bath, qui invitent Herschel &#224; rejoindre leur soci&#233;t&#233; litt&#233;raire et philosophique, et &#224; publier ses observations avec ponctualit&#233; et rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la maison s'&#233;tant faite atelier, le jardin est devenu observatoire ; &#224; l'activit&#233; de fabrication des miroirs s'ajoutent des nuits enti&#232;res d'observation du ciel, d&#251;ment consign&#233;e dans un journal. L&#224; encore, son esprit m&#233;thodique fait merveille : loin de se contenter du spectacle fascinant de la vo&#251;te c&#233;leste, Herschel entreprend d'en dresser un inventaire complet et syst&#233;matique, la divisant pour cela en secteurs qu'il explore successivement avec pr&#233;cision et exhaustivit&#233;. Ayant pleinement int&#233;gr&#233; les principes de parallaxe et les connaissances de son &#233;poque en mati&#232;re de m&#233;canique orbitale, il proc&#232;de &#224; une estimation de la distance de ces objets, dont il mesure &#233;galement le diam&#232;tre au moyen d'un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Filar_micrometer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;microm&#232;tre&lt;/a&gt; de son invention ; il a l'id&#233;e de se servir comme r&#233;f&#233;rence pour sa parallaxe non du z&#233;nith (comme le veut alors l'usage) mais de certains syst&#232;mes binaires remarquablement stables. Du reste, la long&#233;vit&#233; peu commune de son activit&#233; scientifique (ainsi que de sa sant&#233; et de ses capacit&#233;s physiques) lui apportera un atout pr&#233;cieux : en s'appuyant sur le corpus toujours plus nourri de ses observations pr&#233;c&#233;dentes, il reviendra sur chaque zone &#224; plusieurs ann&#233;es (voire d&#233;cennies) d'intervalle, afin de constater d'&#233;ventuels changements de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses d&#233;couvertes permettent ainsi de compl&#233;ter la connaissance du syst&#232;me solaire : il d&#233;couvre ainsi de nouvelles lunes de Saturne, recense les taches solaires, et scrute la surface de la Lune et de Mars afin d'en &#233;tablir la cartographie (il con&#231;oit &#224; ce titre une m&#233;thode, d&#233;riv&#233;e des travaux de l'astronome Hevelius au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, pour calculer la hauteur de leurs reliefs)&#8230; mais aussi pour y traquer la trace des civilisations qui, il en est persuad&#233;, les habitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois son int&#233;r&#234;t s'&#233;tend largement au-del&#224; du syst&#232;me solaire : il est ainsi le premier &#224; d&#233;crire et cataloguer les &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Star_system&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;syst&#232;mes stellaires &#224; plusieurs &#233;toiles&lt;/a&gt;. Il en d&#233;couvre plus de huit cents, et patientera vingt-cinq ans pour pouvoir confirmer qu'il s'agit bien de corps en orbite, sous une attraction gravitationnelle r&#233;ciproque &#8211; confirmant ainsi que le mod&#232;le newtonien ne s'arr&#234;te pas aux limites de notre syst&#232;me solaire. Autre d&#233;couverte fondamentale pour l'astronomie moderne, Herschel dresse un catalogue complet de ce qu'il nomme &#171; n&#233;buleuses &#187; (et qui sont en fait pour certaines des galaxies) ; il en d&#233;couvre lui-m&#234;me plus de 2400, et ses travaux d&#233;boucheront un si&#232;cle plus tard sur le &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/New_General_Catalogue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;New General Catalogue&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (NGC) encore en usage aujourd'hui. Il ira m&#234;me jusqu'&#224; proposer &lt;i&gt;dans un &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1098/rstl.1785.0012&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; publi&#233; en 1785, &#034;On the Construction of the Heavens&#034;&lt;/i&gt;, pour la toute premi&#232;re fois, un mod&#232;le de notre propre galaxie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/herschel_galaxy.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH256/herschel_galaxy-e346f.png?1772298244' width='500' height='256' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Proposition d'un sch&#233;ma de notre galaxie par William Herschel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'influence de William Herschel est d&#233;terminante dans le regain d'int&#233;r&#234;t que conna&#238;tra l'astronomie &#224; partir de la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et jusqu'&#224; aujourd'hui : avant ses travaux, les objets ext&#233;rieurs au syst&#232;me solaire n'&#233;taient que tr&#232;s peu &#233;tudi&#233;s, et plut&#244;t consid&#233;r&#233;s comme une vague toile de fond immuable ; outre une m&#233;connaissance g&#233;n&#233;rale des objets non-stellaires, l'observation des constellations n'&#233;tait pas per&#231;ue comme un domaine scientifique &#224; part enti&#232;re, mais comme un outil purement utilitaire aidant &#224; la navigation en mer. Herschel, au contraire, se voit comme un naturaliste (dans le sillage de Buffon en France, ou des pasteurs-naturalistes britanniques) : la mission qu'il poursuit avec acharnement est de d&#233;crire, classer, ordonner. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cet astronome amateur s'int&#233;ressait &#233;galement &#224; la biologie : c'est notamment &#224; lui que l'on doit, au moyen d'un microscope qu'il avait assembl&#233; lui-m&#234;me, la premi&#232;re description du corail en tant qu'animal et non v&#233;g&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;265&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/newton_prism.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH308/newton_prism-9774a.jpg?1772298244' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D&#233;composition de la lumi&#232;re solaire &#224; travers un prisme : croquis d'Isaac Newton
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;On note que le prisme est ici dispos&#233; la pointe vers le bas ; s'il en avait &#233;t&#233; inversement, quelques si&#232;cles plus tard l'on aurait probablement parl&#233; d'&lt;i&gt;infraviolet&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;ultrarouge&lt;/i&gt; !
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/prism-herschel.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH620/prism-herschel-28d70.png?1772298244' width='500' height='620' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rience de Newton revue par Herschel, qui y adjoint des thermom&#232;tres
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une autre d&#233;couverte tardive de William Herschel est peut-&#234;tre sa plus essentielle : un jour de 1800, ayant constat&#233; une sensation de chaleur alors qu'il observait le soleil &#224; travers un filtre de couleur rouge, il se met en devoir de confirmer cette impression en pla&#231;ant un thermom&#232;tre derri&#232;re un prisme afin de mesurer la temp&#233;rature de chaque couleur. L'exp&#233;rience aurait pu s'arr&#234;ter l&#224;&#8230; mais, coup de th&#233;&#226;tre : soit pour mesurer la temp&#233;rature de l'air ambiant soit (plus probablement) m&#251; par cette curiosit&#233; instinctive qui lui est propre, Herschel d&#233;place alors le thermom&#232;tre juste au-del&#224; de la zone &#233;clair&#233;e par le prisme&#8230; et constate &#224; sa grande surprise qu'une chaleur est bien d&#233;tect&#233;e &#224; cet endroit, et qu'il y fait m&#234;me plus chaud que dans la lumi&#232;re visible ! Herschel d&#233;montre ainsi l'existence d'un rayonnement invisible &#224; l'&#339;il nu qu'il baptise &#034;infrarouge&#034;, ouvrant ainsi la voie &#224; un domaine enti&#232;rement nouveau de l'observation astronomique. (Deux si&#232;cles plus tard, le nom d'Herschel sera donn&#233; au &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Herschel_Space_Observatory&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;lescope spatial &#224; rayons infrarouges&lt;/a&gt; mis en orbite en 2009.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;N.B. Herschel n'est en fait pas l'inventeur du mot &#034;infrarouge&#034;. Dans une &lt;a href=&#034;https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rspl.1800.0012&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;rie d'articles&lt;/a&gt; passionnants publi&#233;s de 1800 &#224; 1801 dans le journal philosophique de la Royal Society, il emploie en fait une autre expression, assez joliment trouv&#233;e : il parle de rayons &#034;colorifiques&#034; pour d&#233;signer la lumi&#232;re visible, et de rayons &#034;calorifiques&#034; pour qualifier ce que nous nommons aujourd'hui infrarouges. Ce dernier terme appara&#238;tra en fait en 1867, sous la plume du physicien Edmond Becquerel dans son ouvrage &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k903688/f151.vertical&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La lumi&#232;re, ses causes et ses effets&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Outre le &#171; spectre infra-rouge &#187;, en fran&#231;ais et avec un trait d'union, ce dernier utilise toutefois &#233;galement le terme de calorifique et se r&#233;f&#232;re volontiers aux travaux de William Herschel et de son fils John.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;toile de George&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la d&#233;couverte la plus marquante pour laquelle son nom restera dans l'histoire &#224; jamais, est intervenue relativement t&#244;t dans son parcours, apr&#232;s quelques ann&#233;es d'observations seulement. Le 13 mars 1781, Herschel observe un objet circulaire et nettement plus lumineux que les astres des constellations Auriga et Gemini qui l'entourent ; pensant avoir d&#233;couvert une com&#232;te, il fait part de sa trouvaille dans l'une de ses publications de l'&#233;poque &#8211; une curieuse com&#232;te toutefois, note-t-il : sans chevelure et se d&#233;pla&#231;ant exactement sur le plan de l'&#233;cliptique. Toujours pragmatique, William choisit de baptiser cette com&#232;te &#034;Georgium Sidus&#034; du nom du roi d'Angleterre, George III ; ce geste &#233;minemment flagorneur lui permet ainsi d'obtenir du souverain une copieuse subvention qui financera la construction de &lt;i&gt;ses futurs t&#233;lescopes&lt;/i&gt;. D'autres nations toutefois, &#224; commencer par la France, ne sauraient se r&#233;soudre &#224; employer un tel nom ; c'est donc sous le nom de &#171; Herschel &#187; que ce corps c&#233;leste sera d&#233;sign&#233; pendant plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; s'&#233;tend bient&#244;t &#224; l'Europe enti&#232;re, et c'est le math&#233;maticien russe Lexell ainsi que le savant fran&#231;ais Laplace qui, les premiers, sugg&#233;reront qu'il pourrait bien s'agir d'une plan&#232;te &#233;voluant plus loin que Saturne. Hypoth&#232;se quasi-sacril&#232;ge pour l'&#233;poque : le syst&#232;me solaire, avec ses plan&#232;tes &#171; classiques &#187;, est d&#233;crit et connu depuis des temps imm&#233;moriaux, et s'est toujours arr&#234;t&#233; &#224; Saturne&#8230; Mais Herschel v&#233;rifie, et confirme &#8211; bien plus, il d&#233;couvre m&#234;me deux lunes &#224; cette nouvelle plan&#232;te, que nous conna&#238;trons finalement plus tard sous le nom d'Uranus. Pour la premi&#232;re fois sans doute dans l'histoire de l'humanit&#233;, les limites du syst&#232;me solaires s'&#233;largissent tout d'un coup ; pour la toute premi&#232;re fois aussi, l'on sait exactement quand, et par qui, une plan&#232;te a &#233;t&#233; d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Un myst&#232;re subsiste dans une de ces observations d'Herschel, qui, un soir note autour d'Uranus la &#034;possibilit&#233; d'un anneau&#034;, comme autour de Saturne. Or l'existence des anneaux d'Uranus, que nous avons notamment &#233;voqu&#233;s dans un &lt;a href=&#034;http://lemodelestandard.fr/?episode=lms_03_anneaux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode du podcast&lt;/a&gt;, bien moins brillants et visibles que ceux de Saturne, ne pourra &#234;tre confirm&#233;e que deux si&#232;cles plus tard. Est-il possible qu'Herschel, malgr&#233; ses moyens optiques limit&#233;s, ait pu les apercevoir ? Beaucoup en doutent, m&#234;me s'il est vrai que le ciel d'Europe &#233;tait beaucoup plus clair dans les ann&#233;es 1780 que dans les si&#232;cles suivants.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que sa nature exacte ait &#233;t&#233; confirm&#233;e, cette d&#233;couverte transforme radicalement l'existence des Herschel. William est d&#233;sormais reconnu en Angleterre comme un astronome &#224; part enti&#232;re &#8211; et les plus grands sp&#233;cialistes du royaume doivent bien constater que leurs propres instruments d'observation font pi&#232;tre figure en comparaison des outils de mesure de ce musicien :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Among opticians and astronomers nothing now is talked but of what they call my Great discoveries. Alas ! this shows how far they are behind, when such trifles as I have seen and done are called great. Let me but get at it again ! I will make telescopes, and see such things&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#034;&lt;i&gt;Les physiciens et astronomes ne parlent plus de rien que de ce qu'ils nomment mes Grandes d&#233;couvertes. H&#233;las ! Cela ne montre que leur retard, quand les v&#233;tilles que j'ai pu voir ou accomplir sont qualifi&#233;es de grandes. Je n'ai de cesse de reprendre mon travail, de fabriquer des t&#233;lescopes et de voir enfin de grandes choses&#8230;&lt;/i&gt;&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1782, Herschel, qui vient d'&#234;tre invit&#233; &#224; rejoindre la Royal Astronomical Society d'Angleterre, prend une d&#233;cision audacieuse : il fait officiellement ses adieux &#224; la musique, &#224; la sc&#232;ne et &#224; l'enseignement, et ne se consacre d&#233;sormais plus qu'&#224; la science. Choix qu'il fait, comme &#224; son habitude, enti&#232;rement par lui-m&#234;me et sans consulter personne, mais qui ne sera pourtant pas sans affecter tout son cercle de famille, &#224; commencer par sa s&#339;ur Caroline.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/herschel20ft.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH409/herschel20ft-7f4d3.jpg?1772298244' width='500' height='409' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le t&#233;lescope du jardin (1782-1783)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Il restera le pr&#233;f&#233;r&#233; de William Herschel ; tube de 6,1 m&#232;tres, miroir de 47 cm.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/william_herschels_telescope.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH751/william_herschels_telescope-4f39a.jpg?1772298244' width='500' height='751' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Un fragment du grand t&#233;lescope, conserv&#233; &#224; l'observatoire de Greenwich
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;La premi&#232;re subvention royale permet aux Herschel de quitter Bath pour s'installer &#224; Datchet, dans une propri&#233;t&#233; pourvue d'un grand jardin o&#249; William fait construire un t&#233;lescope de 6 m&#232;tres. En 1785, il obtient des fonds suppl&#233;mentaires pour &#233;difier &#224; Slough un t&#233;lescope deux fois plus grand, dont la construction prendra quatre ans. Immense pour l'&#233;poque &#8212; il est alors le plus grand au monde, et le restera pendant plus de cinquante ans &#8212;, il restera un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/40-foot_telescope&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;difice marquant&lt;/a&gt; pour l'Angleterre et pour l'Europe enti&#232;re, m&#234;me si les observations en r&#233;sultant s'av&#233;reront quelque peu insatisfaisantes &#8212; Herschel lui-m&#234;me continuant d'utiliser plus volontiers le pr&#233;c&#233;dent.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/lossy-page1-3705px-herschels_grand_forty_feet_reflecting_tel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH648/lossy-page1-3705px-herschels_grand_forty_feet_reflecting_tel-ae794.jpg?1772298245' width='500' height='648' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le grand t&#233;lescope de Herschel (1785-1789)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Tube de 12 m&#232;tres, miroir de 1,26m (pesant plus de 500kg).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Caroline&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/caroline_herschel.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH589/caroline_herschel-294fe.png?1772298245' width='500' height='589' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Caroline Herschel (1750-1848) est la huiti&#232;me enfant de la famille Herschel &#224; Hanovre, et la seule fille &#224; avoir surv&#233;cu (except&#233;e l'a&#238;n&#233;e Sophia, bien plus &#226;g&#233;e et mari&#233;e tr&#232;s t&#244;t). Son p&#232;re, vieillissant et malade, tente de lui transmettre les m&#234;mes connaissances qu'&#224; ses fils, mais contrairement &#224; ces derniers elle se voit quotidiennement attribuer de nombreuses corv&#233;es m&#233;nag&#232;res, ne lui laissant que peu de temps (tout au plus son p&#232;re l'&#233;duque-t-il en catimini lorsque sa m&#232;re est absente). Ayant surv&#233;cu de justesse &#224; la variole &#224; l'&#226;ge de quatre ans, puis au typhus &#224; dix ans, elle se retrouve aveugle d'un &#339;il et ne grandissant pas au-del&#224; d'un m&#232;tre trente. N'ayant aucun espoir de la marier, sa m&#232;re la r&#233;duit pour ainsi dire en esclavage, lui interdisant m&#234;me de chercher une place de domestique hors du domicile familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant eu vent de sa situation, William entreprend de l'aider suite &#224; la mort de leur p&#232;re en 1772, n&#233;gociant apr&#232;s aupr&#232;s de leur m&#232;re, il est oblig&#233; de venir lui-m&#234;me &#224; Hanovre pour arracher sa s&#339;ur &#224; son triste sort, sous le pr&#233;texte qu'il lui obtenir un poste de chanteuse en Angleterre. Apr&#232;s un retour sem&#233; d'emb&#251;ches (leur bateau manque de faire naufrage), elle s'installe &#224; Bath et y re&#231;oit de son fr&#232;re une &#233;ducation musicale et scientifique d'une rapidit&#233; foudroyante, qui lui ouvre m&#234;me une brillante carri&#232;re de soprano lyrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant son fr&#232;re &#233;cumer les magasins de lentilles optiques, et l'entendant chaque matin au petit-d&#233;jeuner rendre compte de ses observations du ciel pendant la nuit, elle se voit &#224; son tour gagn&#233;e par la passion des sciences, ici teint&#233;e d'un profond d&#233;vouement envers son fr&#232;re. Elle d&#233;cide alors d'apprendre les math&#233;matiques (mais, dit-elle, sans jamais apprendre davantage que le strict n&#233;cessaire pour aider aux travaux de William) ; c'est toutefois d'abord une aide mat&#233;rielle qu'elle lui apporte, copiant de la musique pour lui, subvenant &#224; ses besoins lorsqu'il est occup&#233; pendant des journ&#233;es enti&#232;res &#224; polir des miroirs ou pendant des nuits enti&#232;res l'&#339;il coll&#233; au t&#233;lescope : elle explique ainsi &#234;tre oblig&#233;e de lui donner &#224; manger &#224; la cuill&#232;re, sans quoi il oublierait tout simplement de s'alimenter jusqu'&#224; mettre sa vie en danger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/sir_william_herschel_and_caroline_herschel._wellcome_v0002731.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH708/sir_william_herschel_and_caroline_herschel._wellcome_v0002731-2ab56.jpg?1772298245' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t pleinement impliqu&#233;e dans les travaux de la maisonn&#233;e, elle participe &#233;galement &#224; la fabrication des t&#233;lescopes, ce qui la place aux premi&#232;res loges des &#233;pisodes les plus p&#233;rilleux li&#233;s &#224; la forge et au m&#233;tal en fusion, ou encore lorsque par une nuit de grand vent elle tombe de la plateforme du t&#233;lescope de six m&#232;tres, et s'empale la jambe sur un croc de boucher (&#224; son fr&#232;re qui r&#233;clame insouciamment son aide en haut du t&#233;lescope, elle ne peut que r&#233;pondre piteusement &#171; je suis suspendue ! &#187;&#8230; et s'en tirera avec une blessure qui faillit la faire amputer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette aide s'ajoute au fil des ans un r&#244;le plus essentiel encore : c'est &#224; elle que William dicte, nuit apr&#232;s nuit (et nonobstant le froid qui parfois g&#232;le son encrier), toutes ses mesures et relev&#233;s ; c'est elle qui se charge aussi d'exclure les &#233;ventuels doublons, d'effectuer les recoupements avec les catalogues d&#233;j&#224; existants, et enfin, de faire tous les calculs de parallaxe et de trajectoires. (Ayant eu &#224; corriger des catalogues astronomiques truff&#233;s d'erreurs, c'est elle qui entreprend d'en r&#233;diger un enti&#232;rement nouveau, lequel deviendra plus tard le NGC.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline n'est toutefois pas exclue des observations : d&#232;s 1782 elle commence &#224; tenir son propre journal. En six mois &#224; peine viennent ses propres d&#233;couvertes : d'abord une n&#233;buleuse, puis, surtout, huit nouvelles com&#232;tes qu'elle d&#233;couvre au fil des ans gr&#226;ce &#224; des t&#233;lescopes fabriqu&#233;s par William sp&#233;cialement pour elle. Si elle ob&#233;it toujours, tr&#232;s clairement, aux ordres de son fr&#232;re (poursuivant le processus d'exploration syst&#233;matique qu'il a initi&#233;, et s'interrompant dans ses travaux &#224; chaque fois que celui-ci lui demande de prendre en dict&#233;e ses relev&#233;s), elle parvient tout de m&#234;me &#224; publier elle-m&#234;me ses propres d&#233;couvertes ; &#224; partir de 1787, elle &lt;i&gt;exige m&#234;me &#8212; et obtient &#8212;&lt;/i&gt; une subvention d'&#201;tat en son nom &#8211; non seulement le premier salaire qu'elle ait jamais eu, mais le premier salaire jamais accord&#233; &#224; une femme scientifique (m&#234;me si ledit salaire demeure quatre fois inf&#233;rieur &#224; celui de son fr&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan met &#224; mal la lecture contemporaine que d'aucuns ont pu tenter de faire de la vie de Caroline Herschel, femme soumise durant toute son existence : d'abord &#224; sa m&#232;re, puis &#224; son fr&#232;re, avec qui elle aurait eu un lien malsain et auquel elle aurait sacrifi&#233; sa tr&#232;s prometteuse carri&#232;re lyrique. C'est l&#224; m&#233;conna&#238;tre la personnalit&#233; de cette femme, qui n'en manquait d'ailleurs pas comme en t&#233;moignent ses m&#233;moires, o&#249; elle ne manque pas une occasion d'&#233;voquer ses m&#233;contentements, les reproches qu'elle n'h&#233;sitait pas &#224; adresser &#224; son fr&#232;re, et ses efforts r&#233;els pour revendiquer un minimum de reconnaissance personnelle et d'&#233;mancipation. Enfin, c'est &#233;galement elle qui pendant plusieurs d&#233;cennies prendra en charge l'&#233;ducation scientifique du jeune John Herschel, fils unique de William, chez qui l'on retrouvera d'ailleurs cette curiosit&#233; de touche-&#224;-tout (tout comme chez son proche ami &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Babbage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charles Babbage&lt;/a&gt;) : astronome, math&#233;maticien, chimiste, biologiste, il sera notamment l'inspirateur de Charles Darwin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;&#8230;mais pas seulement : John Herschel est ainsi l'un des p&#232;res fondateurs de la photographie, et ses recherches inspirent directement Daguerre avec qui il est en contact. On lui doit non seulement l'invention du &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Cyanotype&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cyanotype&lt;/a&gt;, mais &#233;galement la toute premi&#232;re photographie prise avec un n&#233;gatif, qui n'est autre qu'un clich&#233; de l'armature du grand t&#233;lescope de son p&#232;re, pris juste avant son d&#233;mant&#232;lement en 1839.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;212&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH488/herschel_first_picture_on_glass_1839_3_pozitiv-6c191.jpg?1772298245' width='500' height='488' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photographie du grand t&#233;lescope par John Herschel, 1839
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le tout premier clich&#233; pris au moyen d'un n&#233;gatif (on note qu'il s'agit d'un sujet immobile, ad&#233;quat aux tr&#232;s longs temps d'exposition alors n&#233;cessaires).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personnage complexe et lui-m&#234;me grand savant, John semble avoir pein&#233; &#224; se d&#233;tacher de l'influence de son p&#232;re, dont il diverge pourtant en plus d'un point : anti-royaliste fort int&#233;ress&#233; par la R&#233;volution fran&#231;aise &#8212; alors que son p&#232;re &#233;tait enti&#232;rement d&#233;pendant du bon vouloir royal, ath&#233;e &#8212; l&#224; o&#249; William avait consacr&#233; sa vie &#224; rechercher les rouages d'un univers d'inspiration divine &#8212;, passionn&#233; par toutes sortes de sujets, au premier chef desquels la biologie, il fut constamment ramen&#233; vers l'astronomie par la promesse faite &#224; son p&#232;re de continuer le Catalogue G&#233;n&#233;ral, futur NGC, apr&#232;s sa mort.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;130&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L481xH600/herschel_letter-dc6f2.jpg?1772298245' width='481' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fragment d'une lettre de William &#224; John
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cette lettre touchante &#233;voque leurs divergences en mati&#232;res religieuse et philosophique.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au terme d'une vie remarquablement longue, Caroline Herschel sera l'une des premi&#232;res femmes reconnues par la Royal Astronomical Society, mais aussi par ses &#233;quivalentes en Irlande et en Prusse. Elle continue &#224; publier et &#224; prendre la parole jusqu'&#224; ses derniers jours ; il se raconte ainsi que pour son 97e anniversaire, elle s'emploiera pendant deux heures &#224; divertir la famille royale, leur chantant notamment des &#339;uvres de son fr&#232;re William&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un h&#233;ritage musical &#224; red&#233;couvrir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Voir &#233;galement l'&lt;a href=&#034;http://lemodelestandard.fr/?episode=lms_06_hs-herschel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode hors-s&#233;rie&lt;/a&gt; du podcast Le Mod&#232;le standard, avec notre invit&#233; &lt;a href=&#034;http://rdsiegel.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Richard Siegel&lt;/a&gt;, claveciniste.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osons le dire : s'il n'avait pas &#233;t&#233; un astronome brillant, le nom de William Herschel aurait tr&#232;s certainement &#233;t&#233; oubli&#233; de tous aujourd'hui (cela &#233;tant particuli&#232;rement valable pour le public fran&#231;ais, remarquable comme toujours de par sa totale ignorance du patrimoine musical britannique). Ce constat est ind&#233;niable ; il n'en est pas pour autant inexplicable, ni m&#234;me irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, Herschel fait partie d'une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re qui est aujourd'hui largement m&#233;connue : de m&#234;me que le clavecin s'est vu supplant&#233; par le piano, l'&#233;poque charni&#232;re que constitue le milieu du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a fait les frais des d&#233;cennies qui l'ont suivie, dont le patrimoine musical a &#233;t&#233; diffus&#233; plus largement (dans des salles de concert plus grandes, sur des partitions imprim&#233;es &#224; plus fort tirage, puis avec l'av&#232;nement de la musique enregistr&#233;e). Sur la figure de Mozart (&#233;rig&#233; en parangon de la musique dite &#034;classique&#034;, voire de la musique savante tout court) s'est fix&#233; le star-system, phagocytant dans l'imaginaire collectif le reste du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. (Au moins l'Angleterre a-t-elle conserv&#233; un souvenir un peu plus &#233;quilibr&#233; gr&#226;ce &#224; sa rock-star nationale H&#228;ndel.) Le retour en vogue du baroque &#224; la fin du xxe si&#232;cle a certes provoqu&#233; un regain d'int&#233;r&#234;t, sans finalement n'avoir gu&#232;re qu'ajout&#233; une idol&#226;trie &#224; une autre : en plus du nom de Mozart, on conna&#238;t celui de Bach&#8230; mais pas grand-chose entre les deux. Difficile d'imaginer aujourd'hui que, pendant des d&#233;cennies, le nom de Bach fut davantage associ&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Johann_Christian_Bach&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Chr&#233;tien&lt;/a&gt; qu'&#224; son p&#232;re Jean-S&#233;bastien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ambigu de par son &#233;poque, William Herschel l'est aussi de par son origine g&#233;ographique : tout comme J.C. Bach ou H&#228;ndel avant lui et Haydn apr&#232;s lui, il fait partie de ces compositeurs dont l'inspiration originellement germanique a &#233;t&#233; infl&#233;chie par le style britannique &#8211; et pour ne rien arranger, le tout dans une &#233;poque o&#249; l'influence italienne du style dit &#034;galant&#034; contamine l'Europe enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, lui-m&#234;me n'a fait &#233;diter de son vivant qu'un mince &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/6_Harpsichord_Sonatas_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;recueil de sonates en trio&lt;/a&gt; ; soit car il entendait prot&#233;ger jalousement le r&#233;pertoire qu'il serait seul &#224; jouer et qui le ferait reconna&#238;tre en tant qu'interpr&#232;te virtuose&#8230; soit plus probablement parce qu'il ne faisait pas grand cas de sa propre musique. Il a ainsi perdu de nombreuses partitions par simple n&#233;gligence, notamment lors de son d&#233;m&#233;nagement de Bath : alors qu'il avait laiss&#233; des manuscrits chez un copiste, sa s&#339;ur r&#233;digea une lettre pour en demander la restitution&#8230; mais William ne trouva jamais le temps de la poster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la famille Herschel n'a gu&#232;re aid&#233; &#224; ce que se diffuse l'h&#233;ritage de son illustre anc&#234;tre. Rassembl&#233;es par John Herschel &#224; la fin de sa vie, les &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Category:Herschel,_William&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;partitions de William Herschel&lt;/a&gt; ont bizarrement &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes (ou simplement oubli&#233;es) jusqu'au milieu du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, o&#249; elles furent l&#233;gu&#233;es &#224; des biblioth&#232;ques acad&#233;miques. Parmi ces derni&#232;res, certaines se sont montr&#233;es &#224; la hauteur de l'enjeu : l'universit&#233; d'Edinburgh a ainsi num&#233;ris&#233; et publi&#233; les manuscrits d'une large partie de son r&#233;pertoire pour orgue (d'inspiration tr&#232;s H&#228;ndelienne). D'autres, cependant, ne semblent gu&#232;re s'&#234;tre mises en devoir de les rendre accessibles au reste du monde &#8211; tout au plus, dans quelques cas, une poign&#233;e de musiciens ou &#171; musicologues &#187;, admis &#224; en prendre connaissance en exclusivit&#233;, se sont empress&#233;s &#224; leur tour de faire courir un nouveau copyright dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel qu'ait pu &#234;tre son d&#233;sint&#233;r&#234;t pour sa propre &#339;uvre, il semble avoir rencontr&#233; un succ&#232;s r&#233;el. En tant qu'ex&#233;cutant au premier chef : pas un des commentateurs de l'&#233;poque ne manque de louer son talent poly-instrumental ; le c&#233;l&#232;bre critique musical &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Burney&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charles Burney&lt;/a&gt; lui consacrera m&#234;me un pan&#233;gyrique en vers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;N.B. Il est vrai que Burney lui-m&#234;me s'int&#233;ressait &#224; l'astronomie, et c'est dans le cadre de sa &#034;Poetical History of Astronomy&#034; qu'il chante les louanges de Herschel &#8212; ce texte a malheureusement &#233;t&#233; perdu. Mais il connaissait, et respectait, &#233;galement ses talents de musicien.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; son catalogue abondant, r&#233;dig&#233; sur un laps de temps remarquablement compact (six ou sept ans seulement de composition intensive), il comprend
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une bonne centaine de pi&#232;ces pour clavier (principalement l'orgue),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vingt-quatre symphonies dont six pour grand orchestre (une nouveaut&#233; pour l'&#233;poque),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une quinzaine de concertos,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des pi&#232;ces pour violon seul,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de la musique de chambre,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du r&#233;pertoire p&#233;dagogique,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ainsi qu'une certaine quantit&#233; d'&#339;uvres religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ses partitions les plus &#233;labor&#233;es n'ont gu&#232;re &#233;t&#233; rejou&#233;es faute d'&#233;diteur, ses chansons populaires (des &lt;i&gt;catch&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des rondes en canon) semblent avoir &#233;t&#233; fredonn&#233;es par le grand public longtemps apr&#232;s qu'il lui a fait ses adieux. (&lt;i&gt;Ainsi par exemple de l'&#034;Eccho Catch&#034;, cit&#233; dans notre podcast et auquel a &#233;t&#233; consacr&#233; un &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1177%2F002182860803900307&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt;&#8230; malheureusement l&#224; encore dans une revue d'astronomie.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH245/herschel_fragment-a9c00.png?1772298245' width='500' height='245' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fragment de manuscrit de Herschel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Menuet concertant pour hautbois et orchestre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son r&#233;pertoire, pour le peu que nous ayons pu en consulter, s'av&#232;re de facture plus que correcte nonobstant quelques maladresses ou longueurs occasionnelles (ce qui est &#233;galement vrai des grands ma&#238;tres de l'&#233;poque, &#224; commencer par H&#228;ndel ou Vivaldi). Plus encore que chez les autres auteurs de sa g&#233;n&#233;ration, le style n'est toutefois pas enti&#232;rement assur&#233;, oscillant &#233;tonnamment entre un go&#251;t issu en ligne directe du baroque germanique et une &#233;criture plus moderne &#8211; et h&#233;las plus superficielle &#8211; de style galant, portant clairement l'influence de l'Italie. L'&#233;criture harmonique est bien ma&#238;tris&#233;e, souvent purement utilitaire mais n'excluant pas quelques exp&#233;riences formelles ; c'est surtout dans les formules m&#233;lodiques que l'on distingue souvent des traits de finesse ou d'humour. Cette &#339;uvre porte donc non seulement la marque d'une &#233;poque (du baroque tardif d'un Telemann ou H&#228;ndel au style pr&#233;-classique d'un J.C. Bach voire d'un Haydn), mais aussi d'une personnalit&#233; prononc&#233;e : &#233;nergique, souvent inspir&#233;e, parfois astucieuse, fr&#233;quemment &#233;parse, rarement discr&#232;te&#8230; et en tout cas, jamais insipide.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les concertos pour hautbois de Herschel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Conserv&#233;es &#224; l'universit&#233; de Berkeley depuis 1958, ces pi&#232;ces ont &#233;t&#233; red&#233;couvertes &#224; partir de 1996 et ont donn&#233; lieu en 1998 &#224; une publication de la American Philosophical Society. Les deux premiers de ces concertos faisaient partie d'une collection dans laquelle Herschel lui-m&#234;me avait rassembl&#233; huit de ces concertos pour des instruments divers ; les deux autres ont &#233;t&#233; trouv&#233;s s&#233;par&#233;ment, ainsi qu'un mouvement individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.1_in_E-flat_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concerto pour hautbois n&#176;1 en Mi b&#233;mol majeur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Allegro&#160;; Adagio&#160;; A tempo primo.&lt;/code&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition est dat&#233;e de 1759 et mentionne Londres ; elle correspond donc &#224; la toute premi&#232;re p&#233;riode britannique du jeune William, &#226;g&#233; d'une vingtaine d'ann&#233;es. La tonalit&#233; de Mi b&#233;mol majeur, d'emploi relativement complexe &#224; cet &#233;poque, t&#233;moigne d'une certaine recherche harmonique. Les contrastes tr&#232;s prononc&#233;s &#233;voquent le second baroque et notamment l'&#233;criture concertante de H&#228;ndel, qui d'ailleurs meurt pr&#233;cis&#233;ment cette ann&#233;e-l&#224; ; d'ailleurs dans cette partition comme dans les suivantes, l'alternance de l'orchestre entre tutti et soli &#233;voque &#233;galement le concerto grosso &#224; la mode quelques d&#233;cennies plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'effectif modeste (r&#233;alis&#233;e uniquement pour cordes et basse continue, comme souvent encore &#224; l'&#233;poque), l'&#233;criture orchestrale n'en t&#233;moigne pas moins d'une ambition &#224; &#171; grand spectacle &#187; : les traits sont souvent virtuoses et les contrastes extr&#234;mement prononc&#233;s, faisant brutalement place &#224; des phrases tr&#232;s expressives ou &#224; des modulations et chromatismes inattendus. L'emploi d'harmonies sophistiqu&#233;es pour l'&#233;poque (accords dissonnants, notamment de septi&#232;me diminu&#233;e, sans pr&#233;paration) trahit une grande familiarit&#233; avec les auteurs germaniques (&#224; commencer par C.P.E. Bach). La partition arbore par ailleurs une quantit&#233; remarquable d'annotations expressives : nuances, liaisons, signes d'articulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce qui frappe est le souci de concision et de coh&#233;rence formelle qui gouverne l'&#233;criture : le second mouvement, dont la bri&#233;vet&#233; n'&#233;gale que l'expressivit&#233;, s'encha&#238;ne tr&#232;s naturellement avec le troisi&#232;me ; quant &#224; ce dernier, il est en fait un &#171; remix &#187; des deux pr&#233;c&#233;dents, r&#233;utilisant exactement le m&#234;me mat&#233;riau th&#233;matique de fa&#231;on r&#233;organis&#233;e mais s'encha&#238;nant de fa&#231;on convaincante, avec parfois un &#233;clairage tr&#232;s diff&#233;rent &#8211; les accents douloureux du deuxi&#232;me mouvement devenant un motif motorique presque martial. Malgr&#233; la jeunesse de son auteur, cette partition t&#233;moigne d'un degr&#233; de ma&#238;trise avanc&#233; et d'une inventivit&#233; incontestable, mais aussi d'un caract&#232;re exigeant qui ne saurait se satisfaire d'aligner simplement des proc&#233;d&#233;s d&#233;j&#224; connus et &#233;cul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.2_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concerto pour hautbois n&#176;2 en Ut majeur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Maestoso&#160;; Adagio&#160;; Allegretto.&lt;/code&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orchestr&#233;e pour cordes, basson et deux cors naturels, cette partition ne porte pas de date mais pourrait avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e entre 1760 et 1761, alors que le jeune William Herschel occupait son premier poste en dirigeant l'harmonie militaire de Durham.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;crite en tout cas seulement quelques ann&#233;es apr&#232;s la pr&#233;c&#233;dente, cette pi&#232;ce t&#233;moigne d'une impressionnante &#233;volution stylistique, peut-&#234;tre &#224; mettre au compte de l'air du temps en Angleterre, fortement marqu&#233; par le style &#171; galant &#187; et le pr&#233;-classicisme (ce n'est pas pour rien que Jean-Chr&#233;tien Bach, le plus jeune des fils de Jean-S&#233;bastien et d'une g&#233;n&#233;ration d'&#233;cart avec Carl Philipp Emanuel, est alors r&#233;sident londonien). On peut m&#234;me y entendre une pr&#233;figuration de l'&#233;criture concertante du futur Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus gracieuse, plus spontan&#233;e, cette &#233;criture subit toutefois aussi la simplification post-baroque et perd de ce fait certaines des recherches de l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, notamment d'un point de vue harmonique : les trois mouvements, tous dans la m&#234;me tonalit&#233; (de Do majeur), s'articulent presque exclusivement autour des accords de dominante et de tonique. Il n'est pas interdit d'y voir l'aspiration &#224; une &#233;criture plus populaire, et en plus grande ad&#233;quation avec les go&#251;ts du grand public de l'&#233;poque &#8211; comme semble en attester non seulement la ritournelle du troisi&#232;me mouvement en rondo, manifestement destin&#233;e &#224; &#234;tre retenue de tout l'auditoire&#8230; mais aussi l'&#233;criture spectaculaire de la partie soliste, remplie de traits extr&#234;mement brillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;L'on peut &#233;galement se r&#233;f&#233;rer, pour ce concerto, &#224; la &lt;a href=&#034;https://digitalscholarship.unlv.edu/thesesdissertations/1830/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dissertation&lt;/a&gt; d'un &#233;tudiant de l'universit&#233; du Nevada.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.3_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concerto pour hautbois n&#176;3 en Ut majeur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Maestoso&#160;; Adagio&#160;; Allegro&lt;/code&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouv&#233;e parmi des manuscrits &#233;pars, cette partition n'est pas plus dat&#233;e que la pr&#233;c&#233;dente (et pourrait d'ailleurs avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e auparavant) ; seules les parties instrumentales s&#233;par&#233;es en ont &#233;t&#233; retrouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une &#233;criture quelque peu d&#233;cousue et parfois presque op&#233;ratique, ce concerto frappe par la longueur de son premier et de son dernier mouvement, &#224; recommander aux ex&#233;cutants les plus chevronn&#233;s et endurants. On y retrouve des structures en dialogues entre groupes et nuances contrast&#233;es ; la partie soliste, tout comme dans les deux autres mouvements, se distingue par l'emploi de nombreux sauts intervalliques larges (pouvant aller de la dixi&#232;me &#224; la treizi&#232;me). L'effectif orchestral est le m&#234;me que dans la partition pr&#233;c&#233;dente, et se distingue notamment par l'&#233;criture parfois &#233;tonnamment fournie des deux parties de cors naturels. On trouve par ailleurs de nombreux passages solo parmi les cordes (y compris au-del&#224; du premier violon), conversant volontiers avec le hautbois solo. Le second mouvement en Ut mineur, une passacaille tr&#232;s expressive, fournit probablement les pages les plus int&#233;ressantes de tout ce concerto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_movement_(Herschel,_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mouvement de concerto pour hautbois&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition individuelle, &#233;galement en Ut majeur comme les deux concertos pr&#233;c&#233;dents, se pr&#233;sente comme un menuet vari&#233;, construit autour d'un th&#232;me d&#233;pouill&#233; et de style ouvertement pr&#233;-classique, tel qu'on en pourrait trouver chez Haydn ou chez Leopold Mozart, de forme binaire avec modulation &#224; la dominante ; dans l'hypoth&#232;se (probable) o&#249; cette partition date du d&#233;but des ann&#233;es 1760, William Herschel s'inscrit ainsi dans les tout derni&#232;res &#233;volutions stylistiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce menuet est &#233;crit en Ut majeur comme le concerto pr&#233;c&#233;dent, ce qui ouvre la voie &#224; diverses suppositions : pourrait-il s'agir, par exemple, d'une esquisse finalement abandonn&#233;e pour l'un des mouvements de ce concerto ? Je souhaite, pour ma part, pr&#233;senter une autre hypoth&#232;se. Tout d'abord, il semble manifeste que ce mouvement a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; avec le concerto pr&#233;c&#233;dent ; il suffit pour s'en convaincre de comparer la m&#233;lodie du menuet avec celle du premier mouvement : toutes deux commencent par un pentacorde majeur ascendant, sur un rythme iambique. Ce n'est pas tout : la section centrale de ce menuet, &#233;crite dans le ton homonyme d'Ut mineur, lui conf&#232;re de ce fait un parcours tonal identique &#224; celui des trois mouvements dudit concerto. Pour autant, il ne sonne ni avec la majest&#233; d'un premier mouvement, ni la langueur d'un deuxi&#232;me mouvement, ni le brillant d'un troisi&#232;me mouvement ; la notion selon laquelle il aurait &#233;t&#233; originellement destin&#233; &#224; &#234;tre l'un de ces trois mouvements ne me semble donc pas suffisamment &#233;tay&#233;e, sinon franchement douteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si, tout bonnement, l'on avait ici affaire &#224; un concerto en &lt;i&gt;quatre mouvements&lt;/i&gt; ? Le proc&#233;d&#233; est peu courant &#224; l'&#233;poque baroque (il faudra attendre le second romantisme allemand et fran&#231;ais, au milieu du si&#232;cle suivant) ; et pourtant l'on en trouve quelques exemples dans la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, &#224; commencer par les concertos dits &#171; da chiesa &#187; de Telemann, H&#228;ndel, Johann Friedrich Fasch, William Boyce, Robert Valentine, Alessandro Scarlatti et une myriade d'&#233;pigones d'Italie du Nord. Ce n'est toutefois pas de cette forme-l&#224; qu'il s'agit ici, puisque Herschel ouvre son concerto sur un Allegro maestoso propre au style classique plut&#244;t que sur le mouvement lent du &#171; da chiesa &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le menuet serait donc int&#233;gr&#233; en troisi&#232;me position juste avant le final, comme dans une symphonie de Haydn (celles d'Herschel lui-m&#234;me &#233;tant plut&#244;t en trois mouvements). En mati&#232;re de concerto, on aurait donc ici affaire &#224; un objet rarissime sinon in&#233;dit vers 1760 ; on en trouvera un autre cas dix ans plus tard chez le viennois Johann Albrechtsberger, l'un des futurs professeurs de Beethoven, dans l'un de ses tr&#232;s amusants concertos&#8230; pour guimbarde. Une telle innovation formelle pourrait contribuer &#224; expliquer l'envergure inhabituelle du reste du concerto ; elle ferait &#233;galement de Herschel un esprit libre doubl&#233; d'un pr&#233;curseur audacieux&#8230; mais, de fait, la chose ne semble pas inconcevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes sur la pr&#233;sente &#233;dition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partition utilis&#233;e pour ce projet a donc &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e enti&#232;rement par mes soins d'apr&#232;s les sources. &#201;dit&#233;e au moyen du logiciel libre de gravure musicale &lt;a href=&#034;http://lilypond.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GNU LilyPond&lt;/a&gt;, elle est mise &#224; disposition (sur le Web et ailleurs) accompagn&#233;e de son code source, ce qui permet d'y ajouter des corrections ou d'en faire des adaptations &#224; volont&#233;, mais aussi d'en tirer parti dans un cadre p&#233;dagogique : transcriptions, dict&#233;es &#224; parties manquantes, etc. En un mot, ce patrimoine appartient d&#233;sormais &#224; tout le monde, et je ne puis que souhaiter que d'autres &#339;uvrent &#224; l'avenir dans une m&#234;me direction au service du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant commenc&#233; par r&#233;aliser une &#233;dition &lt;i&gt;Urtext&lt;/i&gt; absolument conforme et soigneusement document&#233;e (notamment lorsque je fus amen&#233; &#224; devoir corriger des erreurs de copie manifestes dans les sources historiques), je d&#233;veloppai un syst&#232;me de surcouches (&lt;i&gt;overlay&lt;/i&gt;) pour pouvoir proposer une &#233;dition l&#233;g&#232;rement modernis&#233;e (en particulier en termes d'articulations et de nuances) et des suggestions de r&#233;orchestration, au prix d'un anachronisme relativement l&#233;ger : l'orchestre que je fais ici sonner est celui qu'Herschel aurait pu entendre quelques d&#233;cennies plus tard, chez Mozart ou chez le jeune Beethoven (et nous savons qu'avant de se d&#233;tourner d&#233;finitivement de la musique, il s'&#233;tait tenu remarquablement au fait des toutes derni&#232;res tendances en mati&#232;re d'esth&#233;tique musicale). C'est &#233;galement celui qu'il aurait pu utiliser lui-m&#234;me s'il avait eu ult&#233;rieurement &#224; sa disposition, en tant que musicien soliste, des instruments plus fiables et plus sonores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule exception que j'ai admise ici consiste &#224; &#233;crire la partie de cor pour des instruments &#224; pistons (qui ne seraient mis au point qu'un demi-si&#232;cle plus tard). Pour le reste, j'ai fait appel &#224; ma propre familiarit&#233; avec le r&#233;pertoire de cette &#233;poque, et en particulier &#224; mon exp&#233;rience d'accompagnateur continuiste (puisqu'il me semble manifeste que, m&#234;me dans les partitions d&#233;pourvues de chiffrage, Herschel &#233;crivait pour basse continue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans vouloir aller jusqu'&#224; la d&#233;marche de Stravinsky revisitant Pergol&#232;se ou de Grieg r&#233;&#233;crivant les sonates pour piano de Mozart, il me semblait important d'aborder cette r&#233;orchestration comme un vrai travail de composition, et de revendiquer l'aspect personnel, voire dans certains cas l'originalit&#233; ou la part de risque, de mes propres choix, l&#224; o&#249; un &#034;musicologue&#034; se r&#233;fugierait peut-&#234;tre derri&#232;re une neutralit&#233; du reste purement illusoire. Le pire service que j'aurais pu rendre &#224; William Herschel aurait &#233;t&#233; de le rendre insipide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet n'est donc ni un travail de recherche, ni une &#339;uvre d'&#233;rudition, ni une entreprise de reconstitution historique (m&#234;me si tous ces aspects entrent en jeu d'une fa&#231;on ou d'une autre). L'enjeu est tout simplement de redonner vie &#224; une musique oubli&#233;e, avec notre sensibilit&#233; actuelle et sans sacralisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;l&#233;gie (d'apr&#232;s Claude Debussy)</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Elegie-d-apres-Claude-Debussy</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Elegie-d-apres-Claude-Debussy</guid>
		<dc:date>2016-01-15T21:52:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Cette br&#232;ve partition, peu connue, a &#233;t&#233; &#233;crite par Claude Debussy &#224; la fin de sa vie ; j'en ai r&#233;alis&#233; une adaptation pour deux instruments, pr&#233;sent&#233;e ici.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette br&#232;ve partition, peu connue, a &#233;t&#233; &#233;crite par Claude Debussy &#224; la fin de sa vie ; j'en ai r&#233;alis&#233; une adaptation pour deux instruments, pr&#233;sent&#233;e ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; de Claude Debussy est une pi&#232;ce m&#233;connue, pour piano seul, dat&#233;e de d&#233;cembre 1915 (ce qui en fait une de ses toutes derni&#232;res partitions). Il en existe une &#233;dition Libre &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/%C3%89l%C3%A9gie_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible sur IMSLP&lt;/a&gt; (r&#233;alis&#233;e par Louis Sauter au moyen de &lt;a href=&#034;https://musescore.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MuseScore&lt;/a&gt;), ainsi que quelques &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=debussy%20%C3%A9l%C3%A9gie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enregistrements&lt;/a&gt; sur YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couvrant cette partition exactement un si&#232;cle apr&#232;s son &#233;criture, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; de son lien avec la &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Cello_Sonata_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sonate pour violoncelle et piano&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Debussy, r&#233;dig&#233;e quelques mois auparavant (et que j'ai moi-m&#234;me fr&#233;quent&#233;e de pr&#232;s en juillet dernier, en prenant part &#224; l'enregistrement d'un disque dans lequel Thierry Barb&#233; joue cette sonate &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hVpDsz04Yvo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; la contrebasse&lt;/a&gt;). Cela m'a donn&#233; l'id&#233;e de r&#233;&#233;crire moi-m&#234;me l'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; pour une instrumentation diff&#233;rente, en confiant la ligne m&#233;lodique &#224; la contrebasse et en d&#233;veloppant davantage la partie de piano. Voici la partition de cette version, suivie de l'&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=rdcEHTX7h_o&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enregistrement&lt;/a&gt; de notre premi&#232;re lecture avec Thierry Barb&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;pdf881&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/pdf/debussy_elegie.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 131.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie, Debussy &#8212; partition et parties
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
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&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/ly/debussy_elegie.ly' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='LilyPond - 5.1 kio' type=&#034;text/plain&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/defaut-6b4c7.svg?1772312394' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie, Debussy &#8212; code source LilyPond
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/rdcEHTX7h_o&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contexte historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Debussy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Claude Debussy&lt;/a&gt; (1862-1918) est un compositeur essentiel du tout d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cette &#233;poque si particuli&#232;re o&#249; le style post-romantique se red&#233;finit enti&#232;rement pour bient&#244;t d&#233;boucher sur l'&#233;poque d&#233;nomm&#233;e (encore aujourd'hui, mais sans doute plus pour longtemps) contemporaine ; &#224; ce titre, son influence d&#233;cisive s'&#233;tend sur toute l'histoire de la musique savante occidentale, et largement au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1915, les temps sont durs pour Debussy et sa femme Emma, tant dans leur vie personnelle (ainsi, ils perdent tous deux leurs m&#232;res au printemps, &#224; une semaine d'intervalle) que dans la profonde crise qui traverse la vie intellectuelle fran&#231;aise, encore remplie de certitudes tout juste un an auparavant, alors que la Nation fran&#231;aise dans son ensemble (&#224; quelques voix pr&#232;s, tr&#232;s vite &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Assassinat_de_Jean_Jaur%C3%A8s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;touff&#233;es&lt;/a&gt; dans l'indiff&#233;rence &#224; peu pr&#232;s g&#233;n&#233;rale) s'unissait glorieusement autour d'un sentiment revanchard et raciste contre l'Allemagne. (Toute ressemblance avec des sentiments nationalistes, militaristes et s&#233;curitaristes plus r&#233;cents, prenant par exemple pour cible une population vaguement per&#231;ue comme mahom&#233;tane, n'aurait pas grand chose d'accidentel.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais voil&#224; : quelques mois plus tard, cette Grande Guerre s'annonce bien plus incertaine que pr&#233;vue. La France a lamentablement perdu la bataille de Belgique, les deux camps s'enlisent (litt&#233;ralement) dans une guerre de tranch&#233;es et chaque mois apporte de nouvelles horreurs : bombardement de Paris en mars, guerre chimique en avril, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soldat_fusill%C3%A9_pour_l'exemple#Premi.C3.A8re_Guerre_mondiale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ex&#233;cution sommaire&lt;/a&gt; des soldats par leur propre camp (celui de la civilisation &#233;clair&#233;e, oui). Les pertes s'additionnent aux pertes, et commencent &#224; affecter le monde culturel et musical (ainsi du regrett&#233; &lt;a href=&#034;http://oumupo.org/links/?uh4WUg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jules &#201;corcheville&lt;/a&gt;) bient&#244;t rejoint par beaucoup d'autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Debussy lui-m&#234;me semble suivre ce mouvement : lui qui, quelques mois auparavant, s'&#233;gosillait &#224; longueur de colonnes pour appeler &#224; exterminer les sous-hommes allemands, et &#224; purge g&#233;n&#233;rale de toute l'influence culturelle issue plus ou moins directement la noble et pure race fran&#231;aise de toute influence venue d'Allemagne (ce qui inclut confus&#233;ment tout Wagner mais aussi Gluck, puis plus g&#233;n&#233;ralement toute forme de modernit&#233; &#034;grandiloquente&#034;, et voire, la musique symphonique en g&#233;n&#233;rale), change consid&#233;rablement de ton au long de l'ann&#233;e 1915 ; &#224; la haine et au m&#233;pris envers l'ennemi, succ&#232;dent un profond d&#233;sarroi teint&#233; de lassitude et de d&#233;tresse face &#224; la ruine g&#233;n&#233;rale de son propre pays, et particuli&#232;rement de sa vie intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sentiment de d&#233;tresse, sa propre souffrance physique occupe une place de plus en plus centrale et handicapante : &#226;g&#233; d'une cinquantaine d'ann&#233;es, il ne connait (et ne connaitra jamais) la v&#233;ritable cause de son mal (un cancer que le corps m&#233;dical s'obstine &#224; lui pr&#233;senter comme une ent&#233;rite ou une rectite). &#201;crire lui devient difficile, ce qui le met dans une situation financi&#232;re plus critique que jamais &#8212; cribl&#233; de dettes, il accepte de signer quelques volumes d'&#233;ditions &#034;r&#233;vis&#233;es&#034; de grands compositeurs (Bach, Chopin) tout en qu&#233;mandant aupr&#232;s de son &#233;diteur de nouvelles avances sur d'hypoth&#233;tiques &#339;uvres &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la belle saison de 1915 offre au couple quelques mois de r&#233;pit sous la forme d'un h&#233;bergement gratuit &#224; Dieppe d&#232;s le mois de mai, puis &#224; Pourville de juillet &#224; octobre, dans cette Normandie &#224; laquelle le compositeur est si attach&#233;, celle de Maupassant et d'Ars&#232;ne Lupin, mais aussi d'Erik Satie. C'est pour lui une p&#233;riode d'activit&#233; artistique intense (sa derni&#232;re, comme il le pressent peut-&#234;tre : &#034;&lt;i&gt;J'ai &#233;crit&lt;/i&gt;, dit-il, &lt;i&gt;comme un enrag&#233;, ou comme un qui doit mourir le lendemain matin&lt;/i&gt;). L&#224;-bas, il r&#233;dige non seulement sa suite &lt;i&gt;En blanc et noir&lt;/i&gt; pour deux pianos, ainsi que treize &lt;i&gt;&#201;tudes&lt;/i&gt; pour piano seul (dont seules douze seront publi&#233;es), ainsi que les deux premi&#232;res d'un cycle de &lt;i&gt;Six sonates pour divers instruments&lt;/i&gt; : la premi&#232;re pour violoncelle et piano, la deuxi&#232;me pour Fl&#251;te, Alto et Harpe. Dans ce cycle (dont Debussy ne pourra en fait achever &#8212; douloureusement &#8212; que la troisi&#232;me), le nombre d'instruments devrait aller croissant et culminer avec la sixi&#232;me sonate, pour ensemble de chambre, rassemblant les sonorit&#233;s des &#034;divers instruments&#034; sus-mentionn&#233;s (violoncelle, fl&#251;te, alto, harpe, violon, piano, mais aussi peut-&#234;tre, instruments &#224; anches, clavecin et cuivres), &#034;&lt;i&gt;avec, en plus, le gracieux concours de la contrebasse&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier d&#233;tail n'est pas insignifiant : en effet, rien n'indique que Debussy ait jamais d&#233;couvert les ressources de la contrebasse en tant qu'instrument soliste &#8212; alors que l'instrument semble parfaitement correspondre &#224; son style intimiste et expressif. Debussy &#233;tait plus familier avec le violoncelle, qu'il avait utilis&#233; d&#232;s l'&#226;ge de vingt ans dans son &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Nocturne_et_Scherzo_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nocturne et Scherzo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; pour violoncelle et piano. Le retour, d&#232;s sa premi&#232;re sonate, &#224; cette formation, peut donc &#234;tre vu comme un renouement avec ses ann&#233;es de jeunesse, avec la musique de chambre, et avec la musique dite &#171; pure &#187;, c'est-&#224;-dire d&#233;pourvue d'argument, programme ou titre descriptif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &lt;i&gt;Sonate&lt;/i&gt; pour violoncelle et piano&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;dig&#233;e d&#232;s juillet 1915, cette sonate d&#233;bute par un prologue lent, &#224; quatre temps en &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;r&#233;&lt;/code&gt; mineur &#8212; tout comme la premi&#232;re sc&#232;ne de son op&#233;ra &lt;i&gt;Pell&#233;as et M&#233;lisande&lt;/i&gt; (1894), ou plus tard les &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Pr%C3%A9ludes_%28Book_1%29_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;ludes&lt;/a&gt; pour &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Pr%C3%A9ludes_%28Book_2%29_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;piano seul&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#8230;Canope&lt;/i&gt; (1910) et &lt;i&gt;&#8230;Des pas sur la neige&lt;/i&gt; (1912). On y retrouve plusieurs marqueurs esth&#233;tiques d'une certaine tradition fran&#231;aise (&#233;criture volontiers m&#233;lodistes, langage harmonique construit sur des quartes et t&#233;tracordes) ainsi que certains traits plus sp&#233;cifiquement debussystes, &#224; commencer par la r&#233;f&#233;rence constante aux auteurs anciens (tempo d&#233;clamatoire, quintes &#224; vide), l'ornementation tr&#232;s pr&#233;sente (jadis &#224; l'italienne comme dans &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/F%C3%AAtes_galantes_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;F&#234;tes galantes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Suite_bergamasque_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Suite bergamasque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, puis volontiers hispanisante d&#232;s &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Lindaraja_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lindaraja&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et jusqu'aux derni&#232;res pages de la troisi&#232;me &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Violin_Sonata_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sonate&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, pour violon et piano, en 1917), les modulations entre divers modes (notamment pentatoniques ou &#224; base de quintes augment&#233;es). Tous ces &#233;l&#233;ments se retrouveront, f&#251;t-ce &#224; l'&#233;tat de trace, dans la petite &lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; &#233;crite quelques mois plus tard, mais cette fois dans un &#233;clairage bien diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, avec le retour de Claude et Emma Debussy &#224; Paris &#224; l'automne 1915, d&#233;butent des jours sombres. M&#234;me si le compositeur a pu n&#233;gocier des conditions avantageuses autour de sa Sonate pour violoncelle et piano, les soucis financiers ne s'&#233;loignent gu&#232;re, et ne s'estompent que sous la douleur physique. De plus en plus handicap&#233; par sa maladie, il se r&#233;sout &#224; subir une intervention chirurgicale le 7 d&#233;cembre, qui &#233;choue et ne le laisse que plus amer et souffrant. Le manuscrit de l'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; est dat&#233; du 15 d&#233;cembre ; m&#234;me &#224; supposer qu'il e&#251;t &#233;t&#233; &#233;bauch&#233; avant son op&#233;ration, il n'est que trop &#233;vident que ces quelques mesures ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es dans des conditions extr&#234;mement p&#233;nibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233;e &#224; une op&#233;ration de souscription pour financer l'effort de guerre, cette partition fut incluse d&#233;but 1916 dans un recueil &#224; tirage limit&#233;, parrain&#233; par la reine-m&#232;re &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandra_de_Danemark&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alexandra du Danemark&lt;/a&gt; et intitul&#233; &lt;i&gt;Pages in&#233;dites sur la femme et la guerre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'&#233;crite pour piano seul &#8212; peut-&#234;tre afin de gagner du temps, le piano &#233;tant l'&#233;criture la plus naturelle pour Debussy &#8212;, cette pi&#232;ce apparait &#224; bien des &#233;gards comme un post-scriptum &#224; la &lt;i&gt;Sonate&lt;/i&gt; pour violoncelle et piano : la ligne m&#233;lodique est tenue par la main gauche, dans la tessiture grave de l'instrument, accompagn&#233;e de quelques accords &#224; la main droite. Comme nous l'avons &#233;voqu&#233;, la partition est &#233;crite en &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;r&#233;&lt;/code&gt; mineur, sur un mouvement lent &#224; quatre temps ; la m&#233;lodie d&#233;bute de fa&#231;on inattendue sur un accord parfait &#224; l'&#233;tat de sixte, majeur puis mineur : cette alternance harmonique ponctuera la pi&#232;ce jusqu'&#224; sa derni&#232;re phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;lodie, assez orn&#233;e, &#233;volue sur un mode pentatonique explorant des tessitures assez graves &#8212; voire trop graves pour un violoncelle, qui se retrouverait confin&#233; sur sa corde la plus grave et devrait m&#234;me renoncer &#224; la derni&#232;re note de la pi&#232;ce ; la contrebasse, en revanche, est ici &#224; son aise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Politique de transcription&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la partie de piano, elle est ici d&#233;velopp&#233;e dans la plus fid&#232;le imitation de l'&#233;criture debussyste : larges accords r&#233;sonnant longuement (l&#224; o&#249; la partition d'origine oblige &#224; changer plus souvent la p&#233;dale pour ne point alourdir la main gauche), usage parcimonieux mais audible des &lt;i&gt;arpeggios&lt;/i&gt;, quintes &#224; vide (et m&#234;me un peu de trois-pour-deux mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;12&lt;/code&gt;). J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; pr&#233;server la partie de piano telle qu'&#233;crite par l'auteur partout o&#249; une &#034;sonorit&#233; de piano&#034; semblait souhaitable : ainsi des appogiatures attaqu&#233;es sur le temps qui pr&#233;c&#232;dent les notes graves mesures &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;6&lt;/code&gt; et &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;7&lt;/code&gt;, qui n'auraient pas convenu &#224; la contrebasse et &#233;voquent au contraire certaines pages &#8212; typiquement pianistiques &#8212; des &lt;i&gt;Pr&#233;ludes&lt;/i&gt; ; ou encore les quatre &#233;tranges accords mesures &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;16&lt;/code&gt;-&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;17&lt;/code&gt; (au sujet desquels je ne laisse pas de m'interroger : &#233;tant donn&#233; le manque de fiabilit&#233; notoire des manuscrits de Debussy, l'auteur aurait-il pu oublier ici un &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;si&lt;/code&gt; b&#233;carre &#224; la main gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains passages demandent un peu de finesse, par exemple la mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;13&lt;/code&gt; o&#249; le texte original donne un accord form&#233; de quatre notes conjointes ; ou encore, les passages o&#249; le piano doit prendre le relai de la contrebasse (par exemple les deux notes graves formant la lev&#233;e de la mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;16&lt;/code&gt;). &#192; de nombreux endroits, j'ai choisi de reconstituer une note de basse que le texte laissait sous-entendue, par exemple mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;8&lt;/code&gt; ou encore &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;14&lt;/code&gt; (qui produit une r&#233;harmonisation tr&#232;s debussyste de la m&#233;lodie du d&#233;but, et dont je suis assez fier), ainsi que la basse ajout&#233;e sur le deuxi&#232;me temps des mesures &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;10&lt;/code&gt; et &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;11&lt;/code&gt;, &#233;voquant le balancement que l'on peut trouver dans certains pr&#233;ludes (&lt;i&gt;Les sons et les parfums&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Puerta del Vino&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seuls fragments v&#233;ritablement ajout&#233;s sont les br&#232;ves interventions en &lt;i&gt;pizz&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ah !&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la contrebasse, qui n'ont pas d'int&#233;r&#234;t musical notable (m&#234;me si j'ai pris soin de les &#233;crire &#224; partir du mat&#233;riau d&#233;j&#224; donn&#233; par le texte) mais ont pour propos d'&#233;quilibrer le r&#244;le des deux instruments &#8212; l'&#233;criture en duo pr&#233;sentant un type de &#034;dramaturgie&#034; concertante ontologiquement tr&#232;s diff&#233;rent du discours d'une pi&#232;ce solo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne lecture !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Valentin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;-ah !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les singes savants du Docteur T</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Les-singes-savants-du-Docteur-T</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Les-singes-savants-du-Docteur-T</guid>
		<dc:date>2015-09-01T14:25:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions sur l'irruption des pianos dans les espaces publics urbains occidentaux.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions sur l'irruption des pianos dans les espaces publics urbains occidentaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tu es soutier dans le d&#233;partement animation/communication d'une ville de taille moyenne ? Tu veux prouver que tu es branch&#233; et dynamique ? &lt;a href=&#034;http://www.streetpianos.com/contact/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toi aussi&lt;/a&gt;, mets des pianos dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;They live&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pianos des villes, pianos des champs &#187;, &#171; Play me, I'm yours &#187;, &#171; Keys to the cities &#187;, &#171; Pianos on the street &#187;, &#171; Public piano project &#187;, &#171; Glasgow piano city &#187;, ou plus pr&#232;s de nous &#171; Pianos en gare SNCF &#187; : depuis une d&#233;cennie, l'on ne compte plus les &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Street_piano&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;initiatives&lt;/a&gt; visant &#224; abandonner des pianos aux mains du public dans l'espace urbain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://www.giftofmusic.ca/PianosOnTheStreet/wp-content/uploads/2015/07/lonsdale-quay.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH200/lonsdale-quay-62c3aab4-c2f31.jpg?1772312557' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'objet pr&#233;cis de cet d&#233;marche, d'ailleurs, reste &#224; d&#233;terminer : vague projet artistique conceptuel ? Revalorisation du lien social ? Popularisation de la culture savante et r&#233;appropriation des pratiques artistiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration, c'est certain, fournit aux collectivit&#233;s un alibi culturel bon march&#233; (du moins en ce qui concerne l'investissement initial ; pour l'entretien c'est un autre probl&#232;me), une animation socio-cul' &#224; bon compte et un excellent outil de com' (photographi&#233; sur papier glac&#233;, personne ne vous entend jouer faux). En un mot : le hype.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;You say music instrument, I say ideologem&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut &#233;videmment saluer le c&#244;t&#233; attrayant (ou plus exactement &#171; symp&#226; &#187;, dirait son c&#339;ur de cible) de l'op&#233;ration, cela n'emp&#234;che pas de s'interroger sur ses pr&#233;suppos&#233;s et notamment sa &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Piano-la-chute-d-un-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dimension imp&#233;rialiste&lt;/a&gt; : de tous les instruments dits classiques, le piano est-il celui qui a le plus besoin de se faire conna&#238;tre ? de toutes les musiques voulant vivre et se r&#233;pandre, la musique (principalement occidentale) pour piano est-elle la moins favoris&#233;e ? pour tout genre ou langage musical, le prix de la l&#233;gitimation sociale est-il d'&#234;tre jouable au piano ? de tous les groupes sociaux &#224; m&#234;me de s'exprimer par de la musique, celui des amateurs de piano est-il victime de la plus grande rel&#233;gation ? et m&#234;me &#224; supposer (c'est effectivement le cas) que des citoyens de toutes origines et de tous rangs puissent se saisir d'un clavier, lesquels sont le plus susceptibles d'&#234;tre mis en valeur (&#034;distingu&#233;s&#034;, dirait Bourdieu) par une telle op&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, l'&lt;a href=&#034;http://www.streetpianos.com/map/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;invasion des pianos de rue&lt;/a&gt; touche (&#224; ce jour) exclusivement le monde occidental et les pays dominants ; au sein de ces pays, les villes les plus attractives, et m&#234;me &#224; l'&#233;chelle des villes, les quartiers les plus &#034;dynamiques&#034; (c'est-&#224;-dire les plus gentrifi&#233;s, dont ils dessinent m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.google.com/maps/d/embed?mid=z-mdNMsDI1a4.kkrMhEZ49Kv0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une carte parfaitement identifiable&lt;/a&gt;). Plus pr&#233;cis&#233;ment, ils sont une strat&#233;gie de choix pour les villes d&#233;sindustrialis&#233;es, en pleine reconqu&#234;te d&#233;mographique (Birmingham et &lt;a href=&#034;http://www.glasgowpianocity.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glasgow&lt;/a&gt; en constituent de bons exemples).&lt;/p&gt;
&lt;iframe height=&#034;480&#034; width=&#034;500&#034; src=&#034;https://www.google.com/maps/d/u/0/embed?mid=z-mdNMsDI1a4.kkrMhEZ49Kv0&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe dans ce processus, c'est combien le piano semble condamn&#233; &#224; rester davantage un &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; qu'un moyen d'expression sensible. Automatisme esth&#233;tique qui pollue d'ailleurs jusqu'aux artistes eux-m&#234;mes : je ne saurais dire combien de fois des chanteurs/chanteuses ou autres commanditaires ont tenu &#224; me mettre entre les mains un clavier &#233;lectronique (&lt;a href='http://archives.oumupo.org/Clavinova-mon-ami' class=&#034;spip_in&#034;&gt;hin, hin, hin&lt;/a&gt;) plut&#244;t que l'instrument qui est le mien, au motif que &#034;ah non, on ne va pas faire chant-piano, c'est trop &lt;i&gt;marqu&#233;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Marqu&#233;&#034; ? Mais marqu&#233; &lt;i&gt;quoi&lt;/i&gt; ? J'y vois l&#224; un degr&#233; d'intelligence artistique &#224; peu pr&#232;s aussi primaire qu'un directeur de casting qui ne prendra pas pour son premier r&#244;le un acteur non-blanc car ce serait &#034;trop ethnique&#034;, ni une femme car ce serait &#034;trop sexu&#233;&#034;. Et c'est ainsi que s'entretiennent les st&#233;r&#233;otypes musicaux : un bout d'accord&#233;on pour &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ateqGG80Yn0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sugg&#233;rer la France&lt;/a&gt;, quatre notes pour &lt;a href=&#034;http://oumupo.org/links/?EWPXVQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la Chine&lt;/a&gt;, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Big brother&lt;/i&gt;, meet &lt;i&gt;Little brother&lt;/i&gt;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autrefois &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; par excellence de la bourgeoisie, le piano devient maintenant &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; de dynamisme urbanistique &#8212; mais sont-ce vraiment deux choses diff&#233;rentes ? Bac &#224; sable culturel pour classes moyennes sup&#233;rieures, le piano de rue ne saurait faire oublier combien l'espace urbain a &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;http://solidaire.org/articles/militaires-dans-les-rues-inquietant-et-illegal&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;odieusement&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/04/01/a-paris-les-militaires-sont-ils-devenus-des-voisins-comme-les-autres_4606977_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;militaris&#233;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://souriez.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;orwellis&#233;&lt;/a&gt; et rendu &lt;a href=&#034;http://urbanisme-inhumain.tumblr.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intentionnellement hostile&lt;/a&gt; &#224; l'&#233;gard de toutes les &#034;populations&#034; insuffisamment blanches ou fortun&#233;es pour y &#234;tre d&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette guerre de rel&#233;gation sociale, l'espace sonore est, pr&#233;cis&#233;ment, un enjeu essentiel. L'environnement musical prend ainsi une dimension particuli&#232;re : si nous savons que la musique est utilis&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.psywarrior.com/MusicUsePSYOP.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;depuis tr&#232;s longtemps&lt;/a&gt; comme arme offensive sur les champs de bataille, comme arme psychologique aupr&#232;s de la population civile (et depuis un peu moins longtemps comme instrument de &lt;a href=&#034;http://newsecurityaction.org/pages/music-used-to-torture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;torture&lt;/a&gt;, gr&#226;ce &#224; la tr&#232;s bienfaitrice arm&#233;e am&#233;ricaine), de nombreux acteurs urbains &lt;a href=&#034;http://www.wqxr.org/story/281248-does-classical-music-train-stations-really-deter-crime/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publics&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/australiaandthepacific/australia/10464764/McDonalds-restaurant-turns-to-opera-to-drive-out-loitering-teenagers.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;priv&#233;s&lt;/a&gt; ont, l'air de rien, commenc&#233; depuis quelques ann&#233;es &#224; retourner l'environnement musical quotidien contre certaines parties de la population. (Ou pour parler en bonne novlangue, contre &lt;i&gt;certaines populations&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pointe dans les op&#233;rations destin&#233;es aux bons citoyens civilis&#233;s d'un certain &#226;ge (&#034;Votez par Internet pour choisir librement l'ambiance musicale de votre gare ! Les options sont : Mozart, Chopin, Vivaldi, Scarlatti, Lully, Marais et Beethoven&#034;), la SNCF s'est un jour &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/mobilite/article/2013/05/31/mozart-nouvelle-arme-anti-squat_3420838_1653095.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;malencontreusement rengorg&#233;e&lt;/a&gt; de ce que diffuser de la musique l&#233;gitim&#233;e lui permet de &#034;&lt;i&gt;r&#233;tablir l'ordre&lt;/i&gt;&#034; &#224; l'encontre de &#034;&lt;i&gt;ces groupes de personnes [qui] utilisent les gares comme des lieux de squat&lt;/i&gt;[...]. Figurez-vous que &#231;a marche ! Soumettre ces personnes &#224; des airs auxquels elles ne sont pas habitu&#233;es a le m&#233;rite de les faire fuir.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on peut alors d&#233;crire le d&#233;ploiement r&#233;cent de pianos dans les gares fran&#231;aises en de tout autres termes : plut&#244;t que d'instituer elles-m&#234;mes un espace sonore hostile aux sous-humains ind&#233;sir&#233;s,... elle en sous-traite la colonisation. Se retrouve ainsi &#224; l'&#339;uvre le m&#234;me processus de &lt;i&gt;crowdsourcing&lt;/i&gt; du totalitarisme que celui qui conduit &#224; pr&#233;f&#233;rer laisser les gens se filmer les uns les autres avec leurs t&#233;l&#233;phones plut&#244;t que de mettre des cam&#233;ras dans toutes les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore qu'en pratique, l'un s'ajoute volontiers &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Let's face the music and dance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ne boudons pas notre plaisir : il y a des pianos dans les rues et dans les gares, et c'est tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin l'occasion de tordre le cou, s'il en &#233;tait besoin, &#224; cette &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-son-en-boite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;id&#233;ologie du Son en bo&#238;te&lt;/a&gt; qui verrait volontiers le clavier &#233;lectronique se substituer aux pianos, et la musique pr&#233;-enregistr&#233;e &#224; la musique jou&#233;e sur place ; c'est &#233;galement une r&#233;habilitation (quoique tr&#232;s imparfaite) du piano-de-monsieur-tout-le-monde, par opposition aux instruments de concert qui seuls vaudraient la peine de s'y int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_824 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://www.giftofmusic.ca/PianosOnTheStreet/wp-content/uploads/2015/07/denman-playing.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH200/denman-playing-193f9108-10afe.jpg?1772312557' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du piano en tant que signe, toutefois, il faudrait s'int&#233;resser &#224; &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; qu'on y joue. Sans surprise (du moins pour un professeur de piano), il s'agit quasi-unanimement de musique pr&#233;m&#226;ch&#233;e, rab&#226;ch&#233;e, de tous ces tubes d'hier (cat&#233;gorie tr&#232;s large allant de &lt;i&gt;La Lettre &#224; &#201;lise&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Valse d'Am&#233;lie&lt;/i&gt; ; du reste la plupart des &#233;l&#232;ves s'av&#232;rera incapable de vous dire lequel pr&#233;c&#232;de l'autre) et d'aujourd'hui : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=aNzCDt2eidg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chansons&lt;/a&gt; pour adolescentes, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=IR_-D1PIOYU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;films&lt;/a&gt; pour adolescentes, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3p3MhflI8WQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jeux vid&#233;o&lt;/a&gt; et autres babioles plus ou moins japonisantes. De temps &#224; autre un(e) enfant s'assied sagement (couv&#233;-e du regard par ses parents) pour y faire la d&#233;monstration de ses progr&#232;s ; ou bien ce sera un quarantenaire d'allure impassible mais dont les doigts trahissent une certaine f&#233;brilit&#233;, qui s'emploie &#224; convoquer tant bien que mal ses vieilles habitudes de pianiste de bar &#224; la petite semaine. D'une fa&#231;on comme d'une autre, la musique fait partie de la vie, s'&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=LWomHoGs95c&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inscrit&lt;/a&gt; dans le paysage quotidien, et c'est n&#233;cessairement une excellente chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe finalement, c'est combien ces pianos publics tendent &#224; &#234;tre utilis&#233;s &#8212; semble-t-il &#8212; comme outils de &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; plut&#244;t que comme instruments cr&#233;atifs. M&#234;me les personnes qui s'asseyent pour &#034;improviser&#034;, ne font en g&#233;n&#233;ral qu'aligner quelques encha&#238;nements harmoniques tout-pr&#234;ts, dans des formules rythmiques et instrumentales qui n'ont rien de personnel ni d'original ; je n'ai jamais entendu, par exemple, quelqu'un oser s'exprimer sous forme de &lt;i&gt;cluster&lt;/i&gt; ou d'agr&#233;gats purement rythmiques. Sous le regard (distrait) des passants, les personnes s'installant au piano ne le font qu'avec une grande prudence, ou bien en s'employant &#224; se conformer &#224; l'image d'un pianiste &#034;conventionnel&#034;. Il s'ensuit &#233;galement que les personnes qui osent s'asseoir un instant devant le piano ne sont que, pour l'&#233;crasante majorit&#233;, des personnes ayant &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; fr&#233;quent&#233; des claviers de fa&#231;on plus ou moins assidue : l'on comprend alors que les espoirs de d&#233;mocratisation, d'accessibilit&#233; et de d&#233;couverte partag&#233;e par tou(te)s se r&#233;v&#232;lent tr&#232;s illusoires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://s3.amazonaws.com/auteurs_production/post_images/17627/5000fingers2.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH376/5000fingers2-1304f267-5c7b8.jpg?1772312557' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus purement artistique, le piano se retrouve ainsi, une fois de plus et &#224; son corps d&#233;fendant, employ&#233; comme rouleau compresseur de la mondialisation acculturante et uniformisatrice. Il embrigade involontairement chaque contributeur, annonant sagement, comme un bon petit soldat du &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_5,000_Fingers_of_Dr._T&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Docteur T&lt;/a&gt;, une poign&#233;e de variations de la m&#234;me musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occasion d&#233;plorablement manqu&#233;e : si ces milliers de pianos de par le monde n'&#233;taient pas utilis&#233;s par des animaux savants reproduisant fid&#232;lement ce que leur ont inculqu&#233; l'imaginaire musical collectif et les prescripteurs socio-culturels... mais comme outil de cr&#233;ation, qui sait quelles musiques inou&#239;es, quelles techniques de jeu inimaginables, quelles expressions nouvelles l'on pourrait finir par entendre un jour, au hasard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le corollaire de la c&#233;l&#232;bre &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Infinite_monkey_theorem&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exp&#233;rience th&#233;orique&lt;/a&gt; qui consisterait &#224; laisser des machines &#224; &#233;crire &#224; des milliers de singes en attendant que l'un d'entre eux en vienne &#224; &#233;crire accidentellement un sonnet de Shakespeare : avant que ce singe n'y parvienne, d'innombrables de ses cong&#233;n&#232;res se seront s&#251;rement r&#233;v&#233;l&#233;, dans l'intervalle, &#234;tre les talentueux &#233;crivains de passionnants ouvrages in&#233;dits. M&#234;me les gros p&#226;t&#233;s faits spontan&#233;ment sur le papier par un singe particuli&#232;rement &#233;nergique, en toute m&#233;connaissance du langage et du maniement technique de la machine, me sembleraient plus expressifs et int&#233;ressants que le sonnet bien proprement mis en page, reconstitu&#233; par accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amis singes, lib&#233;rons-nous des conventions sociales et de l'art l&#233;gitim&#233;. Amis singes, allons taper sur les pianos de rue, de toutes les fa&#231;ons qui nous si&#233;ront. Amis singes, faisons du bruit et m&#233;connaissons les biens&#233;ances. Amis singes, apportons, dans les rues et les gares ,tout ce qu'il nous plaira d'y apporter. Jouons toutes les musiques, entendues ou non, pens&#233;es ou non, au piano ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singes, lib&#233;rons-nous des &lt;i&gt;signes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Company ou l'&#233;chec du langage</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Company-ou-l-echec-du-langage</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Company-ou-l-echec-du-langage</guid>
		<dc:date>2013-03-22T19:21:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;R&#233;dig&#233; de 2010 &#224; 2013, cet essai tente de proposer une lecture analytique d&#233;taill&#233;e de la com&#233;die musicale &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; de Stephen Sondheim et George Furth.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Bandes-son-" rel="directory"&gt;Bandes-son&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;dig&#233; de 2010 &#224; 2013, cet essai tente de proposer une lecture analytique d&#233;taill&#233;e de la com&#233;die musicale &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; de Stephen Sondheim et George Furth.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e &#224; Broadway en 1970, la com&#233;die musicale am&#233;ricaine &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, de Stephen Sondheim sur un livret de George Furth, a marqu&#233; l'&#233;poque contemporaine toute enti&#232;re, autant pour son &#233;criture novatrice (au plan esth&#233;tique et structurel) que pour les changements soci&#233;taux qu'elle d&#233;crit, voire pr&#233;figure. Pour pertinente qu'elle soit, cette description historique me semble toutefois devoir &#234;tre compl&#233;t&#233;e par une lecture s&#233;miologique, linguistique et m&#233;ta-linguistique de l'ouvrage, en nous mettant notamment en lumi&#232;re les dispositifs (textuels, musicaux et sc&#233;niques) d'annulation ou de corruption de la signifiance qui en font, &#224; mon sens, l'int&#233;r&#234;t essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, nous proposerons une lecture majoritairement lin&#233;aire du d&#233;roulement de la pi&#232;ce, en utilisant principalement sa version dite &#171; r&#233;vis&#233;e &#187; de 1995, que nous confronterons &#233;galement &#224; celle de 1970, ainsi qu'aux quelques repentirs qui nous en sont parvenus. Les citations tir&#233;es de l'ouvrage sont ici pr&#233;sent&#233;es dans leur langue d'origine, celles issues d'interviews ou d'essais critiques sont traduites par mes soins. Il est &#233;videmment pr&#233;f&#233;rable de prendre connaissance de l'&#339;uvre en elle-m&#234;me avant d'en suivre l'analyse ou le commentaire ; voir &#224; ce sujet les &lt;a href=&#034;#sources&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;sources&lt;/a&gt; que j'indique &#224; la fin de la pr&#233;sente &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#339;uvre et son &#233;poque&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_455 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L185xH187/sondheim-44c50b54-b9fc1.jpg?1772316603' width='185' height='187' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Stephen Sondheim
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans doute n'est-il pas hors de propos, au pr&#233;alable, de pr&#233;senter plus en d&#233;tail l'&#339;uvre, son &#233;poque et ses auteurs. De &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/George_Furth&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;George Furth&lt;/a&gt; (1932-2008) reste l'image d'un homme humble et discret, acteur avant tout (quoique surtout confin&#233; &#224; des emplois comiques ou des seconds r&#244;les &#8212; on peut notamment l'entrevoir dans le c&#233;l&#232;bre film &lt;i&gt;Butch Cassidy and the Kid&lt;/i&gt;) mais &#233;galement auteur de quelques pi&#232;ces. &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Stephen_Sondheim&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stephen Sondheim&lt;/a&gt; (n&#233; en 1930), en revanche, est un ma&#238;tre c&#233;l&#232;bre et (aujourd'hui du moins) incontest&#233; de la com&#233;die musicale &#224; Broadway dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, couronn&#233; par une liste ahurissante et jamais &#233;gal&#233;e de r&#233;compenses prestigieuses : Oscars, Tony Awards, prix Pulitzer, Drama Desk Awards... Si l'on peut affirmer sans crainte qu'il fait partie des grands auteurs qui ont non seulement fa&#231;onn&#233; la culture am&#233;ricaine mais, plus largement, nourri l'imaginaire collectif occidental que nous partageons aujourd'hui, son nom n'est pourtant pas tr&#232;s connu aupr&#232;s du public francophone. Pour comble, il passe m&#234;me inaper&#231;u dans ses deux &#339;uvres les plus connues internationalement : &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/West_Side_Story&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; dont la musique est en g&#233;n&#233;ral attribu&#233;e au chef d'orchestre Leonard Bernstein (mais il se murmure que Sondheim a fait un peu plus que d'&#233;crire seulement les paroles), et &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Sweeney_Todd:_The_Demon_Barber_of_Fleet_Street_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sweeney Todd&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; que le public d'aujourd'hui conna&#238;t principalement par un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Sweeney_Todd:_The_Demon_Barber_of_Fleet_Street_%282007_film%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;film&lt;/a&gt; sign&#233; en 2007 par Tim Burton (le nom de Sondheim n'apparaissant m&#234;me pas sur la plupart des affiches).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasiment inconnue en France, la com&#233;die musicale &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Company_(musical)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; marque le premier grand succ&#232;s de Stephen Sondheim en tant qu'auteur complet (j'entends par l&#224; non seulement parolier mais aussi et surtout compositeur), et le d&#233;but de sa collaboration avec le producteur Harold Prince : c'est ce dernier, dit-on, qui sugg&#233;ra &#224; Furth de regrouper en un seul ouvrage musical les onze petites pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre &#224; trois personnages qu'il avait originellement r&#233;dig&#233;es, en particulier pour l'actrice Kim Stanley. (Notons que Furth, auteur relativement mineur, semble se sentir plus &#224; l'aise dans les formes courtes, des ann&#233;es 1960 jusqu'&#224; la fin de sa vie et son dernier projet intitul&#233;... &lt;i&gt;Sex, Sex, Sex, Sex, Sex, Sex, Sex&lt;/i&gt;.) Chacune mettait en sc&#232;ne (de fa&#231;on presque courtelinienne, pourrait-on dire) un couple mari&#233; et une tierce personne : l'id&#233;e d&#233;terminante fut justement de placer cet observateur &#233;tranger au centre de l'action, et d'en faire non seulement le protagoniste mais, comme nous le verrons, la cl&#233; du dispositif narratif-&#233;nonciatif. Ce changement de point de vue conduira finalement Furth &#224; ne garder que deux des pi&#232;ces d'origine et &#224; en ajouter trois nouvelles, et se traduira &#233;galement par l'abandon du titre original : &lt;i&gt;Three&lt;/i&gt; devient &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_456 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH500/31vU8CcglIL_SS50-94d18bd4-7f69a.jpg?1772316603' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ritable trouvaille, ce titre (&#224; ne pas confondre avec &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Company_%28novel%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Company&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, roman d'espionnage) montre exactement ce dont il est question (&#171; that's what it's really about, isn't it ? &#187;) : non la rencontre amoureuse ni m&#234;me la rupture, mais simplement un &#233;tat, ind&#233;limit&#233; dans le temps &#8212; le fait d'&#234;tre &lt;i&gt;en compagnie&lt;/i&gt;. La qualit&#233; du terme r&#233;side &#233;galement dans son ambivalence : ce n'est pas seulement l'entourage du protagoniste qui lui tient &lt;i&gt;compagnie&lt;/i&gt;, mais du point de vue de ses amis en couple c'est lui-m&#234;me qui &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; leur compagnie, en tant que personnage ext&#233;rieur, &lt;i&gt;outsider&lt;/i&gt;, tour &#224; tour intrus ou confident, factotum ou, comme on dit, &#171; tenant la chandelle &#187;. La pi&#232;ce toute enti&#232;re sera donc consacr&#233;e &#224; l'exploration de ce terme et des questions qu'il soul&#232;ve, selon une d&#233;marche intellectuelle que l'on a pu qualifier de &lt;i&gt;conceptuelle&lt;/i&gt; &#8212; nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc autour de Robert, c&#233;libataire new-yorkais (plus fr&#233;quemment d&#233;nomm&#233; Bobby, au b&#233;n&#233;fice de quelques d&#233;veloppements vocaux comiques sur lesquels nous reviendrons) &#224; la veille de son 35&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire, que s'articule la narration. De Robert (pr&#233;sent en sc&#232;ne sans discontinuer), nous d&#233;couvrirons donc les amis (cinq couples diff&#233;rents, qui repr&#233;sentent autant de mod&#232;les de relations), ainsi que quelques fr&#233;quentations f&#233;minines qui illustreront son inaptitude, ou sa malchance, ou son inadaptation, &#224; trouver une relation de couple stable et p&#233;renne. Les rencontres s'encha&#238;nent, s'entrecroisent et se superposent : lors de la cr&#233;ation, la sc&#233;nographie repr&#233;sente un immeuble moderne de Manhattan, tout en m&#233;tal et plexiglas, o&#249; s'empilent les appartements sur plusieurs niveaux, et entre lesquels Robert circule au moyen d'un ascenseur. L'empilement cubique des int&#233;rieurs est &#224; la fois conceptuel et &#233;trangement r&#233;aliste : &#171; partout o&#249; je d&#233;ambule &#224; New York, je vois mon plateau &#187; dira le d&#233;corateur Boris Aronson (cit&#233; par Mordden, 2004). De m&#234;me, le dispositif sc&#233;nographique et structurel de la pi&#232;ce se veut r&#233;solument moderne, notamment en transposant des codes narratifs issus du cin&#233;ma : &#171; J'ai d&#233;lib&#233;r&#233;ment exig&#233; &#187;, racontera Prince (cit&#233; par O'Connor, 2010), &#171; que le script de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; se lise comme un sc&#233;nario. [...] En lisant &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, on d&#233;couvre des gros plans, des fondus-encha&#238;n&#233;s, des effets de montage &#8212; toutes les techniques cin&#233;matographiques et aucune technique sc&#233;nographique traditionnelle. &#187; Dans un m&#234;me ordre d'id&#233;es, la temporalit&#233; de la pi&#232;ce, pour le moins fuyante, se construira uniquement autour de la f&#234;te d'anniversaire (&#233;ch&#233;ance attendue et d&#233;sir&#233;e, mais &#233;galement redout&#233;e en ce qu'elle est un signe de plus que Robert reste le seul de sa g&#233;n&#233;ration &#224; n'&#234;tre ni mari&#233; ni en voie de le devenir) &#8212; &lt;i&gt;surprise-party&lt;/i&gt; dont la r&#233;alit&#233; n'est d'ailleurs m&#234;me pas av&#233;r&#233;e, comme nous le verrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crite rapidement, la pi&#232;ce est cr&#233;&#233;e en 1970, alors que s'ouvre une d&#233;cennie-charni&#232;re dans l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Mouvements de lib&#233;ration sociale (notamment dans la dynamique de la &#171; r&#233;volution &#187; t&#244;t avort&#233;e de Mai 1968 en France), &#233;mergence d'une nouvelle petite-bourgeoisie urbaine (particuli&#232;rement visible &#224; Manhattan), avec ses pr&#233;occupations tr&#232;s prosa&#239;ques, ses n&#233;vroses (la psychanalyse est &#224; la mode) et d&#233;sillusions ; relative prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique (quoique tr&#232;s in&#233;galement partag&#233;e), inventivit&#233; culturelle (le mouvement &lt;i&gt;hippie&lt;/i&gt; vient de conna&#238;tre son &#171; summer of love &#187; en 1967, le festival de Woodstock na&#238;t en 1969, les Beatles viennent d'enregistrer leur ultime album &lt;i&gt;Abbey Road&lt;/i&gt;), artistique (le &lt;i&gt;Pop art&lt;/i&gt; est &#224; son apog&#233;e, et Andy Warhol vient de survivre de justesse &#224; un attentat f&#233;ministe) et intellectuelle (c'est l'&#226;ge d'or du structuralisme, et les autoproclam&#233;s &#171; nouveaux philosophes &#187; n'ont pas encore s&#233;vi) ; lib&#233;ration des m&#339;urs enfin : la contraception se g&#233;n&#233;ralise (autoris&#233;e aux &#201;tats-Unis &#224; partir de 1965 avec l'affaire &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Griswold_v._Connecticut&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Griswold&lt;/a&gt;), les libraires assistent au succ&#232;s ph&#233;nom&#233;nal de &lt;i&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe* (* sans jamais oser le demander)&lt;/i&gt; (&#171; manuel &#187; grossi&#232;rement homophobe parodi&#233; &#224; l'&#233;cran en 1972 par Woody Allen), et l'homosexualit&#233; elle-m&#234;me devient un enjeu de lutte sociale spectaculaire lors des &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Stonewall_riots&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;meutes de Stonewall&lt;/a&gt; fin juin 1969 (&#233;v&#232;nement fondateur dont la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Gay Pride&lt;/i&gt; annuelle est une comm&#233;moration). La vie de Sondheim conna&#238;t un tournant similaire puisqu'&#224; l'&#226;ge de 39 ans il commence tout juste &#224; faire son &lt;i&gt;coming-out&lt;/i&gt; en tant qu'homosexuel ; ce sera au tour de George Furth quelques ann&#233;es plus tard. Quant &#224; l'acteur Dean Jones, qui cr&#233;e le r&#244;le de Robert (il &#233;tait jusque l&#224; principalement connu pour ses contributions aux films Disney, notamment le r&#244;le principal dans &lt;i&gt;Un Amour de Coccinelle&lt;/i&gt; en 1968), il se trouve alors lui-m&#234;me en instance de divorce et au bord de la d&#233;pression nerveuse (il faudra d'ailleurs le &lt;a href=&#034;http://www.povonline.com/2002/News020902.htm#021002&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remplacer au pied lev&#233;&lt;/a&gt; peu de temps apr&#232;s la cr&#233;ation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les th&#232;mes abord&#233;s dans &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; ont de quoi faire scandale, le public de Broadway n'&#233;tant aucunement pr&#233;par&#233; &#224; se retrouver confront&#233;, sur sc&#232;ne, &#224; autant de sujets &#171; adultes &#187; : probl&#232;mes de couple, sexualit&#233;, alcoolisme, r&#233;gimes minceur, n&#233;vrose, usage r&#233;cr&#233;ationnel de drogues, etc. &#8212; il est m&#234;me question de zombies et de dinosaures. (La com&#233;die-rock &#171; tribale &#187; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Hair_(musical)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Hair&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, deux ans plus t&#244;t, avait &#233;t&#233; rejet&#233;e pour cette raison par tous les th&#233;&#226;tres de Broadway et avait d&#251; &#234;tre cr&#233;&#233;e &#224; grand peine dans un th&#233;&#226;tre plus &#233;loign&#233; (&lt;i&gt;off-Broadway&lt;/i&gt;) o&#249; elle s'adresserait &#224; un public clairement diff&#233;rent.) Se pr&#233;sentant comme un &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt; &#171; noble &#187;, propre-sur-lui, et cr&#233;&#233; dans un th&#233;&#226;tre prestigieux par des t&#234;tes-d'affiche traditionnelles, &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; provoque donc une collision sociale, que Sondheim revendique en pleine connaissance de cause : &#171; Depuis des ann&#233;es, le th&#233;&#226;tre de Broadway repose sur les classes-moyennes-sup&#233;rieures, qui veulent de toutes leurs forces &#233;chapper &#224; leurs soucis de classes-moyennes-sup&#233;rieures. Et ce que nous pr&#233;tendons faire ici, c'est justement leur remettre le nez dedans : ce qu'ils cherchaient &#224; &#233;viter en venant voir une com&#233;die musicale, ils le retrouvent soudain, devant eux, sur sc&#232;ne. &#187; (cit&#233; par Zadan, 1974). Cet aspect n'&#233;chappera pas &#224; certains critiques, notamment au redout&#233; Clive Barnes qui &lt;a href=&#034;http://www.nytimes.com/books/98/07/19/specials/sondheim-company.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentera&lt;/a&gt; : &#171; Avant de vous rendre au spectacle, prenez part &#224; un cocktail mondain ; lorsque vous arriverez au th&#233;&#226;tre vous aurez une joie masochiste &#224; retrouver sur sc&#232;ne tous ces gens charmants et proprets que vous aurez pass&#233; les deux heures pr&#233;c&#233;dentes &#224; tenter d'&#233;viter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif central est donc moins le mariage et sa d&#233;sagr&#233;gation (lecture h&#226;tive qui vaut &#224; la pi&#232;ce d'&#234;tre fustig&#233;e comme dangereusement &#171; anti-mariage &#187; par certains tenants d'un ordre moral r&#233;actionnaire &#8212; non sans une pointe de m&#233;pris pour son auteur : si le protagoniste ne parvient pas &#224; se marier, c'est qu'il est certainement homosexuel lui aussi !), que la ville et la modernit&#233;, o&#249; les personnes se noient dans une multitude anonyme et des relations, n&#233;cessairement fugaces, dans le mouvement tourbillonnant de la vie urbaine. &#171; &lt;i&gt;It's a city of strangers&lt;/i&gt; &#187; : la probl&#233;matique est explicitement affirm&#233;e au centre de l'ouvrage. Elle sera de plus soulign&#233;e par la sc&#233;nographie (que nous &#233;voquions &#224; l'instant) et la musique, qui fait intervenir de nombreux enregistrements (des &#233;chantillons, dirions-nous aujourd'hui) de bruits urbains &#224; commencer par celui, sur lequel nous reviendrons, d'un t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte lui-m&#234;me ne laisse, dans sa premi&#232;re &#233;dition, aucune ambig&#252;it&#233; possible : juste en-dessous de la liste des personnages, est indiqu&#233; en capitales &#171; &lt;i&gt;New York City, NOW&lt;/i&gt; &#187;. Les personnages sont d'ailleurs, de l'aveu m&#234;me de Furth, &#233;crits d'apr&#232;s des personnes r&#233;elles. Il s'agit d'autant de repr&#233;sentants de ce que l'on baptisera la &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Silent_Generation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Silent Generation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, n&#233;e dans la deuxi&#232;me moiti&#233; de l'entre-deux-guerres et qui a grandi pendant la crise &#233;conomique sous la stricte domination morale de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente (celle des h&#233;ros de guerre) avant de se voir ensuite &#233;clips&#233;e par la g&#233;n&#233;ration suivante, plus libre, des Baby-Boomers (celle de &lt;i&gt;Hair&lt;/i&gt; pr&#233;cis&#233;ment). La mention &#171; NOW &#187; sera &#244;t&#233;e dans la version r&#233;vis&#233;e de 1995, ce qui pose d'ailleurs une question int&#233;ressante pour les productions actuelles : doit-on garder la contemporan&#233;it&#233; quitte &#224; la forcer, ou rester sagement au &#171; now &#187; de 1970 ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L344xH544/pcompany-3321c31a-a4604.jpg?1772316603' width='344' height='544' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La partition est orchestr&#233;e par Jonathan Tunick (c'est ici sa premi&#232;re d'une longue s&#233;rie de collaborations avec Sondheim), lequel se fait ostensiblement le porte-parole d'une ouverture vers ce que l'on appellera plus tard (en d&#233;pit de toute logique quoique non sans cuistrerie) les &#171; musiques actuelles &#187;, &#224; travers l'utilisation d'instruments modernes (guitare et basse &#233;lectriques, batterie, orgue &#233;lectrique &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Combo_organ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;combin&#233;&lt;/a&gt; et clavecin &#233;lectrique &#171; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Rocksichord&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;rocksichord&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;), ainsi que de ponctuations tr&#232;s pr&#233;sentes de la section cuivres, souvent avec sourdines sp&#233;ciales, etc. (Une quinzaine d'ann&#233;es plus tard, c'est &#233;galement lui qui parachutera &#224; Broadway des influences issues du rap dans &lt;i&gt;Into The Woods&lt;/i&gt;.) Non que &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; se d&#233;finisse comme un ouvrage rock ; l&#224; encore (et au contraire de &lt;i&gt;Hair&lt;/i&gt; que nous citions plus haut), l'int&#233;r&#234;t r&#233;side dans la collision d'influences. Aux accents effectivement rock succ&#232;dent des ballades &#171; pop &#187; &#224; la Burt Bacharach (avec qui Tunick avait travaill&#233; pr&#233;c&#233;demment), des bossa-novas sophistiqu&#233;es, des airs hollywoodiens savamment orchestr&#233;s, des influences de l'&#233;cole am&#233;ricaine minimaliste/r&#233;p&#233;titive alors naissante, des performances vocales dignes d'un op&#233;ra, mais &#233;galement des r&#233;actualisations d&#233;lib&#233;r&#233;es de styles musicaux d&#233;mod&#233;s : fanfare &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Dixieland&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;dixieland&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, quatuor vocal masculin &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Barbershop_music&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;barbershop&lt;/a&gt;, trio vocal f&#233;minin &#224; la mode d'avant-guerre... La coh&#233;rence musicale de l'ouvrage n'en est que plus impressionnante, et l'on comprend ainsi que sa modernit&#233; r&#233;side moins dans l'actualit&#233; de certains choix instrumentaux que dans ce kal&#233;idoscope musical virtuose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la structure de l'ouvrage s'&#233;loigne des codes impos&#233;s par le genre et l'&#233;poque : par exemple la danse, d'ordinaire consid&#233;r&#233;e comme un &#233;l&#233;ment fondamental des &lt;i&gt;shows&lt;/i&gt; de Broadway, se trouve ici rel&#233;gu&#233;e &#224; la stricte portion congrue. Parmi les interpr&#232;tes ne figure qu'une seule v&#233;ritable danseuse (Donna McKechnie) et un seul v&#233;ritable num&#233;ro dans&#233; (dont la musique fut r&#233;&#233;crite par plusieurs personnes successives &#8212; il sera de toute fa&#231;on coup&#233; dans les productions ult&#233;rieures). Les autres chanteurs se pr&#234;tent tant bien que mal &#224; une chor&#233;graphie minimale (et volontairement amateuriste, comme nous le verrons). Autre nouveaut&#233;, la distribution des num&#233;ros vocaux elle-m&#234;me est &#233;galitariste au point de l'inorthodoxie : m&#234;me le plus secondaire des personnages se verra mis en valeur avec des solos m&#233;morables. Il s'ensuit que les chansons s'inscrivent moins dans l'action qu'elles ne la commentent &#171; du banc de touche &#187; pourrait-on dire. Enfin, outre ses audaces formelles, esth&#233;tiques et th&#233;matiques, l'innovation majeure de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; (et la plus largement comment&#233;e) est &#224; chercher dans sa narration elle-m&#234;me : pour la premi&#232;re fois sans doute, une com&#233;die musicale n'est pas racont&#233;e comme une histoire ordinaire, mais uniquement faite de fragments juxtapos&#233;s (et dont la temporalit&#233; elle-m&#234;me pose question).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc l&#224; l'une des cl&#233;s de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, que nous nous attacherons &#224; explorer dans ce qui suit : son orientation ouvertement moderniste ne se limite pas &#224; sa th&#233;matique, mais contamine son &#233;criture, sa forme et son langage m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Overture&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;marrage de l'ouvrage est tr&#232;s diff&#233;rent entre ces deux versions : la version d'origine donne des ponctuations instrumentales tr&#232;s appuy&#233;es (sur lesquelles le ch&#339;ur s'installe dans une autre tonalit&#233; et dans un autre caract&#232;re), alors que la version r&#233;vis&#233;e laisse le ch&#339;ur &lt;i&gt;a cappella&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#339;ur est donc le premier personnage &#224; appara&#238;tre. En 1970 ce ch&#339;ur est constitu&#233; d'un quatuor vocal f&#233;minin autonome (&lt;i&gt;The Vocal Minority&lt;/i&gt;) ; d&#232;s les productions suivantes, il sera remplac&#233; par les personnages d&#233;j&#224; pr&#233;sents en sc&#232;ne, qui affirment ainsi leur position de spectateurs-commentateurs de l'action. Dans la version d'origine, le ch&#339;ur est ici accompagn&#233;, par l'orchestre, d'une marche tr&#232;s lente dont il ne partage ni le caract&#232;re ni la tonalit&#233; (et que nous retrouverons au d&#233;but de l'acte II) cette ponctuation grin&#231;ante souligne non seulement l'ambig&#252;it&#233; du ch&#339;ur en tant qu'instance dramaturgique (est-il d&#233;coratif ? commentateur ? acteur ?), mais aussi l'ambig&#252;it&#233; du discours musical m&#234;me : devons-nous entendre l&#224; une berceuse&amp;nbsp : ? Uun ch&#339;ur religieux (par exemple une pri&#232;re fun&#232;bre, ce qui donnerait &#224; la c&#233;r&#233;monie d'anniversaire de Robert une toute autre signification) ? Sont ainsi annonc&#233;es plusieurs des incertitudes fondamentales de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le ch&#339;ur entonne cette sorte de berceuse sur le nom de Bobby, et met imm&#233;diatement &#224; contribution les variations vocales qu'autorise ce nom (et constituent d'ailleurs l'unique raison pour laquelle il a &#233;t&#233; choisi) : &#171; Bobby, bah-bah-bah-bah bah-by,... &#187; Si l'on est &#233;videmment libre de ne voir l&#224; qu'un effet amusant sans r&#233;elle signification, il n'est pas impossible de lire ici la repr&#233;sentation du lien de (co-)d&#233;pendance qu'&#233;prouvent les personnages envers Robert : un lien qui les rassemble, les identifie (au point qu'ils sont ici indiff&#233;renci&#233;s), voire les infantilise puisqu'il s'exprime ici au-del&#224; du langage verbal, sous forme de lalations (ou &#171; babations &#187;, pourrait-on dire) de nourrisson &#8212; il n'est peut-&#234;tre pas anodin que le mot &#171; bah-by &#187; se fasse entendre de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce proc&#233;d&#233; de mise en musique qui consiste &#224; r&#233;duire les mots &#224; des ensembles de phon&#232;mes ensuite r&#233;p&#233;t&#233;s et compl&#232;tement s&#233;par&#233;s de leur signifiant, sera &#224; l'&#339;uvre tout au long de l'ouvrage. On peut y voir aussi bien l'influence du courant minimaliste/r&#233;p&#233;titif alors &#224; peine &#233;mergent (&lt;i&gt;Come out&lt;/i&gt;, de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Steve_Reich#1960s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Steve Reich&lt;/a&gt;, date de 1967), que du jazz vocal (les &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Swingle_Singers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Swingle Singers&lt;/a&gt; sont alors en pleine gloire et travaillent aussi bien avec Luciano Berio qu'avec le Modern Jazz Quartet).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; You may leave a message &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nouveaut&#233; de la version r&#233;vis&#233;e : une s&#233;rie de messages t&#233;l&#233;phoniques sur le r&#233;pondeur (appareil qui existait d&#233;j&#224; en 1970, mais n'&#233;tait gu&#232;re r&#233;pandu), qui introduisent les personnages et surtout le ton de la pi&#232;ce : la premi&#232;re phrase (enregistr&#233;e par Joanne) est &#171; Hi, this is a dirty phone call. &#187; D&#232;s la suite des messages, apparaissent diverses d&#233;formations de la communication :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; faux-semblants (Joanne, qui est &#233;videmment plus &#226;g&#233;e que Robert : &#171; Anyway, you're thirty-five. Who wants to celebrate being that old ? Well, I only hope I look as good as you when I'm your age. &#187;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; contradictions (Peter : &#171; Get those girls out of your bed and pick up the phone, will ya ? God, I'm so envious I can't even talk. Call me. &#187;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; frustrations (April : &#171; Hi Robert, it's April. &lt;i&gt;(pause)&lt;/i&gt; Oh. I forgot what I was going to say. &#187;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et m&#234;me un brillant combin&#233; des trois (Amy : &#171; Hi Bobby, it's Amy. I just called to say that if I'm late for the surprise birthday party tonight please tell Paul that I'm running --- oh, wait, you're not supposed to know that there's a &#8212; Judy ? Judy ?? Oh, goodness, I'm afraid I dialed a wrong number. Sorry, just ignore this call. &lt;i&gt;(in petto)&lt;/i&gt; Oh God. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre leur fonction de croquis des personnages, ces messages mettent subtilement en lumi&#232;re le protagoniste et son polymorphisme : les personnages s'adressent successivement &#224; lui par &#171; Hi &#187; (Joanne), &#171; Hi Bob &#187; (Peter), &#171; Hi Robert &#187; (April), &#171; Hi Bobby &#187; (Amy), &#171; Yo Bob &#187; (Marta). Proc&#233;d&#233; sur lequel nous reviendrons plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de quoi Robert lui-m&#234;me enregistre une annonce sur son r&#233;pondeur, dans laquelle il assure lui-m&#234;me une conversation enti&#232;re (dont toutes les r&#233;ponses sont &#171; yes &#187;, jusqu'&#224; l'absurde : &#171; Hi, this is Bob. &lt;u&gt;Yes&lt;/u&gt;, today is my birthday. And &lt;u&gt;yes&lt;/u&gt;, you may leave a message about how happy you are that I'm turning thirty-five. And &lt;u&gt;whatever&lt;/u&gt; you're calling about, my answer is &lt;u&gt;yes&lt;/u&gt; &#187; &#8212; je souligne). Ce dispositif de fausses questions-r&#233;ponses sera utilis&#233; par le personnage &#224; plusieurs reprises, &#224; commencer par le bref monologue de transition qui ram&#232;ne la version r&#233;vis&#233;e sur ses rails de 1970 : coup sur coup, Robert d&#233;samorce deux questions qui auraient d&#251; rester purement rh&#233;toriques (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I mean, &lt;u&gt;what kind&lt;/u&gt; of friends would surprise you on your thirty-fifth birthday?... &lt;u&gt;Mine&lt;/u&gt;. Then again, &lt;u&gt;how many&lt;/u&gt; times do you get to be thirty-five?... &lt;u&gt;Eleven&lt;/u&gt;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux phrases &#224; la suite, proc&#232;dent d'une m&#234;me d&#233;marche stylistique que nous retrouverons &#224; l'&#339;uvre dans l'ouvrage tout entier, et qui consiste &#224; reprendre des expressions phras&#233;ologiques (formules &#171; toutes-faites &#187; purement conversationnelles) pour en d&#233;noncer la vacuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que Robert ait trente-cinq ans, n'est &#233;videmment pas choisi au hasard : il s'agit du milieu exact de la vie (l'esp&#233;rance de vie est &lt;a href=&#034;http://www.google.com/publicdata/explore?ds=wb-wdi&amp;met=sp_dyn_le00_in#met=sp_dyn_le00_in&amp;idim=country:USA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;estim&#233;e&lt;/a&gt; &#224; 70,8 ans pour 1970), d'un &#226;ge &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; dans tous les sens du terme, c'est-&#224;-dire le moins remarquable. Furth, Prince et Sondheim (de m&#234;me que Dean Jones) sont tous n&#233;s en 1930 ou alentour ; l'identification est telle que Prince dira de la production de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; : &#171; ce fut douloureux du d&#233;but &#224; la fin. Parce qu'il m'a fallu, &#224; moi-m&#234;me, attendre l'&#226;ge de trente-cinq ans pour me marier, et que Bobby avait trente-cinq ans dans la pi&#232;ce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; g&#233;n&#233;ration silencieuse &#187; (&lt;i&gt;silent generation&lt;/i&gt;), l'&#233;ditorialiste du &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; Gerald Clarke en t&#233;moigne pr&#233;cis&#233;ment en 1970 : &#171; &#202;tre trentenaire, c'est &#234;tre au milieu : le milieu de sa carri&#232;re, le milieu de son mariage, le milieu de sa vie. [...] Nous nous trouvons entre les deux camps agressifs de ce qui est devenu une guerre de g&#233;n&#233;rations. L'entre-deux, dans n'importe quelle guerre, est rarement une position rassurante ; pourtant quand nous regardons la jeunesse d'aujourd'hui, frustr&#233;e et agressive, et leurs parents non moins frustr&#233;s et agressifs, cet entre-deux est l'endroit qui nous correspond. &#187; Et d'ajouter : &#171; Beaucoup de nos mariages ont succomb&#233; du fait qu'ils &#233;taient tiraill&#233;s entre deux directions. Parmi les trentenaires, le nombre de divorces est effrayant, et le nombre de mariages malheureux, accablant. Notre vie sexuelle &#233;quivaut pourtant &#224; n'importe quelle autre ; la diff&#233;rence est que nos attentes sont celles de jeunes, alors que nos mariages se sont constitu&#233;s selon des r&#232;gles de vieux. &#187; Ces r&#233;flexions (cit&#233;es dans Turner, 2012) &#233;clairent &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, et notamment les propos de Joanne &#224; l'acte II : &#171; Do you know that we are suddenly at an age where we find ourselves too young for the old people and too old for the young ones ? We're nowhere. I think we better drink to us &#8212; the generation gap. WE ARE THE GENERATION GAP ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect culturel et g&#233;n&#233;rationnel est-il encore appliquable aujourd'hui ? Certains &lt;a href=&#034;http://broadwayworld.com/board/readmessage.php?thread=1047638&amp;boardname=&amp;page=2#4317695&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentateurs&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://broadwayworld.com/board/readmessage.php?thread=1047638&amp;boardname=&amp;page=6#4328511&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notent&lt;/a&gt; que la d&#233;mographie actuelle donne une autre signification &#224; cet &#226;ge : un homme de trente-cinq ans n'est plus, aujourd'hui, un homme d'&#226;ge m&#251;r qui subit la pression sociale poussant &#224; &#234;tre mari&#233; (ce type de questionnement &#233;tant d&#233;sormais plut&#244;t associ&#233; &#224; la &#171; crise de la quarantaine &#187;). Ce changement est d'ailleurs perceptible dans l'onomastique de la pi&#232;ce : l&#224; o&#249; le nom officiel du personnage en 1970 est clairement Robert, plusieurs productions actuelles le nomment par son diminutif Bobby (nous adopterons ici la premi&#232;re option).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; He still gets his wish &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Robert met ensuite lui-m&#234;me en sc&#232;ne le &#171; ch&#339;ur &#187;, encadr&#233; par deux r&#233;pliques qui se contredisent (dans tous les fragments suivants, c'est moi qui souligne) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; Okay, come on. &lt;u&gt;Say it and get it over with&lt;/u&gt;. It's embarrassing. Quick, &lt;u&gt;I can't stand it&lt;/u&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Ch&#339;ur&lt;/strong&gt; &#8212; Happy birthday, Robert!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; ... &lt;u&gt;I stood it&lt;/u&gt;. Thank you for including me in your thoughts, your lives, your families. Yes. Thank you for remembering.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Ch&#339;ur&lt;/strong&gt; &#8212; You don't look it!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; Well, I feel it.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notons d'embl&#233;e cette position de Robert metteur-en-sc&#232;ne (ou chef de ch&#339;ur), que nous retrouverons tout au long de l'ouvrage &#8212; &#171; good, you've rehearsed &#187;, leur dit-il m&#234;me. Les personnages ne manquent pas de le souligner : Marta &#224; l'acte I (&#171; You always make me feel like &lt;u&gt;I got the next line&lt;/u&gt;. What is it with you ? &#187;), Susan &#224; l'acte II (&#171; Whenever Robert's over, I get the feeling &lt;u&gt;we're auditioning for him&lt;/u&gt;. &#187;). De surcro&#238;t, il est indiqu&#233; en divers endroit que les diff&#233;rents couples d'amis de Robert ne se connaissent pas les uns les autres ; c'est donc lui le seul unificateur entre tous, du moins jusqu'&#224; la toute fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue se tient ensuite autour des &#233;tapes oblig&#233;es : les cadeaux et le g&#226;teau d'anniversaire &#8212; sans oublier les bougies, qui continueront &#224; se consumer (hors-sc&#232;ne) pendant tout l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Susan&lt;/strong&gt; &#8212; I love it when people are really surprised.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Peter&lt;/strong&gt; &#8212; She loves it when people are really surprised.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Sarah&lt;/strong&gt; &#8212; If you don't like it, you can take it back.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I haven't even seen it yet!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Sarah&lt;/strong&gt; &#8212; I mean, though &#8212; if you don't like it.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Harry&lt;/strong&gt; &#8212; Why don't you wait until the man looks at the thing.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I'm sure I will like it.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Sarah&lt;/strong&gt; &#8212; Why don't you just take it back?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Harry&lt;/strong&gt; &#8212; For God's sake, he just said he likes it. [...]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;David&lt;/strong&gt; &#8212; Here Bob, take ours back too, why don't you.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Amy&lt;/strong&gt; &#8212; Here's from Paul and me. If I were you I would take it back and get the money. It costs so much I fainted. [...]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; You! Tell him to take yours back and get the money. It's not the gift, it's the cost that counts.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les personnages sont pr&#233;sent&#233;s un par un (ce qui se poursuit dans le dialogue suivant), mais l'on voit d&#233;j&#224; appara&#238;tre des motifs de contradictions et de failles logiques (ainsi de ces cadeaux qu'il faut aimer ou rapporter avant m&#234;me de les avoir vus). La suite du dialogue, tout aussi r&#233;ussie formellement, se centre encore plus sur la question de confronter ce qui est vrai ou imaginaire, et ce qui doit &#234;tre dit ou non :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Amy&lt;/strong&gt; &#8212; Blow out your candles, and make a wish.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Jenny&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;u&gt;Don't tell&lt;/u&gt; your wish, Bobby, or &lt;u&gt;it won't come true&lt;/u&gt;. [...]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;i&gt;(Robert ne parvient pas &#224; &#233;teindre toutes les bougies.)&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Jenny&lt;/strong&gt; &#8212; You &lt;u&gt;still get&lt;/u&gt; your wish. He still gets his wish.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Susan&lt;/strong&gt; &#8212; He does? It must be a new rule!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Sarah&lt;/strong&gt; &#8212; Sure you do.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;u&gt;Don't believe a word&lt;/u&gt; of it.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Amy&lt;/strong&gt; &#8212; Of course you do.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; Oh, I know it. I will. &lt;u&gt;Actually, I didn't wish&lt;/u&gt; for anything.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Larry&lt;/strong&gt; &#8212; He's kidding. You gotta be kidding.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;David&lt;/strong&gt; &#8212; Anyway, &lt;u&gt;don't tell it&lt;/u&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Peter&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;u&gt;Tell it&lt;/u&gt; if it's dirty.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Paul&lt;/strong&gt; &#8212; They say you're &lt;u&gt;not supposed to tell it&lt;/u&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Amy&lt;/strong&gt; &#8212; Paul's right. &lt;u&gt;Don't tell&lt;/u&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Harry&lt;/strong&gt; &#8212; Anyway, Robert, you're in your prime: thirty-five!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Sarah&lt;/strong&gt; &#8212; Harry, hush! You &lt;u&gt;don't tell&lt;/u&gt; a person's age at our ages.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La tradition de faire un v&#339;u en soufflant les bougies semble ici purement anecdotique ; nous verrons cependant qu'elle agit comme mise en ab&#375;me de la pi&#232;ce enti&#232;re, dont la question de savoir &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; Robert peut faire un v&#339;u (et dans ce cas, lequel) r&#233;sume exactement l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que la version r&#233;vis&#233;e a amoindri le r&#244;le de Joanne, qui nagu&#232;re passait une bonne partie de cette sc&#232;ne &#224; maugr&#233;er sur les autres personnages. De m&#234;me, une indication int&#233;ressante a &#233;t&#233; ajout&#233;e par Furth dans la version r&#233;vis&#233;e : les personnages doivent entrer en sc&#232;ne de fa&#231;on froide et irr&#233;elle (&lt;i&gt;ghostly&lt;/i&gt;), avant de &#171; s'humaniser &#187; peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'&#233;criture dramatique de l'ouvrage frappe par sa qualit&#233; et sa concision, dignes des grands auteurs de l'&#233;poque ; pensons par exemple &#224; Arthur Miller, Tom Stoppard (&lt;i&gt;Rosencrantz And Guildenstern Are Dead&lt;/i&gt;, 1966), Paul Zindel (&lt;i&gt;The Effect of Gamma Rays On Man-In-The-Moon Marigolds&lt;/i&gt;, 1964), et surtout Harold Pinter (&lt;i&gt;The Homecoming&lt;/i&gt;, 1964) et Edward Albee (&lt;i&gt;Who's Afraid Of Virginia Woolf ?&lt;/i&gt;, 1962). R&#233;pertoire que George Furth conna&#238;t certainement tr&#232;s bien en sa qualit&#233; d'acteur ; cependant nous allons constater que l'&#233;criture des num&#233;ros chant&#233;s de Sondheim n'a rien &#224; envier &#224; celle des dialogues parl&#233;s de Furth, et il est probable que ce dernier y a contribu&#233;, ne serait-ce que parce que certaines r&#233;pliques pr&#233;vues pour le dialogue parl&#233; ont &#233;t&#233; recycl&#233;es dans les chansons (Olson, 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, l'ouvrage entier &#8212; et ce n'est pas la moins frappante de ses qualit&#233;s &#8212; donne l'impression d'avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; d'une seule plume, et c'est bien le parti que nous prendrons ici. Nous ne chercherons pas &#224; d&#233;terminer (ce serait en vain de toute fa&#231;on) auquel des deux auteurs l'on doit telle ou telle ligne ; de cette question, nous ferons l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable premier num&#233;ro musical se lance, dans la version originale, par un indicatif de ligne occup&#233;e. Cet &lt;i&gt;ostinato&lt;/i&gt; rythmique (&lt;i&gt;vamp&lt;/i&gt;) dicte un tempo, une hauteur (le sol b&#233;mol), et un timbre (ensuite imit&#233; par la guitare &#233;lectrique), voire une orientation stylistique : comme le note Raymond, &#171; le signal &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;occup&#233;' de base, avec ses interruptions abruptes sur le deuxi&#232;me et quatri&#232;me temps de la mesure, cr&#233;e une ersatz nerveux du coup de caisse claire sur les temps faibles, geste rock s'il en est ({obvious rock gesture}), qui est par ailleurs absent dans la partition. &#187; Par ailleurs, pour risquer un jeu de mot s&#233;miologique facile, il s'agit &#233;videmment moins d'un {signal} t&#233;l&#233;phonique que d'un {signe} s&#233;mantique : mise en ab&#375;me des impossibilit&#233;s de communication qu'illustre la pi&#232;ce, &#233;vocation d'une ambiance urbaine et moderne (le {busy signal}, &#171; the pulse of this city &#187;, dira plus loin Robert). Cette modernit&#233; affirm&#233;e est &#233;galement traduite, &#224; la cr&#233;ation, par l'extraordinaire d&#233;cor de Boris Aronson dont il nous faut dire un mot. &#192; la fois d&#233;pouill&#233; (il n'est fait que d'acier et de verre, tous les changements de d&#233;cor se faisant par l'&#233;clairage (en particulier par des projections) et incroyablement ambitieux (il demandera six cent diapositives projet&#233;es par vingt huit projecteurs, six tonnes d'acier, deux ascenseurs, sans compter sa copie en bois qui sera utilis&#233;e en r&#233;p&#233;titions), le d&#233;cor sur plusieurs niveaux est une m&#233;taphore du Manhattan contemporain : &#171; New York, d&#233;clare Aronson (cit&#233; par Ilson, 1989), est en train de devenir un unique tableau cubiste gigantesque... Nous vivons dans un monde de pousse-boutons. J'ai donc not&#233; combien de boutons je poussais du matin au soir. [...] Il faut saisir l'essence d'un lieu, et ce que la ville nous fait. &#192; New York on passe son temps &#224; bouger d'un endroit &#224; l'autre, pour &#233;viter de se faire rouler dessus. &#187; De fait, Sondheim ne commen&#231;a &#224; &#233;crire la partition qu'apr&#232;s avoir vu le d&#233;cor pr&#233;vu par Aronson. L'&#233;l&#233;ment motorique ainsi lanc&#233; par le signal t&#233;l&#233;phonique est &#224; la fois simple et moderne ({groovy}, comme l'on aurait dit &#224; l'&#233;poque) : un accord {sus} r&#233;p&#233;t&#233;, sur p&#233;dale de dominante, qui sera caract&#233;ristique de l'ensemble de l'ouvrage (c'est d'ailleurs sur le m&#234;me proc&#233;d&#233; que Sondheim construira {Into The Woods}, pr&#232;s de deux d&#233;cennies plus tard). L'ensemble vocal qui entre progressivement se caract&#233;rise par des motifs d'accumulation et de collision. Nous avons d&#233;j&#224; vu que le protagoniste pouvait &#234;tre d&#233;nomm&#233; de plusieurs fa&#231;ons (c'est m&#234;me la seule raison qui aurait conduit &#224; le baptiser Robert &#224; l'origine (Citron, 2001) ; la d&#233;monstration en est faite ici avec (liste non-exhaustive) &#171; Bobby-baby, Bobby-bubby, Robby, Robert-darling, Angel, Bob, Robo, Bobby-love, Bobby-honey, Kiddo, Bobo, Bobby-fella &#187;... Autre m&#233;canique notable, la temporalit&#233; chaotique (qui affectera l'ouvrage entier) est exprim&#233;e et mise en ab&#375;me par l'&#233;vocation d&#233;sordonn&#233;e, en quelques mesures, de tous les jours de la semaine : les diff&#233;rents couples mari&#233;s requi&#232;rent Robert pour &#171; Tuesday &#187;, &#171; Sunday &#187;, &#171; Saturday night &#187;, &#171; Thursday &#187;, &#171; Wednesday &#187;, &#171; 8 o'clock on Monday &#187;. Par la suite, leurs interventions se font plus insistantes : - requ&#234;te (&#171; will you do me a &lt;u&gt;favor&lt;/u&gt;? &#187;, &#171; I'd like your &lt;u&gt;opinion&lt;/u&gt; &#187;, &#171; there's a &lt;u&gt;problem&lt;/u&gt;, I &lt;u&gt;need&lt;/u&gt; your advice &#187;), - injonction (&#171; drop by &#187;, &#171; stop by &#187;, &#171; come on over &#187;), - inquisition (&#171; where have you been? &#187;), - hypocrisie (&#171; if you'd visit the kids once or twice &#187;), - pr&#233;t&#233;rition (&#171; I don't mean to pry &#187;, &#171; it's none of my business &#187;, &#171; I shouldn't say this, but &#187;), - voire chantage passif-agressif (&#171; you've been looking peculiar &#187;, &#171; we've been worried, 'you sure you're all right? &#187;, &#171; did I do something wrong? &#187;).&lt;p style=&#034;margin:O,indent:0&#034;&gt;Se trouvent ainsi amorc&#233;s tous les dispositifs qui seront &#224; l'&#339;uvre par la suite (par exemple dans {Poor Baby} ci-dessous). Plus que les mots eux-m&#234;me, c'est de l'accumulation que na&#238;t la contradiction : il y a ainsi un effet comique dans le fait de r&#233;p&#233;ter en ch&#339;ur &#171; only the three of us &#187; non par trois personnes, mais par une douzaine. Autre exemple, le mot &#171; love &#187; dont nous verrons qu'il sera syst&#233;matiquement d&#233;nonc&#233; dans la suite de l'ouvrage ; ici le ch&#339;ur proclame son amour &#224; Robert (&#171; we loooooooooove you &#187;) sur une invraisemblable tenue de cinq mesures la premi&#232;re fois, et m&#234;me vingt mesures la seconde. Ce n'est pas un hasard : &#171; Je mets tout en sc&#232;ne &#187;, explique Sondheim. &#171; Je minute tout, je place chaque temps. Si on veut que le personnage traverse la sc&#232;ne, ou prenne une tasse de caf&#233; et la boive ou quoi que ce soit, je chronom&#232;tre toutes ces actions chez moi. Puis je dis alors, sur ce temps-ci ou entre ces temps-l&#224;, il doit vider sa tasse. Le metteur en sc&#232;ne peut alors dire qu'il ne veut pas de tasse de caf&#233;, pas de probl&#232;me. Mais c'est &#231;a l'id&#233;e et presque aucun autre compositeur ne fait cela. [...] J'ai vu le dessin de Boris pour le d&#233;cor de la pi&#232;ce, et &#231;a m'a permis d'&#233;crire l'ouverture. Dans ma t&#234;te, j'ai mis en sc&#232;ne le num&#233;ro entier autour de cet ascenseur. [...] C'est pour &#231;a que j'ai construit ce nombre de mesures sur le mot &#171; love &#187; pour permettre &#224; l'ascenseur de bouger et d'amener tous ces gens au niveau de la sc&#232;ne. &#187;(cit&#233; par Ilson, 1989) Apr&#232;s ce d&#233;cha&#238;nement (soulign&#233; par une instrumentation exceptionnellement {groovy}, o&#249; la batterie et les trompettes ont la part belle), entre le personnage principal. Sa premi&#232;re intervention chant&#233;e pourrait &#234;tre d&#233;crite comme une chanson par liste, presqu&#8216;exclusivement en monosyllabes, chant&#233;es {staccato} sauf aux fins de phrases (notamment sur &#171; company &#187;, qui annonce la fin du num&#233;ro vocal). Malgr&#233; la bri&#232;vet&#233; des mots, les rimes sont innombrables et incroyablement riches (&#171; rings / strings &#187;, &#171; chimes / times &#187;), souvent non-apparentes graphiquement (&#171; comes / chums &#187;, &#171; nights / bites &#187;, &#171; those / photos &#187;), et m&#234;me quelques rimes internes (&#171; chimes / chums &#187;). Coh&#233;rence et concision extraordinaires : nous sommes ici au sommet de l'art de Sondheim -- en parfaite ad&#233;quation, notons-le, avec la morphologie propre &#224; la langue anglaise. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Robert}} --&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Phone rings, door chimes, in comes company!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]No strings, good times, just chums' company!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Late nights, quick bites, party games;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]deep talks, long walks, telephone calls;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]thoughts shared, souls bared, private names;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]all those photos up on the walls.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Les premi&#232;res &#233;vocations rel&#232;vent des bruits de la vie moderne (&#171; phone rings, door chimes &#187; ; on retrouve donc l'ad&#233;quation entre le sens du texte et son &#171; v&#233;hicule &#187; sonore qu'est la musique). Aux bruits succ&#232;de la parole, d'abord fragment&#233;e (&#171; quick bites, party games &#187;) puis plus d&#233;velopp&#233;e (&#171; deep talks, long walks &#187;) et de plus en plus intime (&#171; thoughts shared, souls bared &#187;). La parole appara&#238;t donc comme un stade interm&#233;diaire indispensable avant d'acc&#233;der &#224; une proximit&#233; fusionnelle, une illumination spirituelle, une v&#233;rit&#233; immanente. Sauf que : le stade ultime de cette progression, au bout du compte, s'av&#232;re &#234;tre... des photos au mur (c'est-&#224;-dire l'objet anti-philosophique par excellence), qu'on imagine parfaitement st&#233;r&#233;otyp&#233;es et couvertes de formules niaises : ici l'&#233;criture change du tout au tout, et &#171; with love &#187; est r&#233;p&#233;t&#233; {ad nauseam} sur des notes tenues d&#233;lib&#233;r&#233;ment sirupeuses. Le pr&#233;dicat m&#234;me de la phrase est d&#233;samorc&#233; par sa r&#233;p&#233;tition : &#171; &lt;/code&gt;with love' &lt;u&gt;filling the days&lt;/u&gt;, &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;with love' &lt;u&gt;seventy ways&lt;/u&gt; &#187;. Et cet amour, quel est-il ? Celui de ces &#171; good &lt;u&gt;and crazy&lt;/u&gt; people my friends &#187;, le paradoxe entre &#171; good &#187; et &#171; crazy &#187; &#233;tant expliqu&#233; par le fait qu'il s'agit de &#171; &lt;u&gt;married&lt;/u&gt; friends &#187; -- un mot sur lequel la m&#233;lodie insiste d'ailleurs de trois fa&#231;ons diff&#233;rentes : elle le place sur la note la plus aig&#252;e, en syncope, et avec le seul m&#233;lisme de toute la sc&#232;ne. Et c'est bien de cela qu'il s'agit (&#171; that's what it's &lt;u&gt;really&lt;/u&gt; about &#187;) : ces gens sont mari&#233;s, et non le protagoniste : or, conclut le ch&#339;ur, &#171; life is company, love is company &#187; ; l&#224; encore, la r&#233;p&#233;tition alt&#232;re le sens d&#233;not&#233; du propos, le transformant tout &#224; la fois en auto-c&#233;l&#233;bration et en injonction sans appel &#224; l'endroit de Robert. La mont&#233;e finale du num&#233;ro se joue, l&#224; encore, sur des r&#233;p&#233;titions : les hommes r&#233;p&#233;tent rythmiquement &#171; isn't it? &#187;, et Robert &#171; &lt;u&gt;you I love&lt;/u&gt; and you I love and you and you &#187; -- notons qu'&#224; aucun moment il ne dit &#171; I love you &#187; dans l'ordre syntaxique conventionnel, cette strat&#233;gie de contournement sera d'ailleurs un motif important de l'ouvrage. On voit donc &#224; quel point, d&#232;s ce premier num&#233;ro, le mot &#171; love &#187; se trouve discr&#233;dit&#233; : il n'appara&#238;t que sous forme socialement convenue, ou encore m&#233;diatis&#233; par un support &#233;crit et impersonnel (les photos au mur). Nous verrons d'ailleurs plus loin que dans la pi&#232;ce sont discr&#233;dit&#233;es non seulement toutes les occurrences du mot &#171; love &#187;, mais &#233;galement les mentions d'un texte &#233;crit (voir par exemple les bouts de papier que Paul laisse &#224; Amy). Or, si le mot est discr&#233;dit&#233; -- du moins aux yeux du protagoniste -- en tant que simple signifiant vid&#233; de toute charge, ce discr&#233;dit s'&#233;tend-il &#224; l'amour lui-m&#234;me, en tant que concept et sentiment ? Comment peut-il &#234;tre encore possible d'aimer lorsque les mots pour le dire ne sont &#224; m&#234;me que de duper et d&#233;cevoir ? Ce sera l&#224; toute la probl&#233;matique de l'ouvrage. Dans {Sondheim &amp; Co.} (Zadan, 1974), Sondheim expliquera comment ce premier num&#233;ro musical a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; : &#171; Le contenu dicte la forme. Quand je regarde mes toute premi&#232;res notes sur {Company}, je vois que nous avons discut&#233; autour d'une table de comment transformer ces pi&#232;ces en un acte en une com&#233;die musicale. Nous parlions des personnages centraux, et Hal Prince lan&#231;a que ce serait bien d'avoir un num&#233;ro intitul&#233;&lt;/code&gt;Company'. Seulement, &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;company' est un mot qui ne rime avec rien -- Lorenz Hart l'a fait rimer avec&lt;/code&gt;cogner le genou' (&lt;i&gt;bump a knee&lt;/i&gt;) mais ce n'est pas mon genre &#8212; aussi ne serait-il pas &#233;vident d'en faire un refrain. Et puis Hal ajouta : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;J'aimerais aussi que &#231;a pr&#233;sente les diff&#233;rents styles du spectacle -- les effets de collage -- et que &#231;a mette &#224; contribution le d&#233;cor...' Alors j'ai r&#233;pondu grincheusement comme &#224; mon habitude,&lt;/code&gt;Je sais pas si je peux... Bof, je vais voir... Je peux peut-&#234;tre &#233;crire la partition... Je sais pas.'&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Sur mon bloc-notes j'ai &#233;crit : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Everybody loves Robert (Bob, Bobby)...' Il m'&#233;tait d&#233;j&#224; venu &#224; l'id&#233;e d'utiliser des diminutifs. Puis j'ai fait dire &#224; Robert&lt;/code&gt;I've got the best friends in the world', et les r&#233;pliques me sont venues : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;You I love and you I love and you I love', puis, en parlant du mariage,&lt;/code&gt;A country I've never been to', et &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Who wants vine-covered cottages, marriage is for children.' &#199;a r&#233;sume l'attitude de Bob :&lt;/code&gt;Companion for life, who wants that ?' Et puis il dit &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;I've got company, love is company, three is company, friends are company', et j'ai commenc&#233; une liste de tout ce qui peut &#234;tre&lt;/code&gt;company'. Puis j'ai d&#233;velopp&#233; les vers : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Love is what you need is company. What I've got is friends is company. Good friends, weird friends, married friends, days go, years go, gull of company.' J'ai tortill&#233; des associations d'id&#233;es et je suis parvenu &#224;&lt;/code&gt;Phones ring, bells buzz, door clicks, company, call back, get a bit' et c'est l&#224; que m'est venu tout ce syst&#232;me de phrases courtes, staccato. Rien qu'en &#233;num&#233;rant des pens&#233;es vagues, j'avais acquis un avant-go&#251;t du rythme des parties chant&#233;es, au point que lorsque j'ai pu tourner la page pour d&#233;velopper tout cela, je me suis lanc&#233; dans des listes enti&#232;res de trucs : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;No ties, small lies. So much, too much. Easy, comfy, hearts pour, the nets descend, private jokes.' Rien que des phrases courtes, mais ce qui en est finalement ressorti &#233;tait la forme de cette chanson, qui a &#233;t&#233; plus r&#233;ussie que je ne m'y attendais. &#187; {{{&#171; The odd taste is cinnamon &#187;}}} La sc&#232;ne suivante (l'une des deux seules issues des pi&#232;ces en un acte de Furth) met en sc&#232;ne Sarah et Harry, et leurs relations de pouvoir et de frustration autour de la nourriture pour l'une, de l'alcool pour l'autre. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- There's cinnamon in the coffee, Robert... the odd taste is cinnamon. Sugar and cream?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Both. May I have lots of both?&lt;/multi&gt; &lt;/quote&gt; Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de relever que la toute premi&#232;re r&#233;plique apr&#232;s la sc&#232;ne d'exposition mentionne un &#171; odd taste &#187; -- c'est un peu ce que r&#233;serve au public la com&#233;die musicale qui s'ouvre &#224; ce moment, de par la subversivit&#233; de sa structure et de son propos. Si l'on voulait filer la mise en ab&#375;me, on pourrait noter que la suite de {Company} se construira pr&#233;cis&#233;ment autour d'images ambivalentes et de r&#233;seaux de sens qui s'annulent les uns les autres -- &#224; l'image de ce breuvage marqu&#233; par une double dualit&#233; : &#171; cinnamon in the coffee &#187;, &#171; sugar and cream &#187;. De ces derniers, Robert veut &#171; lots of both &#187; ; c'est &#224; nous, public, que la suite de la pi&#232;ce l'accordera. On pourrait m&#234;me interpr&#233;ter dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es le &#171; we have anything you want &#187; un peu plus loin : de m&#234;me que le couple de Harry et Sarah peut offrir tout et n'importe quoi &#224; Robert, la &#171; compagnie &#187; th&#233;&#226;trale des acteurs sur sc&#232;ne est en mesure de nous donner &#224; {voir} (et non &#224; boire) tout et son contraire -- y compris quelque chose de factice : car au contraire de Robert, le public n'a pas la possibilit&#233; de r&#233;pondre qu'il veut quelque chose de &#171; real &#187;. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- We don't drink, but you have some, you darling. Go ahead.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- &lt;u&gt;Or&lt;/u&gt; do you want a &lt;u&gt;real&lt;/u&gt; drink? We have anything you want.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; &lt;/quote&gt; C'est ici qu'appara&#238;t la question de la volont&#233; et du d&#233;sir, centrale aussi bien pour Robert que pour les rapports de couple en g&#233;n&#233;ral. De fait, les &#233;changes au sein du couple tournent tr&#232;s vite &#224; une confrontation que l'on devine routini&#232;re, par exemple autour du &#171; year and half &#187; que chacun des deux &#233;poux rectifie mordicus par la suite. Le langage se situe au centre du jeu de pouvoir :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Anyway, I quit to see if I really had &lt;u&gt;a drinking problem&lt;/u&gt;, and I don't.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- Just &lt;u&gt;a problem drinking&lt;/u&gt;.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- [...] Anyway, I stopped, haven't had a drink since.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- Whoops.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- &lt;u&gt;What's whoops?&lt;/u&gt; I haven't had a drink since.&lt;/multi&gt; &lt;/quote&gt; Il est int&#233;ressant de noter que d&#232;s cette sc&#232;ne, la position de Robert, en retrait et s'exprimant uniquement par questions, est mise en lumi&#232;re par les personnages eux-m&#234;me, &#224; savoir Sarah : &#171; Another question! &#187;, &#171; See how you &lt;u&gt;talk in questions&lt;/u&gt;? &#187;, puis encore plus tard &#171; Who &lt;u&gt;asks that question&lt;/u&gt;? Oh: Robert. &#187; puis &#224; la fin de la sc&#232;ne &#171; Don't answer that, Harry, he gets &lt;u&gt;no more questions&lt;/u&gt;, that sneaky Pete. &#187; ou encore, d&#232;s le d&#233;but de la sc&#232;ne : &#171; Goodness, Robert, &lt;u&gt;all the questions&lt;/u&gt;! Or do you just collect trivia like some old quiz show contestant? &#187;. Cette derni&#232;re r&#233;plique souligne que la cr&#233;ation de {Company} est indissociable de l'av&#232;nement de la culture de masse que nous connaissons encore aujourd'hui, comme en t&#233;moigne sa [page-&gt;http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/Company] sur l'indispensable site d'analyse TVtropes. De fait la vivacit&#233; du dialogue, adoss&#233;e &#224; la situation famili&#232;re mise en sc&#232;ne, peut renvoyer aux {sitcoms} t&#233;l&#233;vis&#233;es qui sont alors en pleine expansion et commencent &#224; &#234;tre enregistr&#233;es en public (avec par exemple {The Mothers-In-Law}, 1967 ou {The Good Guys}, 1968), dont les r&#233;actions et &#233;clats de rire ponctuent le discours dramatique. (J'en veux pour illustration cet [enregistrement-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=vl6r2icmrYg] de la sc&#232;ne d'ouverture de {Company} lors du 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de la cr&#233;ation, o&#249; les rires du public soulignent presque chaque r&#233;plique.) La conversation passe ensuite sur les magazines f&#233;minins (&#171; it's a sickness &#187;, glisse Harry) et... le karat&#233;, dont Sarah est pri&#233;e de faire une d&#233;monstration -- d'une fa&#231;on, d'ailleurs, discr&#232;tement dat&#233;e de la part de son &#233;poux : &#171; Show us some karate. I want to see how &lt;u&gt;my money&lt;/u&gt; is being wasted. &#187; (mais nous verrons que la comp&#233;tence de Sarah en karat&#233; fait d'elle une femme moderne et aucunement assujettie). {{{ {Little Things} }}} Le combat de karat&#233; met &#233;videmment en ab&#375;me la relation de couple des deux personnages ; il sert de toile de fond (&#224; moins que ce ne soit l'inverse) &#224; la chanson {It's The Little Things You Do Together}. Comme son titre l'indique, elle proc&#232;de en apparence d'une d&#233;marche par&#233;miologique : une formule au pr&#233;sent de l'indicatif (pr&#233;sent gnomique, de v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale), &#224; valeur de proverbe ou de maxime (&#171; it's the little things you do together [...] that make marriage a joy &#187;) est amplifi&#233;e et illustr&#233;e, puis d&#233;grad&#233;e progressivement. Cette d&#233;gradation se traduit avant tout dans le choix des verbes (soulign&#233;s par un contretemps dans le rythme de la m&#233;lodie), d'abord monosyllabiques puis plus longs, ainsi que par le jeu des rimes internes (&#171; It's neighbors you ann&lt;u&gt;oy&lt;/u&gt; together / children you destr&lt;u&gt;oy&lt;/u&gt; together / that keep marriage intact &#187;) jusqu'&#224; se transformer en contresens monstrueux (&#171; it's things like using force together / shouting till you're hoarse together / getting a divorce together, that make perfect relationships! &#187;). L'ironie, toutefois, est pr&#233;sente d&#232;s le d&#233;but (juxtaposition du karat&#233; et des pr&#233;tendues joies du mariage), et soulign&#233;e par des &#171; hmm-hmm... Kiss-kiss... &#187; ; notons d'ailleurs, dans le m&#234;me passage, une correction de Sondheim dans la version r&#233;vis&#233;e : &#171; it's much the simplest of crimes &#187; devient &#171; the cleanest of crimes &#187;, avec une meilleure allit&#233;ration. Toujours guillerette et dansante (on peut y entendre une mani&#232;re de calypso ou de cha-cha-cha), la musique participe &#233;videmment de l'ironie en contrastant avec les paroles de plus en plus sordides. On note &#233;galement la pr&#233;dilection de Sondheim pour les rimes sophistiqu&#233;es : &#171; pursue / accrue / misconstrue &#187; -- peut-&#234;tre est-ce ce genre d'&#233;criture qui conduit un [critique-&gt;http://blogs.telegraph.co.uk/culture/michaelwhite/100051815/stephen-sondheims-company-can-it-work-in-the-21st-century/] &#224; insinuer qu'il faut un doctorat de Harvard pour comprendre les paroles... -- ainsi que les rimes non-apparentes : nous allons voir ci-dessous &#171; w&lt;u&gt;orst&lt;/u&gt; / f&lt;u&gt;irst&lt;/u&gt; &#187; et &#171; a&lt;u&gt;head that&lt;/u&gt; / s&lt;u&gt;aid that&lt;/u&gt; &#187;. Exactement au milieu de la chanson, Joanne est rejointe par le ch&#339;ur des autres couples, dont le point de vue sur le mariage pourrait aussi bien se lire comme une description m&#233;taleptique du projet de {Company} m&#234;me :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Ch&#339;ur}} -- It's not talk of God and the decade ahead that&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]allows you to get through the worst.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]It's &#171; I do &#187;, and &#171; you don't &#187;, and &#171; nobody said that &#187;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]and &#171; who brought the subject up first? &#187; &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Comme on le voir, la {parole} ne sert &#224; rien, qu'il s'agisse de parler de Dieu -- nous reviendrons d'ailleurs sur le traitement de la question religieuse dans l'ouvrage, de l'avenir ou autres grandes notions. Ce qui fait le mariage (et aide &#224; survivre au pire), ce sont les chicayas, les engueulades syst&#233;matiques mesquines, les accusations r&#233;ciproques -- ou, pour revenir sur un plan m&#233;taleptique, le langage en lui-m&#234;me ne sert &#224; rien, ce sur quoi se concentrera l'ouvrage ce sont les &#233;changes st&#233;riles, les inversions et contradictions (&#171; I do / you don't &#187;), et les annulations langagi&#232;res (&#171; nobody said that &#187;). Le personnage de Joanne, sur lequel nous reviendrons, est &#233;videmment le plus appropri&#233; pour cette chanson : &#171; It's not so hard to be married: I've done it &lt;u&gt;three or four times&lt;/u&gt;. &#187; Ce motif du mariage r&#233;p&#233;t&#233; et surnum&#233;raire, revient &#224; plusieurs reprises dans l'ouvrage, c'est d'ailleurs l'un des premiers &#233;changes de la sc&#232;ne d'anniversaire ci-dessus, qui a aussi l'avantage de pr&#233;senter Joanne :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Peter}} -- May this year bring you fame, fortune and your &lt;u&gt;first&lt;/u&gt; wife.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Listen, I'm fine without the three.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Joanne}} -- You bet your ass, baby. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; L&#224; encore, l'&#233;criture et son ironie d&#233;sabus&#233;e renvoie aux {sitcoms} t&#233;l&#233;vis&#233;es (et particuli&#232;rement aux plus am&#232;res, comme par exemple celles produites aujourd'hui par Chuck Lorre). Notons par ailleurs l'emploi substantiv&#233; du num&#233;ral &#171; three &#187;, qui reviendra &#224; plusieurs reprises dans l'ouvrage. Pour autant, ne peut-on &#234;tre tent&#233; de lire cette chanson au premier degr&#233; ? Il me semble que la question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e : m&#234;me si le propos et le ton est &#233;videmment parodique, la r&#233;p&#233;tition en &#233;piphore du mot &#171; together &#187; (dont il n'y a quasiment aucune occurrence dans le reste de l'ouvrage) souligne que, malgr&#233; tout, les &#233;changes au sein du couple (y compris sa s&#233;paration) se font ensemble. Ce n'est certes pas une relation parfaite, mais c'est la {seule} possible -- et l'on comprend alors que ce qui est ici d&#233;nonc&#233; n'est pas les relations en tant que telles, mais bien la qu&#234;te d'une &#171; perfect relationship &#187;. Ce type de d&#233;marche se retrouvera tout au long de l'ouvrage : des maximes (ou en tout cas &#233;nonc&#233;s gnomiques) sont ensuite d&#233;menties par les faits ou -- surtout -- d&#233;mont&#233;es en elles-m&#234;mes, par des retournements de syllogismes, des interversions ou des substitutions. Moins que la facticit&#233; du mariage, le texte d&#233;montre donc l'absurdit&#233; des propos g&#233;n&#233;raux et mondains qui pr&#233;tendent le r&#233;soudre : pour illustration, dans le cas de Sarah et Harry, la communication entre &#233;poux ne se situe m&#234;me plus au stade du langage, mais se r&#233;duit &#224; des prises de karat&#233; et des &#233;ructations (il est d'ailleurs fort int&#233;ressant de [voir-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=HVf78joLfSg]], pendant les s&#233;ances d'enregistrement, l'auteur George Furth se pr&#233;cipiter aupr&#232;s des acteurs pour r&#233;gler pr&#233;cis&#233;ment leurs grognements). Le fait que la chanson ({Little Things}) soit d&#233;volue &#224; un autre personnage que ceux en sc&#232;ne, met en &#339;uvre le dispositif de commentaire ext&#233;rieur, de {Verfremdungseffekt} pourrait-on dire, typique de l'ouvrage ; c'est ici d'autant plus frappant que l'action {s'arr&#234;te} effectivement, de fa&#231;on spectaculaire -- Sarah et Harry restant fig&#233;s dans leurs postures de karat&#233; le temps de chaque couplet. Ce dispositif, Sondheim le [d&#233;crit-&gt;http://www.sondheim.com/commentary/blecht.html] lui-m&#234;me en des termes brechtiens, quoiqu'&#224; contrec&#339;ur : &#171; il fallait utiliser toutes les chansons, je regrette de le dire, dans une mani&#232;re brechtienne de commentaire et contrepoint. Voyez-vous, je trouve que Brecht n'a pas d'humour, et que ses d&#233;monstrations sont tellement &#233;videntes dans le texte lui-m&#234;me que les chansons sont sans surprise pour moi. Nous avons cependant tent&#233; d'utiliser cette forme, et de l'am&#233;liorer. Nos chansons venaient interrompre les sc&#232;nes avec des personnages en g&#233;n&#233;ral ext&#233;rieurs &#224; l'action. Dans la plupart des chansons, les interpr&#232;tes s'adressent moins aux uns aux autres qu'au public et de ce fait la musique arr&#234;te le spectacle, nous d&#233;sengage affectivement de la sc&#232;ne et jette un &#233;clairage souvent acerbe sur les personnages et l'action. &#187; De fait, la d&#233;marche de Sondheim n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; celle de Brecht (voir &#224; ce sujet McMillin, 2005) ; peu de temps avant {Company}, il avait m&#234;me travaill&#233;, non sans remontrances, &#224; l'[adaptation-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Race_to_Urga] d'une de ses pi&#232;ces. La derni&#232;re prise de karat&#233; am&#232;ne la fin du combat, Robert s'&#233;tant malencontreusement trouv&#233; coinc&#233; entre les deux combattants (m&#233;taphore visuelle &#233;vidente de sa position vis-&#224;-vis du couple, voire des couples mari&#233;s en g&#233;n&#233;ral). La sc&#232;ne se termine enfin sur un &#171; I love you &#187; de Sarah &#224; Harry, bien s&#251;r compl&#232;tement d&#233;samorc&#233; par le contexte : si les personnages eux-m&#234;me continuent &#224; tenter de croire &#224; leur illusion, ni le ch&#339;ur, ni Robert, ni le public, ne sont dupes. {{{ {Sorry-Grateful} }}} La chanson suivante est une des plus grandes r&#233;ussites de l'ouvrage, d'un point de vue tant expressif que formel. Il s'agit encore d'une chanson-commentaire, et notons d'ailleurs &#224; ce sujet que c'est de l&#224; que na&#238;t, en fait, la possibilit&#233; m&#234;me du chant : des personnages ancr&#233;s dans leur routine mat&#233;rialiste, leurs n&#233;vroses urbaines et leur morosit&#233; quotidienne ne seraient pas les gens que l'on s'attendrait &#224; voir tout l&#226;cher le temps de pousser une chansonnette -- Sondheim le reconna&#238;t lui-m&#234;me : &#171; They are so unmusical, so unsingable -- George writes nonsinging people &#187; (cit&#233; par Citron, 2001). Le passage &#224; la voix chant&#233;e marque donc une pause, un espace-temps ind&#233;termin&#233; qui se situe en marge de l'action et de la di&#233;g&#232;se. Dans ce lieu &#224; part, entrent successivement Harry, David et Larry, puis tous les trois ensemble avant une derni&#232;re r&#233;-exposition par Larry. Le d&#233;but des paroles illustre magnifiquement le balancement syntaxique et d&#233;mantique de la chanson, o&#249; chaque proposition vient contredire la pr&#233;c&#233;dente :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Robert}} -- Harry, 'you ever sorry you got married? {{Harry}} --&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You're always sorry,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You're always grateful,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You're always wonderin'&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]What might have been,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Then she walks &lt;u&gt;in&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt; _ &lt;br&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And still you're sorry,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And still you're grateful,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And still you wonder,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And still you doubt,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And she goes &lt;u&gt;out&lt;/u&gt;. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Le mouvement en &#171; in &#187; puis &#171; out &#187; est naturellement mim&#233;tique du balancement logique des contradictions successives, mais aussi de cet espace de la chanson qui n'est ni hors-sc&#232;ne ni en sc&#232;ne : de m&#234;me, la vie de couple n'est ni sans regret ni sans gratitude -- on se trouve dans l'entre-deux. Dans un m&#234;me ordre d'id&#233;e, la m&#233;lodie utilis&#233;e &#224; la fois pour les couplets et les refrains se tient sur deux notes conjointes, dans un sens puis dans l'autre : la-sol / sol-la. La m&#233;lodie proc&#232;de en arche : d'abord progressivement montante avec des secondes puis des tierces puis descendante avec un triton -- le dessin m&#233;lodique et rythmique sur &#171; what might have been &#187; est exactement le m&#234;me que celui qu'utilise Mrs Lovett pour demander &#224; Sweeney Todd &#171; &lt;multi&gt;[en]what's your rush?&lt;/multi&gt; &#187; dix ans plus tard -- puis de nouveau les tierces. Notons ici (comme toujours chez Sondheim) les nombreuses rimes internes, notamment ci-dessous la trouvaille &#171; sor&lt;u&gt;ry-grateful&lt;/u&gt; / regretful &#187;. Le couplet ci-dessus avait introduit une rime en {-er}, qui ne sera r&#233;solue que plus loin dans le refrain admirable :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] You're sorry-grateful,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Regretful-happy.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Why look for answers&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]When none occur?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You always are what you always were,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Which has &lt;u&gt;nothing&lt;/u&gt; to do with, &lt;u&gt;all&lt;/u&gt; to do with her. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Et John Bush Jones de voir ici (&#224; la suite de Berkowitz) la phrase-cl&#233; de l'ouvrage entier : &#171; why look for answers where none occur? &#187;. Une autre lecture possible de Sorry-Grateful est propos&#233;e par Bristow et Butler (1987), qui notent que la chanson est compos&#233;e de soixante-six mesures (nombre divisible aussi bien par deux que par trois), elles-m&#234;me faisant intervenir tant&#244;t des m&#233;triques &#224; trois temps tant&#244;t &#224; deux temps : il n'y a &#233;videmment qu'un pas pour y voir une mise en ab&#375;me de la cod&#233;pendance entre le couple idiosynchrasique et Robert. Pour en revenir &#224; un point de vue plus linguistique, notons que le champ lexical de l'amour est ici totalement absent, comme d'ailleurs tout indice de diff&#233;rentiation sexuelle autre que le genre des pronoms. Ce qu'exprime cette chanson, est donc tout autre que le classique paradoxe m&#233;ta-linguistique associ&#233; au regard amoureux (d&#233;crire par des mots combien les mots sont impuissants &#224; d&#233;crire l'&#234;tre aim&#233; dans toute sa perfection). Ce n'est d'ailleurs pas, nous le verrons, le seul {topos} litt&#233;raire auquel l'ouvrage &#233;chappe. Ici, comme l'a tr&#232;s justement remarqu&#233; Berkowitz, le motif de la contradiction est pr&#233;sent d'une fa&#231;on presque syst&#233;matique. Au point que la syntaxe elle-m&#234;me est parfois bouscul&#233;e, en asynd&#232;te ou &#233;pizeuxe :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]You hold her thinking you're not alone -- &lt;u&gt;you're still alone&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]which has nothing to with, &lt;u&gt;all to do with&lt;/u&gt; her.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Plus qu'une contradiction, il me semble que c'est le langage lui-m&#234;me qui est remis en cause dans son expressivit&#233; et sa capacit&#233; &#224; faire sens. Consid&#233;rons ainsi la phrase suivante :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Larry}} -- Good things get better, bad get worse.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Wait, I think I meant that in reverse.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; On le voit, les personnages sont eux-m&#234;me d&#233;sempar&#233;s face &#224; l'insuffisance du langage et de la logique. Et de surcro&#238;t, si l'on regarde plus attentivement, ces deux propositions ne gagnent en fait rien &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;es &#171; {in reverse} &#187; :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]&lt;u&gt;Bad&lt;/u&gt; things get &lt;u&gt;better&lt;/u&gt;, &lt;u&gt;good&lt;/u&gt; get &lt;u&gt;worse&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Ce qui appara&#238;t finalement, et c'est peut-&#234;tre l&#224; le motif central de l'ouvrage, est l'{interchangeabilit&#233;} des termes. On peut dire une proposition puis exactement son contraire, mais finalement rien ne change vraiment &#233;tant donn&#233; l'inaptitude fondamentale du langage : les phrases n'expriment aucune v&#233;rit&#233; personnelle, mais constituent juste un jeu de l'esprit qui dispose les termes dans un sens puis dans l'autre. Ou, pour le dire plus bri&#232;vement :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Everything's different, &lt;u&gt;nothing's changed&lt;/u&gt;;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Only maybe &lt;u&gt;slightly rearranged&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; {{{&#171; We're getting a divorce! &#187;}}} La sc&#232;ne suivante se tient sur le balcon ({terrace}) de l'appartement de Peter et Susan, deux r&#244;les mineurs d&#233;pourvus de num&#233;ro musical. Relativement br&#232;ve, elle fait intervenir plusieurs des dispositifs &#224; l'&#339;uvre dans les autres sc&#232;nes : la narration par le couple d'une anecdote &#224; deux voix (parfois divergentes, comme nous l'avons vu avec les arrestations de Harry pour conduite en &#233;tat d'ivresse dans la sc&#232;ne pr&#233;c&#233;dente), la complicit&#233;-concurrence entre les deux &#233;poux... et le coup de th&#233;&#226;tre. Notons l'incise &#224; la troisi&#232;me personne dans le discours de Robert, qui se met en sc&#232;ne lui-m&#234;me (tournure quelque peu affect&#233;e mais relativement courante, dans laquelle il ne me semble pas devoir lire une quelconque subtilit&#233; s&#233;miologique). &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Robert}} -- You two are, &lt;u&gt;he said with envy&lt;/u&gt;, just beautiful together. Really. A terrific pair. And, Peter, if you ever decide to leave her, I want to be the first to know.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Susan}} -- Well...&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Peter}} -- You're the first to know.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- What?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Susan}} -- {(triomphalement)} &lt;u&gt;We're getting a divorce&lt;/u&gt;!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Peter}} -- We haven't told anyone yet. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; L'effet comique se d&#233;gage &#233;videmment par r&#233;f&#233;rence au clich&#233; social d'une annonce de fian&#231;ailles, dont les termes sont ici invers&#233;s tout en gardant la m&#234;me phras&#233;ologie et le m&#234;me ton, tout comme dans {Little Things} pr&#233;c&#233;demment. La satire sociale passe par le d&#233;tournement du langage. D&#233;sempar&#233;, Robert en est r&#233;duit &#224; faire la conversation lui-m&#234;me, alignant les lieux communs jusqu'&#224; se rendre compte que les mots ne sont ici d'aucun secours, ni pour ses interlocuteurs ni pour lui-m&#234;me. (Le &#171; how I feel &#187; peut ici &#234;tre rapproch&#233; du &#171; I feel it &#187; dans la sc&#232;ne d'ouverture.) &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Robert}} -- Oh. I'm so surprised. Maybe you'll work it out. {(pause)} Don't think so, huh? {(pause)} Well, I'm sure nobody can imagine how you feel. {(&#224; Susan)} Or {you} feel. {(pour lui-m&#234;me)} Or &lt;u&gt;I&lt;/u&gt; feel.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- Feel? I just don't feel anything.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; {{{&#171; Right off the front lawn &#187;}}} &#192; cet &#233;change s'encha&#238;ne abruptement une nouvelle sayn&#232;te, coupant court au d&#233;sarroi de Robert. Cette sc&#232;ne (dernier vestige conserv&#233; des pi&#232;ces de Furth) se joue cette fois dans l'appartement de David et Jenny, en une fin de soir&#233;e agr&#233;ment&#233;e par des drogues douces (m&#234;me si la marijuana n'est &#233;voqu&#233;e que par allusion). Comme nous le disions plus haut, la th&#233;matique qui fait ici irruption est directement li&#233;e &#224; un r&#233;pertoire &#171; ill&#233;gitime &#187; tel que la com&#233;die musicale {Hair} ; cette sc&#232;ne est cependant per&#231;ue comme nettement moins acceptable socialement aujourd'hui qu'en 1970, et pose encore obstacle (ainsi qu'une sc&#232;ne ult&#233;rieure ayant trait &#224; l'homosexualit&#233;) &#224; l'adoption de l'&#339;uvre dans certaines &#233;coles. Certains commentateurs actuels trouvent dat&#233;e l'id&#233;e qu'un un couple trentenaire petit-bourgeois, mari&#233; avec enfants, puisse s'adonner &#224; la consommation de stup&#233;fiants : c'est oublier que nous n'avons pas affaire ici &#224; des hippies, et que m&#234;me pour ce couple de 1970 il s'agit d'une exp&#233;rience rare et ridicule. Jenny elle-m&#234;me souligne l'&#233;tranget&#233; de la situation (&#171; we're just too old &#187;), et son &#233;poux la m&#233;prise pour cela (&#171; She loved it for me, she doesn't really love it &#187;). D'autres critiques jugent improbable, au contraire, que des trentenaires d&#233;couvrent la drogue pour la premi&#232;re fois ; d&#233;bat dans lequel je me garderai bien de prendre position. L'effet de la drogue est traduit par un d&#233;ni hyperverbalis&#233; de Jenny (logorrh&#233;e qui la conduira m&#234;me, au ravissement de son &#233;poux et Robert mais sans doute &#224; l'&#233;pouvante du public am&#233;ricain de base, &#224; dire des gros mots). Victime de sa propre parole, elle compte elle-m&#234;me le nombre de fois o&#249; le juron &#171; Jesus &#187; lui &#233;chappe : &#171; That's three! &#187; (nous verrons d'ailleurs que ce nombre n'est pas choisi au hasard). Il s'agit l&#224; d'un dispositif que l'on retrouve souvent dans la pi&#232;ce : le malaise du personnage est exprim&#233; moins par les mots eux-m&#234;me que par leur abondance, qui pr&#233;cis&#233;ment les vide de leur sens. Robert, en comparaison, ne dit presque rien, mais ses interventions ont davantage de sens. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Jenny}} -- Feel? I just don't feel anything. Here David, I don't care for any more, it's too small. It's too small! It probably just doesn't work on me. Do {you} feel anything David, do you, honey? 'Cause I don't.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- You will.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- When? I mean, We've had two, for heaven's sake. I think maybe it depends on the person's constitution, don't you Dave? Well, listen. It's always good to try everything once.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Just wait.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- I'm not planning on going anywhere; maybe I'm just too dumb or square, but I honestly don't feel anything, do you David, because I don't, absolutely nothing, honestly, not a thing, I wish I did, I just don't. Maybe they gave you real grass, right off the front lawn. I knew I wouldn't feel anything though, I don't have that kind of constitution -- why am I talking so much?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- You're stoned. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Cette sc&#232;ne introduit &#233;galement plusieurs motifs importants que l'on retrouvera plus tard. &#192; commencer par l'implication plus ou moins directe de Robert dans ce qui appara&#238;t ici comme un triangle amoureux en formation : &#171; You're terrific, Jenny; you're the girl I should have married. &#187; -- &#224; quoi r&#233;pond peut-&#234;tre Jenny, bien plus tard et apr&#232;s le num&#233;ro musical &#171; I don't know. Maybe you're right. Whoever knows? &#187;. {{{&#171; It's avoiding me, if anything &#187;}}} La version r&#233;vis&#233;e met nettement l'accent sur la question du mariage, introduite par le couple mari&#233; quoique d'une fa&#231;on discordante. Observons en particulier comme, dans l'&#233;change suivant, les deux &#171; no &#187; successivement de David puis Jenny, sont d&#233;mentis par la suite imm&#233;diate de leur propos :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Jenny}} --Too me a person is not complete until he's married.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- He's complete enough. You're better off the way you are.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- That's what I hear.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- Dave, do you mean that?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- &lt;u&gt;No&lt;/u&gt;. {(pause)} &lt;u&gt;Frankly&lt;/u&gt;, sometimes I'd like to be &lt;u&gt;single&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- Oh. That's not even funny!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- It has nothing to do with you.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- I'm your {wife}!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- And that's the way I want it. But don't you ever wish you could be single again? I mean for an hour even?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- &lt;u&gt;No&lt;/u&gt;. {(pause)} Could you make it &lt;u&gt;two&lt;/u&gt; hours? &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; On trouve un effet d'&#233;cho similaire imm&#233;diatement apr&#232;s, avec les deux &#171; actually &#187;, qui encadrent des &#233;nonc&#233;s contradictoires. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Jenny}} -- Bobby, you'll get yourself married. You see the ideas that you're giving Dave.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- I will, I will. It's not like I'm avoiding marriage. It's avoiding me, if anything. &lt;u&gt;I'm ready&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- &lt;u&gt;Actually&lt;/u&gt;, you're not. But listen: not everybody should be married, I guess.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- I don't know. &lt;u&gt;Actually&lt;/u&gt;, a man should be married. Your life has a -- &lt;u&gt;what am I trying to say&lt;/u&gt; -- a point to it. A bottom, d'you know what I'm saying? I have everything. But freedom. Which is everything, huh? No. This is everything: I've got my wife, my kids, a home. I feel that, uh, well, you gotta give up to get. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; La suite de l'&#233;change introduit le mot &#171; right &#187;, qui servira &#224; lancer le num&#233;ro musical suivant. Autre motif important, le d&#233;ni de Robert, notamment exprim&#233; par des d&#233;n&#233;gations r&#233;p&#233;t&#233;es, ainsi que par l'affirmation &#171; I'm ready &#187; que nous retrouverons plus tard (et qui devait m&#234;me originellement constituer, comme nous le verrons avec la chanson {&lt;html&gt;Marry Me A Little&lt;/html&gt;}, la fin de l'ouvrage). &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Jenny}} -- I don't feel you're really ready. Do you think maybe, I mean subconsciously, you might be resisting it?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;No&lt;/u&gt;. &lt;u&gt;Negative&lt;/u&gt;. &lt;u&gt;Absolutely not&lt;/u&gt;. I have &lt;u&gt;no&lt;/u&gt; block, &lt;u&gt;no&lt;/u&gt; resistance. &lt;u&gt;I'm ready to be married&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- Then why aren't you?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- I've always had things I wanted to accomplish. That's the main reason. First I had to finish school, then I wanted to get started. To get some kind of security and, just things I wanted to do before I could begin to think in terms of marriage. &lt;u&gt;I know that can sound like rationalization but it's not&lt;/u&gt;. Frankly, I wanted to have some fun before I had to settle down.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- And you've done all those things.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;Right&lt;/u&gt;. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; {{{ {You Could Drive A Person Crazy} }}} Tout comme celui de Joanne pr&#233;c&#233;demment, ce nouveau num&#233;ro vocal s'ins&#232;re dans la sc&#232;ne parl&#233;e, et transforme l'espace th&#233;&#226;tral, jusque l&#224; r&#233;aliste (l'appartement de David et Jenny, o&#249; l'on doit se pr&#233;occuper des enfants et ne pas parler trop fort sous peine de se faire expulser), en espace symbolique -- o&#249; les trois pr&#233;tendantes de Robert peuvent chanter en ch&#339;ur alors qu'elles n'auraient th&#233;oriquement jamais d&#251; se rencontrer dans un m&#234;me lieu. Robert les pr&#233;sente l'une apr&#232;s l'autre au moyen d'un artifice th&#233;&#226;tral ; il r&#233;it&#232;re &#233;galement, avec une quantit&#233; excessive de modalisateurs laudatifs, son &#171; I'm ready &#187;. On retrouve &#233;galement le &#171; right &#187;, qui, r&#233;p&#233;t&#233; en rythme, pr&#233;side au lancement de la chanson. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- You just wait. You're going to see &lt;u&gt;major&lt;/u&gt; changes in my life. I meet women all the time. All over the place. All you gotta do is live in New York and you meet a girl in a minute. And I've met some &lt;u&gt;real special&lt;/u&gt; ladies recently. Like right now, I'm dating this flight attendant. Cute, oridinal... odd. Oh, and Kathy, you guys never met Kathy, did you? Well, she's the best... I'm talking the best! Oh, and then there's Marta. God, now she is fun! I'm certainly not resisting marriage! I mean it when I say that my life is &lt;u&gt;totally&lt;/u&gt; prepared for a &lt;u&gt;gigantic&lt;/u&gt; change right now. &lt;u&gt;I am ready to be married&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- &lt;u&gt;Right&lt;/u&gt;. Then why aren't you?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Right.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Marta}} -- Right!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- Right!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Kathy}} -- Right!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{(toutes les trois)} Doo -- doo! Doo -- doo! &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Ce trio vient &#233;videmment en n&#233;gation totale (et non sans effet comique) des certitudes pr&#233;c&#233;demment affirm&#233;es par Robert, exactement comme dans l'&#233;change pr&#233;c&#233;dent avec Jenny (&#171; I'm ready. -- {Actually, you're not.} &#187;). Pr&#234;t &#224; se marier, vraiment ? Que nenni, nous d&#233;montrent les trois premi&#232;res concern&#233;es : peur de s'engager, pr&#233;liminaires sans conclusion, comportement (&#224; leurs yeux du moins) incoh&#233;rent ; l'affaire est entendue et Bobby n'est qu'un &#171; hobby &#187; &#224; abandonner (jeu de mot dont Sondheim finira d'ailleurs par faire la chute du num&#233;ro). L'affaire est entendue :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]He's crazy,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]He's a troubled person,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]He's a truly crazy person himself.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en][...]&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You're crazy,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You're a lovely person,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]You're a moving,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Deeply malajusted,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Never to be trusted,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Crazy person yourself.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; C'est &#233;galement la premi&#232;re fois (voire la seule, dans la version quelque peu &#233;dulcor&#233;e de 1970) o&#249; est sugg&#233;r&#233;e, et &#233;cart&#233;e, l'hypoth&#232;se d'un Robert homosexuel. La version d'origine le fait en un terme [extr&#234;mement insultant-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Faggot_%28slang%29] :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]I could understand a person if a person was a fag.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; qui sera remplac&#233; en 1995 par une formule plus moderne et depuis lors bien mieux accept&#233;e socialement :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]I could understand a person if he happened to be gay.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Nous reviendrons plus loin sur cette th&#233;matique, qui n'est ici &#233;voqu&#233;e qu'en passant ; de fa&#231;on int&#233;ressante, le reste de la chanson est totalement asexu&#233; (mais non d&#233;sexualis&#233;, voir &#171; Good in bed &#187;) gr&#226;ce au terme &#171; person &#187;, qui permet, tant&#244;t sujet ou compl&#233;ment, de d&#233;signer aussi bien Robert -- jamais nomm&#233; -- que ses victimes ou qui que ce soit d'autre. La superficialit&#233; est pouss&#233;e jusqu'au non-sens, avec des phrases telles que &#171; When a person's personality is personable &#187;. On pourra &#233;galement noter une m&#233;taphore quelque peu inattendue : &#171; I'm workin all my charms / A &lt;u&gt;zombie&lt;/u&gt;'s in my arms. &#187;, fil&#233;e plus tard avec &#171; You impersonate a person / better / than a &lt;u&gt;zombie&lt;/u&gt; should. &#187; Les zombies sont, &#224; cette &#233;poque, une mode nouvelle (le film [{Night Of The Living Dead}-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Night_of_the_Living_Dead] est sorti fin 1968), m&#234;me si le mot n'y appara&#238;t pas). Ici le mot &#171; zombie &#187; fait &#233;videmment &#233;cho au mot &#171; crazy &#187;, lequel r&#233;sume &#224; peu pr&#232;s l'analyse psychologique dont sont capables les trois jeunes femmes. De ce terme -- assez typique de la langue am&#233;ricaine urbaine de l'&#233;poque -- il faudrait d'ailleurs faire un relev&#233; exhaustif dans l'ensemble de la pi&#232;ce, qu'il jalonne de bout en bout, caract&#233;risant tant&#244;t les amis de Robert (&#171; these good and crazy people my friends &#187;, &#171; we're so crazy, he's so sane &#187;), tant&#244;t Robert lui-m&#234;me comme c'est le cas ici, tant&#244;t le personnage d'Amy, dont nous verrons qu'il a un statut &#224; part. Cependant, c'est sans doute la mise en musique qui en dit le plus sur la fiabilit&#233; de ces trois points de vue -- qui n'en font d'ailleurs qu'un, les trois femmes chantant en homorythmie avec des accords assez serr&#233;s ({close harmony}) comme dans le trio des [Andrew Sisters-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Andrew_sisters], c&#233;l&#233;brissime dans l'Am&#233;rique des ann&#233;es 1940. L'&#233;criture instrumentale et vocale (pour ne rien dire de la [chor&#233;graphie-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=mGkbZ54-VU0]) est &#224; l'avenant : c'est ici le seul endroit de l'ouvrage o&#249; certains passages vocaux ne sont aucunement motiv&#233;s par du texte (m&#234;me le &#171; Bo-bby, bah-bah-bah-by &#187; de l'ouverture, dont nous avons parl&#233; plus haut, est forg&#233; &#224; partir du mot &#171; Bobby &#187;). En d'autres termes, ces trois personnes qui sont autant d'int&#233;r&#234;ts (sentimentaux, sexuels, matrimoniaux) potentiels pour Robert, soient d'embl&#233;e pr&#233;sent&#233;es comme {d&#233;coratives} -- et l'on comprend naturellement que leurs relations ne m&#232;neront, par essence, nulle part. Le regroupement sur cette de ces trois femmes prend ainsi un tout autre sens, soulign&#233; par la chor&#233;graphie : avec cette sc&#232;ne, le dispositif de commentaire brechtien d&#233;bouche en fait sur un num&#233;ro de [{revue}-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Revue], dans&#233; et chant&#233; comme cela se pratiquait avant-guerre. Ni symbolique ni m&#233;taphorique, l'espace sc&#233;nique s'abstrait totalement de la di&#233;g&#232;se et devient une simple sc&#232;ne de foire ou de cabaret (c'est pr&#233;cis&#233;ment le dispositif de la com&#233;die musicale [du m&#234;me nom-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Cabaret_%28musical%29] produite par Prince en 1966), d'o&#249; les interpr&#232;tes s'adressent directement au public. Et pourtant, cette sc&#232;ne n'est pas un interlude ni une rupture dans la narration : Robert est toujours Robert, et le registre de langue reste, nous l'avons vu, contemporain (au point d'un anachronisme comique pour le spectateur familier des r&#233;f&#233;rences mises en &#339;uvre). C'est dire la plasticit&#233; du dispositif narratif de {Company}, qui permet de m&#233;langer les genres, les &#233;poques, les esth&#233;tiques et les situations d'&#233;nonciation, sans perdre sa coh&#233;rence et sans abandonner ses personnages. &#192; un perte d'individuation pr&#232;s, toutefois : au contraire de ce que nous donnent &#224; voir les sc&#232;nes ult&#233;rieures, les trois femmes n'ont ici aucune sensibilit&#233; propre, voire aucune psychologie. L'&#233;criture toute enti&#232;re du num&#233;ro tend vers la caricature, les &#171; doo-doo &#187; s'ajoutant aux fautes grammaticales (&#171; which it only makes a person gladly &#187;, remplac&#233; dans la version r&#233;vis&#233;e par &#171; which could only make a person &#187;). De fait, le texte original regroupe ces trois personnages sous le terme (g&#233;n&#233;rique et condescendant) &#171; girls &#187; ; il faudra attendre la version r&#233;vis&#233;e pour qu'elles soient d&#233;sign&#233;es nomm&#233;ment. Mais le mal est fait : sont ainsi d&#233;samorc&#233;es, par avance, toutes les sc&#232;nes &#224; venir et les efforts de Robert pour nouer une relation sentimentale. Sa complexit&#233; et ses incertitudes sont condamn&#233;es &#224; entrer en collision avec des st&#233;r&#233;otypes -- dont nous allons voir un autre exemple ci-apr&#232;s. {{{ {Have I Got A Girl For You} }}} Le ch&#339;ur du d&#233;but reprend, avec une variante importante : il ne s'agit plus de &#171; just be the three of us &#187; mais cette fois &#171; just be the &lt;u&gt;four&lt;/u&gt; of us &#187; -- en d'autres termes, les couples se liguent pour caser Robert (on dirait en anglais &#171; set up &#187;, c'est-&#224;-dire pi&#233;ger) avec une de leurs connaissances. C'est l&#224; que la &#171; compagnie &#187; d'amis montre sa puissante injonctive et prescriptive, presque totalitaire comme nous allons le voir. Seuls les hommes restent ensuite en sc&#232;ne, en un ensemble vocal -- toujours dans l'esth&#233;tique {revue} -- digne cette fois des groupes masculins des ann&#233;es 1940, mais avec un accompagnement plus recherch&#233; : accords dissonants volontairement &#171; salis &#187;, rythme en trois-pour-deux tr&#232;s marqu&#233; (nous &#233;viterons d'y voir une symbolique quelconque, contrairement &#224; Bristow &amp; Butler, 1987). Tour &#224; tour ils &#233;voquent une possible conqu&#234;te amoureuse en vue pour Robert, avec une tournure famili&#232;re (&#171; Have I got a girl for you, boy oh boy &#187;), dans laquelle le verbe &#171; have &#187; r&#233;duit la personne en question &#224; un objet : pour le dire autrement, il s'agit simplement de &#171; faire l'article &#187; comme un bateleur au march&#233;. Et quels sont leurs arguments de vente ? Pour la premi&#232;re, c'est qu'elle est &#171; dumb &#187; -- et s'enivre volontiers de [cocktails-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Sazerac] -- et pour la seconde, qu'elle est &#171; smart &#187;, et vers&#233;e dans des positions sexuelles exotiques. On le voit, seul compte au final l'objet sexuel, et ces hommes mari&#233;s expriment ici grossi&#232;rement leur libido (&#171; You just give her the fruit and she swings &#187;), leur frustration, et leur d&#233;sir de vivre par procuration voyeuriste, en la personne de Robert, les fantaisies sexuelles qui leur sont d&#233;sormais interdites (&#171; call me tomorrow, I want the details &#187;). Et la cons&#233;quence logique est exprim&#233;e dans la deuxi&#232;me partie de la chanson (une valse un peu plus lente mais ouvertement d&#233;cadente, avec des accords en glissements chromatiques) : alors que jusque l&#224; le discours de la pi&#232;ce a &#233;t&#233; (m&#234;me de fa&#231;on ironique, comme dans &#171; Little Things &#187;) de promouvoir le mariage, ici les masques tombent enfin et ces &#233;poux proclament combien le mariage ne favorise pas le bonheur mais y est un obstacle : &#171; whaddaya like, you like indescribable bliss? / Then whaddaya wanna get married for? &#187;. Comme dans le reste de l'&#339;uvre, le dispositif &#233;nonciatif repose sur un jeu d'annulation : la premi&#232;re partie de l'&#233;nonc&#233; &#233;voque une image traditionnellement associ&#233;e au mariage (&#171; 'You like having meals cooked at home? &#187;), mais la deuxi&#232;me partie de l'&#233;nonc&#233; la d&#233;samorce avec un connecteur logique inverse de ce que l'on pourrait attendre : &#171; &lt;u&gt;Then&lt;/u&gt; whaddaya wanna get married for? &#187;. (Banfield (1995) rapproche cette derni&#232;re phrase de &#171; What you get married for if you don't want children? &#187;, dans le po&#232;me de T.S. Eliot {The Waste Land}, publi&#233; en 1922 ; nous verrons que ce n'est pas le seul rapprochement qui peut &#234;tre fait avec ce texte.) Il est piquant que les critiques les plus virulentes de la pi&#232;ce se soient arr&#234;t&#233;es au personnage de Robert et &#224; sa suppos&#233;e homosexualit&#233;, ou encore aux questions de drogue ou d'alcoolisme (voire, nettement plus grave, aux gros mots) : ce num&#233;ro, o&#249; Robert n'intervient aucunement mais o&#249; des hommes mari&#233;s d&#233;voilent leur hypocrisie et expriment leur insatisfaction sexuelle en des termes cr&#251;s, misogynes et &#233;go&#239;stes, semble infiniment plus choquant et surtout saisissant de r&#233;alisme. Il y a l&#224; une forme de satire sociale assez f&#233;roce, (mal) dissimul&#233;e sous un aspect comique ; on pourrait par exemple la rapprocher du film [{How To Murder Your Wife}-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/How_to_Murder_Your_Wife] (Richard Quine, 1965), o&#249; le personnage principal (interpr&#233;t&#233; par Jack Lemmon) est reconnu coupable du meurtre de sa femme {mais acquitt&#233;} sur-le-champ par un jury compatissant (et constitu&#233; exclusivement, faut-il le dire, d'hommes mari&#233;s). (Banfield signale que ce num&#233;ro devait &#224; l'origine contenir une section suppl&#233;mentaire, toujours &#224; trois temps, intitul&#233;e... &#171; your hair-do looks great &#187;. Je n'en ai trouv&#233; aucune autre trace et l'on ne peut que se demander en quoi la chose aurait consist&#233;, mais son intitul&#233; ne peut que laisser perplexe.) {{{ {Someone Is Waiting} }}} Le num&#233;ro s'encha&#238;ne imm&#233;diatement avec une chanson de Robert, pour la premi&#232;re fois seul en sc&#232;ne. Contraste saisissant dans l'&#233;criture musicale : &#233;crite &#224; trois temps comme le num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent (ou comme {Barcelona} que nous verrons plus loin), elle oppose, &#224; ses rythmes heurt&#233;s, une m&#233;lodie fluide accompagn&#233;e d'harmonies recherch&#233;es et lumineuses (on notera par exemple le balancement sur note p&#233;dale en mode lydien, les accords compos&#233;s, les quartes et quintes augment&#233;es). L'opposition entre la simplicit&#233; des m&#233;lodies et la complexit&#233; des harmonies est un trait r&#233;current de l'&#233;criture musicale de Sondheim, comme le rel&#232;ve Stephen Schiff : &#171; La plupart des auteurs de chansons commencent par la m&#233;lodie puis remplissent l'accompagnement plus tard ; Sondheim, lui, commence par une figure d'accompagnement, avec les suites d'accords et la ligne de basse qui soutiendront la m&#233;lodie -- cette derni&#232;re &#233;tant ainsi rel&#233;gu&#233;e au second rang.&lt;/code&gt;Si je devais choisir l'&#233;l&#233;ment le plus absolument essentiel qui me permet d'avancer dans une chanson', d&#233;clare-t-il, &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;ce ne serait ni la m&#233;lodie, ni le motif du refrain, ni aucune des paroles. C'est l'accompagnement. C'est ce qui se passe au c&#339;ur de la musique. N'importe quelle ligne m&#233;lodique peut &#234;tre harmonis&#233;e de vingt-sept fa&#231;ons diff&#233;rente, et c'est l'harmonie qui est, de fait, l'empreinte digitale du style musical. C'est ce qui permet de distinguer une chanson de Gershwin d'une chanson de Kern, ou ce qui s&#233;pare Beethoven de Schubert. L'accompagnement est ce qui donne une forme dramatique aux chansons.' &#187; (Schiff, 1993) Les paroles frappent par l'accumulation de pr&#233;noms associ&#233;s &#224; des qualificatifs :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] Someone is waiting,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]cool as Sarah,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]easy and loving as Susan -- Jenny...&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Someone is waiting,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]warm as Susan,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]frantic and touching as Amy -- Joanne... &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Au premier regard, on pourrait voir l&#224; une sorte de catalogue (purement sp&#233;culatif, au contraire de celui de Don Giovanni), chaque &#233;pouse &#233;tant pr&#233;sent&#233;e avec les attributs qui lui sont propres. Notons pourtant que chaque tercet se termine avec une juxtaposition sans aucune motivation syntaxique (effet que nous avons d&#233;j&#224; vu dans {Sorry-Grateful}). Plus loin, nous verrons que les attributs se m&#233;langent et se confondent : &#171; warm &#187; est associ&#233; &#224; Susan ci-dessus puis &#224; Joanne, &#171; sweet &#187; &#224; Amy puis Jenny, &#171; blue-eyed &#187; &#224; Amy puis Sarah... &#224; mesure que le rythme s'acc&#233;l&#232;re, les images et les figures se m&#233;langent (au point m&#234;me que les attributs cessent d'&#234;tre n&#233;cessaires : chaque phrase se termine par une juxtaposition de deux pr&#233;noms en parataxe) ; et l'on comprend qu'il s'agit moins d'une gallerie de portraits que d'une r&#234;verie o&#249; se combinent toutes ces &#233;pouses pour former le &#171; someone &#187; que Robert appelle de ses v&#339;ux. (Notons bien, d'ailleurs, qu'il ne s'agit que des &#233;pouses : aucune des trois petites amies potentielles de Robert n'est mentionn&#233;e ici.) Cette chim&#232;re est assez finement r&#233;sum&#233;e en deux vers au milieu de la chanson, avec une maladresse langagi&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e (il s'agit de formules impr&#233;cises et d'un registre familier) permettant de nombreuses allit&#233;rations :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]A Susan sort of Sarah,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]a Jennyish Joanne.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; On remarque que Amy est la seule &#224; &#234;tre absente de ces deux vers ; elle aura droit &#224; sa propre assonance avec &#171; crazy &#187;, terme dont nous avons &#233;voqu&#233; l'importance. Amy sera le seul personnage autre que le protagoniste ou ses amis en bloc, &#224; qui ce terme est appliqu&#233; (elle l'emploiera plus loin pour se d&#233;finir elle-m&#234;me) ; de plus nous avons vu ici Robert la d&#233;finir par des attributs plus sp&#233;cifiques que les autres &#233;pouses : &#171; frantic and touching as Amy &#187;. L'autre personnage mis en exergue est Joanne, qui est toujours le dernier nom &#233;voqu&#233; (en parataxe, comme nous l'avons vu), chant&#233; sur un intervalle de septi&#232;me mineure ascendante (d'autant plus notable que le reste du couplet est principalement en mouvements conjoints), ce qui est d'ailleurs tr&#232;s pertinent d'un point de vue vocal (passage d'une voyelle mi-ferm&#233;e arrondie &#224; une voyelle ouverte). Se dessine ainsi ce que l'on pourrait d&#233;crire comme une chanson d'amour g&#233;n&#233;rique, ou, pour reprendre une formule d'Umberto Eco, &#171; comme un adolescent qui poursuit un r&#234;ve impossible, [...] &#233;namour&#233; de l'amour &#187;. La suite de la chanson d&#233;fie toute logique : en &#233;cho au &#171; someone is waiting &#187; du d&#233;but, il est de moins en moins clair de savoir qui doit attendre qui -- ou l'inverse. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]Did I know her? Have I waited too long?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Maybe so, but &lt;u&gt;maybe so has she&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; La confusion du personnage s'exprime dans la fin de la chanson, o&#249; le &#171; I'll hurry &#187; se transforme en &#171; hurry! &#187;, supplication qui entre en contradiction avec &#171; wait for me &#187;. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]Wait for me!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]I'll hurry; wait for me!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Hurry; wait for me!&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Hurry; wait!&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; L'ind&#233;cision du personnage s'applique donc moins &#224; l'identit&#233; de sa partenaire potentielle, qu'&#224; {l'id&#233;e} m&#234;me de s'engager dans une relation sentimentale et intime -- et ce, quel que soit le &#171; someone &#187; en question (et m&#234;me quel que soit son sexe puisque le genre n'est m&#234;me pas indiqu&#233;, sauf dans les refrains avec &#171; her &#187;). M&#234;me si Robert veut y voir la question centrale &#224; laquelle est subordonn&#233; son hypoth&#233;tique mariage, ses propres contradictions (soulign&#233;es par la mise en musique, comme dans le &#171; Hurry / Wait for me &#187; ci-dessus) d&#233;samorcent le {topos} romantique qu'est la recherche de l'&#226;me s&#339;ur (&#171; saving oneself for the right one &#187;, pourrait-on dire). Le pronom ind&#233;fini (existentiel assertif) &#171; someone &#187; joue dans {Company} un r&#244;le important (avec &#171; somebody &#187;, comme nous le verrons), sur lequel nous reviendrons. Tout comme les formules au pr&#233;sent gnomique que nous &#233;voquions plus haut, de tels pronoms introduisent une abstraction g&#233;n&#233;rique, et appel&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;mentie. Le choix de terminer la chanson sur &#171; Hurry &#187;, n'est pas anodin pour un homme qui prend conscience que la moiti&#233; de sa vie s'est d&#233;j&#224; &#233;coul&#233;e. Le th&#232;me du temps qui passe est pr&#233;sent tout au long de l'&#339;uvre (particuli&#232;rement, nous le verrons plus loin, chez Joanne qui se pr&#233;sente comme le personnage le plus &#226;g&#233;). (On peut &#233;galement penser &#224; la phrase r&#233;currente &#171; HURRY UP PLEASE IT'S TIME &#187; dans {The Waste Land}.) {{{ {Another Hundred People} }}} Nous avons pu voir que les num&#233;ros pr&#233;c&#233;dents rompaient habilement avec la classique alternance dialogue/chanson/dialogue (d&#233;riv&#233;e de l'op&#233;rette et de l'op&#233;ra) ; avec la sc&#232;ne dite &#171; du parc &#187;, l'entrelacement se fait de fa&#231;on plus subtile, en impliquant Robert et ses trois pr&#233;tendantes. La chanson {Another Hundred People} est entam&#233;e imm&#233;diatement ({non-sequitur}) par Marta. Seul num&#233;ro de l'ouvrage qui n'a pas pour th&#232;me explicite les relations amoureuses ou conjugales, elle servira de fil d'Ariane &#224; toute la sc&#232;ne. &#201;crit sp&#233;cialement pour la chanteuse Pamela Myers, ce num&#233;ro est l'un des plus r&#233;ussis d'un point de vue orchestral, avec son instrumentation scintillante que l'auditeur d'aujourd'hui rapprochera sans mal de l'&#233;criture de John Adams deux d&#233;cennies plus tard. Tout y est : notes p&#233;dale (notamment tenues par les cuivres graves), trames motoriques r&#233;p&#233;tives (notamment aux guitares et clavecin &#233;lectriques), modulations non-pr&#233;par&#233;es, accords enrichis, d&#233;calages m&#233;triques, motifs de fl&#251;tes dans l'aigu, xylophone et triangle, notes &#233;mergentes de trompette bouch&#233;e et timbale, grandes lignes hollywoodiennes de violons &#224; la corde... Tout comme l'instrumentation avec ses trames multiples, le texte se fait mim&#233;tique du sujet &#233;voqu&#233; : population urbaine, multitude, flux incessant et r&#233;gulier : la premi&#232;re section, ci-dessous, est constitu&#233;e d'une seule phrase (et se chante sur un seul accord). Les propositions s'encha&#238;nent logiquement -- on notera par exemple les verbes de regard et adverbes de spatialisation (&#171; through the ground &#187;, &#171; looking around &#187;), qui font de ce couplet une v&#233;ritable description panoramique. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]Another hundred people just got off of the train&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]and came up through the ground,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]while another hundred people just got off of the bus&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]and are looking around&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]at another hundred people who got off of the plane&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]and are looking at us&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]who got off of the train&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]and the plane and the bus&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]maybe yesterday.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Le couplet entier est fait d'une seule phrase, construite en hyperhypotaxe autour du syntagme &#171; another hundred people &#187;, r&#233;p&#233;t&#233; en &#233;panaphore -- le mot &#171; another &#187; contenant d&#233;j&#224; en lui-m&#234;me l'id&#233;e de r&#233;p&#233;tition : l'id&#233;e exprim&#233;e est donc celle d'un flux abondant et ininterrompu. La m&#233;lodie proc&#232;de par paliers, chacun ench&#233;rissant d'une tierce ascendante sur le m&#234;me accord majeur (elle se terminera d'ailleurs, dans une belle tension harmonique et vocale, sur une septi&#232;me majeure non r&#233;solue). Il est int&#233;ressant de voir que cette &#233;l&#233;vation va de pair avec celle que d&#233;crit le texte : sous-sol pour le m&#233;tro, surface du sol pour le bus, et espace a&#233;rien pour l'avion. Cependant le triptique &#171; train &#187;, &#171; bus &#187; et &#171; plane &#187; ne renvoie pas seulement aux trois dimensions spatiales ; la chanson elle-m&#234;me est chant&#233;e en trois fois, chacune construite sur une structure ternaire qui, au bin&#244;me traditionnel couplet/refrain, substitue ici trois &#233;critures diff&#233;rentes. &#192; la premi&#232;re section succ&#232;de ce que l'on pourrait consid&#233;rer comme un refrain, motiv&#233; par la rime irr&#233;solue de &#171; yesterday &#187; ci-dessus. L'&#233;criture musicale est assez diff&#233;rente : modulation au relatif mineur (avec une jolie neuvi&#232;me dans la m&#233;lodie), changements d'accords, mouvements disjoints dans la m&#233;lodie, valeurs plus longues. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]It's a city of strangers:&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]some come to work, some to play.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]A city of strangers:&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]some come to stare, some to stay.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And everyday,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]the ones who stay...&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Et c'est &#224; cet instant que l'on r&#233;alise qu'il s'agissait moins d'un refrain que d'une sorte de transition : la troisi&#232;me section est la plus fournie, et reprend les &#233;l&#233;ments propos&#233;s dans la premi&#232;re section quoique de fa&#231;on plus d&#233;velopp&#233;e (et plus tendue vocalement). Notons en particulier un choix original dans l'instrumentation, avec des accords dans la tessiture m&#233;dium sans basse voire sans fondamentale (on entend nettement un accord de Mi septi&#232;me majeure, mais la note la plus grave du {voicing} est un do di&#232;se). La m&#233;lodie est sensiblement identique &#224; celle du d&#233;but, mais plus aig&#252;e et avec des notes tenues &#224; la fin de chaque vers. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] ... Can &lt;u&gt;find each other&lt;/u&gt; in the crowded streets and the guarded parks,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]by the rusty fountains and the dusty trees with the battered barks,&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]and they &lt;u&gt;walk together&lt;/u&gt; past upholstered walls with the crude remarks...&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Cette troisi&#232;me section se compose elle-m&#234;me de deux parties, s&#233;par&#233;es par une modulation. Dans la premi&#232;re est d&#233;crit l'environnement urbain &#224; travers quelques sensations frappantes : visuelles (&#171; crowded streets &#187;), sonores (&#171; battered barks &#187;), voire tactiles (&#171; rusty fountains &#187;). Cet environnement n'est gu&#232;re plaisant : tout est &#171; dusty &#187;, &#171; rusty &#187;, bruyant et objectivement laid. L&#224; encore, note Banfield (1995), on peut repenser &#224; la vision urbaine de {The Waste Land} : &#171; Trams and dusty trees &#187;. Cependant l'essentiel est la vie, l'activit&#233;, en un mot, les gens. Observons ainsi, ci-dessus, comment est mis en valeur le th&#232;me de l'interaction humaine : &#171; find each other &#187; est en rime interne avec &#171; walk together &#187;. Promenade qui n'a, au demeurant, rien de tr&#232;s romantique, puisqu'elle se tient sur fond de murs couverts d'affiches et de tags impolis (&#171; crude remarks &#187;). La deuxi&#232;me partie d&#233;veloppe cette id&#233;e, avec des fragments de conversation purement phatique qui t&#233;moignent tous d'un d&#233;sir de communiquer, mais font &#233;galement intervenir un obstacle potentiel &#224; cette communication :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] ... And they meet at parties through the friends of friends who they never know :&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&#171; Do I pick you up or do I meet you there or &lt;u&gt;shall we let it go&lt;/u&gt;? &#187;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&#171; Did you get my message? 'Cause &lt;u&gt;I looked in vain&lt;/u&gt;. &#187;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&#171; Can we see each other Tuesday &lt;u&gt;if it doesn't rain&lt;/u&gt;? &#187;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&#171; Look, I'll call you in the morning &lt;u&gt;or my service'll explain&lt;/u&gt;. &#187; &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Dans cette &#171; city of strangers &#187;, les &#233;changes humains se r&#233;sument &#224; des intersections fortuites et passag&#232;res, chacun n'&#233;tant que voyageur en transit. Les fontaines et les arbres restent (dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale), mais les personnes non ; rien ne sert de point de rep&#232;re puisque m&#234;me nous (&#171; us &#187;, le point de vue de l'&#233;nonciateur qui devrait donc &#234;tre une r&#233;f&#233;rence fiable), sortons nous-m&#234;mes d'un avion ou d'un bus, &#171; maybe yesterday &#187;. Image qui renvoie d'ailleurs &#224; celle du {melting-pot} am&#233;ricain, quoique de fa&#231;on bien moins p&#233;renne puisque de cette multitude de visiteurs, seuls quelques-uns (&#171; some &#187;) sont appel&#233;s &#224; rester (&#171; the ones who stay &#187;), et m&#234;me ceux-l&#224; peuvent s'en retourner &#224; tout moment (&#171; And everyday / Some go away &#187;). Cette vision est illustr&#233;e par trois &#171; &#233;tudes de cas &#187;, pourrait-on dire, pr&#233;sent&#233;s comme un &#233;chantillon pris parmi les passantes dans ce parc : April, originaire de l'Ohio, h&#244;tesse de l'air toujours entre deux vols internationaux ; Kathy, sur le point de regagner son Massachusetts natal, et enfin Marta elle-m&#234;me, authentique New-Yorkaise et qui s'av&#233;rera pourtant &#234;tre la plus &#233;trang&#232;re &#224; Robert. La sayn&#232;te avec April n'illustre qu'un seul constat, &#233;nonc&#233; explicitement par l'int&#233;ress&#233;e : &#171; I'm very dumb. &#187; Pour elle, New York se r&#233;sume &#224; &#171; Radio City &#187; (un cabaret connu pour ses [danseuses-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Rockettes]), et &#224; un sentiment d'apathie (&#171; He was born in New York -- so nothing really interests him. &#187;). Son point de vue sur la vie est d&#233;tach&#233; et prosa&#239;que (ce qui permet &#224; Furth d'ajouter une chute dans la version r&#233;vis&#233;e : &#171; What would you do if either of you got married? / Get a bigger place, I guess. &#187;). Comme nous le verrons, si elle est certainement le personnage de l'ouvrage le plus passif et le moins sociable (&#171; we've never had company &#187;), elle est &#233;galement celle qui se fait le moins d'illusions sur son propre compte (&#171; I'm very dumb. &#187; ; &#171; I'm so boring &#187; ; &#171; I don't have anything more to say &#187;), avec une na&#239;vet&#233; presque touchante. Ses r&#233;pliques, compos&#233;es de phrases tr&#232;s courtes et presque d&#233;pourvues de modalisateurs, sont &#224; l'oppos&#233; (comme la qualifie Robert lui-m&#234;me : &#171; cute, original... &lt;u&gt;odd&lt;/u&gt; &#187;) des proc&#233;d&#233;s de faux-semblant mis en &#339;uvre par les autres personnages. L'&#233;change avec Kathy &#233;tait &#224; l'origine motiv&#233; purement par sa chute. George Furth l'a d&#233;velopp&#233; dans la version r&#233;vis&#233;e, ce qui permet &#224; Kathy d'exister pleinement en tant que personnage -- des trois pr&#233;tendantes, elle est sans doute celle qui s'accorde le mieux avec le protagoniste, lequel la pr&#233;sente lui-m&#234;me comme &#171; the best; I mean, the best &#187;. Elle est &#233;galement, au demeurant, la seule qui ne dispose d'aucun num&#233;ro vocal s&#233;par&#233; ; ce fait &#233;tait compens&#233;, dans la version d'origine, par un num&#233;ro dans&#233; exceptionnel ({Tick-Tock}), inexistant dans la version r&#233;vis&#233;e. Cette derni&#232;re, en revanche, accorde plus de place au personnage, et construit une v&#233;ritable attente ({build-up}), que la chute d&#233;truit d'autant plus am&#232;rement. Alors que (comme l'ont not&#233; de nombreux critiques) le r&#244;le de Robert se borne d'habitude &#224; renvoyer la balle (souvent par de simple monosyllabes : &#171; What? &#187;, &#171; Wow. &#187;, &#171; Right. &#187;), cet &#233;change avec Kathy le montre &#224; l'aise, et &#224; &#233;galit&#233; avec son interlocutrice -- il manie m&#234;me l'ironie : &#171; You come here a lot, huh? Terrific. And maybe next we could go watch a haircut. &#187; De fait, l'image du parc, il&#244;t paisible au milieu de la ville bruyante, met en ab&#375;me la parenth&#232;se tendre et sinc&#232;re (&#171; Very lovely. Very. &#187;) que constitue cette sc&#232;ne :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Kathy}} -- Imagine being in a tiny quiet pocket of a park right here in the middle of the busy, noisy East Fifties. A park that's simple and pretty, with that waterfall on the wall over there. [...] What I am is like this park here. &lt;u&gt;Out of place.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; &#192; la suite de quoi les deux personnages d&#233;couvrent qu'ils ont chacun &#233;prouv&#233; l'envie de se demander l'un l'autre en mariage, sans jamais avoir os&#233; franchir le pas. Une didascalie indique que Robert se penche pour l'embrasser, elle ferme les yeux mais il se contente de l'embrasser sur le front. Ce qui peut apporter un &#233;clairage int&#233;ressant sur la chute : en fait, toute cette sc&#232;ne ne servait qu'&#224; annoncer que Kathy repart dans sa ville natale... pour s'y marier &#224; quelqu'un d'autre. Nouvelle mise en ab&#375;me : c'est en annon&#231;ant qu'elle quitte la ville que Kathy quitte la sc&#232;ne, et sort de l'histoire. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Kathy}} -- I think there's a time to come to New York, and a time to leave.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Ce qui r&#233;active la th&#233;matique de la chanson {Another Hundred People}, dont la derni&#232;re partie se fait entendre &#224; cet instant. La sayn&#232;te suivante, qui cl&#244;t le num&#233;ro, se tient entre Marta elle-m&#234;me et Robert, et d&#233;veloppe la vision urbaine que nous avons pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;e. Nous parlions de {melting-pot} ; ce th&#232;me de la mixit&#233; sociale et ethnique est ici d&#233;velopp&#233; par Marta, qui met Robert face &#224; son propre conservatisme petit-bourgeois (non sans une nouvelle maxime, en synchise) :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Marta}} -- See, &lt;u&gt;smart remarks do not a person make&lt;/u&gt;. How many Puerto Ricans you know? How many Blacks?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Well... See, frankly I only seem to meet people like myself.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Autre th&#233;matique int&#233;ressante, l'individualisme urbain (&#171; The pulse of this city, kiddo, is {me}. This city is for the {me}'s of this world. &#187;) et la surcompensation affective, effr&#233;n&#233;e et factice, qu'il entra&#238;ne pour Marta (&#171; In this city, every son of a bitch I meet is my new best friend. &#187;). L'&#233;loquence de Marta la conduit &#224; l'absurdit&#233;. Ainsi, l'endroit le plus remarquable au monde se d&#233;finit par le fait qu'on peut aller {ailleurs} :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Marta}} -- Oh, and 14th Street, well, I don't know why anybody talks about any place {else}, because {that} is the center of the universe.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- 14th Street?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Marta}} -- That's humanity, 14th Street. That's everything. &lt;u&gt;And if you don't like it there&lt;/u&gt; they got every subway you can name to take ya &lt;u&gt;where you like it better&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Le bonheur (ou en tout cas le snobisme, absurde &#224; la fa&#231;on d'un Boris Vian) consiste &#224; boire et pleurer :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Marta}} -- Someday you know what I want to do? I want to get all dressed up in black -- black dress, black shoes, hat, everything black, and go sit in some bar, at the end of the counter, and &lt;u&gt;drink and cry&lt;/u&gt;. That is my idea of honest-to-God sophistication. I mean, {that's} New York.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Et enfin, Marta confie n&#233;gligemment ne s'&#234;tre {jamais rencontr&#233;e elle-m&#234;me} :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- I just never met anybody like you.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Marta}} -- &lt;u&gt;Me neither.&lt;/u&gt; &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Dans l'&#233;change ci-dessus, la premi&#232;re r&#233;plique agit sur un plan m&#233;taleptique : Robert-personnage est aussi Robert-acteur, voire Robert metteur-en-sc&#232;ne, nous l'avons vu ; &#224; moiti&#233; pr&#233;sent dans la di&#233;g&#232;se montr&#233;e sur sc&#232;ne, &#224; moiti&#233; absent et ext&#233;rioris&#233;. Trop pr&#233;sent &#224; son go&#251;t toutefois, comme le montre la chute de la sc&#232;ne qui se cl&#244;t sur une &#233;vocation, imag&#233;e quoiqu'&#233;loquente... de l'&#233;tat de ses sphincters. &#171; That's a fascinating theory, fascinating. {(pause)} And at this moment, extraordinarily accurate. &#187; Cette sayn&#232;te mordante semble garder toute sa modernit&#233; aujourd'hui, m&#234;me si une r&#233;cente [critique-&gt;http://www.nytimes.com/2011/04/09/arts/music/neil-patrick-harris-in-company-at-avery-fisher-hall-review.html] du {New York Times} craint que le personnage de Marta soit dat&#233; : &#171; Tout cela nous rappelle &#224; quel point {Company} &#8212; la pi&#232;ce la plus moderne de son temps &#8212; est aujourd'hui le t&#233;moignage d'une &#233;poque r&#233;volue. [...] Quand Marta, l'une des petites amies de Robert, s'enthousiasme en &#233;voquant la vie dans les rues de Manhattan, c'est &#224; ce moment qu'on r&#233;alise combien la ville est devenue verrouill&#233;e et soucieuse, &#224; notre &#233;poque de s&#233;curit&#233; renforc&#233;e et de domination de Wall Street. &#187; (Holden, 2011) C'est oublier que l'enthousiasme de Marta (d&#233;crite, dans la version r&#233;vis&#233;e, comme nettement plus jeune que Robert) est d&#233;nonc&#233; dans sa na&#239;vet&#233; ; Marta repr&#233;sente cette jeunesse superficielle que l'on peut trouver &#224; n'importe quelle &#233;poque, hier zazou, aujourd'hui {goth}, {emo} ou {hipster}. &#192; cette relative universalit&#233; s'ajoute une actualit&#233; que l'on pourrait juger renforc&#233;e : la probl&#233;matique, que nous &#233;voquions plus haut, de mixit&#233; sociale et de ghettoisation/gentrification de certains espaces urbains, est au c&#339;ur des politiques urbaines d'aujourd'hui (que ce soit comme repoussoir ou comme objectif inavou&#233;). Sur un plan symbolique, la vision de l'humanit&#233; et des interactions sociales comme une f&#234;te permanente, &#224; la fois objet d'&#233;merveillement et de grande superficialit&#233;, prend tout son sens dans le monde d'aujourd'hui : &#171; And they meet at parties through the friends of friends who they never know &#187;... c'est ce que nous [qualifierions-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/FOAF_%28software%29] de {r&#233;seau social}. La vie urbaine et son kal&#233;idoscope d'interactions humaines passag&#232;res et fluctuantes, n'a rien perdu de son pouvoir de fascination, comme l'illustre par exemple la s&#233;rie de jeux vid&#233;o {Grand Theft Auto} dont c'est le th&#232;me central. D'un point de vue stylistique, enfin, le proc&#233;d&#233; qui consiste, dans {Another Hundred People}, &#224; citer de multiples fragments de conversation, ne trouve-t-il pas une r&#233;alisation tr&#232;s concr&#232;te dans les rues d'aujourd'hui, remplies de citoyens press&#233;s et suspendus &#224; leur t&#233;l&#233;phone mobile ? Plus largement, la rue en tant qu'environnement sonore est une source d'inspiration de longue date pour les compositeurs, des {Cris de Paris} (Janequin, 1528) ou {Cries of London} (Gibbons, 1605-1615 puis Berio, 1974 et Webb, 1994) &#224; {City Life} (Reich, 1995). Filiation que Sondheim revendiquera d'ailleurs une d&#233;cennie plus tard dans {Sweeney Todd}. C'est pourquoi la place de {Another Hundred People}, d'un point de vue structurel autant que th&#233;matique, est centrale dans {Company} : d&#233;crivant sa pi&#232;ce quelques ann&#233;es plus tard, Sondheim [dira-&gt;http://www.sondheim.com/features/ssintro2.html] &#171; On ne cherche jamais &#224; d&#233;livrer un message, mais {Company} suscita des controverses parce qu'elle traitait de la difficult&#233; grandissante de nouer des relations de personne &#224; personne dans une soci&#233;t&#233; de plus en plus d&#233;shumanis&#233;e. Et une des raisons pour lesquelles nous l'avions situ&#233;e dans un d&#233;cor de chrome, de verre et d'acier, &#233;tait qu'elle se situe dans une soci&#233;t&#233; urbaine o&#249; l'individualit&#233; et les sentiments individuels sont de moins en moins faciles &#224; conserver. C'est le syndr&#244;me de la foule solitaire ({lonely crowd syndrome}. &#187; Sondheim se r&#233;f&#232;re ici &#224; un [essai-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Lonely_Crowd] majeur de 1950 qui a fa&#231;onn&#233; la sociologie et l'&#233;tude des m&#233;dias jusqu'&#224; nos jours -- j'en veux pour illustration cet [article-&gt;http://chronicle.com/article/The-Lonely-Crowd-at-60-Is/124334/] de 2010 intitul&#233; {&lt;/code&gt;The Lonely Crowd,' at 60, Is Still Timely&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Getting Married Today&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image du sphincter de Robert, la sc&#232;ne suivante (dont le titre m&#234;me pose question, nous le verrons) fait succ&#233;der un choral religieux. Amy et Paul ont v&#233;cu ensemble pendant de nombreuses ann&#233;es, mais s'appr&#234;tent &#224; se marier officiellement et c'est le matin m&#234;me de la c&#233;r&#233;monie (une &#171; &lt;a href=&#034;http://rhinoceros.eu/2010/04/la-noce-chez-les-petits-bourgeois-de-bertolt-brecht/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;noce chez les petits-bourgeois&lt;/a&gt; &#187;, pourrait-on dire) que que se situe l'action. Jenny (parfois remplac&#233;e par Susan dans certaines productions, nous allons voir que cela importe peu) chante des phrase d'introduction/commentaire, Paul des phrase &#233;l&#233;giaques-amoureuses s'adressant &#224; Amy, et Amy de longs monologues-confidences adress&#233;s au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la f&#234;te d'anniversaire de Robert, le mariage ici mis en sc&#232;ne est sp&#233;culatif par anticipation : il n'a pas lieu dans une r&#233;alit&#233; actuelle mais dans une temporalit&#233; imaginaire, o&#249; se trouvent m&#233;lang&#233;s indistinctement &#224; la fois la c&#233;r&#233;monie et ses pr&#233;paratifs, les invit&#233;s et le public, les personnages et les officiants. Quelques brefs &#233;changes parl&#233;s et triviaux (avec Robert ou Paul) s'ins&#233;rent entre les interventions chant&#233;es, et ces derni&#232;res se superposent &#224; la fin de la sc&#232;ne. Embl&#233;matique du dispositif &#233;nonciatif de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, cet ensemble est construit comme une sc&#232;ne d'op&#233;ra bien plus que comme une chanson de com&#233;die musicale, et l'&#233;criture vocale en est un t&#233;moignage saisissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre, le personnage de Paul appara&#238;t soudain ici comme une caricature de baryton lyrique, mis en musique de fa&#231;on volontairement maladroite : chaque &#171; today is for Amy &#187; fait intervenir un saut de neuvi&#232;me majeure ascendante, puis une septi&#232;me de dominante qui &lt;i&gt;monte&lt;/i&gt; vers la quinte de l'accord de tonique au lieu de descendre vers la tierce, grossi&#232;re erreur bien connue de tous les &#233;l&#232;ves d'harmonie en premi&#232;re ann&#233;e ! Les phrases se terminent sur des blanches tenues, de fa&#231;on l&#224; encore pataude voire horripilante. Le &lt;i&gt;rubato&lt;/i&gt; et les points d'orgue sont mim&#233;tiques du texte qui &#233;voque une temporalit&#233; fig&#233;e o&#249; les deux occurrences du mot &#171; today &#187; encadrent &#171; the rest of my life &#187; et &#171; forever &#187;. &#192; cette exag&#233;ration s'ajoute le flottement grammatical entre la deuxi&#232;me (&#171; Amy, I give &lt;u&gt;you&lt;/u&gt; &#187;) et troisi&#232;me personne (&#171; today is &lt;u&gt;for Amy&lt;/u&gt; &#187;) &#8212; &#224; tel point que l'on doive se demander si Amy existe r&#233;ellement pour Paul, qui reste totalement aveugle &#224; la d&#233;tresse de sa fianc&#233;e : il la pr&#233;sume &#171; happily soon-to-be wife &#187;, sans plus de questions. Son regard reste riv&#233; sur le sol ou sur les meubles, tout occup&#233; qu'il est &#224; chercher ses beaux souliers et ses beaux boutons de manchette (alors m&#234;me que ceux-ci se trouvent &#171; right next to [her] suicide note &#187;). Ses interventions chant&#233;es ne peuvent donc s'entendre que comme autant de moments d'auto-contemplation autiste (voire onaniste : apr&#232;s tout, &#224; quoi servent ces sauts de neuvi&#232;me sinon &#224; montrer &lt;i&gt;son bel organe&lt;/i&gt;, vocal ou autre ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amy ne chante qu'en &lt;i&gt;a parte&lt;/i&gt;, avec un d&#233;bit ultra-rapide, monocorde et &lt;i&gt;quasi parlando&lt;/i&gt;. Le proc&#233;d&#233; renvoie non seulement &#224; une tradition am&#233;ricaine de &lt;i&gt;patter song&lt;/i&gt; (on en trouve notamment chez Gilbert &amp; Sullivan), mais aussi &#224; la tradition th&#233;&#226;trale italienne et en particulier &#224; l'&lt;i&gt;opera buffa&lt;/i&gt; : si elle d&#233;crit sa d&#233;tresse et son d&#233;sarroi, la surabondance de sa logorh&#233;e d&#233;joue intrins&#232;quement tout &lt;i&gt;pathos&lt;/i&gt; ou expressivit&#233;. Chacune de ses interventions la conduit &#224; s'adresser au public (par un embrayeur en forme de &lt;i&gt;captatio benevolentiae&lt;/i&gt; : &#171; Listen, everybody &#187;) et son discouts reprend toute la panoplie des formules convenues et mondaines, ici parodi&#233;es et d&#233;nonc&#233;es dans leur vacuit&#233; non seulement par l'accumulation mais par les contradictions syst&#233;matiques : &#171; I want to thank you all for &lt;u&gt;coming&lt;/u&gt; to the wedding, I'd appreciate your &lt;u&gt;going&lt;/u&gt; even more &#187;, ou encore le proc&#233;d&#233; cher &#224; Sondheim de rimes contradictoires : &#171; I'm not well/You've been swell &#187; ; &#171; Clear the hall/Thank you all &#187;. Une partie importante de son discours est d'ordre m&#233;ta-linguistique, avec le &#171; &lt;u&gt;don't tell Paul&lt;/u&gt;, but I'm not getting married today &#187; qui cl&#244;ture chaque couplet : prendre le public en confidence de cette fa&#231;on renvoie ais&#233;ment au th&#233;&#226;tre de marionnettes (le &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Punch_and_Judy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Punch and Judy&lt;/a&gt; britannique est d'ailleurs prolixe en sc&#232;nes de couple ultra-violentes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mariage n'a plus aucun sens (&#171; a wedding, what's a wedding ? It's a prehistoric ritual where everybody promises fidelity forever, which is maybe the most horrifying word I ever heard &#187;), non plus d'ailleurs que toutes les institutions humaines (&#171; go and cry at another person's &lt;u&gt;wake&lt;/u&gt; &#187; ; &#171; if you're quick, for a kick, you could pick-up a &lt;u&gt;christening&lt;/u&gt; &#187; ; &#171; if you want to see me faint, I'll do it happily, but wouldn't it be funnier to go and watch a &lt;u&gt;funeral&lt;/u&gt; ? &#187;) et religieuses, nous y reviendrons &#224; l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu tout &#224; l'heure que pour Peter et Susan le divorce est l'&#233;v&#232;nement le plus heureux au monde ; ici en retour, la fid&#233;lit&#233; &#171; forever &#187; est &#171; the most horrifying word &#187;. Il s'agit encore de satire sociale, sous une autre forme : la souffrance r&#233;elle et sinc&#232;re de Amy se trouve noy&#233;e dans les travers caricaturaux de la n&#233;vrose urbaine contemporaine : &#171; It isn't only Paul who may be ruining his life, you know, we'll both of us be losing our identites &#8212; I telephoned my analyst about it and he said to see him Monday, but by Monday I'll be floating in the Hudson with the other garbage. &#187; Cette derni&#232;re image peut renvoyer &#224; la Tamise d&#233;peinte dans &lt;i&gt;The Waste Land&lt;/i&gt;. On peut aussi la lire &#224; un niveau m&#233;taleptique : dans le fleuve ininterrompu et surabondant des propos de Amy, toute possibilit&#233; d'expressivit&#233; ou de sinc&#233;rit&#233; (toute expression de son moi) ne peut qu'&#234;tre &#8212; litt&#233;ralement &#8212; noy&#233;e, indistincte de &#171; the &lt;u&gt;other&lt;/u&gt; garbage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;luge de mots se pr&#233;sente sans aucune rime : &#171; si [ces paroles] avaient contenu des rimes, explique Sondheim (cit&#233; par Zadan, 1974) elle n'aurait pas &#233;t&#233; hyst&#233;rique mais se serait trouv&#233;e en situation de contr&#244;le. &#187; La n&#233;vrose obsessionnelle de Amy finit par se r&#233;sumer &#224; une &#233;num&#233;ration maniaque et ordonn&#233;e (nous verrons plus loin combien les chiffres jouent un r&#244;le important dans &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;) : &#171; so thank you for the 27 dinner plates and 37 butter knives and 47 paperweights and 57 candle holders &#187; (qui s'encha&#238;ne d'ailleurs avec le &#171; &lt;u&gt;One&lt;/u&gt; more thing &#187; de Paul). Son discours est donc condamn&#233; &#224; une inefficacit&#233; path&#233;tique, comme elle le constate elle-m&#234;me : &#171; Go, can't you go, &lt;u&gt;why is nobody listening&lt;/u&gt; ? &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans une autre &lt;a href=&#034;http://www.nytimes.com/books/98/07/19/specials/sondheim-words.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interview&lt;/a&gt; dix ans plus tard, il ajoutera : &#171; J'aime les gens n&#233;vros&#233;s. [...] Ce que n&#233;vros&#233; veut dire pour moi, c'est quelqu'un qui est en conflit int&#233;rieur. Et j'aime travailler sur de fortes personnalit&#233;s. Je n'aime pas &#233;crire des r&#244;les hyper-simplifi&#233;s [...] Les chansons ne peuvent pas d&#233;velopper des personnages qui ne sont ni compliqu&#233;s ni conflictuels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne au r&#244;le jou&#233; par Jenny dans cette sc&#232;ne, o&#249; elle ne figure qu'en tant que coryph&#233;e, accompagn&#233;e dans la version d'origine par un ch&#339;ur mixte &#8212; Sondheim &lt;a href=&#034;https://youtu.be/aR80qiXgMuQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sugg&#232;re m&#234;me&lt;/a&gt; que ce ch&#339;ur est imagin&#233; par Amy. C'est qu'il s'agit en fait, l&#224; encore, d'une r&#233;f&#233;rence plus ou moins explicite, &#224; un autre r&#233;pertoire : en l'occurence, le chant religieux baroque. Les phrases qu'elle chante sont &#233;crites en &lt;i&gt;choral&lt;/i&gt;, sur basse continue tenue &#224; l'orgue (et m&#234;me, pour le d&#233;but, sur une basse obstin&#233;e descendant par mouvement conjoint, &#233;galement appel&#233;e &lt;i&gt;ground&lt;/i&gt;). La parodie est criante, et deviendra de plus en plus explicite &#224; mesure que le d&#233;sarroi d'Amy contamine les paroles : &#171; &lt;u&gt;Pinnacle&lt;/u&gt; of life &#187; devient &#171; &lt;u&gt;tragedy&lt;/u&gt; of life &#187;, &#171; the heart leaps &lt;u&gt;up&lt;/u&gt; &#187;, soulign&#233; par un saut d'octave, devient &#171; the heart sinks &lt;u&gt;down&lt;/u&gt; &#187; &#8212; et pourtant, toujours sur une octave montante ; d'ailleurs Jenny continueraimperturbablement &#224; r&#233;p&#233;ter &#171; bless this day &#187; alors m&#234;me que le tableau devient horrifiant &#8212; et, alors que Paul et Amy chantent respectivement &#171; we &lt;u&gt;are&lt;/u&gt; getting married today &#187; et &#171; we're &lt;u&gt;not&lt;/u&gt; getting married today &#187;, l'ensemble des invit&#233;s de reprendre non moins imperturbablement : &#171; Amen ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, le rituel (institutionnel, humain, religieux) s'est vid&#233; de son sens, et avec lui, les mots qui le c&#233;l&#232;brent. Les personnages ne communiquent m&#234;me plus entre eux &#8212; c'est en fait au public que tous trois s'adressent, chacun &#224; leur fa&#231;on &#8212; et la parole s'av&#232;re impuissante &#224; exprimer un affect sinc&#232;re ou cr&#233;dible. Tout est annul&#233;, et c'est d'ailleurs le propos de ce num&#233;ro musical qui porte sur l'annulation d'un mariage : le titre original devait en &#234;tre &#171; &lt;i&gt;The Wedding Is Off&lt;/i&gt; &#187;. Et pourtant... la sc&#232;ne s'intitule bien &lt;i&gt;Getting Married Today&lt;/i&gt;, sans n&#233;gation. Nous allons voir pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; A festive atmosphere &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La parole chant&#233;e ayant fait la preuve de son inutilit&#233;, le dialogue parl&#233; prend le relai avec tout aussi peu de succ&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Paul&lt;/strong&gt; &#8212; Amy...&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Amy&lt;/strong&gt; &#8212; You're starting. &lt;u&gt;Don't talk&lt;/u&gt;, please.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, le mot &#171; crazy &#187; (puis plus loin &#171; crazed &#187;) semble incontournable :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Sarah&lt;/strong&gt; &#8212; Stay just as you are, you may be &lt;u&gt;the one constant in this world of variables&lt;/u&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Harry&lt;/strong&gt; &#8212; I don't know, Sarah. Can't stay in your thirties forever.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi le ch&#339;ur et Larry font ici &#233;cho :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Ch&#339;ur&lt;/strong&gt; &#8212; Year after year, older and older...&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Larry&lt;/strong&gt; &#8212; It's amazing! We've gotten older every year and he seems to stay &lt;u&gt;exactly the same&lt;/u&gt;!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; tourne au m&#234;me au syllogisme boiteux : dans la phrase suivante &#224; nouveau, le balancement &#171; good things &#187;/&#171; bad things &#187; est d&#233;s&#233;quilibr&#233; par l'ajout d'une redite inutile.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Paul&lt;/strong&gt; &#8212; A person like Bob doesn't have the good things, and he doesn't have the bad things.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;But he doesn't have the good things, either.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des figures g&#233;om&#233;triques, des &#171; constantes &#187;... et des chiffres. La formule &#171; three is company &#187; rel&#232;ve, comme beaucoup d'autres dans la pi&#232;ce, du dicton (elle servira de titre &#224; une &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Three%27s_Company&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sitcom t&#233;l&#233;vis&#233;e&lt;/a&gt; quelques ann&#233;es plus tard) ; elle peut ici &#234;tre lue comme une allusion discr&#232;te au titre initialement envisag&#233;e pour l'ouvrage (&lt;i&gt;Three&lt;/i&gt; est devenu &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;One is lonely and two is boring,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;[...] One's impossible, two is dreary,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;u&gt;Three is company&lt;/u&gt;, safe and cheery.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;[...] One's impossible, two is gloomy,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Give another number to me.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De cette manie du chiffre, sur laquelle nous reviendrons plus loin, Sarah note elle-m&#234;me que Robert est affect&#233; : &#171; He always looks like he's keeping score. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie se termine avec une nouvelle phrase soliste de Robert, sobre et solennelle (en syncopes non-swingu&#233;es) d&#233;bouchant sur une mont&#233;e modulante. S'adressant au public, il appara&#238;t de nouveau ici dans la position d'un metteur en sc&#232;ne, voire d'un bateleur. Le motif religieux est de nouveau &#233;voqu&#233; &#8212; et d&#233;tourn&#233; &#8212; cette fois &#224; travers la citation d'un &lt;i&gt;nursery rhyme&lt;/i&gt; (comptine pour enfants) dans lequel, par l'insertion de deux adjectifs, l'&#233;glise, lieu du sacrement et du mariage, s'av&#232;re &#234;tre... une foire en folie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; Here is the church,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Here is the steeple,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Open the doors&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;And see all the &lt;u&gt;crazy&lt;/u&gt; &lt;u&gt;married&lt;/u&gt; people.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;What Would We Do Without You ?&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie du num&#233;ro se chante &lt;i&gt;presto&lt;/i&gt; (plus du double du tempo pr&#233;c&#233;dent), dans une m&#233;trique &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; (sans swing). On est soudain projet&#233; dans le monde des danses d'avant-guerre (ou plus exactement, d'imm&#233;diatement apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale), du &lt;i&gt;cakewalk&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;one-step&lt;/i&gt;, et de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de &lt;i&gt;charleston&lt;/i&gt;. Structurellement et stylistiquement, nous devrions nous trouver ici au point culminant de l'ouvrage, dont c'est d'ailleurs le seul ensemble dans&#233;. Et pourtant : les couples forment ici moins un ch&#339;ur qu'une chorale archi-simpliste (une seule voix, unisson et homorythmie), accompagn&#233;s par une fanfare qui &#233;voque plus le cirque que Broadway. Quant &#224; la chor&#233;graphie, elle est du m&#234;me niveau : lors de la cr&#233;ation, le chor&#233;graphe Michael Bennett demanda aux chanteurs de s'imaginer comme des parents d'&#233;l&#232;ves que l'on aurait oblig&#233;s &#224; monter sur sc&#232;ne lors d'un spectacle de fin d'ann&#233;e &#224; l'&#233;cole...(Citron, 2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet amateurisme affich&#233; et revendiqu&#233; n'emp&#234;che pas un certain degr&#233; de recherche formelle : ainsi, chaque phrase s'ouvre par quatre notes qui correspondent (avec un renversement intervallique) aux phrases de la partie pr&#233;c&#233;dente. Dans les paroles, Sondheim donne libre cours &#224; son don (notoire) de trouver des rimes internes l&#224; o&#249; on ne les attendrait pas (&lt;i&gt;trick rhymes&lt;/i&gt;) ; ainsi de :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Should there be a marit&lt;u&gt;al&lt;/u&gt; squ&lt;u&gt;abble&lt;/u&gt;,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Avail&lt;u&gt;able&lt;/u&gt; Bo&lt;u&gt;b'll&lt;/u&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Be there with the glue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Singuli&#232;re appr&#233;ciation en v&#233;rit&#233;, que celle que ces couples t&#233;moignent &#224; Robert, lui confiant des t&#226;ches aussi gratifiantes que &#171; take the kids to the zoo &#187; ou &#171; finish yesterday's stew &#187; (la monorime fonctionne tant et plus). On comprend vite que la raison d'&#234;tre de Robert est fonction de la sant&#233; mentale des couples : &#171; being the kids as well as the sitter &#187; ; &#171; we're so crazy, he's so sane &#187; ; &#171; Who is so safe, and who is so sound ? / You never need an analyst with Bobby around ! &#187;. Dans un geste m&#233;taphorique, Robert est m&#234;me celui qui rectifie la m&#233;canique des couples alors qu'ils r&#233;p&#232;tent la m&#234;me phrase comme un disque ray&#233; (&lt;i&gt;broken record&lt;/i&gt; &#8212; nouvelle int&#233;gration int&#233;ressante de la vie moderne dans le discours musical, tout comme le t&#233;l&#233;phone du d&#233;but).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;dig&#233; &#224; la demande de Bennett, ce num&#233;ro musical et chor&#233;graphique est enti&#232;rement compos&#233; de questions rh&#233;toriques. Arm&#233;s de cannes et chapeaux en plastique, les couples mari&#233;s s'emploient &#224; d&#233;montrer combien le c&#233;libataire Robert est indispensable dans leur vie, le tout avec une all&#233;gresse forc&#233;e et caricaturale : il leur faut m&#234;me des mesures enti&#232;res pour reprendre leur souffle. Comme dans une f&#234;te de fin d'ann&#233;e, chacun fait montre de ses talents (m&#234;me Joanne est cens&#233;e prendre son accord&#233;on), &#224; tel point que c'est presque un cirque amateur qui s'&#233;bat sur sc&#232;ne, avec une musique &#224; l'envi. Et pourtant, la question m&#234;me &#171; what would we do without you ? &#187;, r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; outrance, finit par &#234;tre r&#233;solue piteusement par Robert : &#171; ... just what you usually do. &#187; Et l'ensemble de s'&#233;crier en rythme sans rien perdre de son all&#233;gresse : &#171; Right ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re &#233;num&#233;ration (&#171; You who sit with us, / You who share with us,... &#187;) finit par se transformer en simples onomatop&#233;es (&#171; Youhoo ! Youhoo ! &#187;) : tout comme dans le &#171; Bobby-buh-buh &#187; du d&#233;but, le langage verbal ne sert plus &#224; rien. Jusqu'&#224; ce que Robert, apparaissant encore une fois comme le meneur de revue (&#171; Okay, now everybody ! &#187;), lance la r&#233;-exposition du &lt;i&gt;Side By Side By Side&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;dent, sur un tempo plus &#233;largi. Cette forme ternaire (en &lt;i&gt;da capo&lt;/i&gt;, pourrait-on dire) n'avait &#233;t&#233; que tr&#232;s peu utilis&#233;e &#224; l'acte I ; elle sera presque syst&#233;matiquement dans les num&#233;ros de l'acte II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ultime trouvaille de Bennett : chaque couple pr&#233;sente ici, tour &#224; tour, un bref num&#233;ro de claquettes (&lt;i&gt;soft shoe&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire en souliers non ferr&#233;s) en duo... mais venu le tour de Robert, le num&#233;ro tourne court puisqu'il n'y a personne pour lui donner la r&#233;plique. La version r&#233;vis&#233;e inclut la didascalie suivante : &#171; (Robert does a brief dance break, answered by total silence. He stands stunned as the others look at him ; after a brief pause, they continue singing vigorously.) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la chor&#233;graphie elle-m&#234;me d&#233;ment l'intention affich&#233;e par les couples &#8212; et le fait qu'ils reprennent &lt;i&gt;doppio tempo&lt;/i&gt; imm&#233;diatement apr&#232;s, en dit plus que tout signe verbal plus ou moins explicite. M&#234;me si sa d&#233;nonciation reste sous-entendue, le num&#233;ro est donc plus grin&#231;ant que triomphal. Initialement pr&#233;vu pour la fin de l'ouvrage (juste avant la sc&#232;ne avec Amy, sur laquelle se concluait la pi&#232;ce), il est &#233;videmment bien plus &#224; sa place au d&#233;but de l'acte II, o&#249; il r&#233;-affirme les th&#232;mes et le ton de l'ouvrage. Peut-&#234;tre est-ce son all&#233;gresse forc&#233;e qui &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/interview/canova.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;plut tant&lt;/a&gt; &#224; Elaine Stritch (cr&#233;atrice du r&#244;le de Joanne, et dont nous serons amen&#233;s &#224; reparler) : &#171; Ne trouvez-vous pas &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Side by Side' d&#233;testable ? Chaque fois que nous devions nous coltiner&lt;/code&gt;What would we do without you', j'avais envie de me tuer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;The Butterfly Monologue&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De toutes les pr&#233;tendantes de Robert, April est celle que l'on retrouve le plus. Elle est &#233;galement le seul personnage de la pi&#232;ce dot&#233; de monologues parl&#233;s relativement longs ; nous avons d&#233;j&#224; vu sa tirade sur &#171; Radio City &#187;. Cette nouvelle sc&#232;ne d&#233;veloppe sa simplicit&#233; et sa na&#239;vet&#233;, mais apporte aussi davantage de renseignements sur Robert lui-m&#234;me, dont nous d&#233;couvrons ici l'appartement en m&#234;me temps que April (qui en fait l'inventaire en reprenant sa gestuelle rituelle d'h&#244;tesse de l'air) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I never really look at it. I just &#8212; live here.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;[...] I've always liked my apartment but I'm never really in it. I just seem to pass through the living room on my way to the bedroom to go to the bathroom to get ready to go out again.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de Robert rejoint ici celle du colocataire que d&#233;crivait April pr&#233;c&#233;demment : &#171; He was born in New York &#8212; so nothing really interests him. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une br&#232;ve interruption musicale sur laquelle nous reviendrons, survient ce qui est sans doute le passage parl&#233; le plus remarquable de la pi&#232;ce (d'ailleurs souvent utilis&#233; dans les classes d'art dramatique aux &#201;tats-Unis, pour autant que je puisse en juger) : le &lt;a href=&#034;http://itsabusiness.blogspot.fr/2012/06/april-monologue-from-company-by-stephen.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;monologue du papillon&lt;/a&gt;. Num&#233;ro d'ing&#233;nue par excellence (on pense &#224; Agn&#232;s et son &#171; petit chat &#187; dans &lt;i&gt;L'&#201;cole des femmes&lt;/i&gt;), cette sc&#232;ne peut &#234;tre jou&#233;e (et lue) de plusieurs fa&#231;ons. Mais sans doute son aspect le plus singulier r&#233;side-t-il dans l'&#233;vocation de la nature et de la vie &#8212; et, plus largement, de l'air libre : au &#171; guarded parks &#187; et &#171; dusty trees &#187; de Marta, s'oppose ici l'image d'une rose et d'un papillon en plein &#233;t&#233;. Image d'autant plus frappante dans une pi&#232;ce qui se d&#233;roule presque enti&#232;rement en int&#233;rieur et dans un environnement urbain ; de fait le nom m&#234;me d'April (avril) &#233;voque le d&#233;but du printemps, le soleil et la floraison. Face &#224; ces merveilles, April est &#224; la fois &#171; fascin&#233;e &#187;, et passive : &#171; he just said &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Put it somewhere the cat can't get it!', &lt;u&gt;which is impossible&lt;/u&gt; &#187;. &#201;videmment, la m&#233;tamorphose du papillon (laissant une minuscule tache de sang) peut &#233;galement &#234;tre lue comme une m&#233;taphore topique ({Natureingang}) de la pubert&#233; f&#233;minine -- gu&#232;re enviable toutefois : sa beaut&#233; s'av&#232;re avant tout d&#233;corative, et sa libert&#233;, illusoire (&#171; a beautiful butterfly flying around [the] room &#187;). Auquel cas April, jeune femme &#171; damaged &#187; par son contact avec l'homme qui lui a remis le cocon, se retrouverait dans une position comparable au papillon bless&#233; par le chat. Ce qui me frappe davantage, est l'&#233;vocation d'un monde o&#249; tout fuit, tout dispara&#238;t : le cocon, le papillon (&#171; still alive &#187; mais dont le pronostic vital semble, disons, mal engag&#233;), l'humidit&#233; sur les ailes (&#171; within an hour they dry off &#187;), et m&#234;me le chat et l'&#233;t&#233; (&#171; I had a cat &lt;u&gt;then&lt;/u&gt;. [...] It was summer &lt;u&gt;then&lt;/u&gt; &#187;). Pour finir, enfin, par les relations humaines (&#171; I never saw him again. &#187;) : H&#244;tesse de l'air toujours en transit (finalement aussi peu libre de &#171; voler &#187; qu'un papillon dans une pi&#232;ce close : &#171; put your wings down &#187; lui dira Robert), exil&#233;e de son Ohio natal, April semble destin&#233;e &#224; tout perdre -- et le texte rev&#234;t alors une dimension universelle sur le temps qui passe, autre {topos} litt&#233;raire ici repr&#233;sent&#233; par la rose. La chute du monologue (car il s'agit &#233;galement d'un num&#233;ro comique) se pr&#234;te elle aussi &#224; plusieurs lectures. Le fait pour April de se rebeller contre celui qu'elle pr&#233;sente comme son tortionnaire peut faire d'elle une personnalit&#233; plus forte et plus complexe qu'on ne l'aurait cru, voire une femme moderne et lib&#233;r&#233;e. C'est aussi, pour l'auteur, un moyen de briser net l'&#233;vocation sentimentale et po&#233;tique (on retrouve alors le {V-effekt} de Brecht) : finalement April n'est pas la cr&#233;ature &#233;th&#233;r&#233;e et fragile qui nous avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; voir, mais une femme ordinaire et terre-&#224;-terre qui n'h&#233;site pas &#224; jurer. Et &#224; ce propos, je rel&#232;ve avec int&#233;r&#234;t que la r&#233;plique d'April (&#171; I'm a living thing too, you shithead! &#187;), pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s, n'a rien perdu de sa puissance offensante, puisque d'aucuns &#233;prouvent encore le besoin de la censurer aujourd'hui. Le rapport de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine aux mots grossiers ne laisse d&#233;cid&#233;ment pas de m'&#233;tonner. Au monologue de April, Robert oppose sa propre anecdote assez convenue, triviale et grivoise en comparaison : le genre d'histoire &#224; raconter entre hommes h&#233;t&#233;rosexuels en fin de repas, et son inad&#233;quation n'en est que plus frappante. April ne s'y trompe pas, qui plaint la &#171; poor girl &#187; victime de Robert plut&#244;t que lui-m&#234;me qui a &#233;t&#233; priv&#233; de la nuit torride qu'il esp&#233;rait. C'est que cette sc&#232;ne r&#233;v&#232;le Robert sous son aspect le plus lubrique et le moins sympathique, qui avait &#233;t&#233; pudiquement &#233;vit&#233; jusque l&#224; : lui qui semblait aspirer &#224; une relation sinc&#232;re et authentique, se montre pr&#234;t &#224; toutes les compromissions vulgaires pour coucher avec April. Avant de revenir sur ce sujet, voyons toutefois ce qui se passe simultan&#233;ment sur sc&#232;ne en-dehors de l'espace di&#233;g&#233;tique de la chambre de Robert. {{{ {Poor Baby} }}} Entrecoupant le dialogue entre Robert et April, les &#233;pouses interviennent, amor&#231;ant le ch&#339;ur {Poor Baby}. L'apparition de la voix chant&#233;e se fait progressivement, avec tout d'abord des &#233;changes {parlando} en stichomythie entre les &#233;pouses et leur mari : Sarah et Harry, puis Jenny et David de fa&#231;on impeccablement sym&#233;trique (le mot &#171; David &#187; faisant &#233;cho &#224; &#171; Darling &#187;). Les r&#233;pliques des &#233;poux s'&#233;loignent peu &#224; peu de celles de leurs femmes ; non seulement ils persistent dans leurs monosyllabes l&#224; o&#249; la parole de leur interlocutrice s'amplifie, mais d'un point de vue s&#233;mantique m&#234;me on assiste &#224; un d&#233;tachement : au &#171; I worry. -- &lt;u&gt;Why?&lt;/u&gt; &#187; succ&#232;de le zeugme involontaire &#171; There's no one. -- &lt;u&gt;Where?&lt;/u&gt; -- In his life. &#187;, puis simplement le &#171; Oh. &#187; (que nous retrouverons d'ailleurs dans {Barcelona} ci-apr&#232;s). De cette indiff&#233;rence (teint&#233;e, on le devine, de lassitude) r&#233;sulte &#233;videmment un effet comique. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Sarah}} -- Darling--&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Yes?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- Robert.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- What?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- I worry.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Why?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- He's all alone.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]There's no one--&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Where?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- In his life.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Oh.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- Robert ought to have a woman.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Cette derni&#232;re r&#233;plique (d'autant plus absurde que Robert, &#224; ce moment pr&#233;cis, {est} avec une femme) d&#233;bouche sur une phrase lyrique qui introduit le morph&#232;me du &#171; Poor Baby &#187; (et l'on retrouve ainsi la confusion Bobby-Baby que nous &#233;voquions d&#232;s le d&#233;but de l'ouvrage). D'un point de vue musical, ce num&#233;ro reprend et d&#233;veloppe la marche dissonante et grotesque entendue au d&#233;but de chaque acte (avec son balancement tonique/dominante sur les contretemps, d'abord en sol, puis modulant au triton sur le r&#233; b&#233;mol du d&#233;but de l'ouvrage), sur laquelle se d&#233;veloppe une m&#233;lodie aux accents modaux (quarte augment&#233;e, septi&#232;me mineure, tierce parfois minoris&#233;e) nettement influenc&#233;e par le blues : le &#171; poor baby &#187; qu'est Robert se retrouve ainsi dorlot&#233; par une berceuse noir-am&#233;ricaine du Sud des &#201;tats-Unis, &#224; forts relents de [{Summertime}-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Summertime_%28song%29] (que Sondheim tient d'ailleurs en haute estime) -- &#233;vocation que Jonathan Tunick souligne par un solo de clarinette en mi b&#233;mol digne de George Gershwin. Peu &#224; peu se met en place un v&#233;ritable quintette de solistes (&#224; cinq voix r&#233;elles avec entr&#233;es en imitations, &#233;criture contrapuntique peu fr&#233;quente dans les com&#233;dies musicales). Puis le num&#233;ro se termine, l&#224; encore, par une r&#233;-exposition du premier blues. D'un point de vue &#233;nonciatif, l'allocutaire du discours des femmes se d&#233;place peu &#224; peu : de leur mari vers la cantonade (le public), puis vers Robert lui-m&#234;me, puis de nouveau au public. Il y a l&#224; un aspect sinueux et insidieux qui se retrouve dans le contenu m&#234;me du texte : peu &#224; peu les masques tombent et celles-l&#224; m&#234;me qui chantaient un instant plus t&#244;t &#171; friendship forbids anything bitter &#187; laissent appara&#238;tre leur condescendance (&#171; poor baby &#187;, &#171; a lonely dog &#187;), vanit&#233; (&#171; no one wants you to be happy more than I do &#187;), insinc&#233;rit&#233; (&#171; isn't she a little bit, well, you know? &#187;), et pour finir, un torrent de condamnation morale, m&#233;prisante et intrusive, d&#233;clench&#233; par le &#171; dumb &#187; de Sarah qui, sur une note tenue grave, sonne comme un coup de gong :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] Dumb?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Tacky?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Vulgar?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Old?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Tall?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Aggressive?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Where is she from?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Neurotic?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Peculiar?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And cheap?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]She seems so dead.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&lt;u&gt;She's tall enough to be your mother.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And gross?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Depressing?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]She's very weird.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And immature?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Goliath! &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; On note ici que la r&#233;plique la plus longue (chant&#233;e par Joanne) sert pr&#233;cis&#233;ment &#224; d&#233;crire une personne anormalement grande. C'est dans celle-l&#224; pr&#233;cis&#233;ment que Sondheim verra &#171; la plus amusante r&#233;plique chant&#233;e : elle n'a m&#234;me pas de rime, elle est juste parachut&#233;e l&#224; [...] &#199;a ne rime pas, &#231;a ne ressemble &#224; rien rythmiquement, mais c'est typique du personnage et c'est ce qui le rend amusant : &#231;a fait rire les gens &#224; chaque fois. &#187; (cit&#233; par Zadan, 1974). {{{ {Tick-Tock} }}} Pendant le ch&#339;ur pr&#233;c&#233;dent, Robert et April ont commenc&#233; &#224; s'affairer dans le lit (explicitement pr&#233;sent sur sc&#232;ne, dans une crudit&#233; presque &#233;lisabethaine). C'est ici que s'ins&#232;re un num&#233;ro de danse qui permet aux auteurs de refaire para&#238;tre le personnage de Kathy (ou plus exactement, au chor&#233;graphe Michael Bennett de mettre en valeur sa petite amie et future femme Donna McKechnie, danseuse virtuose reconnue). Il s'agit donc du seul num&#233;ro v&#233;ritablement dans&#233; de l'ouvrage, dont la musique ne sera m&#234;me pas r&#233;dig&#233;e par Sondheim et que beaucoup de metteurs en sc&#232;ne choisiront de couper dans les productions ult&#233;rieures. Choix, &#224; mon sens, regrettable : j'esp&#232;re montrer ici que ce num&#233;ro n'a rien de superflu, et d&#233;veloppe au contraire le discours de l'ouvrage. Intitul&#233; {Tick-Tock}, ce num&#233;ro de quatre minutes fut initialement &#233;crit par Wally Harper (il en reste un [enregistrement-&gt;http://assets.tumblr.com/swf/audio_player_black.swf?audio_file=http%3A%2F%2Fwww.tumblr.com%2Faudio_file%2Ffuckyeahstephensondheim%2F36514537078%2Ftumblr_me1wq4EOoP1qel68t], puis enti&#232;rement refait par David Shire. Son titre &#233;voque non seulement une id&#233;e musicale, le tic-tac de l'horloge (qui rejoint les diff&#233;rentes exp&#233;riences de l'ouvrage pour int&#233;grer des bruitages dans la musique, quoique peut-&#234;tre de fa&#231;on moins originale), mais plus largement le temps qui passe, autant concr&#232;tement (&#224; la fin du num&#233;ro le r&#233;veil sonnera, lan&#231;ant la sc&#232;ne suivante) que m&#233;taphoriquement (comme nous le voyions plus haut pr&#233;cis&#233;ment avec April et son monologue). L'argument de la chor&#233;graphie tient en une seule didascalie : &#171; Kathy's dance expresses the difference between having sex and making love. &#187; Il s'agit donc d'un num&#233;ro d'[{interpretive dance}-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Interpretive_dance] du plus pur style (et non d'un ballet de r&#234;ve : si la sc&#232;ne se d&#233;roule la nuit, les deux protagonistes semblent bien &#233;veill&#233;s). La musique est visiblement con&#231;ue dans ce sens, recyclant quelques th&#232;mes de l'ouvrage pris ici ou l&#224; ({Someone Is Waiting}, {Poor Baby}, {Company}) avec force gestes tranch&#233;s et &#233;lans spectaculaires -- voire un soup&#231;on de clinquant. Mont&#233;e en tension sur note p&#233;dale, mode phrygien, accords mineurs avec neuvi&#232;me ajout&#233;e ; toute la panoplie harmonique est l&#224;, servie par une orchestration hollywoodienne-rock &#224; la mode (nous nous trouvons alors &#224; l'apog&#233;e du r&#232;gne de James Bond au cin&#233;ma) : section cuivres, tenues de violons, {riff} de basse, batterie, arp&#232;ges par trois croches en d&#233;calage, etc. Ce qui frappe le plus, c'est l'usage de la bande enregistr&#233;e sur laquelle figurent les voix des acteurs-chanteurs. De Robert et April, nous sont donn&#233;es &#224; entendre les pens&#233;es, en &#171; voix off &#187; cependant m&#234;me qu'ils couchent ensemble. D&#232;s l'opposition entre &#171; I like that &#187; (Robert) et &#171; I love that &#187; (April), appara&#238;t une divergence qui va croissant : elle pense &#171; He really likes me. [...] I think I could love him. &#187; tandis que lui reste emp&#233;tr&#233; dans des pr&#233;occupations plus imm&#233;diates : &#171; With all that long hair I can't find her head. [...] If only I could remember her name. &#187; De fa&#231;on tr&#232;s &#233;vocatrice, la musique va {crescendo} mais s'interrompt brutalement &#224; son sommet. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{April}} -- I love you.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{(motif &#171; Bobby &#187; jou&#233; langoureusement au violon solo)}&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- I...&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{(accord dissonant de guitare et cuivres)}&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- I...&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{(m&#234;me accord)} &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; &#192; la suite de quoi la musique reprend, sur un mouvement beaucoup plus relax&#233;, et l'on entend les couples mari&#233;s se dire &#171; I love you &#187;, {ad nauseam}. Comme ailleurs dans l'ouvrage, la multiplication de la parole la vide de son sens et de sa charge de sinc&#233;rit&#233; -- pour reprendre le titre d'un film musical de Woody Allen, {everyone says I love you}. Que lire dans cette incapacit&#233; de Robert &#224; dire &#171; I love you &#187; ? Refus de mentir ? Sacralisation de l'amour ? Doute syst&#233;matique ? Quoi qu'il en soit, nous voyons ici combien le langage verbal se trouve au centre de sa pr&#233;occupation ; l'on pourrait m&#234;me dire que c'est lorsqu'il {cesse} de passer par le verbe, que Robert atteint sa plus authentique sinc&#233;rit&#233;. {{{ {Barcelona} }}} April et Robert, qui se sont endormis, sont r&#233;veill&#233;s par la sonnerie du r&#233;veil, qui s'encha&#238;ne avec un nouveau num&#233;ro musical. La chanson {Barcelona} frappe, d'un point de vue harmonique, par son &#233;l&#233;gance et son &#233;conomie de moyens. Barcarolle &#233;crite &#224; trois temps tout comme {Someone Is Waiting}, elle se construit sur un balancement entre un accord de sol mineur (renvers&#233; &#224; l'&#233;tat de sixte) et un accord de fa mineur (avec septi&#232;me). Les deux accords ont une note en commun, le si b&#233;mol aigu : pour le premier, c'est une doublure de la basse (notoirement interdite en harmonie classique), pour le second c'est une onzi&#232;me ajout&#233;e ; quant &#224; la basse, elle se balance entre le si b&#233;mol et le fa sur un intervalle de quarte descendante selon le m&#234;me proc&#233;d&#233; que les c&#233;l&#232;bres {Gymnop&#233;dies} d'&#201;rik Satie. De la na&#238;t une ambigu&#239;t&#233; qui restera irr&#233;solue : sommes-nous en mi b&#233;mol majeur (auquel cas le premier accord pourrait s'entendre comme un accord de tonique avec septi&#232;me majeur... mais sans fondamentale, et jou&#233; sur la dominante), ou en si b&#233;mol mixolydien (c'est-&#224;-dire mode de sol, sans note sensible ni cadences parfaites) ? Aucune r&#233;ponse ne sera apport&#233;e, et ce ne sont pas les quatres mesures de pont modulant (dans des tonalit&#233;s &#233;loign&#233;es, par cycle de quintes justes) qui y aideront. Quant &#224; la m&#233;lodie est d'une simplicit&#233; qui confine au d&#233;pouillement, explorant un t&#233;tracorde diatonique avec des phrases sur deux ou trois notes (saut de tierce descendante, mouvement conjoint montant). Le dialogue chant&#233; suit le rythme de l'accompagnement (avec parfois des h&#233;mioles qui soulignent la stichomythie), et ne peut manquer de rappeler celui entre Sarah et Harry, puis Jenny et David cit&#233; plus haut. Avec un degr&#233; de formalisme sans doute plus &#233;labor&#233; : presque tout y est r&#233;p&#233;t&#233; deux fois (sauf &#171; No I'm not &#187; qui appara&#238;t quatre fois), avec le mot &#171; Barcelona &#187; qui encadre toute cette partie. Ce proc&#233;d&#233; n'est pas gratuit (comme dans la tradition d'op&#233;ra ou de chanson populaire qui consiste &#224; r&#233;p&#233;ter syst&#233;matiquement les paroles), mais cr&#233;e un enfermement : tout comme l'ostinato rythmique &#224; trois temps ou la m&#233;lodie sur quelques notes, le dialogue {tourne en rond}. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Where you going?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- &lt;u&gt;Barcelona.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;Oh.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- &lt;u&gt;Don't get up.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;br&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Do you &lt;u&gt;have to?&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- Yes, I &lt;u&gt;have to.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;Oh.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- &lt;u&gt;Don't get up.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;br&gt; _ &lt;multi&gt;[en]Now &lt;u&gt;you're angry.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;No I'm not.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- &lt;u&gt;Yes you are.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;No I'm not.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&lt;u&gt;Put your &lt;/u&gt;th&lt;u&gt;ings down.&lt;/u&gt; &lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- See, &lt;u&gt;you're angry.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;No I'm not.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- &lt;u&gt;Yes you are.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;No I'm not.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]&lt;u&gt;Put your &lt;/u&gt;w&lt;u&gt;ings down&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;br&gt; _ &lt;multi&gt;[en]And &lt;u&gt;stay.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- I'm leaving.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Why?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- To go to--&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- &lt;u&gt;Stay.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{April}} -- I have to-- (fly)&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- (fly), I know-- (to)&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Ensemble}} -- &lt;u&gt;Barcelona.&lt;/u&gt;&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Dans la section suivante, Robert se lance dans une grande phrase {legato} laborieuse (qu'il chante en baillant), o&#249; il accumule les erreurs (&#171; you're a very special girl, not because you're bright -- not {just} because you're bright &#187;) et les redites inutiles, tout occup&#233; qu'il est &#224; chercher le pr&#233;nom de son interlocutrice. Il termine triomphalement sur &#171; June &#187;... corrig&#233; gentiment par April. La premi&#232;re section est ensuite r&#233;-expos&#233;e, Robert r&#233;it&#233;rant ses invitations &#224; rester avec lui, et se termine par une phrase m&#233;lodique simple mais assez jolie de April, qui d&#233;cide finalement de rester. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{April}} -- Oh well, I guess... Okay.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- What ? {{April}} -- I'll stay. {{Robert}} -- But... {(pause, puis a parte)} Oh,God.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Quelques commentateurs (Woody White, 1998) ont not&#233; avec pertinence l'invraisemblance du choix de April de nos jours : en notre &#233;poque de pr&#233;carit&#233; de l'emploi et de pression patronale, aucune personne sens&#233;e ne renoncerait &#224; se pr&#233;senter &#224; son travail un jour, &#224; l'improviste, pour rester au lit avec son amant. &#201;tait-ce plus envisageable en 1970 ? Je laisserai le soin de r&#233;pondre &#224; quelqu'un l'ayant v&#233;cu. Le texte implique, et c'est le parti que prennent la plupart des productions, que Robert n'a pas pens&#233; un mot de ce qu'il disait jusque l&#224;, et qu'il a simplement pouss&#233; trop loin ses supplications qui n'auraient d&#251; &#234;tre que de pure forme. Ce qui rejoint effectivement la sc&#232;ne parl&#233;e pr&#233;c&#233;dente, qui montre Robert, nous l'avons vu, sous son jour le plus int&#233;ress&#233; et hypocrite. Pour autant, ce n'est pas la seule lecture possible : &#171; J'ai la forte impression que ce n'est pas la question &#187;, indique Engel, &#171; le principal, c'est ce sentiment qu'a Robert de d&#233;sirer quelque chose, et, quand il l'obtient, de plus le d&#233;sirer. Un sentiment est loin d'&#234;tre unique en ce bas-monde. &#187; Ce rapport conflictuel du personnage vis-&#224;-vis de ses propres d&#233;sirs est, de fait, exprim&#233; dans l'ouvrage, par exemple lorsqu'il s'agit de faire un v&#339;u devant son g&#226;teau d'anniversaire. Hypocrisie ou inconstance ; quelle qu'en soit la raison, la totalit&#233; du num&#233;ro est encore une fois annul&#233;e par sa chute. Et Engel de conclure : &#171; Tout le monde a une id&#233;e diff&#233;rente de ce que {Company} signifie. &#187; (Engel, 1972) {{{&#171; Takes two to make a happy divorce &#187;}}} La sc&#232;ne suivante revient sur le balcon de Peter et Susan, quelque temps apr&#232;s l'&#233;pisode pr&#233;c&#233;dent. Robert est cette fois accompagn&#233; de sa petite amie du moment, Marta, ce qui donne lieu &#224; un quiproquo classique lorsque ses h&#244;tes l'appellent par plusieurs pr&#233;noms successifs (&#171; You must be Kathy! -- April -- Shelly -- Kiky -- Nancy &#187;), jusqu'&#224; ce que Robert interrompe l'&#233;num&#233;ration et s'en tire en faisant passer le tout pour une bonne blague (&#171; They're great kidders &#187;). (&#201;num&#233;ration qui, au demeurant, laisse entrevoir la possibilit&#233;, peu esquiss&#233;e au premier acte, que Robert soit un v&#233;ritable &#171; homme &#224; femmes &#187;.) La suite du dialogue ne manque pas de souligner l'hypocrisie des relations mondaines en confrontant Susan (issue de la bourgeoisie sudiste traditionnelle) &#224; Marta (jeune citadine cosmopolite et branch&#233;e) : &#171; Oh, Marta, of course! You're just what Robert said: so pretty and... original. &#187; Nouveau quiproquo : Robert, trouvant Peter et Susan ensemble, croit avoir affaire &#224; un couple mari&#233;... alors qu'ils ont effectivement divorc&#233;, mais continuent &#224; vivre ensemble &#171; here, at home &#187;. La bizarrerie de la chose reste certes perceptible pour le spectateur contemporain, mais elle doit &#234;tre rien moins que choquante en 1970, &#233;poque o&#249; la notion traditionnelle de couple et de famille nucl&#233;aire commence &#224; voler en &#233;clats (Hardy, 2007). Le ressort de la pr&#233;c&#233;dente sc&#232;ne du balcon se trouve r&#233;activ&#233;, le divorce &#233;tant &#233;voqu&#233; comme un motif de r&#233;jouissance (et m&#234;me d'un voyage touristique de c&#233;l&#233;bration o&#249; ils ont &#171; both put on five pounds &#187;). Chacun souligne, ing&#233;nument, cette absurdit&#233;, par un sophisme : &#171; We're so much more married &lt;u&gt;now&lt;/u&gt; than &lt;u&gt;when we were married&lt;/u&gt; &#187; (Peter), &#171; [being single] is nicer, I think. Especially when you have someone. &#187; (Susan). Et Robert de r&#233;sumer la situation en une formule toute-faite : &#171; Well, I guess it takes two to make a happy divorce. &#187; Cette formule est peut-&#234;tre h&#233;rit&#233;e de la chanson {Takes Two To Tango}, tr&#232;s populaire dans les ann&#233;es 1950-1960) ; quoi qu'il en soit, Sondheim l'emploiera dix-sept ans plus tard dans un num&#233;ro de {Into The Woods} (&#171; It takes two. I thought one was enough, it's not true: it takes two of us. [...] We want four, we had none. We've got three. We need one. It takes two. &#187; -- on retrouve ici l'importance des nombres.). Cet emploi des chiffres pour d&#233;signer les personnes se retrouve tout au long de la pi&#232;ce (d&#232;s {Little Things} avec &#171; when &lt;u&gt;two&lt;/u&gt; manoeuver as &lt;u&gt;one&lt;/u&gt; &#187;). Le mot &#171; happy &#187;, tout comme le mot &#171; crazy &#187; que nous &#233;voquions plus haut et dont il est, d'une certaine mani&#232;re, le contrepoids, m&#233;riterait une &#233;tude plus pouss&#233;e, chacune de ses occurrences correspondant &#224; une situation d'&#233;nonciation dont la sinc&#233;rit&#233; est discutable : &#171; you may leave a message about &lt;u&gt;how happy you are&lt;/u&gt; that I'm turning thirty-five &#187; (introduction), &#171; no one wants you &lt;u&gt;to be happy&lt;/u&gt; more than I do &#187; ({Poor Baby}), ou ci-dessous, Robert d&#233;signant &#224; Joanne les jeunes clients du night-club : &#171; people that dance and laugh like that, they're &lt;u&gt;not really happy&lt;/u&gt;... sans oublier le r&#233;current &#171; happy birthday &#187;. Aussi n'est-il pas innocent que dans la pr&#233;sente sc&#232;ne, &#224; la question &#171; how have you been &#187;, Robert r&#233;pond -- sans tromper quiconque -- &#171; Well you know me. Always happy. &#187; En un ultime jeu de syllogismes, la sc&#232;ne se termine sur une citation socratique, imm&#233;diatement retourn&#233;e -- et l'on d&#233;couvre que, tout comme le &#171; good things get better &#187; de {Sorry-Grateful}, le retournement des termes ne fait ni plus ni moins de sens que l'original. Les mots, comme les id&#233;es, sont vains et interchangeables. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en]{{Robert}} -- Well, you know my favorite quote:&lt;/code&gt;The &lt;u&gt;unexamined&lt;/u&gt; life is not worth &lt;u&gt;living&lt;/u&gt;.'&lt;/multi&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Here's to the ladies who lunch &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;everybody laugh.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Lounging in their caftans&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and planning a brunch&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;on their own behalf.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Off to the gym,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;then to a fitting,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;claiming they're fat.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;And looking grim,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;'cause they've been sitting&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;choosing a hat.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;(&lt;i&gt;parlando&lt;/i&gt;) &#8212; Does anyone still wear a hat?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'll drink to that.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce premier couplet portant sur l'apparence physique en succ&#232;de un qui disqualifie cette fois les activit&#233;s culturelles : arts visuels vers lesquels l'on se rue par snobisme mais que l'on doit ensuite subir plus qu'appr&#233;cier (le &#171; long, exhausting day &#187; est ici ironique), d&#233;penses &#224; tout va (l'anaphore &#171; &lt;u&gt;Another&lt;/u&gt; long, exhausting day, &lt;u&gt;another&lt;/u&gt; thousand dollars &#187; exprime la r&#233;p&#233;tition et l'invariance, nous la retrouverons plus loin), matin&#233;es au th&#233;&#226;tre (r&#233;serv&#233;es, par nature, aux personnes qui ne travaillent pas), auteurs &#224; la mode qu'ils soient vivants (Pinter) ou morts (Mahler, que le chef d'orchestre Leonard Bernstein, avec qui Sondheim signa &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;, a fait red&#233;couvrir au public am&#233;ricain). La derni&#232;re phrase du couplet est soulign&#233;e dans l'orchestration par une citation (trompette bouch&#233;e solo doubl&#233;e par la fl&#251;te) de la 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; symphonie de Mahler, comme si l'orchestre lui-m&#234;me r&#233;pondait &#224; l'invitation de Joanne : &#171; and one for Mahler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite le tour des femmes au foyer, qui le sont non par choix ou n&#233;cessit&#233; mais plut&#244;t pour jouer &#224; la d&#238;nette :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;And here's to the &lt;u&gt;girls&lt;/u&gt; who &lt;u&gt;play&lt;/u&gt; wife &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;aren't they &lt;u&gt;too much&lt;/u&gt;?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Keeping house but clutching&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;a copy of LIFE,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;just to keep in touch.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Outre les formules infantilisantes signal&#233;es ci-dessus, l'on retrouve le jeu des rimes internes pouss&#233; &#224; un rare degr&#233; de perfection : &#171; wife / LIFE &#187;, &#171; much / &lt;u&gt;clutch&lt;/u&gt;ing / touch &#187;, et surtout les occlusives avec la s&#233;quence &lt;i&gt;k&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;p&lt;/i&gt; &#171; &lt;u&gt;K&lt;/u&gt;ee&lt;u&gt;pin&lt;/u&gt;g house / &lt;u&gt;cl&lt;/u&gt;utching / a &lt;u&gt;c&lt;/u&gt;o&lt;u&gt;p&lt;/u&gt;y of LIFE / to &lt;u&gt;k&lt;/u&gt;ee&lt;u&gt;p i&lt;/u&gt;n touch &#187;. &#201;videmment, l'image saillante dans ce fragment est le &#171; copy of LIFE &#187; (il s'agit du c&#233;l&#232;bre magazine &lt;i&gt;LIFE&lt;/i&gt;, dont le titre s'&#233;crit en capitales, et qui cessa de para&#238;tre en 1972 pour reprendre par intermittence ou dans d'autres formats jusqu'&#224; nos jours), qui fait basculer le discours sur un plan existentialiste : tout ce que ces femmes peuvent conna&#238;tre de la vie n'est qu'une &#171; copy of life &#187;, superficielle et distante, &#224; laquelle on se cramponne (&#171; clutching &#187;) pour garder un maigre contact &#8212; du bout du doigt pourrait-on dire : le mot &#171; touch &#187; pr&#234;te &#233;galement &#224; double sens. Qu'elles choisissent de se conformer &#224; la norme &#171; follow the rules &#187; ou de s'affairer, ce n'est qu'une vaine diversion : &#171; too busy to know that they're fools &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier emballement, le cours de la chanson reprend (avec dans l'harmonie une demi-cadence en substitution par triton). Aux trois cat&#233;gories de femmes que nous avons vues (le mot &#171; girls &#187; ayant supplant&#233; &#171; ladies &#187;) succ&#232;de celle des &#171; girls who just watch &#187; &#8212; celle de Joanne elle-m&#234;me, qui se rend compte &#224; ce stade qu'elle vaut encore moins que les pr&#233;c&#233;dentes, comme l'indique l'antiphrase f&#233;roce &#171; aren't they &lt;u&gt;the best&lt;/u&gt; ? &#187;. Le texte fonctionne ici de fa&#231;on m&#233;taleptique : ce que d&#233;crit Joanne, c'est non seulement sa position dans la vie mais &#233;galement dans le dispositif sc&#233;nique/dramaturgique de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;. Les rimes associent ici l'attitude de spectatrice-commentatrice aigrie et la consommation d'alcool : &#171; watch / Scotch &#187;, puis &#171; brilliant zinger / vodka stinger &#187; (le premier d&#233;signe les r&#233;parties foudroyantes dont Joanne est pr&#233;cis&#233;ment sp&#233;cialiste, le second est un cocktail &#224; base de vodka et de cr&#232;me de menthe, plut&#244;t f&#233;minin mais violemment alcoolis&#233; et au go&#251;t de d&#233;capant). On retrouve ici le proc&#233;d&#233; d'anaphore sur &#171; another &#187;, cette fois sur quatre vers au lieu de deux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Another chance to disapprove,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;another brilliant zinger,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;another reason not to move,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;another vodka stinger.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhh!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'll drink to that.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que l'ivresse (et, nous l'avons vu, la fatigue) se fait sentir, le personnage perd son vernis social et se r&#233;v&#232;le dans une v&#233;rit&#233; de plus en plus crue. Or, le stade ultime de ce processus est atteint &lt;i&gt;lorsque le langage ne suffit plus&lt;/i&gt; : la v&#233;rit&#233; de Joanne, &#224; savoir sa souffrance, ne peut s'exprimer que par un cri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier couplet r&#233;capitule (introduit par l'embrayeur &#171; so &#187;) le mouvement de la chanson, en particulier dans son aspect le plus existentiel. Le pronom ind&#233;fini &#171; everybody &#187; d&#233;signe dans l'ouvrage la &#171; compagnie &#187;, si l'on peut dire, des amis de Robert (voir le &#171; okay, now everybody &#187; de Robert plus haut, ou encore au d&#233;but de l'acte II le &#171; Everyone adores you. What an awful thing. &#187; de Joanne), ou encore le public (&#171; Listen, everybody &#187; dans &lt;i&gt;Getting Married Today&lt;/i&gt;) ; cependant ici il englobe progressivement le genre humain dans son enti&#232;ret&#233;. Au &#171; everybody laugh &#187; du d&#233;but de la chanson, succ&#232;de ici &#171; everybody tries &#187;, et surtout &#171; everybody dies &#187;. Le fait de s'affairer en tous sens (&#171; on the go &#187;, le verbe &#171; go &#187; pouvant aussi &#233;voquer la mortalit&#233;) n'est finalement qu'un divertissement pascalien qui ne trompe pas toutes ces femmes, comme on peut le voir dans leurs yeux &#8212; et seulement leurs yeux car l&#224; encore, la parole n'est d'aucun secours pour expliquer leur r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;So here's to the girls on the go &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;everybody tries.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Look into their eyes,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and you'll see what they know:&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;everybody dies.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La phrase &#171; look into their eyes &#187; rappelle d'ailleurs la chanson d'amour &lt;i&gt;The Shadow Of Your Smile&lt;/i&gt;, tr&#232;s populaire &#224; l'&#233;poque, mais de fa&#231;on invers&#233;e : le regard ne r&#233;v&#232;le pas l'amour, mais la conscience de notre mortalit&#233;. &#171; Everybody dies &#187; ; ces femmes le savent, et c'est ce qui fait leur force, survivantes par l'&#233;nergie du d&#233;sespoir mais pourtant condamn&#233;es au m&#234;me titre que les dinosaures. &#171; Everybody dies &#187;, mais ce n'est pas la fin : la chanson ne s'arr&#234;te pas sur un constat fataliste mais sur une exhortation &#224; agir (et donc &#224; d&#233;fier notre &#171; reason not to move &#187;) : &#171; everybody rise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A toast to that invincible bunch,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;the dinosaurs surviving the crunch.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;let's hear it for the ladies who lunch &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;everybody rise!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;(&lt;i&gt;elle l&#232;ve les mains...&lt;/i&gt;)&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Rise! Rise! Rise! Rise! Rise! Rise! Rise!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Rise!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;(&lt;i&gt;et les laisse tomber, sur la derni&#232;re note grave&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette exhortation reprend les codes visuels d'un discours politique ou de la rh&#233;torique antique : lever les bras, l'&#171; effet de manches &#187; par excellence. On peut aussi y voir (Gordon, 1990) un aspect incantatoire, comme pour faire surgir d'entre les morts (&#171; everybody dies &#187;, juste pr&#233;c&#233;demment) une foule de zombies qui ne serait pas sans &#233;voquer, ici encore, &lt;i&gt;The Waste Land&lt;/i&gt;. Cette lecture ne me para&#238;t toutefois pas convaincante non seulement en regard de ce qui pr&#233;c&#232;de, mais aussi de la mise en musique : les r&#233;p&#233;titions du mot &#171; rise &#187; ne sont pas &#233;chelonn&#233;es sur des notes ascendantes, mais r&#233;p&#233;t&#233;es sur la m&#234;me note, stridente et urgente. Le personnage s'&#233;poumone et, cette fois encore, la parole c&#232;de au cri. Ce n'est plus seulement un cri de douleur, mais aussi une exhortation, une ultime tentative de communiquer et de s'imposer face au monde (c'est-&#224;-dire ici le public, tout comme dans &lt;i&gt;Getting Married Today&lt;/i&gt; o&#249;, d&#233;j&#224;, Amy se demandait &#171; why is nobody listening ? &#187;). Tentative de faire reconna&#238;tre toutes ces femmes en g&#233;n&#233;ral, et elle-m&#234;me en particulier ; tentative vaine et path&#233;tique, puisque Joanne n'a d'autre choix que de la r&#233;p&#233;ter maintes fois (et d'y laisser quasiment sa voix), avant de, litt&#233;ralement, &lt;i&gt;baisser les bras&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi combien &lt;i&gt;The Ladies Who Lunch&lt;/i&gt; parvient &#224; jouer sur de nombreux niveaux : formel, soci&#233;tal voire f&#233;ministe, existentiel et universel, mais aussi et surtout, charg&#233; d'&#233;motion et de ressenti personnel &#8212; il n'est certainement pas anodin que Sondheim indique avoir pens&#233;, en &#233;crivant cette chanson, &#224; sa m&#232;re &#8212; &#224; qui l'opposait un lourd ressentiment, terrassant et r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; You have a good third husband &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne suivante a &#233;t&#233; en partie r&#233;&#233;crite et d&#233;velopp&#233;e dans la version r&#233;vis&#233;e. Reprenant le dialogue parl&#233; apr&#232;s son &#171; toast &#187;, Joanne demande une cigarette, &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; &#224; la fois culturel, social et g&#233;n&#233;rationnel par lequel elle se d&#233;finit : &#171; smoking may be the only thing that separates us from the lower life forms &#187;, dira-t-elle plus loin. C'est aussi un marqueur soci&#233;tal et g&#233;n&#233;rationnel :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; Remember when everyone used to smoke? How it was more... festive, happier, or something? Now every place is not unlike an operating room, for crissake, huh.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I never smoked.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; Why?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I don't know. I meant to, does that count?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; Meant to! Meant to! Story of your life. [...]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; You smoke. I'll watch.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; Watch? Did you hear yourself, huh? Did you hear what you just said, kiddo? Watch!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ici au tour de Robert, si l'on peut dire, de devenir une de ces &#171; girls who just watch &#187;. Tout comme l'alcool et l'alimentation dans la sc&#232;ne entre Harry et Sarah, ou le cannabis dans celle entre David et Jenny, le tabac est ici un moyen d'aborder la question du d&#233;sir et de l'engagement. Quant aux facteurs g&#233;n&#233;rationnels, ils sont &#233;videmment fort diff&#233;rents entre 1970 et 1995. Il est int&#233;ressant de comparer, entre les deux versions, la raison qu'invoquera plus tard Robert pour ne pas fumer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;u&gt;Even though&lt;/u&gt; I am a product of my generation, I &lt;u&gt;still&lt;/u&gt; do not smoke.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;devient :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I am a product of my generation &lt;u&gt;and&lt;/u&gt; I do not smoke.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui soul&#232;ve &#233;videmment la question de l'actualit&#233; de la pi&#232;ce pour un public contemporain (de 1995 ou, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, d'aujourd'hui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre changement, Larry se voit maintenant dot&#233; d'un monologue qui explique les motivations de son personnage et celles de Joanne &#8212; enti&#232;rement d&#233;crite et &#233;lucid&#233;e en quelques mots seulement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Larry&lt;/strong&gt; &#8212; See, every day Joanne tests me to see if I'll go away. Twice a year, my wife here packs up to leave so I'll ask her to stay. My mother was a very difficult woman and my old man left her &#8216;til the day he died; now, me &#8212; well, I married this &lt;u&gt;wildly conceited broad with no self-esteem&lt;/u&gt;. I got a wife who still has a hard time believing she found a guy she daily fascinates. And unlike my father, I'm a very happy man. &lt;u&gt;She doesn't act like this when you're not around&lt;/u&gt;, Bobby. I hope you get to meet Joanne sometime. She's a really terrific lady. In fact, if you ever decide to get married, Bobby, make sure you find someone just like Joanne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il donne une certaine &#233;paisseur au personnage, cet ajout n'est pas sans alourdir la sc&#232;ne, en explicitant des rapports qui &#233;taient auparavant plus finement sugg&#233;r&#233;s, par exemple l'attachement de Joanne pour son mari s'exprimant simplement par &#171; come on Larry, let's go home &#187; &#224; la fin de la sc&#232;ne. (Bien s&#251;r, il est &#233;galement possible de lire ce t&#233;moignage de Larry comme une illusoire et path&#233;tique tentative d'auto-persuasion.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que Robert se d&#233;finit comme &#171; product &#187;, jouet passif de circonstances ext&#233;rieures. Ce qui s'&#233;tend au mariage, comme le montre ensuite l'&#233;change le plus m&#233;morable de la sc&#232;ne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; Don't ever get married, Robby. Never. Why should you?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;u&gt;For company.&lt;/u&gt; I don't know. Like &lt;u&gt;everybody&lt;/u&gt; else.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; Who else?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; Everybody that ever fell in love and got married.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; I know both couples and they're both divorced.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici le mot &#171; everybody &#187; dans un r&#244;le central : Robert s'en sert dans une formule g&#233;n&#233;rale qui n'engage &#224; rien ; Joanne, au contraire, brise net l'abstraction. Avec une concision remarquable, sa phrase r&#233;duit l'infini (&#171; everybody &#187;) &#224; seulement deux (&#171; both &#187;), s&#233;pare les deux (il n'est donc pas possible de tomber amoureux &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; se marier), les condamne &#224; une catastrophe certaine, et indique que de toute fa&#231;on la catastrophe s'est d&#233;j&#224; produite (&#171; they're both divorced &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son point de vue sur la soci&#233;t&#233;, son ind&#233;pendance et son statut d'observatrice de l'action sur sc&#232;ne, Joanne s'av&#232;re finalement assez proche de Robert. Bien plus, la pr&#233;sence de Robert semble avoir un impact sur elle, puisqu'il est non seulement son compagnon de beuverie, mais l'initiateur de son penchant pour l'alcool, et le r&#233;v&#233;lateur (comme l'indiquait Larry plus haut) de son caract&#232;re le plus sombre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; Thank you for the evening. I'm glad I joined you. I was really feeling low... really depressed. I drank, but you really put it away tonight. The last several times we've gotten together, I've had shameful hangovers... abominable. We may be doing permanent damage &#8212; you think of that? I don't know what to think of the fact that &lt;u&gt;you only drink with me&lt;/u&gt;...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la seule fois de la pi&#232;ce o&#249; Robert expose son ressenti de fa&#231;on explicite (le mot &#171; depressed &#187; faisant ici &#233;cho au num&#233;ro musical de Joanne). Il reprend n&#233;anmoins une position de spectateur (voire d'analyste : &#171; I don't know what to make of the fact &#187;), et se retrouve, comme dans l'introduction ou &#224; la fin de la premi&#232;re sc&#232;ne avec Peter et Susan, &#224; assurer tout seul la conversation, faisant lui-m&#234;me les questions et les r&#233;ponses (et m&#234;me faisant parler son interlocutrice).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;That is not unflattering, I guess. No! I hope I don't depress you. We have good times and it's a hoot, yeah? &lt;u&gt;Whatever you say&lt;/u&gt;. What are you looking at, Joanne? It's my charisma, huh? Well, stop looking at my charisma!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; When are we going to make it?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici le ressort du coup de th&#233;&#226;tre, quoi que beaucoup plus direct (et probablement moins inattendu) que dans la sc&#232;ne avec Peter &#8212; et d'ailleurs, Robert r&#233;agit exactement avec les m&#234;mes mots : &#171; I beg your pardon ? &#187;, avant de chercher une &#233;chappatoire sous forme humoristique : &#171; What's wrong with now ? &#187;. Mais Joanne ne l'entend pas de cette oreille : nous arrivons &#224; la fin de l'ouvrage (&#171; this holiday is ending &#187;, d&#233;clarait Larry), et c'est l'heure o&#249; les masques doivent tomber. Or, la v&#233;rit&#233; cr&#251;e ne peut se d&#233;voiler que par l'absence de la parole, et en particulier de la parole sociale, convenue, qui n'est plus ici celle des couples mais bien celle de Robert :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;i&gt;(Slowly, directly, sultrily, quietly and evenly)&lt;/i&gt; [...] &lt;u&gt;Don't talk.&lt;/u&gt; Don't do &lt;u&gt;your folksy routine&lt;/u&gt; with me. You're a terribly attractive man. The kind of a man most women want but never seem to get.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; To get &#187; est ici &#224; lire dans deux sens possibles : la possession (&#171; I always get my man &#187;, chantera Madonna vingt ans plus tard dans une &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Sooner_or_Later_%28Madonna_song%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chanson&lt;/a&gt; sign&#233;e Sondheim), mais aussi la compr&#233;hension &#8212; n'est-ce pas Joanne qui dira de l'absence de Robert, &#224; la toute fin de l'ouvrage : &#171; maybe the surprise is on us. I think I &lt;u&gt;got the message&lt;/u&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;change est soulign&#233; dans le texte par des didascalies inhabituellement longues et nombreuses, qui permettent de comprendre que les avances de Joanne sont en fait un simulacre ma&#239;eutique destin&#233; &#224; amener Robert &#224; une prise de conscience &#8212; laquelle, comme beaucoup d'autres dans &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, s'exprimera par une inversion syntaxique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; I'll &#8212; take care of &lt;u&gt;you&lt;/u&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;i&gt;(A pause. He's been looking down; he looks up&lt;/i&gt;) But who will &lt;u&gt;I&lt;/u&gt; take care of?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir que Joanne est celle qui oblige Robert, non plus &#224; observer les autres personnages, mais &#224; s'observer lui-m&#234;me. La r&#233;plique qui suit est reprise &lt;i&gt;verbatim&lt;/i&gt; du d&#233;but de la sc&#232;ne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; &lt;i&gt;(A big smile)&lt;/i&gt; Well, did you hear yourself? Did you hear what you just said, kiddo?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212; I didn't mean that.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Joanne&lt;/strong&gt; &#8212; I just heard a door open that's been stuck for a long time.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et J. L. Gordon de commenter : &#171; La prise de conscience ultime de Robert que, en tant qu'adulte, il n'a pas besoin d'&#234;tre pris en charge mais de prendre soin de quelqu'un d'autre, est attendue par le public, m&#234;me si elle n'est pas enti&#232;rement convaincante. &#187; (Gordon, 1990)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Multitudes Of Amys&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment terminer une &#339;uvre non-lin&#233;aire, voire non-narrative ? La question se posa &#224; plus d'une reprise dans le cas de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;. &#192; l'origine, le personnage d'Amy joue un r&#244;le d&#233;cisif dans la fin de l'ouvrage : apr&#232;s sa sc&#232;ne de rupture avec Paul (alors intitul&#233;e &lt;i&gt;The Wedding Is Off&lt;/i&gt;) Robert la retrouve &#224; la fin de l'acte II, et lui propose de l'&#233;pouser au moyen de la chanson &lt;i&gt;Multitudes Of Amys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relativement difficile &#224; trouver (except&#233; dans des compilations d'in&#233;dits, comme &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CAjcuVdOvE4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Unsung Sondheim&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) et ignor&#233;e de la litt&#233;rature critique, cette chanson est pourtant l'une des plus r&#233;ussies de toute la carri&#232;re de Sondheim. Chanson d'amour par excellence (m&#234;me si le motif r&#233;p&#233;t&#233; de la multitude peut jeter le doute sur l'unicit&#233; de la personne aim&#233;e, comme nous le verrons), elle apporte une r&#233;ponse &#224; l'absence d'engagement de Robert pendant la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en musique est &#224; la hauteur de cette r&#233;v&#233;lation : fluide et &#171; sucr&#233;e &#187;, la m&#233;lodie en majeur &#233;vite la tonique pour se concentrer sur les autres notes de l'accord parfait : la premi&#232;re phrase finit sur la tierce (apr&#232;s &#234;tre pass&#233;e par la septi&#232;me majeure et la sixte), la seconde sur la quinte (passant par la neuvi&#232;me majeure et la septi&#232;me). Chose assez inhabituelle, les phrases sont lanc&#233;es par des intervalles disjoints assez larges (tierce majeure, puis quarte augment&#233;e, puis quinte ascendante, puis plus loin sixte ascendante). Un contrechant (confi&#233; chaleureusement, dans l'orchestration, &#224; la fl&#251;te dans sa tessitude grave) reprend les m&#234;mes motifs en canon, &#233;voquant le dispositif musical d'un duo d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Multitudes of Amys crowd the streets below;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;avenues of Amys, officefuls of Amys, everywhere I go.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Wonder what it means, oh-oh,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I wonder what it means.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I see them waiting for the lights,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;running for the bus, milling in the stores&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and hailing cabs and disappearing through revolving doors...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur appara&#238;t d'abord dans une contemplation a&#233;rienne (&#171; the streets below &#187;), que ce soit d'une tour d'ivoire ou du Seagram Building auquel il est compar&#233; pr&#233;c&#233;demment. &#192; l'image d'une &#171; multitude of Amys &#187; s'ajoute celle de la vie urbaine tourbillonnante (c'est bien du monde de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; qu'il s'agit) ; on a donc ici une transposition moderne du &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; litt&#233;raire qui consiste &#224; retrouver l'&#234;tre aim&#233; en toute chose ou toute personne (par exemple chez Lamartine : &#171; C'est toi que j'entends, que je vois, / Dans le d&#233;sert, dans le nuage ; / L'onde r&#233;fl&#233;chit ton image ; / Le z&#233;phyr m'apporte ta voix. &#187;). Il est en effet question ici de davantage que simplement reconna&#238;tre l'&#234;tre aim&#233; au d&#233;tour d'une rue : aussi ubiquitaires que fugaces, les Amy colonisent et supplantent l'humanit&#233; ent&#232;re, voire, &#224; mesure que la chanson progresse, l'univers entier &#8212; le &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; litt&#233;raire sera d'ailleurs renforc&#233; plus bas avec le pluriel po&#233;tique &#171; night skies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Multitudes of Amys everywhere I look;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;sentences of Amys, paragraphs of Amys, filling every book.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Wonder if it means I've gone to pieces:&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;every other word I speak is something she says...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toujours en coh&#233;rence avec le reste de l'ouvrage, le texte insiste &#224; nouveau sur l'importance de la parole et cr&#233;e un paradoxe logique : comment accorder foi &#224; un discours qui indique &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; qu'un mot sur deux lui en est d&#233;poss&#233;d&#233; ? Le questionnement en &#233;piphore (&#171; wonder what it means / wonder if it means &#187;) est &#233;videmment purement rh&#233;torique (autre &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; litt&#233;raire, voir par exemple Ch&#233;rubin chez Beaumarchais : &#171; Je ne sais plus ce que je suis, mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agit&#233;e &#187;). Naturellement, la remarque s'inscrit ici dans la constance qu'&#224; Robert &#224; se pr&#233;senter comme simple marionette des circonstances et des gens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Walls hang with pictures of Amys,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;galaxies of Amys dot the night skies;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;girls pass and look at me with Amy's eyes...&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I've seen an audience of Amys,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;watch a cast of Amys act in a play;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;seems there are more of her every day...&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;What can it mean? What can it mean?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici d'un pont modulant, avec de tr&#232;s jolies harmonies, toujours fond&#233;es sur des accords de septi&#232;me majeure ; les phrases m&#233;lodiques s'amorcent par des intervalles descendants, en chiasme par rapport &#224; la ligne m&#233;lodique pr&#233;c&#233;dente : septi&#232;me mineure descendante (joliment plac&#233;e sur &#171; walls hang &#187;, comme en &lt;i&gt;mimesis&lt;/i&gt; du mouvement vertical d&#233;crit par le texte), puis quintes descendantes. Le texte est ici sous-tendu par le champ lexical du regard : &#171; pictures / look / eyes / seen / watch / seems &#187; (le premier de ces termes r&#233;actualise d'ailleurs la phrase &#171; all these photos up on the wall &#187; du tout premier num&#233;ro chant&#233; de l'ouvrage). La figure du spectateur (position dans laquelle nous avons trouv&#233; Robert tout au long de la pi&#232;ce) se d&#233;multiplie ici : &#171; I've &lt;u&gt;seen&lt;/u&gt; an audience [...] &lt;u&gt;watch&lt;/u&gt; a cast [...] in a play &#187;, tout d'abord avec la mise en ab&#375;me du th&#233;&#226;tre puis celle du stade sportif, o&#249; le compl&#233;ment d'objet dispara&#238;t :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;I've caught a stadium of Amys standing up to cheer;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;choruses of Amys, symphonies of Amys, ringing in my ear.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I know what it means, hey Amy,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I know what it means, oh wow!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'm Ready! I'm ready! I'm ready now!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; oh-oh &#187; devient &#171; oh wow &#187; pour rimer avec &#171; now &#187; (la m&#233;lodie se concluant enfin sur une tonique) ; c'est la seule fois o&#249; Robert s'exprime par onomatop&#233;es. Notons par ailleurs comment la description du monde (voire de l'univers, &#171; galaxies of Amys &#187;) s'entrelace avec des perceptions diff&#233;rentes (la vue, l'ouie) et diverses formes artistiques : nous avons eu successivement les livres, le th&#233;&#226;tre, et enfin la musique. L'addition de ces termes correspond &#233;videmment au th&#233;&#226;tre musical, et on peut ainsi y lire une justification m&#233;talinguistique de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; en tant qu'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prise de conscience est suivie d'une r&#233;-exposition instrumentale (symphonique), proc&#233;d&#233; qui n'est jamais utilis&#233; dans le reste de l'ouvrage (&#224; l'exception du num&#233;ro purement instrumental &lt;i&gt;Tick Tock&lt;/i&gt;, dont nous avons vu qu'il n'est pas de Sondheim).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;All that it takes is two,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Amy me, Amy you,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Amy...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut ici repenser au &#171; it takes two to make a happy divorce &#187;, ou y voir (plus s&#251;rement) une pr&#233;figuration de la future chanson &lt;i&gt;It Takes Two&lt;/i&gt; que nous citions plus haut. On le voit, le nom de Amy contamine et supplante le discours m&#234;me ; on peut m&#234;me le voir &#224; son tour d&#233;compos&#233; plus loin en &#171; Hey / me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;I know what it means, hey Amy,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I know what it means, oh wow!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'm Ready! I'm ready! I'll say it:&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Marry me now!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ici que le &#171; marry me &#187; est l'aboutissement de la chanson, dont l'enjeu s'av&#232;re finalement un acte de langage (la demande en mariage &#233;tant un &#233;nonc&#233; que l'on pourrait consid&#233;rer comme performatif). La prise de conscience de Robert est donc autant celle de son amour pour Amy, que celle de l'importance de sa propre parole, dont il se rend enfin ma&#238;tre (l&#224; o&#249;, par exemple, il s'&#233;tait plus t&#244;t av&#233;r&#233; incapable de dire &#171; I love you &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a l&#224; rien d'invraisemblable ; nous avons vu que Amy et Robert ont de nombreux parall&#232;les (Furth &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-&gt;http:/broadwayworld.com/article/ActorQuest-Kristin-Huffman-Goes-Inside-Company-17-20070907'&gt;indique d'ailleurs&lt;/a&gt; que de tous les personnages, elle est la seule qui ait &#233;t&#233; invent&#233;e de toutes pi&#232;ces et non d'apr&#232;s une personne existante). L'existence d'un amour secret, inavou&#233; voire refoul&#233; par amiti&#233; envers Paul, expliquerait fort bien (quoique d'une fa&#231;on sans doute peu originale) le personnage de Robert. La pi&#232;ce se conclut donc ici sur un aveu triomphal, une r&#233;solution et un d&#233;voilement, comme dans un r&#233;cit policier &#8212; genre que Sondheim ne d&#233;teste pas, d'ailleurs : il co-signera avec Perkins, deux ans plus tard, le sc&#233;nario d'un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Last_of_Sheila&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;film policier&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il, pour autant, d'un amour au sens habituel ? De tous les aspects traditionnels du discours amoureux, un seul est ici &#233;voqu&#233; (l'omnipr&#233;sence de l'&#234;tre aim&#233;) ; le seul actant est le narrateur (ce qu'indique la saturation du discours par le pronom &#171; I &#187;). Quasiment absent, le registre des sentiments se limite &#224; &#171; I'm ready &#187; (et non &#171; I'm in love &#187;, par exemple). Nulle description de Amy, nul attribut li&#233; &#224; son personnage : Amy n'est finalement ici qu'un &lt;i&gt;nom&lt;/i&gt;, qui la repr&#233;sente par synecdoque mais en vient peu &#224; peu &#224; d&#233;signer toutes sortes d'objets (par antonomase), anim&#233;s ou non. Dans &lt;i&gt;Someone Is Waiting&lt;/i&gt;, Robert dressait une liste d'attributs mais se perdait au moment de les rattacher &#224; une personne ; ici c'est l'inverse. De l&#224; &#224; conclure qu'il tente de se convaincre lui-m&#234;me qu'il est amoureux, il n'y a qu'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce pas sera pleinement franchi et explor&#233; avec &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;, deuxi&#232;me tentative de Sondheim pour le num&#233;ro de cl&#244;ture. La sc&#232;ne o&#249; Robert demande Amy en mariage se trouve alors toujours &#224; la fin de la pi&#232;ce, et cela passe &#224; nouveau par une chanson ; cependant nous allons voir que l'orientation est sensiblement diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup plus intimiste, avec un accompagnement &lt;i&gt;groovy&lt;/i&gt; en arp&#232;ges qui n'est pas sans &#233;voquer &lt;i&gt;Another Hundred People&lt;/i&gt;, cette chanson n'a pas le triomphalisme symphonisant de la pr&#233;c&#233;dente ; en fait, le nom &#171; Amy &#187; n'appara&#238;tra pas une seule fois. Quant &#224; la th&#233;matique de l'amour, elle n'appara&#238;t &#224; nouveau qu'allusivement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Marry me a little,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;love me just enough.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Cry, but not too often,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;play, but not too rough.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Keep a tender distance&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;so we'll both be free.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;That's the way it ought to be.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'm ready!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;lodie, de nouveau en majeur, s'appuie sur la tierce et la quinte de l'accord parfait de tonique. La septi&#232;me majeure n'est toutefois plus pr&#233;sente, et la tonique l'est beaucoup plus. Les fins de couplets, toutefois, am&#232;nent la m&#233;lodie sur des modulations non-pr&#233;par&#233;es (notamment sur &#171; I'm ready &lt;u&gt;now&lt;/u&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson repose &#233;videmment sur ce que l'on pourrait d&#233;crire comme une dissonance langagi&#232;re : le pr&#233;dicat &#171; marry &#187; est inquantifiable, et le pr&#233;dicat &#171; love &#187; n'est g&#233;n&#233;ralement pas associ&#233; &#224; l'adverbe &#171; enough &#187;. La relation id&#233;ale que propose Robert est une relation d&#233;passionn&#233;e, qui se situe au parfait compromis &#8212; pour le meilleur et pour le pire, puisqu'on y pleure aussi. Tout est dit avec l'oxymore &#171; tender distance &#187; : une telle relation n'est tout simplement pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux couplets, le refrain est encore plus doux (&#171; you can be my best friend &#187;), avec une ligne m&#233;lodique tr&#232;s simple, toujours sur l'accord parfait de tonique mais oscillant (en quarte ascendante) entre la quinte et la fondamentale. La suite du refrain se construit en hom&#233;optote, par des formules n&#233;gatives :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;We'll look not too deep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;We'll go not too far.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;We won't have to give up a thing,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;We'll stay who we are,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;right?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Okay, then.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'm ready!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;I'm ready now!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On note ici la phrase &#171; I'm ready &#187;, directement issue de &lt;i&gt;Multitudes Of Amys&lt;/i&gt;. Le mouvement est toutefois inverse : l&#224; o&#249; pr&#233;c&#233;demment Robert r&#233;p&#233;tait &#171; I'm ready &#187; avant de conclure &#171; Marry me now &#187;, il commence cette fois par r&#233;p&#233;ter &#171; Marry me a little &#187; avant de finir sur &#171; I'm ready &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions pu relever quelques traces d'oralit&#233; dans &lt;i&gt;Multitudes Of Amys&lt;/i&gt; (&#171; wonder what it means &#187;, &#171; Oh, wow ! &#187;) ; ici dans &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;, l'oralit&#233; fait irruption dans le discours chant&#233;, &#224; la fin de la chanson, avec un d&#233;fil&#233; de modalisateurs adverbiaux (&#171; right ? Okay, then. &#187;), de r&#233;p&#233;titions, pour se finir sur l'aposiop&#232;se &#171; someone &#187; &#8212; pronom qui ne sera donc jamais pr&#233;cis&#233;. &#171; Plus qu'aucun autre compositeur dans l'histoire de Broadway, Sondheims fa&#231;onne ses lignes m&#233;lodiques en fonction des personnages qui les chantent. Et lorsque ses personnages doutent, trompent, regrettent ou se sentent ambivalents, les chansons refl&#232;tent tout cela. Il s'ensuit que les m&#233;lodies de Sondheim fonctionnent comme les personnes : elles tr&#233;buchent, elles tournent autour du pot (&lt;i&gt;hem and haw&lt;/i&gt;), elles se contredisent, elles proclament puis se r&#233;tractent, elles r&#233;p&#233;tent les choses n&#233;vrotiquement pour se rassurer, elles cultivent des arri&#232;re-pens&#233;es, voire des arri&#232;re-arri&#232;re-pens&#233;es. Rien de tout cela ne rend les num&#233;ros de Sondheim ais&#233;s &#224; retenir et fredonner, mais cela en fait des moments de r&#233;v&#233;lation dramatique, suffisamment tortueux pour inviter &#224; les r&#233;-&#233;couter. &#187; (Schiff, 1993)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de la chanson proc&#232;de de la m&#234;me fa&#231;on : contradictions (&#171; passionate as hell / but always in control &#187;), hom&#233;optotes (&#171; Oh, how gently we'll talk / Oh, how softly we'll tread &#187;), le plus souvent n&#233;gatives (&#171; Cry, but &lt;u&gt;not too&lt;/u&gt; often, / Play, but &lt;u&gt;not too&lt;/u&gt; rough. &#187; puis &#171; We'll look &lt;u&gt;not too&lt;/u&gt; deep, / We'll go &lt;u&gt;not too&lt;/u&gt; far. &#187;), d&#233;ni (&#171; All the stings / the ugly things / we'll keep unsaid &#187;). Chaque injonction trop pressante est imm&#233;diatement d&#233;samorc&#233;e par une plus b&#233;gnine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Want me first and foremost,&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
_&lt;span lang='en'&gt;keep me company.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On note ici la rime interne &#171; first / &lt;u&gt;f&lt;/u&gt;orem&lt;u&gt;ost&lt;/u&gt; &#187;, et la paronomase &#171; keep me / company &#187;, qui r&#233;active le titre de l'ouvrage dans l'optique des relations de couple (comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu juste avant avec la r&#233;plique &#171; for company &#187; de Robert).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;crit Robert est une relation virtuelle entre deux personnes restant &#233;trang&#232;res, voire indiff&#233;rentes l'une &#224; l'autre (&#171; You promise whatever you like, / I'll never collect &#187;). De ces deux personnes, l'une est d'ailleurs, finalement, inexistante : elle n'est d&#233;sign&#233;e qu'&#224; l'imp&#233;ratif, ou bien englob&#233;e dans le pronom &#171; we &#187;, et les seuls moments o&#249; elle pourrait commencer &#224; exister, introduits par le pronom &#171; someone &#187;, sont brutalement interrompus. Il est manifeste qu'une telle relation de couple serait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec ; et pourtant cette chanson fut exclue faute d'&#234;tre assez explicite : &#171; Nous avons d&#233;cid&#233; que le public risquait de ne pas &lt;i&gt;saisir&lt;/i&gt; le mensonge que Robert se dit &#224; lui-m&#234;me. &#187; (Sondheim, cit&#233; dans Banfield). Il &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20120206080044/http://www.carlinamerica.com/newsletter/intune2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ajoutera plus tard&lt;/a&gt; : &#171; J'en avais &#233;crit la moiti&#233; lorsque me vint l'impression que le personnage de Robert &#233;tait trop conscient de lui-m&#234;me (&lt;i&gt;self-knowing&lt;/i&gt;) &#224; la fin de la pi&#232;ce. Malgr&#233; tout, je finis de l'&#233;crire pour faire plaisir &#224; un ami qui l'adorait. &#187; &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt; rejoindra donc les limbes des chansons rejet&#233;es, o&#249; elle servira m&#234;me de titre &#224; un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Marry_Me_a_Little_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;montage&lt;/a&gt; sc&#233;nique en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la version r&#233;vis&#233;e de 1995 cependant, &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt; se verra r&#233;habilit&#233;e et s'ins&#232;rera &#224; la fin de l'acte I, soit &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; la d&#233;claration de Robert &#224; Amy. Rest&#233; seul en sc&#232;ne, Robert chante pour lui-m&#234;me, ce qui permet de conclure l'acte de fa&#231;on plus aboutie, et annonce son &#233;volution au long de l'acte suivant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 4 avril 1970, soit trois semaines avant sa cr&#233;ation officielle &#224; Broadway, &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; est pr&#233;sent&#233;e une premi&#232;re fois en public &#224; Boston. Si sa forme a d&#233;j&#224; chang&#233; plusieurs fois, ce n'est pas encore la version d&#233;finitive (sans m&#234;me parler des r&#233;visions ult&#233;rieures) : si la sc&#232;ne avec Amy a bien &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e &#224; la fin de l'acte I, l'ordre des num&#233;ros de l'acte II n'est pas encore fix&#233;, &lt;i&gt;Tick Tock&lt;/i&gt; est &#233;crit d'une fa&#231;on enti&#232;rement diff&#233;rente, et la fin de l'ouvrage est encore en chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro vocal de Robert qui est alors &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=YYUi80P5OYw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sent&#233;&lt;/a&gt; (soit la troisi&#232;me tentative) est maintenant lanc&#233; par la sc&#232;ne avec Joanne, et la r&#233;plique &#171; what do you get ? &#187; de Robert. Il s'intitule &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire la formule de conclusion traditionnelle des contes de f&#233;e (un num&#233;ro de &lt;i&gt;Into The Woods&lt;/i&gt; s'intitulera d'ailleurs ainsi dans la d&#233;cennie suivante). Mais c'est &#233;videmment comme une antiphrase qu'il faut le lire : la chanson est d'une ironie mordante o&#249; l'amertume le dispute &#224; la f&#233;rocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en majeur, toujours fond&#233;e sur l'accord parfait, la m&#233;lodie est cette fois &#233;crite &#224; trois temps sur un tempo vif de mazurka, qui s'appuie franchement sur la quarte ascendante que nous avons entrevue dans le refrain de &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;, soutenu par des fonctions tonales fortes : tonique, dominante, sous-dominante. Si le rythme martial a de quoi surprendre &#224; la premi&#232;re &#233;coute, la construction de la chanson appara&#238;t rapidement plus &#233;labor&#233;e qu'on ne le croirait (l'orchestration de Tunick y aide d'ailleurs grandement).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone to hold you too close,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to hurt you too deep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to love you too hard,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;happily ever after!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone to need you too much,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to read you too well,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to bleed you of all,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;the things you don't want to tell:&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;that's happily ever after!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Ever ever ever after... in hell.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(L'&#233;criture tr&#232;s syst&#233;matis&#233;e me conduit &#224; consid&#233;rer ce fragment comme un refrain, mais nous verrons que les paroles &#233;voluent &#224; chaque retour.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la question &#171; what do you get ? &#187; que Robert r&#233;pond lui-m&#234;me avec ce refrain par listes, en hom&#233;optote o&#249; seuls changent le verbe et sa cons&#233;quence &#8212; laquelle est toujours excessive : le &#171; too &#187; d&#233;truit toute connotation positive des mots auxquels il est accol&#233; en oxymore (&#224; l'oppos&#233; du &#171; &#171; u&gt;not&lt;/u&gt; too &#187; que nous relevions dans &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;). On rel&#232;vera ici les rimes internes &#171; need / read / bleed &#187;, en gradation aboutissant &#224; l'image forte &#171; bleed you of all / the things you don't want to tell &#187; &#8212; on est bien loin ici du non-dit &#233;rig&#233; en mod&#232;le dans &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;. Le &#171; happily &#187; est plac&#233; sur la neuvi&#232;me de l'accord de dominante (accord &lt;i&gt;sus&lt;/i&gt;), harmonie tr&#232;s lumineuse et sucr&#233;e qui souligne l'ironie du propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;p&#233;tition anaphorique de &#171; someone &#187; fait &#233;cho, d'une fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente, &#224; &lt;i&gt;Someone Is Waiting&lt;/i&gt; &#8212; en conglobation, pourrait-on dire. Quand &#224; la chute (&lt;i&gt;punchline&lt;/i&gt;), elle est ici &#224; double d&#233;tente : le &#171; happily ever after &#187; en &#233;pistrophe, puis le &#171; in hell &#187; &#224; la fin du couplet. Le mot &#171; hell &#187; (tombant de fa&#231;on franche sur la tonique et sur un premier temps) &#233;voque l'&#233;thos religieux que nous avons pu voir en filigrane dans certains num&#233;ros pr&#233;c&#233;dents (notamment avec Amy) ; nous y revenons ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Somebody always there,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;sitting in the chair&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;where you want to sit&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;always, always...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Somebody always there,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;wanting you to share&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;just a little bit&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;always, always...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Then see the pretty girls&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;smiling everywhere&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;from the ads and the TV sets&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and why should you sweat?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;What do you get?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;One day of grateful,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;For six of regret!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La musique module ici &#224; la tierce majeure descendante, et la m&#233;lodie se fixe sur la septi&#232;me et sixte majeures de l'accord. Le rythme se d&#233;tend et s'oriente franchement vers la valse (tout en restant swingu&#233;), d'une fa&#231;on plus traditionnelle (je pense ici par exemple &#224; la musique du film &lt;span lang='en'&gt;&lt;i&gt;Avanti!&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;, 1972). L'expression &#171; just a little bit &#187; est ici bien s&#251;r ironique (elle annonce l'&#233;num&#233;ration des &#171; a little &#187; + verbe que nous verrons ci-dessous). L'&#233;piphore porte maintenant sur &#171; always &#187;, qui r&#233;pond au &#171; ever after &#187; pr&#233;c&#233;dent en assurant des pauses dans le discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; you &#187; idiosynchrasique s'adresse clairement au spectateur contemporain (m&#226;le et h&#233;t&#233;rosexuel), avec un ancrage dans le quotidien et la modernit&#233; : &#171; from the ads and the TV sets &#187;, deux &#233;l&#233;ments dont c'est la seule mention dans toute la pi&#232;ce. Le fauteuil et les &#171; pretty girls &#187; &#224; la t&#233;l&#233;vision : en quelques mots est bross&#233; le tableau de la famille patriarcale traditionnel, du &lt;i&gt;American Dream&lt;/i&gt;. La question &#171; what do you get ? &#187; repara&#238;t ici, et ouvre sur un pont en demi-cadence (avec p&#233;dale de dominante) : le refrain est de retour.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
With&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to hold you too close,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to hurt you too deep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to bore you to death,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;happily ever after!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone you have to know well,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone you have to show how,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone you have to allow&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;the things you'd never allow:&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;that's happily ever after!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Ever ever ever after... 'til now!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;num&#233;ration n'est ici plus exactement la m&#234;me : avec &#171; bore you to death &#187; est &#233;voqu&#233; allusivement le th&#232;me de la mort, qui fait suite &#224; celui de l'enfer plus haut. Le &#171; you &#187; cesse d'&#234;tre objet pour devenir sujet : on &#233;voque ici les devoirs du futur mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
So, quick!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Get a little car, take a little drive,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;make a little love, see a little flick,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;do a little work, take a little walk,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;watch a little TV,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and click!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Make a little love, do a little work,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;get a little drunk,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;you've got one little trip, seventy years,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;spread it around!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Take your pick!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Buy a little here, spend a little there,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;smoke a little pot for a little kick,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;waste a little time, make a little love,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;show a little feeling but&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;why should you try?&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Why not, sure, feel a little lonely? But&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;fly! Why not fly!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la forme &#171; you have to &#187; du refrain pr&#233;c&#233;dent, succ&#232;de l'imp&#233;ratif dans ce deuxi&#232;me couplet, qui renforce et exacerbe le sens de l'&#233;num&#233;ration : le tourbillon de la valse aidant, le personnage semble se perdre lui-m&#234;me dans sa verve (ainsi, &#171; do a little work &#187; revient deux fois, et &#171; make a little love &#187; trois fois) &#8212; &#224; moins qu'il ne soit en train lui-m&#234;me de devenir &#171; a little drunk &#187;. L'hom&#233;optote fonctionne ici &#224; plein, en une saisissante succession d'images qui &#8212; avec l'emploi du mot &#171; little &#187;, qui ressort parmi les monosyllabes &#8212; &#233;voquent fortement la chanson &lt;i&gt;Little Things&lt;/i&gt;. De m&#234;me, &#171; smoke a little pot &#187; renvoie &#224; la sc&#232;ne avec David et Jenny, &#171; for a little kick &#187; est une expression utilis&#233;e par Amy dans &lt;i&gt;Getting Married Today&lt;/i&gt;. Enfin, &#171; make a little love &#187; fonctionne sur le m&#234;me paradoxe linguistique que &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;. (Astuce qui fut peut-&#234;tre inspir&#233;e par la chanson de blues &lt;i&gt;Make A Little Love&lt;/i&gt; chant&#233;e &#224; cette &#233;poque exacte par &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Lowell_Fulson&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lowell Fulsom&lt;/a&gt;. Elle sera &#233;galement utilis&#233;e quelques ann&#233;es plus tard par le groupe de rock britannique &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Uriah_Heep_%28band%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Uriah Heep&lt;/a&gt;, et surtout dans le tube disco &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=LHEsE9yN2CY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Get Down Tonight&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; o&#249; la construction en anaphore &#233;voque fortement Sondheim : &#034;do a little dance, make a little love&#034;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gradation est ici invers&#233;e par rapport &#224; celle que l'on pourrait attendre d'un homme de plus en plus m&#251;r : on passe peu &#224; peu des activit&#233;s les plus s&#233;rieuses (quoique toujours att&#233;nu&#233;es : &#171; do a little work &#187;, par exemple) aux plus frivoles (&#171; watch a little TV &#187;, puis &#171; get a little drunk &#187;, puis m&#234;me &#171; smoke a little pot &#187;). &#202;tre mari&#233; serait donc la seule chose qui s&#233;pare le narrateur d'un retour &#224; l'adolescence ? On observe &#233;galement une discr&#232;te fluctuation polyptotique, entre les propositions o&#249; &#171; a little &#187; est employ&#233; adverbialement pour introduire un compl&#233;ment d'objet direct ind&#233;nombrable (&#171; a little work &#187;), et celles o&#249; le d&#233;terminant &#171; a &#187; se rapporte directement au nom et o&#249; &#171; little &#187; a donc une fonction de qualificatif (&#171; a little walk &#187;), ou encore celles o&#249; le syntagme &#171; a little &#187; est lui-m&#234;me compl&#233;ment d'objet (&#171; buy a little here, spend a little there &#187;). Ce dispositif aboutit &#224; la construction &#171; feel a little lonely &#187; (qui est &#233;galement la seule occurrence, pr&#233;par&#233;e par &#171; a little feeling &#187;, o&#249; &#171; little &#187; est suivi par un mot de plusieurs syllabes).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
With&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;no one to hold you too close,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;no one to hurt you too deep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;no one to love you too hard,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;happily ever after!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;No one you have to know well,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;no one you have to show how,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;no one you have to allow&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;the things you'd never allow:&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;that's happily ever after!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Ever ever ever after... for now.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Ever, ever, ever after!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Ever, ever, ever, ever after!&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Ever, ever, ever after...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le dernier refrain remplace &#171; someone &#187; par &#171; no one &#187; : la d&#233;monstration est faite. Notons l'insistance sur le mot &#171; ever &#187;, en particulier dans la coda o&#249; il est r&#233;p&#233;t&#233; obsessionnellement sur deux notes conjointes, qui est peut-&#234;tre une cl&#233; de la chanson. En effet, nous avons vu que ce mot &#233;tait &#233;galement la caract&#233;ristique marquante de l'enfer, et qu'il pouvait m&#234;me (en l'absence de toute coh&#233;rence) s'affubler du mot &#171; now &#187;. Au centre du texte se trouve &#233;galement un r&#233;seau de rimes (&#171; quick ! click ! Take your pick ! &#187;) qui sugg&#232;re la fugacit&#233; du temps et de la vie, l'existence se r&#233;sumant, finalement, &#224; un unique &#171; little trip &#187; de &#171; seventy years &#187;. Th&#232;me que nous avons vu &#233;voqu&#233; en filigrane de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, dont, &#224; quelques r&#233;pliques pr&#232;s, l'acte II s'ouvre sur &#171; you can't stay in your thirties forever &#187; et se termine sur &#171; everybody dies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; n'est donc pas une chanson anti-mariage ; c'est avant tout l'expression d'une urgence, d'une terreur existentielle &#8212; &#171; un cri de douleur &#187;, dira Sondheim. (cit&#233; par Zadan, 1974) Une note trop douloureuse pour servir de conclusion &#224; l'ouvrage ? D'apr&#232;s un commentaire sur YouTube (mais je n'ai pu retrouver aucune autre source), cette chanson devait &#234;tre suivie d'une sc&#232;ne o&#249; Robert rencontre une femme dans un parc, et se lie enfin avec elle. &#171; Cette sc&#232;ne &#233;tait trop longue et fut coup&#233;e. Ce fut seulement alors que &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; se retrouva en num&#233;ro final, et s'av&#233;ra trop d&#233;primant pour cela. Il avait toujours &#233;t&#233; question d'une r&#233;action de col&#232;re &#224; l'encontre du mariage, suivie d'un geste d'ouverture. &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt; comprend les deux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la v&#233;racit&#233; de cette affirmation, &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; fut effectivement rejet&#233;e. De cette chanson am&#232;re, Prince dit qu'elle effraya le public, aussi bien que l'&#233;quipe de production &#171; parce qu'elle &#233;tait trop compliqu&#233;e &#187;. &#171; C'&#233;tait, explique-t-il (cit&#233; par Ilson, 1989) la chanson la plus aigrie, la plus desesp&#233;r&#233;e jamais &#233;crite, et nous n'avions pas r&#233;alis&#233; son effet d&#233;vastateur jusqu'&#224; ce que nous la v&#238;mes pr&#233;sent&#233;e &#224; un public... Stephen &#233;crivait ici une chanson d'affirmation, mais il y avait mis &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, et ce &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; renversait l'affirmation. &#187; Il ajoute : &#171; si j'entendais cette chanson, je ne voudrais me marier pour rien au monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc revenus au d&#233;roulement canonique de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, avec la quatri&#232;me chanson &#233;crite par Sondheim pour conclure la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#339;ur du tout d&#233;but reprend, et va crescendo, mais Robert l'interrompt net d'un cri (&#171; STOP ! &#187;) et repose la question : &#171; what do you get ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson qui commence alors est une ballade lente, introduite par un motif d'accompagnement tr&#232;s doux (confi&#233; par Tunick au clavecin &#233;lectrique en mode &lt;i&gt;lute stop&lt;/i&gt;) et un caract&#232;re intimiste (la partition indique m&#234;me &lt;i&gt;ppppp&lt;/i&gt; un peu plus loin). La m&#233;lodie s'appuie (comme &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;) sur la quinte et la tierce de l'accord parfait de tonique ; dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des quatrains elle monte dans l'accord, s'appuyant cette fois sur la septi&#232;me majeure (c'est-&#224;-dire la note sensible, mais qui reste irr&#233;solue &#8212; suivant le m&#234;me proc&#233;d&#233; que &lt;i&gt;Another Hundred People&lt;/i&gt; (Knapp, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone to hold you too close,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to hurt you too deep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to sit in your chair,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;to ruin your sleep.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture en expolition est ici la m&#234;me que dans &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt;, dont on retrouve certaines paroles et certains th&#232;mes (notamment &#171; someone [...] to put you through hell &#187; plus loin), mais l'intention est tr&#232;s diff&#233;rente, et le ton, plus plaintif que combattif. L'hom&#233;optote est ici de moins en moins rigide &#224; la fin des strophes : &#171; someone to sit in your chair, / to ruin your sleep &#187;, puis &#171; someone to pull you up short / &lt;u&gt;and&lt;/u&gt; put you through hell &#187;. La troisi&#232;me strophe est encore un peu plus libre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Someone you have to let in,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone whose feelings you spare.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone who, like it or not,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;will want you to share&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;a little, a lot.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le quatrain se voit ici d&#233;bord&#233; ; on note &#233;galement le retour de l'expression &#171; a little &#187;, employ&#233;e dans les deux chansons pr&#233;c&#233;dentes. D'objet, &#171; you &#187; devient sujet, suivant le proc&#233;d&#233; d&#233;j&#224; observ&#233; dans &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt;, mais l'&#233;change de fonctions grammaticales ne s'arr&#234;te pas l&#224; : de compl&#233;ment d'objet, &#171; someone &#187; devient compl&#233;ment du nom &#171; feelings &#187;, puis enfin sujet : &#171; someone [...] will want you to share &#187;. &#171; Someone &#187; n'est plus ici le sujet d'un verbe &#224; l'infinitif, mais d'un verbe au futur, et c'est &#171; you &#187; qui gouverne un verbe &#224; l'infinitif, &#224; la voix active. On remarque, dans cette deuxi&#232;me moiti&#233; du quatrain, que l'id&#233;e d&#233;j&#224; exprim&#233;e dans &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; (&#171; someone to bleed you of all / the things you don't want to tell &#187;) est ici pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente, avec de plus une double alternative : &#171; &lt;u&gt;like it&lt;/u&gt; or &lt;u&gt;not&lt;/u&gt; &#187;, puis &#171; a &lt;u&gt;little&lt;/u&gt;, a &lt;u&gt;lot&lt;/u&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre nouveaut&#233;, le discours chant&#233; est entrecoup&#233; de remarques parl&#233;es par les autres personnages ; successivement Paul, Sarah, Harry et Larry, puis David, Joanne, Peter et Jenny, puis encore Susan, Larry, Harry et Peter, et enfin Amy toute seule, r&#233;activant le motif des bougies et du v&#339;u : &#171; Blow out the candles, Robert, and make a wish. &lt;u&gt;Want&lt;/u&gt; something ! Want &lt;u&gt;something&lt;/u&gt; ! &#187; (ce n'est pas moi qui souligne). Ce n'est plus Robert qui observe, mais qui est observ&#233;, et dont l'action (la parole) est comment&#233;e par les autres personnages. D'un point de vue structurel, c'est &#233;galement une fa&#231;on d'&#233;tablir clairement qu'il s'agit ici de l'aboutissement de l'ouvrage (dans un m&#234;me ordre d'id&#233;es, Tunick glisse plus loin dans l'accompagnement une citation de &lt;i&gt;Someone Is Waiting&lt;/i&gt;, toutefois sans l'assentiment de Sondheim).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &#8212;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone to crowd you with love,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;someone to force you to care.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;Someone to make you come through,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;who'll always be there,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;as frightened as you&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;of being alive,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;being alive,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;being alive,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;being alive.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour la seconde fois, appara&#238;t le futur (dont &#171; someone &#187; est le sujet), renforc&#233; par l'adverbe &#171; always &#187;. Cette perspective n'a pas cess&#233; d'&#234;tre effrayante, mais la terreur est maintenant partag&#233;e : &#171; as frightened as you / of being alive &#187;. &#171; Being alive &#187; appara&#238;t ici pour la premi&#232;re fois de la chanson ; les deux seules autres occurrences du mot &#171; alive &#187; dans l'ouvrage sont les allusions grivoises de &lt;i&gt;Have I Got A Girl For You&lt;/i&gt; (&#171; call me tomorrow if you're still alive &#187;) et le monologue du papillon (&#171; the cat had gotten it, but it was still alive &#187;). Le ch&#339;ur cesse ici d'intervenir, alors que la fin de cette strophe d&#233;voile la dimension existentielle qui ne restait qu'allusive pr&#233;c&#233;demment ; les accords changent par tierces descendantes et la note sensible de la m&#233;lodie, de septi&#232;me majeure du I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;, devient neuvi&#232;me de l'accord du degr&#233; VI, puis triton de l'accord IV, puis sixte de l'accord II, avant de redescendre sur un accord de dominante &lt;i&gt;sus&lt;/i&gt; (le degr&#233; IV superpos&#233; sur le degr&#233; V). La cadence parfaite arrive enfin, sur un fortissimo... qui s'encha&#238;ne imm&#233;diatement avec un &lt;i&gt;pianissimo subito&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Somebody, hold me too close,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;somebody, hurt me too deep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;somebody, sit in my chair,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and ruin my sleep,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;and make me aware&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;of being alive...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme dans &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt;, c'est un retournement syntaxique qui constitue le ressort majeur de la chanson, mais cette fois en sens inverse : d'une description &#224; l'infinitif (en r&#233;ponse &#224; la question &#171; what do you get &#187;), Robert passe &#224; l'imp&#233;ratif, se rendant compte que ce qu'il d&#233;crit &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; ce qu'il veut. Toute l'&#233;l&#233;gance de Sondheim est de briser ici son crescendo, et de reprendre sur un caract&#232;re intime (on passe, dira-t-il, &#171; d'une complainte &#224; une pri&#232;re &#187;), seule possibilit&#233; de croire &#224; la sinc&#233;rit&#233; du personnage. Le changement de &#171; someone &#187; &#224; &#171; somebody &#187; traduit &#233;galement cette urgence, et permet de rompre symboliquement avec le &#171; someone &#187; attendu par Robert depuis l'acte I (&lt;i&gt;Someone Is Waiting&lt;/i&gt;). Ce nouveau &#171; somebody &#187; joue un r&#244;le de plus en plus actif : &#171; make me aware / of being alive &#187; devient bient&#244;t &#171; make me alive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;Make me alive,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;make me confused,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;mock me with praise,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;let me be used,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;vary my days.&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;But alone&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;is alone,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;not alive.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons ici au point culminant (&lt;i&gt;climax&lt;/i&gt;) du num&#233;ro, &#224; peu pr&#232;s aux deux tiers (&#224; un &#171; musicologue &#187;, il ne faudrait sans doute gu&#232;re d'efforts pour trouver une section d'or quelque part).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Make me confused &#187; est ici soulign&#233; par une magistrale cadence rompue : alors que la m&#233;lodie arrive enfin sur la note tonique, la dominante monte soudain d'une tierce mineure (toujours en accord &lt;i&gt;sus&lt;/i&gt;. Le vers suivant revient &#224; la tonique, puis le balancement reprend une nouvelle fois. Le va-et-vient entre ces deux harmonies (l'une d&#233;stabilisante, l'autre rassurante) correspond exactement aux mouvements du texte sur le plan connot&#233; : &#171; make me confused &#187; (d&#233;stabilisant), &#171; mock me with praise &#187; (rassurant), &#171; let me be used &#187; (d&#233;stabilisant), &#171; vary my days &#187; (rassurant). Les ambivalences de la vie de couple, et des relations intimes en g&#233;n&#233;ral, n'ont donc pas disparu ; &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; (&#171; but &#187;) elles font partie de la vie, elles sont m&#234;me ce qui permet de vivre &#8212; le d&#233;veloppement avec la maxime &#171; alone is alone, not alive &#187;, sur laquelle nous revenons ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La section pr&#233;c&#233;dente est alors r&#233;-expos&#233;e, et au retournement syntaxique que nous avons d&#233;crit s'en ajoute un autre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
I'll always be there,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;as frightened as you,&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span lang='en'&gt;to help us survive.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ici l'engagement que prend Robert : contrairement &#224; &lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;, il ne d&#233;clare pas vouloir se marier, mais seulement &#171; always be there &#187; ; l'inf&#233;rence est laiss&#233;e au spectateur. Et quelle est la raison de cet engagement ? Tout simplement que la vie, et la perspective de l'avenir, est en elle-m&#234;me trop effrayante pour qu'on puisse y survivre seul : pour la premi&#232;re fois, Robert emploie le pronom &#171; us &#187;. C'est l'aboutissement d'une r&#233;flexion qui commence avec le terme m&#234;me de &#171; compagnie &#187;, et qui englobe l'alt&#233;rit&#233;, le d&#233;sir et sa reconnaissance, et la conscience de sa propre mortalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la grande force de &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt; r&#233;side-t-elle dans son universalit&#233; : au-del&#224; de r&#233;pondre simplement &#224; n&#233;cessit&#233; de finir le spectacle sur une note positive, Sondheim transcende compl&#232;tement la question du mariage et s'abstrait compl&#232;tement des d&#233;tails triviaux (aucune &#171; TV &#187; ni &#171; stadium &#187; ni m&#234;me &#171; cocoon &#187; ici, seul subsiste le &#171; chair &#187; qui appelle d'ailleurs &#224; &#234;tre lu de fa&#231;on m&#233;taphorique). La r&#233;v&#233;lation du protagoniste est &#224; la fois suffisamment claire pour apporter &#224; l'ouvrage une conclusion satisfaisante, et suffisamment complexe et ambig&#252;e pour ne pas sortir du personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &amp;nbspAlone is alone, not alive &#187; : le moment de retournement de la chanson (introduit par &#171; but &#187; puis soulign&#233; dans la mise en musique par une phrase ascendante et un &lt;i&gt;crescendo&lt;/i&gt;) a de quoi d&#233;router ; ce doit &#234;tre la phrase la plus difficile &#224; d&#233;fendre de l'ouvrage, toutes sc&#232;nes et r&#244;les confondus. Au-del&#224; de l'aspect formula&#239;que de la paronomase &#171; al&lt;u&gt;on&lt;/u&gt;e / al&lt;u&gt;iv&lt;/u&gt;e &#187;, l'&#233;nonc&#233; semble purement tautologique (&#171; &lt;i&gt;x&lt;/i&gt; is &lt;i&gt;x&lt;/i&gt; &#187;) au point de ne m&#234;me pas faire sens : &#224; l'emploi substantiv&#233; des adjectifs s'ajoute l'absence de tout pronom, l'&#233;vitement d&#233;lib&#233;r&#233; de tout actant humain (c'est l'aboutissement du proc&#233;d&#233; qui consistait plus haut &#224; n'&#233;voquer l'&#234;tre aim&#233; que comme &#171; someone &#187;). La phrase enti&#232;re, avec son pr&#233;sent de v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, peut m&#234;me s'&#233;crire sous forme d'&#233;quation :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;x = x &#8800; y&lt;/code&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;o&#249; &lt;i&gt;x&lt;/i&gt; est &#171; alone &#187; et &lt;i&gt;y&lt;/i&gt; &#171; alive &#187;. L'&#233;nonc&#233; est d'autant plus vrai et indiscutable, qu'il ne &lt;i&gt;signifie&lt;/i&gt; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;v&#233;lation de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; se pr&#233;sente non seulement comme un pur acte de langage, mais m&#234;me au-del&#224;, comme une d&#233;monstration de l'inanit&#233; m&#234;me du langage verbal, lequel n'est plus ni le lieu de l'expressivit&#233;, ni du lyrisme, ni m&#234;me de la communication, mais une simple juxtaposition de mots et de connecteurs logiques. Ce qui me conduit ici &#224; formuler l'hypoth&#232;se que c'est l&#224;, en fait, que se trouve la v&#233;ritable probl&#233;matique fondamentale de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, et que nous avons tent&#233; d'illustrer avec ce qui pr&#233;c&#232;de. Ce qui unit, en derni&#232;re analyse, les personnages de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, c'est leur constat in&#233;luctable et r&#233;p&#233;t&#233;, d'une inaptitude intrins&#232;que du langage (chor&#233;graphique, musical, chant&#233; et surtout verbal), &#224; exprimer toute information fiable ou sinc&#232;re. Robert, comme l'ont not&#233; de nombreux critiques, est celui des personnages qui parle le moins : c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui fait sa v&#233;rit&#233;, mais c'est &#233;galement ce qui l'isole. Avec &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt;, il renonce &#224; &#234;tre seul &#8212; mais seulement pour se retrouver confront&#233; &#224; l'indicible et &#224; l'incertitude de la signifiance. S'il ne peut franchir la barri&#232;re de sa propre parole, pourra-t-il vraiment s'affranchir de celle de sa solitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la fin de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; ne laisse pas d'interroger. Si Sondheim ne juge pas d&#233;plac&#233; le message de &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt; (&#171; &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; d&#233;clare tr&#232;s clairement qu'il est tr&#232;s difficile d'&#234;tre li&#233; &#233;motionnellement &#224; quelqu'un, mais qu'il est impossible d'&#234;tre seul. &#187;, cit&#233; par Ilson, 1989), il n'a pas manqu&#233; de souligner combien cette ultime chanson lui semble l&#226;che : &#171; C'est &#224; Boston que j'ai &#233;crit &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt;, et m&#234;me si j'adore cette chanson j'ai l'impression que nous nous sommes d&#233;fil&#233;s (&lt;i&gt;cop-out&lt;/i&gt;) &#224; la fin de la pi&#232;ce. Quand Bobby se rend compte tout d'un coup &#224; la fin de la sc&#232;ne qu'il ne devrait pas &#234;tre seul, cela se passe trop vite et on n'y croit pas. &#187; (cit&#233; dans Zadan, 1974)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de Prince est plus ambigu : &#171; Je ne suis pas d'accord. Les dix derni&#232;res minutes ne sont pas un d&#233;filement. Elles ne sont simplement pas r&#233;alis&#233;es avec autant de soin que le reste de la pi&#232;ce. Nous avons travaill&#233; dur mais ne sommes jamais parvenu &#224; trouver exactement la bonne fa&#231;on. Les mariages dans le spectacle ne sont pas de mauvais mariages &#8212; ce sont juste des mariages qui tiennent parce que les personnes mentent un peu ou choisissent d'ignorer ce qui les g&#234;ne. Cela s'appelle &#234;tre humain. Ce qui arrive &#224; Robert &#224; la fin, est ce que nous voulions qu'il lui arrive. Nous n'y avons pas &#233;t&#233; assez progressivement et c'est ce qui ne va pas dans la pi&#232;ce. &#187; (cit&#233; par Gordon, 1990) Mais dans son autobiographie de 1974, il reviendra sur &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; en des termes diff&#233;rents : &#171; je crains que nous n'ayons plaqu&#233; une fin optimiste (&lt;i&gt;happy ending&lt;/i&gt;) sur une pi&#232;ce qui aurait d&#251; rester ambig&#252;e. &#187; (cit&#233; par Bush Jones, 2003)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette substitution, Mordden dira : &#171; Je pense que le public de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; &#233;tait inquiet parce que c'&#233;tait la premi&#232;re com&#233;die musicale plus ou moins naturaliste. Au-del&#224; du stylisme visuel, les auteurs avaient saisi quelque chose s'approchant de la vraie vie &#224; New York. Nous n'entendons pas parler de travail ou d'enfants, car l'action est r&#233;duite &#224; l'essentiel. Il n'y a ni exposition, ni histoire secondaire, ni aucune donn&#233;e sur les personnages. Ce qui constitue enti&#232;rement la pi&#232;ce, c'est la fa&#231;on dont les gens s'expriment et se sentent, donc la mati&#232;re superficielle dont sont faites les autres com&#233;dies musicales, dans celle-ci, ne peut que se rompre comme une fragile couche de glace. Et en-dessous, une chose dangereuse : la v&#233;rit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; C'est pour cela, sans aucun doute, que &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; fut coup&#233; et remplac&#233; par &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt;. Chacune est une fa&#231;on d'aborder le th&#232;me de la pi&#232;ce, &#224; savoir que l'intimit&#233; est difficile mais n&#233;cessaire. Cependant, &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; est le verre &#224; moiti&#233; vide, et &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt; est le verre &#224; moiti&#233; plein. Elles d&#233;voilent toutes les deux ce qui fait le plus peur &#224; Robert : s'abandonner &#224; quelqu'un. Mais &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt; est violente. Si c'est ici qu'est la v&#233;rit&#233;, Robert r&#233;siste encore et il n'a pas de conclusion au spectacle. &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt;, extravertie et d&#233;cisive, est un moteur. Robert est &lt;i&gt;pouss&#233;&lt;/i&gt; vers la fin de son cheminement. En fait, &lt;i&gt;Being Alive&lt;/i&gt; est l'un des rares moments dans la pi&#232;ce o&#249; Prince, Bennett et Aronson cessent de nous montrer les choses, pour que Sondheim puisse nous les dire. &#187; (Mordden, 2004)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est admis par tous les commentateurs en tout cas que Sondheim a jou&#233; tr&#232;s finement dans sa r&#233;&#233;criture du num&#233;ro, qui ne se per&#231;oit aucunement comme un ajout tardif et maladroit purement dict&#233; par les conventions du genre. Comme le note m&#234;me Knapp : &#171; &#224; sa mani&#232;re, cette conclusion constitue moins un compromis que la r&#233;alit&#233; navrante d&#233;crite dans &lt;i&gt;Happily Ever After&lt;/i&gt;, car elle permet &#224; l'humanit&#233; des personnages incarn&#233;s de s'exprimer, au-del&#224; de ce que le &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;concept' de {Company} aurait pu exiger. &#187; (Knapp, 2006). Et Banfield de conclure habilement, &#171; peut-&#234;tre devrions-nous nous satisfaire de ce que {Company} r&#233;siste &#224; sa propre fin, qu'elle pr&#233;f&#232;re&lt;/code&gt;&#234;tre' plut&#244;t que &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;devenir' ({being over becoming}). [...] il y a un stratag&#232;me habile : notre imp&#233;ratif d'applaudir la chanson finale de Robert, quoi qu'il y chante. La d&#233;cision ultime repose donc sur nous, le public, et &#224; moins que nous ne choisissions pas de quitter la salle, mais d'applaudir, nous confirmons automatiquement, nous validons, et donc en un sens nous {invalidons} toute d&#233;cision qu'il prend. C'est &#231;a le {show business}. &#187; (Banfield, 1995). {{{ {Epilogue} }}} Si {Being Alive} n'a pas manqu&#233; de susciter des interrogations, la fin de l'ouvrage, en revanche, reste peu comment&#233;e. Alors que Robert se tient &#224; l'avant-sc&#232;ne, au centre et face public, r&#233;apparaissent derri&#232;re lui ses amis, dans la position o&#249; ils se trouvaient au d&#233;but de l'ouvrage. La bande-son fait entendre des bruits de pas, puis une porte qui s'ouvre. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Larry}} -- Must have been the apartment across the hall.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- This is the craziest thing... huh?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Amy}} -- Do you think something's wrong?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Paul}} -- No. I think &lt;u&gt;something's right&lt;/u&gt;.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; On retrouve ici un des jeux d'inversion grammaticale qui ont marqu&#233; l'ouvrage, et qui conduit &#224; une locution bizarre et inusit&#233;e. Le mot &#171; crazy &#187; revient ici, au superlatif ; il peut d&#233;signer aussi bien la situation dans laquelle se trouvent les personnages, que la situation dans laquelle se trouve le public, &#224; voir se d&#233;rouler pour la trois ou quatri&#232;me fois la {m&#234;me} f&#234;te d'anniversaire, et &#224; soup&#231;onner maintenant qu'elle n'a en fait peut-&#234;tre jamais eu lieu. &#171; Notre intention a toujours &#233;t&#233;, explique Sondheim (cit&#233; par Bush Jones, 2003), que les fragments d'anniversaire dans {Company} fassent partie d'une f&#234;te unique et irr&#233;elle. La pi&#232;ce se d&#233;roule en fait dans l'esprit du protagoniste, &#224; un moment donn&#233; o&#249;, le jour de son anniversaire, il regagne son appartement. &#187; &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Susan}} -- It has been &lt;u&gt;over two hours now&lt;/u&gt;. Maybe he forgot.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Sarah}} -- How can anyone forget a surprise birthday?&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Cette derni&#232;re r&#233;plique fait toujours rire, et pourtant elle est parfaitement logique : il est impossible d'oublier quelque chose que l'on ignore. Le comique nait ici des implicitations conversationnelles qui l'entourent : &#171; ne pas oublier &#187; &#233;quivaut implicitement &#224; &#171; se souvenir &#187;. Le retournement est donc ici &#224; double tranchant : si la totalit&#233; de la pi&#232;ce a &#233;t&#233; consacr&#233;e &#224; nous faire observer les travers langagiers des personnages, ce sont cette fois nos {propres} attentes qui sont mises en lumi&#232;re. Le public fait partie de ces personnages sur sc&#232;ne, et c'est bien ainsi qu'il faut comprendre les &#171; over two hours &#187; qu'indique Susan : il s'agit presque exactement de la dur&#233;e du spectacle &#224; ce stade. Le &#171; now &#187; est donc ici un ancrage m&#233;taleptique. &lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Sarah}} -- Maybe we should leave him a note.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Harry}} -- Maybe we should leave him alone. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Nouveau balancement en hom&#233;optote, avec la tr&#232;s Sondheimienne paronomase &#171; leave him a note / leave him alone &#187;. La suite du dialogue utilise encore une construction en d&#233;doublement, avec deux &#233;changes entre Susan et Peter puis entre Jenny et David, qui aboutissent tous deux &#224; une parole avort&#233;e :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Susan}} -- I'll call him tomorrow.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Peter}} -- Don't.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Susan}} -- I won't.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- David?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{David}} -- What?&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Jenny}} -- Nothing.&lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; Et c'est finalement Joanne, la moins sociable de tous, qui rassemble la &#171; compagnie &#187; une derni&#232;re fois avant de sortir de sc&#232;ne :&lt;quote&gt;&lt;multi&gt;[en] {{Joanne}} -- Okay. All together, everybody.&lt;/multi&gt; _ &lt;multi&gt;[en]{{Tous}} -- Happy birthday, Robert. &lt;/multi&gt;&lt;/quote&gt; La pi&#232;ce se termine donc exactement comme elle avait commenc&#233;, mais cette fois en l'absence de Robert. Il n'est d'ailleurs pas indiqu&#233; o&#249; celui-ci est cens&#233; se trouver pendant ces derniers &#233;changes ; s'il a finalement renonc&#233; &#224; rentrer dans son appartement et tourn&#233; les talons, s'il est dissimul&#233; quelque part pour voir ses amis et se jouer d'eux, ni m&#234;me s'il se trouve encore dans l'espace di&#233;g&#233;tique : apr&#232;s tout, il pourrait aussi bien avoir rejoint le public de la pi&#232;ce. Cette position ambig&#252;e du protagoniste n'est pas sans rappeler le fant&#244;me de P&#233;trouchka &#224; la fin du ballet de Stravinsky ; dans sa distanciation du th&#233;&#226;tre et sa mise en ab&#375;me de la position de spectateur, elle a &#233;galement quelque chose de brechtien. Dans le silence, Robert revient sur sc&#232;ne, et, manifestement soulag&#233; apr&#232;s le d&#233;part de ses amis, souffle enfin, avec succ&#232;s, les bougies de son g&#226;teau d'anniversaire. Ce dernier geste laisse entrevoir que la &#171; compagnie &#187; des amis de Robert est finalement parfaitement dispensable (et avec elle, toute l'action de la pi&#232;ce ?). Pour aller m&#234;me plus loin, le fait qu'il parvienne &#224; &#233;teindre toutes les bougies permet d'imaginer qu'il a peut-&#234;tre enfin pu faire un v&#339;u, en l'absence de ses amis -- et que ces derniers ont peut-&#234;tre &#233;t&#233;, finalement, la cause ultime de son incapacit&#233; &#224; affirmer ses propres d&#233;sirs. Robert a-t-il fait un v&#339;u ? Lequel ? Quelles sont ses pens&#233;es &#224; ce moment pr&#233;cis ? Autant de questions appel&#233;es &#224; rester sans r&#233;ponse. {{{L'h&#233;ritage de {Company} }}} Toute description en langue fran&#231;aise du th&#233;&#226;tre musical am&#233;ricain se heurte &#224; une inad&#233;quation mineure quoique r&#233;currente : la traduction du lex&#232;me {musical}, employ&#233; comme substantif en langue anglaise. Son seul &#233;quivalent courant en fran&#231;ais est &#171; com&#233;die musicale &#187;, formule dat&#233;e (Young, 2008) qui pr&#233;sente l'inconv&#233;nient d'ajouter des pr&#233;suppos&#233;s &#171; comiques &#187; ou frivoles souvent injustifi&#233;s. La question, fort heureusement, ne se pose pas dans le cas de {Company}, puisque l'ouvrage est sous-titr&#233; : &#171; {A Musical Comedy} &#187;. Ce qui ne va pas forc&#233;ment de soi &#233;tant donn&#233;es les nombreuses implications satiriques voire philosophiques de l'&#339;uvre, que nous avons tent&#233; de relever ici. N'h&#233;sitant pas &#224; voir en {Company} une rupture avec toute forme th&#233;&#226;trale traditionnelle, Mordden rejette cette d&#233;nomination sans autre forme de proc&#232;s : &#171; {Company} purge le {musical}, point. Avant {Company}, on pouvait parler de&lt;/code&gt;com&#233;die musicale' ou de &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;pi&#232;ce musicale'. Plus maintenant. &#187; (Mordden, 2004) Et pourtant, la d&#233;marche comique de l'ouvrage est clairement affirm&#233;e par ses auteurs (&#224; commencer par Prince, qui ne cessa d'encourager Sondheim en ce sens) : &#171; Il vaut toujours mieux &#234;tre dr&#244;le qu'&#234;tre malin -- et c'est beaucoup plus difficile. [...] Nous voulions que {Company} suprenne beaucoup. Nous voulions un spectacle auquel les gens assisteraient pendant deux heures pli&#233;s en deux de rire dans leurs fauteuils, avant de rentrer chez eux et ne pas parvenir &#224; trouver le sommeil. &#187; (cit&#233; dans Zadan, 1974) Non que les critiques soient unanimement convaincus. &#171; Nous avons eu une critique, &#187; se [souvient-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=rjO3gXig07E] Sondheim, &#171; qui appelait cela&lt;/code&gt;la plus mauvaise pi&#232;ce de l&#8216;histoire du th&#233;&#226;tre musical &#187; (voir &#233;galement la critique de Barnes, que nous citions plus haut) ; l&#224; o&#249; d'autres la jugent &#171; brillante &#187;. Un tel clivage pol&#233;mique, comme au temps de la bataille d'&lt;i&gt;Hernani&lt;/i&gt; &#8212; ou de celle, plus proche, qui accueillit en 1947 la com&#233;die musicale &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Allegro_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Allegro&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, que Sondheim avait suivie de tr&#232;s pr&#232;s dans le sillage de son mentor Hammerstein &#8212;, ne peut &#234;tre annonciateur que de changements esth&#233;tiques majeurs ; et de fait, &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; transformera durablement le genre. Comme le &lt;a href=&#034;http://www.thefreelibrary.com/Sondheim+opera+a+tale+of+tangled+love.-a0113395834&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;note&lt;/a&gt; le metteur en sc&#232;ne Marc Kaczmarczyk : &#171; avec Sondheim, on atteint un tout autre niveau de sophistication, de sarcasme et de sous-entendu que Broadway n'avais jamais connu. Avec la premi&#232;re de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, le th&#233;&#226;tre musical am&#233;ricain est devenu un sport enti&#232;rement diff&#233;rent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pi&#232;ce ne met pas en avant sa propre subversivit&#233; (c'est d'ailleurs, note McMillin, la diff&#233;rence essentielle entre Sondheim et Brecht), et pr&#233;f&#233;re se concentrer sur les relations entre personnages, le sens de l'humour et du rythme, sa forme narrative tr&#232;s particuli&#232;re ne manque pas d'&#234;tre remarqu&#233;e : absence d'intrigue principale (&lt;i&gt;plot&lt;/i&gt;), temporalit&#233; non-lin&#233;aire, m&#233;talepses syst&#233;matiques et non-d&#233;limit&#233;es... C'est &#224; ce titre que &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; fera date, comme un &lt;a href=&#034;http://www.pbs.org/wnet/gperf/shows/company/essay1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;objet hybride&lt;/a&gt; &#224; la fois commercial et exp&#233;rimental : la premi&#232;re com&#233;die musicale conceptuelle (&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Concept_musical}&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;concept musical&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). Un &#233;ditorialiste de la &lt;i&gt;Sondheim Review&lt;/i&gt; l'&lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/comedy/columna/past/30.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; &#224; la fin des ann&#233;es 1990 : &#171; &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, propuls&#233; par le livret acerbe de George Furth, la partition plus que brillante de Sondheim, la mise en sc&#232;ne incroyable de Harold Prince et la chor&#233;graphie &#233;lectrique de Michael Bennett, &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne. &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; s'est saisi du &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt;, et l'a lib&#233;r&#233; de la contrainte d'une narration lin&#233;aire. Cela peut sembler simple mais c'&#233;tait vraiment audacieux &#224; l'&#233;poque [...] cela n'avait tout simplement jamais &#233;t&#233; fait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prouvant qu'il est possible de faire exploser les cadres narratifs traditionnels tout en tenant l'affiche &#224; Broadway, &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; ouvre donc la voie &#224; de grands succ&#232;s dans les d&#233;cennies suivantes avec des pi&#232;ces telles que &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/A_Chorus_Line&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Chorus Line&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1975) ou &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Cats_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cats&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1980). Aujourd'hui encore, &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; reste au c&#339;ur des &#233;tudes universitaires li&#233;es au &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt; conceptuel (Young, 2008), &#224; la notion de &lt;i&gt;m&#233;tadrama&lt;/i&gt; (Draper, 2010), de &#171; cubisme musical &#187; (Gordon, 1990) ou de toute lecture &#171; post-moderne &#187; &lt;a href=&#034;http://business.highbeam.com/4776/article-1G1-20821683/sondheim-broadway-musicals&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qui se respecte&lt;/a&gt;. L'universitaire et metteur en sc&#232;ne John Bush Jones pr&#233;f&#232;re quant &#224; lui parler de &lt;i&gt;fragmented musical&lt;/i&gt;, qu'il rapproche non seulement de l'&#233;tat &#233;motionnel du personnage principal Robert, mais aussi du contexte social de 1970, fait d'individualisme narcissique et d'introspection &#233;gocentrique (Bush Jones, 2003). De fait, dans une &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=rjO3gXig07E&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interview t&#233;l&#233;vis&#233;e&lt;/a&gt; des ann&#233;es 1990, Sondheim &#233;tablit lui-m&#234;me une corr&#233;lation entre cet arri&#232;re-plan social et la forme inhabituelle de l'&#339;uvre : &#171; C'&#233;tait, je pense, la toute premi&#232;re production commerciale dont la narration n'&#233;tait pas lin&#233;aire. [...] Mais c'&#233;tait aussi un produit de son &#233;poque : la fin d'une &#232;re, o&#249; des choses telles que la notion traditionnelle du mariage &#233;taient en train de s'effondrer, tout comme la notion d'engagement personnel ; se combinant &#224; la lib&#233;ration sexuelle des ann&#233;es 1960, tout cela donnait sa forme &#224; cette pi&#232;ce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de sa structure d'ensemble, l'&#233;criture m&#234;me de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; proc&#232;de d'une d&#233;marche s&#233;miologique subtile, o&#249; le sens se construit moins &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le texte qu'&lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; les mots. Cet aspect, que nous avons explor&#233; ici, a &#233;t&#233; soulign&#233; d&#232;s 1979 dans un article du critique anglais Gerald Berkowitz, intitul&#233; &lt;i&gt;The Metaphor of Paradox in Sondheim's &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Company'} et aujourd'hui &#224; peu pr&#232;s introuvable : &#171; La contradiction fait partie de la m&#233;thode de base de la pi&#232;ce, autant que de son message. Pratiquement chacun des num&#233;ros musicaux est construit sur des contradictions internes : &#224; l'int&#233;rieur des paroles, entre les paroles et la musique, entre la chanson et la situation dramatique, entre la chanson elle-m&#234;me et la convention stylistique qui pr&#233;side &#224; son &#233;criture, ou entre l'intention du personnage chantant et celle qui se d&#233;gage de fait. Dans ce motif jamais d&#233;menti dans la moiti&#233; musicale de {Company}, le paradoxe et la contradiction apparaissent comme la m&#233;taphore ma&#238;tresse de la pi&#232;ce. [...] Ces contradictions, la pi&#232;ce ne les r&#233;sout pas, mais exige au contraire qu'on les accepte comme irr&#233;solues. La seule fa&#231;on de surmonter la vie et ses vicissitudes -- la seule fa&#231;on de vivre -- est de l'accepter dans tous ses paradoxes. &#187; On aurait tort, cependant, de voir l&#224; une forme de &#171; mal vu, mal dit &#187; beckettien. Aussi bien Furth que Sondheim d&#233;montrent un souci de rigueur formelle jamais d&#233;menti, et de ce fait les actes langagiers de d&#233;tournement ou d'annulation prennent, dans le discours de {Company}, l'aspect d'un jeu d'esprit. Pour qui conna&#238;t un peu Sondheim, il n'y rien l&#224; d'&#233;tonnant : il s'est longtemps [plu-&gt;http://artsbeat.blogs.nytimes.com/2011/09/16/this-time-its-crosswords-not-cross-words-that-surface-from-sondheim/] &#224; r&#233;diger des [mots crois&#233;s-&gt;http://web.archive.org/web/20091101091246/http://sondheim.angelfire.com/crosswords.html], et sa vocation premi&#232;re, outre le th&#233;&#226;tre, &#233;tait d'&#234;tre math&#233;maticien. Dans un long [portrait-&gt;http://partners.nytimes.com/library/magazine/home/20000312mag-sondheim.html] passionnant, Frank Rich y voir l'indice de son caract&#232;re : &#171; il veille toujours &#224; voiler ses &#233;motions, au contraire de ses opinions prononc&#233;es, le tout avec cette intelligence impitoyable qui aurait pu le conduire &#224; son second choix de carri&#232;re, la recherche en math&#233;matiques. (&lt;/code&gt;J'aurais ador&#233; travailler sur le th&#233;or&#232;me de Fermat', mentionne-t-il.) Il tente d'&#234;tre, sur tous les sujets, d'une objectivit&#233; clinique. Parfois il semble m&#234;me se regarder lui-m&#234;me, de l'ext&#233;rieur, comme une &#233;quation &#224; r&#233;soudre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude ne sera pas sans lui attirer &#233;galement des critiques : &#171; Sondheim &#233;tait destin&#233; &#224; partager le sort d'un autre morderniste du d&#233;but du si&#232;cle, Igor Stravinsky, qui fut tax&#233; de cynisme, de froideur et de &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;manque d'humanit&#233;' ({bloodlessness}). De tels crimes sont excusables d'un moderniste, mais l'accusation devient s&#233;rieuse lorsqu'elle est adress&#233;e &#224; un compositeur sp&#233;cialis&#233; dans un genre dont la client&#232;le s'attend &#224; ce que les spectacles fassent appel &#224; l'&#233;motion -- pr&#233;tendument incompatible avec l'intellect. La carri&#232;re de Sondheim est peut-&#234;tre la premi&#232;re fois qu'un compositeur de com&#233;die musicales parmi les plus estim&#233;es de sa g&#233;n&#233;rations, &#233;choue &#224; produire d'&#233;normes succ&#232;s commerciaux ({blockbusters}) &#224; Broadway, mais aussi qu'aucune chanson de ses pi&#232;ces couronn&#233;es de multiples distinctions, n'ait produit le moindre succ&#232;s discographique. &#187; (Block, 1997) Nous avons vu que Sondheim lui-m&#234;me parle de {puzzle mind} lorsqu'il &#233;voque l'&#233;criture de ses paroles ; dans un autre [portrait-&gt;http://www.readperiodicals.com/201104/2236775611.html] de 1993, Stephen Schiff met en rapport cet &#171; instinct du puzzle &#187; avec son &#233;criture musicale : &#171; Sondheim a parfois si peur qu'on soit ennuy&#233; par le casse-t&#234;te ({jigsaw}) qu'il &#233;labore, qu'il y ajoute des morceaux en plus. Il y a des surprises musicales partout : dissonances, modulations, tierces minoris&#233;es ({blue notes}), et des variations juste pour le plaisir. Il cherche &#224; &#233;crire une musique que personne n'a jamais entendue auparavant, et il y parvient, mais non sans en payer le prix. Ses chansons &#233;vitent l'in&#233;vitabilit&#233; musicale de fa&#231;on tellement syst&#233;matique, que cette tactique d'&#233;vitement en vient elle-m&#234;me &#224; sembler in&#233;vitable. Et, en partie pour cela, les gens s'en vont avec l'impression trompeuse que toute sa musique se ressemble. &#187; {Company} tient une place &#224; part dans l'&#339;uvre de Sondheim. Premi&#232;re pi&#232;ce dont il &#233;crit &#224; la fois les paroles (chant&#233;es) et la musique, c'est &#233;galement la pi&#232;ce qui lui apportera reconnaissance sociale et professionnelle (ainsi que ses deux premiers Tony Awards), mais aussi une pi&#232;ce dont le th&#232;me lui est proche : &#171; L'{outsider} est une figure de base dans beaucoup de litt&#233;rature dramatique. La conformit&#233; &#233;tant quelque chose de primordial dans ce pays, le th&#232;me de la non-conformit&#233; revient assez souvent dans la litt&#233;rature. Bien s&#251;r, c'est un sentiment que je partage, en tant que membre de plusieurs minorit&#233;s. [...] L'homosexualit&#233; en fait certainement partie, mais le sentiment d'&#234;tre &#233;tranger, d'&#234;tre quelqu'un que l'on veut &#224; la fois embrasser et tuer ({kiss and kill}), remonte &#224; tr&#232;s loin dans ma vie. J'&#233;tais fils unique, et dans ma classe j'&#233;tais le plus jeune et (je ne dirai pas le plus intelligent) celui qui avait les meilleures notes. In&#233;vitablement, cela implique que certains vous adorent et d'autres vous d&#233;testent. Mais j'avais conscience d'&#234;tre diff&#233;rent. Je pense que le style d'&#233;criture que je pratique dans le th&#233;&#226;tre musical, qui me vaut &#224; la fois des louanges et des condamnations, poss&#232;de une certaine individualit&#233;. J'ai commenc&#233; &#224; m'en rendre v&#233;ritablement compte avec {Company}, o&#249; j'ai pu vraiment faire entendre ma propre voix pour la premi&#232;re fois. Et j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s affect&#233; lorsque cela m'a valu des invectives, des condamnations, des moues de d&#233;go&#251;t. J'avais &#233;t&#233; rejet&#233; auparavant, mais ce n'est pas pareil ; quand on suscite la haine sans l'avoir recherch&#233;, c'est un sentiment &#224; part.[...] Mais ce n'est pas si grave, au fond : il vaut tellement mieux &#234;tre d&#233;test&#233; que d'&#234;tre ignor&#233;. &#187; (cit&#233; par Rich, 2000) Pour audacieuse qu'elle puisse &#234;tre, {Company} n'am&#232;nera toutefois pas l'effondrement de Broadway et de ses contraintes, bien au contraire. Comme le souligne d&#233;j&#224; Schiff en 1993 : &#171; Dans l'environnemnent qu'est Broadway, o&#249; monter une com&#233;die musicale demande des sommes impossibles, et d&#233;pend p&#233;rilleusement de l'approbation de tel journal, il est difficile d'imaginer que des investisseurs soient pr&#234;ts &#224; parier sur quiconque d'aussi intr&#233;pide que Sondheim -- ou plut&#244;t, quiconque autre que Sondheim lui-m&#234;me. Il a certainement chang&#233; le {musical} pour toujours, mais non sans laisser derri&#232;re lui beaucoup de terre br&#251;l&#233;e. &#187; (Schiff, 1993). Et quelques ann&#233;es plus tard, Howard Kissel d'approuver : &#171; Trente ans plus tard, {Company} reste le mod&#232;le de jusqu'o&#249; un {musical} peut aller. Il y a plusieurs raisons pour cela ; la premi&#232;re est tout simplement qu'il n'a &#233;t&#233; permis &#224; aucun autre compositeur de faire autant d'exp&#233;riences que Sondheim dans les derni&#232;res d&#233;cennies. &#187; (Engel, 1972, comment&#233; par Kissel, 2006). De fait, Sondheim lui-m&#234;me, malgr&#233; son statut de c&#233;l&#233;brit&#233; adul&#233;e, cesse d&#232;s les ann&#233;es 1980 de disposer d'une telle libert&#233; : la cr&#233;ation de {Into The Woods}, en l'absence de Prince, se fera ainsi hors de Broadway, dans un th&#233;&#226;tre non-commercial. Il pose aujourd'hui un regard d&#233;sabus&#233; sur ce qu'est devenu Broadway &#224; l'&#232;re de ce qu'il nomme la &#171; g&#233;n&#233;ration Disney &#187; : &#171; Le th&#233;&#226;tre n'est pas un go&#251;t spontan&#233;. On n'y va pas par soi-m&#234;me &#224; l'&#226;ge de dix ans -- il faut que quelqu'un nous y emm&#232;ne. Les enfants n'acqui&#232;rent plus ce go&#251;t parce que c'est trop cher, alors qu'ils ont le nez devant la t&#233;l&#233; et les films d&#232;s leur naissance. Je ne pense pas que le th&#233;&#226;tre dispara&#238;tra en tant que tel, mais il ne sera plus jamais ce qu'il a &#233;t&#233;. On ne peut pas le ramener &#224; la vie. Il est parti. Il est devenu une attraction &#224; touristes. &#187; {{{Sources}}} En tenant l'affiche environ deux ans, {Company} rencontra &#224; Broadway un succ&#232;s raisonnable, au contraire de plusieurs pi&#232;ces ult&#233;rieures de Sondheim jug&#233;es trop &#233;litistes. Si certains spectateurs en gardent un [souvenir m&#233;morable-&gt;http://web.archive.org/web/20120711181832/http://babbonyc.com/staffpicks_Dec10Holiday.htm], la pi&#232;ce ne se joue point &#224; guichet ferm&#233;. La reprise londonnienne de l'ouvrage en 1972 sera abandon&#233;e au bout de six mois, et les productions subs&#233;quentes se feront rares et timides (cantonn&#233;es &#224; des th&#233;&#226;tres modestes {off-Broadway}, pour des dur&#233;es br&#232;ves) pendant les deux d&#233;cennies suivantes. Ce qui n'emp&#234;che pas la pi&#232;ce d'entrer au r&#233;pertoire &#171; classique &#187;, pourrait-on dire, de toutes les &#233;coles de com&#233;die musicale anglophones. &lt;doc600|right&gt;C'est au d&#233;but des ann&#233;es 1990 que les choses changent, avec un unique concert anniversaire en janvier 1993 o&#249; se r&#233;unissant les chanteurs d'origine plus de vingt ans apr&#232;s la derni&#232;re ; la pi&#232;ce accuse son &#226;ge, particuli&#232;rement dans ses dialoques, et George Furth retravaillera donc son texte (Woody White, 1998) pour les productions ult&#233;rieures, notamment son premier retour ({revival}) &#224; Broadway en 1995. Pour qui appr&#233;cie les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, les productions suivantes de {Company} ont une saveur particuli&#232;re puisque le premier Robert noir sera [incarn&#233;-&gt;https://www.youtube.com/results?search_query=company+donmar] en 1996, au Donmar Warehouse de Londres, par le tout jeune Adrian Lester, qui s'illustrera dix ans plus tard dans l'excellente s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e britannique {Hustle}. En 2002, l'ouvrage f&#234;te ses trente ans au Kennedy Center de Washington, avec dans le [r&#244;le principal-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=x6zEYJpaHdE] John Barrowman, futur pilier de la s&#233;rie britannique {Torchwood}. Enfin en 2011, une nouvelle production rassemble de nombreuses stars du petit &#233;cran autour de l'excellent Neil Patrick Harris (connu pour la sitcom {How I Met Your Mother}). De cette derni&#232;re version a &#233;t&#233; diffus&#233; (au cin&#233;ma puis sur disque) un [enregistrement-&gt;http://www.imdb.com/title/tt1942831/], disponible dans le commerce ainsi que par d'[autres moyens-&gt;http://thepiratebay.se/torrent/7828918/Company.2011.BRRip.Xvid.AC3.Legend-Rg] d'une l&#233;galit&#233; toutefois douteuse. &lt;doc601|left&gt;Cependant, la version que je recommanderais tout particuli&#232;rement est le deuxi&#232;me {revival} de Broadway, mis en sc&#232;ne par John Doyle en 2006. Cette production pr&#233;sente l'int&#233;ressante particularit&#233; de ne comporter aucun instrumentiste hors-sc&#232;ne : l'accompagnement musical (r&#233;-orchestr&#233; pour l'occasion) est r&#233;alis&#233; par les chanteurs eux-m&#234;mes, qui jouent chacun de plusieurs instruments. Loin d'&#234;tre un simple alibi (Holden, du {New York Times}, le qualifie de [{high-concept}-&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/High-concept]), ce choix est assum&#233; avec talent dans la mise en sc&#232;ne et la dramaturgie, par des interpr&#232;tes parfaits en tous points. Une captation (fort bien) film&#233;e en a &#233;t&#233; [r&#233;alis&#233;e et commercialis&#233;e-&gt;http://www.pbs.org/wnet/gperf/shows/company/index.html] par le r&#233;seau t&#233;l&#233;visuel &#224; but non-lucratif PBS ; il est possible d'en trouver des traces sur le Web, soit [uniquement sonores-&gt;http://listen.grooveshark.com/#/album/Company+2006+Broadway+Revival+Cast+Recording/5279946] soit en [vid&#233;o-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=JJsd_Cvk_rw], d&#233;coup&#233;es en tranches de dix minutes. Cette version remarquable met en sc&#232;ne l'inoubliable Ra&#249;l Esparza, qui explique dans une [fascinante interview-&gt;http://theater.nytimes.com/2006/11/26/theater/26wadl.html?pagewanted=all] &#224; quel point le r&#244;le de Robert a fait &#233;cho &#224; sa propre existence, au moment pr&#233;cis de cette production. De plus, l'&#233;laboration du spectacle a &#233;t&#233; [relat&#233;e-&gt;http://broadwayworld.com/article/ActorQuest-Kristin-Huffman-Goes-Inside-Company-1-20070518] au jour le jour par l'actrice Kristin Huffman, en une s&#233;rie de t&#233;moignages pr&#233;cieux. En ce qui concerne la version d'origine, un enregistrement en studio en a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; en 1970 imm&#233;diatement apr&#232;s la premi&#232;re ; il est disponible dans le commerce ainsi que [sur le Web-&gt;http://listen.grooveshark.com/playlist/Company+original+1970+Broadway+Cast+/50148741]. &#192; l'enregistrement lui-m&#234;me, il faut ajouter un [documentaire film&#233;-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=HVf78joLfSg] fort int&#233;ressant qui rend compte, sans aucun commentaire, du d&#233;roulement d'une journ&#233;e d'enregistrement, moments de concentration, de d&#233;couragement, de tensions, de fatigue extr&#234;me apr&#232;s une s&#233;ance ininterrompue de dix-huit heures... Pour le dire sans ambages, l'int&#233;r&#234;t de cette version est plus d'ordre historique qu'artistique, du fait de la technique vocale terriblement dat&#233;e de certains chanteurs (en particulier Dean Jones dans le premier r&#244;le). &lt;doc603|center&gt; Pour ce qui est du texte, la partition est commercialis&#233;e par Theatre Communications Group dans sa version r&#233;vis&#233;e ; il existe aussi une &#171; &#233;dition de l'auteur &#187;, revue et comment&#233;e par Sondheim, n'incluant que les num&#233;ros chant&#233;s et publi&#233;e par Hal Leonard. Music Theatre International est mandataire des droits d'ex&#233;cution publique. La version d'origine de la pi&#232;ce peut se consulter dans l'ouvrage [{Ten Great Musicals Of The American Theatre}-&gt;http://books.google.com/books?id=agAwAQAAIAAJ], Stanley Richards et Hannes Halfv&#233;n, 1973. Signalons &#233;galement qu'un fac-simil&#233; de l'&#233;dition originale (manuscrite) de la partition circule [sur le Web-&gt;http://www.scribd.com/doc/100559156?secret_password=2o0jtd1cl0ie7va8e94e] ; le livret, quant &#224; lui, peut &#234;tre trouv&#233; de fa&#231;on lacunaire sur des [sites-&gt;http://shaoniantingyu.blog.hexun.com.tw/49296479_d.html] [improbables-&gt;http://company2006.uw.hu/libretto.html] mais d'une grande utilit&#233;. De plus, de tr&#232;s nombreux fragments en sont r&#233;guli&#232;rement cit&#233;s par des fans, sur des blogs personnels ou sur le r&#233;seau Tumblr. On trouvera &#233;galement quelques sc&#232;nes sur des [sites-&gt;http://jtecompany2013.weebly.com/] d'[auditions-&gt;http://www.theatrezone-florida.com/pdf/auditions/Company%20Sides.pdf] destin&#233;s &#224; de futurs chanteurs. {{{Bibliographie}}} La pr&#233;sente &#233;tude emprunte &#224; de nombreuses sources, &#224; commencer par les innombrables t&#233;moignages de Sondheim lui-m&#234;me. On en trouve d'innombrables en vid&#233;o sur YouTube, notamment cet [extrait-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=rjO3gXig07E] consacr&#233; &#224; {Company}, datant des ann&#233;es 1990, ou d'autres [interviews-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=MTw9JZkuIzU] plus [r&#233;centes-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=yW7gTYtTN50], [br&#232;ves-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=o_VZGMk1qKQ] ou [longues-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=4tBVLHv01WE]. Auxquelles nous pouvons ajouter quelques (trop brefs) [extraits-&gt;https://www.youtube.com/watch?v=aR80qiXgMuQ&amp;list=PLB1B694E01700A64A] d'une &#233;mission des ann&#233;es 1980 en forme de {master-class}. Les interviews et portraits &#233;crits de Sondheim sont &#233;galement l&#233;gion. Pour nous limiter &#224; ceux o&#249; est &#233;voqu&#233;e {Company} : - [{Steve Has Stopped Collaborating}-&gt;http://www.nytimes.com/books/98/07/19/specials/sondheim-collaborating.html], par Tom Burke en 1970 - [{The Words And Music Of Stephen Sondheim}-&gt;http://www.nytimes.com/books/98/07/19/specials/sondheim-words.html], par Samuel Freedman en 1984 - [{Deconstructing Sondheim}-&gt;http://www.readperiodicals.com/201104/2236775611.html], par Stephen Schiff en 1993 - [{The Musical Man}-&gt;http://articles.chicagotribune.com/1995-11-10/features/9511100350_1_night-music-milton-babbitt-arts-and-humanities], par Howard Reich en 1995 - [{Conversations With Sondheim}-&gt;http://partners.nytimes.com/library/magazine/home/20000312mag-sondheim.html], par Frank Rich en 2000 - [{Stephen Sondheim: A Life In Music}-&gt;http://www.guardian.co.uk/culture/2010/dec/20/stephen-sondheim-life-music-profile], par Emma Brockes en 2010. Dans un m&#234;me ordre d'id&#233;es, on consultera avec int&#233;r&#234;t les livres d'entretiens avec Sondheim, dont le premier reste une r&#233;f&#233;rence : [{Sondheim &amp; Co.}-&gt;http://books.google.com/books/about/Sondheim_co.html?id=e8AZAQAAIAAJ], par Craig Zadan en 1974. On en trouve notamment un long extrait dans le [{New York Magazine}-&gt;http://books.google.com/books?id=XePFnXzff4EC] de novembre 1974, pages 75 et suivantes. Plus r&#233;cemment, [{Sondheim On Music: Minor Details And Major Decisions}-&gt;http://books.google.com/books?id=Qv87LeaG2XoC] (Scarecrow Press, 2010), dans des entretiens avec Mark Horowitz, traite de son &#233;criture musicale, et le diptique {Finishing The Hat} et {Look, I Made A Hat} (Alfred Knopf, 2010 et 2011) rassemble les paroles de ses pi&#232;ces, entrem&#234;l&#233;es d'anecdotes et commentaires -- le {Guardian} en a publi&#233; un [extrait savoureux-&gt;http://www.passemuraille.on.ca/2011/11/21/who-needs-critics/] consacr&#233; aux critiques. Toujours sur Sondheim, la biographie [{Stephen Sondheim: A Life}-&gt;http://books.google.com/books/about/Stephen_Sondheim.html?id=rL8ZAQAAIAAJ] de Meryle Secrest, 1998 (dont le {New York Times} a publi&#233; le [premier chapitre-&gt;http://www.nytimes.com/books/first/s/secrest-sondheim.html]), sera probablement de moindre int&#233;r&#234;t que des ouvrages plus analytiques, auxquels je me suis r&#233;f&#233;r&#233; dans ce qui pr&#233;c&#232;de : - {Company, About Face!: The Show That Revolutionized the American Musical}, de Eugene K. Bristow et J. Kevin Butler, paru dans {American Music} &#224; l'automne 1987, et [cit&#233; sur ce site-&gt;http://musicalsworld.net/Showdivers/ZZMusicalsPage.php?musical=Company&amp;page=21] - [{Art Isn't Easy: The Achievement Of Stephen Sondheim}-&gt;http://books.google.com/books?id=tuk9aSw7WWEC] de Joanne Lesley Gordon, 1990. - [{Stephen Sondheim: A Casebook}-&gt;http://books.google.com/books/about/Stephen_Sondheim.html?id=Z03LEC1gFOIC], articles recueillis par Joanne Lesley Gordon, 1997 - [{Sondheim's Broadway Musicals}-&gt;http://books.google.com/books?id=dLf1_FutpusC], Stephen Banfield, 1995 (avant la r&#233;vision de {Company}) - [{One More Kiss: The Broadway Musical In The 1970s}-&gt;http://books.google.com/books?id=ilgvR68ILQIC] par Ethan Mordden, 2004. Il convient d'y ajouter deux ouvrages consacr&#233;s &#224; Harold Prince, et quelques ouvrages plus g&#233;n&#233;raux sur le th&#233;&#226;tre musical, qui &#233;voquent chacun {Company} de diverses fa&#231;ons : - [{Harold Prince: A Director's Journey}-&gt;http://books.google.com/books?id=fH00J3yZnx8C], Carol Ilson, 1989 - [{Harold Prince And The American Musical Theater}-&gt;http://books.google.com/books?id=sbc8AAAAIAAJ], Foster Hirsch, 1989 - [{Words With Music: Creating The Broadway Musical Libretto}-&gt;http://books.google.com/books?id=hRb8H-kDXcoC], &#233;crit par le metteur en sc&#232;ne Lehman Engel en 1972, et pr&#233;sent&#233; dans une &#233;dition r&#233;cente (2006) avec des commentaires de Howard Kissel - [{Sixties Going On Seventies}-&gt;http://books.google.com/books?id=3YuMmqgA6hwC], Nora Sayre, 1974 - Plus r&#233;cemment, [{Enchanted Evenings: The Broadway Musical From Show Boat To Sondheim}-&gt;http://books.google.com/books?id=IluxOpZGoOcC], Geoffrey Block, 1997 - [{Stephen Sondheim And Andrew Lloyd Webber: The New Musical}-&gt;http://books.google.com/books?id=AWaZ1LAFAZEC], Stephen Citron, 2001 - [{Rebels With Applause: Broadway's Groundbreaking Musicals}-&gt;http://books.google.com/books/about/Rebels_with_applause.html?id=POEIAQAAMAAJ] par Scott Miller, 2001 - [{Our Musicals, Ourselves: A Social History Of The American Musical Theater}-&gt;http://books.google.com/books?id=WqQH31qkYNoC], de John Bush Jones, 2003 - [{The American Musical And The Performance Of Personal Identity}-&gt;http://books.google.com/books?id=Bx13uwK0pdIC], Raymond Knapp, 2006. D'autres sources utiles sont &#224; chercher parmi les travaux universitaires et apparent&#233;s (notamment dans divers num&#233;ros de {The Sondheim Review}) : - [{Sondheim And Furth: Parallel Lines Who Meet}-&gt;http://www.sondheimreview.com/v2n2.htm], par John Olson 1995 - [{Stephen Sondheim And The Musical Of The Outside}-&gt;http://universitypublishingonline.org/cambridge/companions/chapter.jsf?bid=CBO9781139001823&amp;cid=CBO9781139001823A018], Jim Lovernshire, 2002, dans {The Cambridge Companion To The Musical}. - [{Stephen Sondheim's Gesamtkunstwerk: The Concept Musical As Wagnerian Total Theatre}-&gt;http://digitalcollections.lib.ucf.edu/cdm4/item_viewer.php?CISOROOT=/ETD&amp;CISOPTR=3512], th&#232;se de master de Diana L. Calderazzo, 2005 - [{Brecht And Sondheim: An Unholy Alliance}-&gt;http://digicoll.library.wisc.edu/cgi-bin/German/German-idx?type=turn&amp;entity=German.BrechtYearbook030.p0339&amp;id=German.BrechtYearbook030&amp;isize=M], Scott McMillin, 2005 - [{Alone? Not Alone? Sondheim's musical suggest a new model to define family}-&gt;http://www.sondheimreview.com/v14n2.htm], par Janet W. Hardy, 2007 - [{&lt;/code&gt;Attention Must Be Paid', Cried The Balladeer : The Concept Musical Defined&lt;/i&gt;-&gt;&lt;a href=&#034;http://uknowledge.uky.edu/gradschool_theses/535/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://uknowledge.uky.edu/gradschool_theses/535/&lt;/a&gt;], th&#232;se de master de Christine M. Young, 2008
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://etd.ohiolink.edu/view.cgi?acc_num=bgsu1276883539&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Stephen Sondheim And His Filmic Influences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, th&#232;se de master de John T. O'Connor, 2010
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.intellectbooks.co.uk/journals/view-Article,id=10445/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Concept Meets Narrative In Sondheim's Company : Metadrama as a method of analysis&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Nathalie Draper, 2010 (dans &lt;i&gt;Studies in Musical Theatre&lt;/i&gt;, vol. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-unes des r&#233;f&#233;rences culturelles diverses auxquelles nous avons pu faire appel :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Waste_Land&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Waste Land&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, T.S. Eliot, 1922, &#224; consulter notamment dans son &lt;a href=&#034;http://world.std.com/~raparker/exploring/thewasteland/explore.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;coupage analytique&lt;/a&gt; par Richard A. Parker, 1997
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/A_Respectable_Wedding&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Respectable Wedding&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;La Noce chez les petit-bourgeois&lt;/i&gt;), Bertolt Brecht, 1919
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Lonely_Crowd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Lonely Crowd&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Riesman, Glazer &amp; Denney, 1950
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Feminine_Mystique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Betty Friedan, 1963
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parmi les &#339;uvres les plus connues de Sondheim, nous avons mentionn&#233;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/A_Little_Night_Music&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Little Night Music&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1973),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Sweeney_Todd:_The_Demon_Barber_of_Fleet_Street&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sweeney Todd,The Demon Barber Of Fleet Street&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1979), et&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Into_the_Woods&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Into The Woods&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1986)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Auxquelles s'ajoutent les r&#233;trospectives :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Side_by_Side_by_Sondheim&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Side By Side By Sondheim&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1976)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Marry_Me_a_Little_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marry Me A Little&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1980)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parmi les com&#233;dies musicales d'autres auteurs :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Allegro_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Allegro&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, par R. Rodgers et O. Hammerstein (1947)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/West_Side_Story&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par A. Laurents, S. Sondheim et L. Bernstein, 1957&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Cabaret_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cabaret&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par J. Kander et F. Ebb (1966)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Hair_(musical)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Hair&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par J. Rado, G. Ragni et G. MacDermot (1968)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/A_Chorus_Line&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Chorus Line&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par E. Kleban et M. Hamlisch (1975)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Cats_%28musical%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cats&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par A. L. Webber (1980)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Forbidden_Broadway&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Forbidden Broadway&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, une parodie (depuis 1982, avec de nombreuses it&#233;rations) qui regroupe des chansons hilarantes telles que &lt;i&gt;The Ladies Who Screech&lt;/i&gt; ou &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=viL5OvcrWWU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Into The Words&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous avons &#233;galement fait r&#233;f&#233;rence aux films suivants :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Breakfast_at_Tiffany%27s_%28film%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Breakfast At Tiffany's&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, B. Edwards, 1961&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/How_to_Murder_Your_Wife&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;How To Murder Your Wife&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, R. Quine, 1965&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Love_Bug&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Love Bug&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Un Amour de coccinelle&lt;/i&gt;), R. Stevenson, 1969&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Butch_Cassidy_and_the_Sundance_Kid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Butch Cassidy And The Sundance Kid&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, G.R. Hill, 1969&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Avanti!&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span lang='en'&gt;&lt;i&gt;Avanti!&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, B. Wilder, 1972&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Last_of_Sheila&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Last Of Sheila&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, H. Ross, 1973 (sur un scenario de A. Perkins et S. Sondheim)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Camp_%28film%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Camp&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, T. Graff, 2003&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.landerson.co.uk/ladieswholunch.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ladies Who Lunch&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, court m&#233;trage, L. A. Anderson et V. Thomas, 2009
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, nous avons fait r&#233;f&#233;rence aux chansons suivantes :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Summertime_%28song%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Summertime&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, extrait de l'op&#233;ra &lt;i&gt;Porgy And Bess&lt;/i&gt;, G. Gerschwin et E. DuBose Heyward, 1935&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Takes_Two_to_Tango_%28song%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Takes Two To Tango&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, A. Hoffmann et D. Manning, 1952&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Shadow_of_Your_Smile&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Shadow Of Your Smile&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, J. Mandel et P.F. Webster, extraite du film &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Sandpiper&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Sandpiper&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, V. Minnelli, 1965&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=6P71SJixFJ8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Make A Little Love&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Lowell Fulson&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=LHEsE9yN2CY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Get Down Tonight&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, KC &amp; the Sunshine band&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Quelques autres articles ou critiques sur le Web :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20120206080044/http://www.carlinamerica.com/newsletter/intune2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;capitulatif&lt;/a&gt; des diff&#233;rentes version de la fin de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une &lt;a href=&#034;http://www.sondheimguide.com/company.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;liste&lt;/a&gt; chronologique (tr&#232;s incompl&#232;te) des diff&#233;rentes productions de la pi&#232;ce
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une &lt;a href=&#034;http://www.theaterlatteda.com/about/past-productions/company/company-play-guide&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brochure&lt;/a&gt; pr&#233;sentant la pi&#232;ce, par Jeff Turner au th&#233;&#226;tre Latt&#233; Da
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un bref &lt;a href=&#034;http://www.pbs.org/wnet/gperf/shows/company/essay1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;essai&lt;/a&gt; de Thomas Hischak, en 2008, sur &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;concept musical&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20120711181832/http://babbonyc.com/staffpicks_Dec10Holiday.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;moignage&lt;/a&gt; de John Mainieri, ma&#238;tre d'h&#244;tel dans un restaurant italien de New-York, qui d&#233;couvrit &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; dans sa jeunesse en 1970
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la &lt;a href=&#034;http://www.epinions.com/review/Company_Stephen_Sondheim/content_420830678660?sb=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;critique&lt;/a&gt; d'un internaute sur la version de Doyle en 2006, et &lt;a href=&#034;http://www.bridgetcallahan.com/2011/06/sondheims-company-in-movie-theater.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celle&lt;/a&gt; d'une blogueuse sur la version de 2011
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sur ces deux m&#234;mes versions, deux autres critiques du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, respectivement par &lt;a href=&#034;http://theater.nytimes.com/2006/11/30/theater/reviews/30comp.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ben Brantley&lt;/a&gt; en 2006 et &lt;a href=&#034;http://www.nytimes.com/2011/04/09/arts/music/neil-patrick-harris-in-company-at-avery-fisher-hall-review.html?_r=1&amp;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stephen Holden&lt;/a&gt; en 2011
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une autre &lt;a href=&#034;http://blogs.telegraph.co.uk/culture/michaelwhite/100051815/stephen-sondheims-company-can-it-work-in-the-21st-century/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;critique&lt;/a&gt; de Michael White sur la production britannique de Southwark, &#233;galement en 2011
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sur la question de l'homosexualit&#233; dans &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, nous avons fait r&#233;f&#233;rence &#224; des articles de &lt;a href=&#034;http://www.capitalnewyork.com/article/culture/2011/04/1825967/missing-number-sondheims-company?page=all&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Jorden&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.timeout.com/newyork/upstaged-blog/another-gay-bobby-neil-patrick-harris-to-star-in-company-at-the-phil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adam Feldman&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.donshewey.com/theater_reviews/company.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Don Shewey&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;j&#224; mentionn&#233;, le &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-&gt;http:/broadwayworld.com/article/ActorQuest-Kristin-Huffman-Goes-Inside-Company-1-20070518'&gt;t&#233;moignage&lt;/a&gt; pr&#233;cieux de Kristin Huffman sur la production de 2006 (en 35 chapitres),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on trouvera, sur le site Sondheim.com, de nombreux articles int&#233;ressants, en particulier&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/commentary/company_rewritten_1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; de Stephen Woody White qui se penche sur les diff&#233;rences entre la version d'origine et la version r&#233;vis&#233;e,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/features/ssintro2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; par Alan Gomberg, qui revient sur la g&#233;n&#232;se de l'ouvrage,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/comedy/columna/past/30.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; sign&#233; &#171; &lt;i&gt;the real a&lt;/i&gt; &#187; qui aborde les sp&#233;cificit&#233;s de l'ouvrage,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/discussions/miller/past/in_gay_company.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; de Scott Miller qui revient sur la question de l'homosexualit&#233;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/interview/canova.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; o&#249; est interview&#233;e Diana Canova &#224; l'issue du &lt;i&gt;revival&lt;/i&gt; de 1995,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/features/stephen_sondheim.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; o&#249; est interview&#233; Sondheim lui-m&#234;me,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/commentary/bobby.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; de June Abernathy sur le personnage de Robert,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/commentary/blecht.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; sur le projet d'adaptation d'une pi&#232;ce de Brecht, ant&#233;rieur &#224; &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.sondheim.com/features/the_sondheimcom_faq.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; o&#249; nous apprenons enfin la recette du &lt;i&gt;vodka stinger&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Sazerac sling&lt;/i&gt; !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#192; toutes ces sources pr&#233;cieuses, j'ajouterai la foule des commentateurs de YouTube ainsi que les contributeurs et contributrices du &lt;a href=&#034;http://broadwayworld.com/board/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;forum Broadwayworld&lt;/a&gt; et du site passionnant &lt;a href=&#034;http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/Company&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TV Tropes&lt;/a&gt;. Avec ses sources tant l&#233;gitim&#233;es qu'ill&#233;gitimes, cette &#233;tude est donc un peu &#224; l'image de la com&#233;die musicale en tant que genre... et, plus encore, de la place &#224; part que tient &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt; dans le genre en question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mise &#224; jour, d&#233;cembre 2013&lt;/strong&gt; : On annonce aujourd'hui une nouvelle &lt;a href=&#034;http://artsbeat.blogs.nytimes.com/2013/10/15/sondheim-working-on-a-revised-version-of-company/?_r=0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;vision&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;Company&lt;/i&gt;, propos&#233;e par le metteur en sc&#232;ne John Tiffany avec l'approbation (et m&#234;me la collaboration) de Stephen Sondheim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveaut&#233; de taille, le personnage de Bobby serait maintenant ouvertement homosexuel (et non un homosexuel inavou&#233;, comme cela avait &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; par le pass&#233; en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations de Sondheim et Furth). &#034;&lt;i&gt;Le sujet de la pi&#232;ce est toujours la notion d'engagement&lt;/i&gt;, explique Sondheim, &lt;i&gt;mais le mariage est per&#231;u tr&#232;s diff&#233;remment en 2013 par rapport &#224; 1970.&lt;/i&gt;&#034; En un temps o&#249; de plus en plus de gouvernements, locaux et nationaux, se r&#233;solvent enfin &#224; l&#233;galiser le mariage homosexuel, le geste a, tout comme &#224; la cr&#233;ation de l'&#339;uvre, une port&#233;e autant politique et sociale, qu'artistique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>OuMuPo : mais qu'est-ce donc ?</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/OuMuPo-mais-qu-est-ce-donc</link>
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		<dc:date>2012-03-22T12:17:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s un an de pr&#233;paratifs, le moment est venu de pr&#233;senter mon dernier projet en date : l'&lt;strong&gt;Ouvroir d'&#233;criture Musicale Potentielle&lt;/strong&gt;, ou &lt;i&gt;OuMuPo&lt;/i&gt; pour les intimes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s un an de pr&#233;paratifs, le moment est venu de pr&#233;senter mon dernier projet en date : l'&lt;strong&gt;Ouvroir d'&#233;criture Musicale Potentielle&lt;/strong&gt;, ou &lt;i&gt;OuMuPo&lt;/i&gt; pour les intimes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je publie ce bref billet introductif quelques heures tout juste avant la &lt;a href=&#034;http://www.oulipo.net/faitsetdits/docs/cabaret-concert-oulipien-dans-le-cadre-de-la-lecture-a-la-bnf-22-mars-2012&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soir&#233;e&lt;/a&gt; de la Biblioth&#232;que Nationale qui pr&#233;sentera au monde entier un nouveau projet artistique &#8212; absolument indispensable, cela va sans dire : l'&lt;strong&gt;Ouvroir d'&#233;criture Musicale Potentielle&lt;/strong&gt;, &#233;galement appel&#233; &lt;i&gt;OuMuPo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site web de ce projet est encore en chantier mais vous pouvez vous y reporter :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://oumupo.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://oumupo.org&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, de quoi s'agit-il ? D'un collectif de compositeurs, d&#233;di&#233; &#8212; vous ne le devinerez jamais &#8212; &#224; des activit&#233;s d'&#233;criture musicale, ludiques et exp&#233;rimentales, autour de la notion de &lt;i&gt;contrainte formelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;En fait, je me donne des contraintes pour &#234;tre enti&#232;rement libre&lt;/i&gt;&#034;, disait &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Perec&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Georges Perec&lt;/a&gt;, un immense auteur du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#8212; connu notamment pour avoir &#233;crit un &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Pastiches/La_Disparition_%28roman%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;roman entier&lt;/a&gt; sans utiliser une seule fois la lettre &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'expression artistique, la libert&#233; absolue ne sert &#224; rien. Seule la contrainte est source d'inspiration, de d&#233;fi, de d&#233;passement &#8212; et sans doute m&#234;me, de &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt;. Les auteurs du temps pass&#233; l'ont bien compris, qui s'ing&#233;niaient &#224; se plier &#224; des &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; et des genres bien d&#233;termin&#233;s &#8212; le &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Sonnet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sonnet&lt;/a&gt; classique en est un bon exemple, avec ses quatrains, ses tercets, ses alexandrins, son sch&#233;ma de rimes (f&#233;minines et masculines altern&#233;es !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, un groupe d'&#233;crivains se forme, autour d'une volont&#233; commune d'&#233;tudier et de renouveler ces contraintes litt&#233;raires : ce sera l'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Ouvroir_de_litt%C3%A9rature_potentielle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouvoir de Litt&#233;rature Potentielle&lt;/a&gt;, autrement dit l'&lt;i&gt;OuLiPo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce groupe existe encore aujourd'hui et n'a rien perdu de son esprit fantaisiste et ludique &#8212; on peut d'ailleurs rencontrer ses membres &lt;a href=&#034;http://www.oulipo.net/jeudis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tous les jeudis&lt;/a&gt; &#224; la Biblioth&#232;que Nationale. Pour &#234;tre tout &#224; fait exact, ce groupe est une sous-commission du &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Coll%C3%A8ge_de_%27Pataphysique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coll&#232;ge de &#8216;Pataphysique&lt;/a&gt;, autre grande, noble &#8212; et tr&#232;s s&#233;rieuse &#8212; institution fran&#231;aise qui a longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sid&#233;e par... un crocodile. (&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Lutembi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Si&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi une &lt;a href=&#034;http://quatramaran.ens.fr/mailman/listinfo/oulipo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;liste de discussion&lt;/a&gt; autour de l'Oulipo, non officiellement reconnue par ce dernier (pour des raisons que je ne saurais qualifier autrement que mesquines), mais extr&#234;mement dynamique et &#224; qui je dois beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; l'Oulipo (d&#233;di&#233;, comme nous l'avons vu, &#224; la litt&#233;rature), se sont form&#233;s &lt;a href=&#034;http://www.fatrazie.com/Ou_X_Po.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plusieurs collectifs&lt;/a&gt; ayant trait &#224; d'autres disciplines artistiques, et que l'on d&#233;signe commun&#233;ment sous l'intitul&#233; &lt;i&gt;Ou-X-Po&lt;/i&gt;. L'OuMuPo se situe donc dans cette filiation... mais n'est pas le premier du nom ! Il a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par un &lt;a href=&#034;http://www.icidailleurs.com/index.php?route=product/manufacturer&amp;manufacturer_id=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;label de disques&lt;/a&gt;, ainsi que par un &lt;a href=&#034;http://ousonmupo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collectif d'&#233;lectro-acousticiens&lt;/a&gt; qui s'int&#233;resse &#224; la musique par le biais de sa forme &lt;i&gt;sonore&lt;/i&gt; (l&#224; o&#249; nous nous concentrons premi&#232;rement sur l'objet musical &lt;i&gt;&#233;crit&lt;/i&gt; et conceptuel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce nouvel &lt;i&gt;OuMuPo&lt;/i&gt; m'est venue il y a seulement un an (alors que je travaillais sur ma pi&#232;ce &lt;i&gt;&lt;a href='http://archives.oumupo.org/Etoile-sans-couleur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#201;toile sans couleur&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233;e sur un texte d'un auteur... de l'Oulipo. (Je ne sais pas si vous suivez.) Cependant, ma d&#233;marche d'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Ecriture-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;criture&lt;/a&gt; toute enti&#232;re est gouvern&#233;e par des contraintes, que j'expose r&#233;guli&#232;rement sur ce [Site]. Ainsi, mon &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Opera-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premier op&#233;ra&lt;/a&gt; est enti&#232;rement gouvern&#233; par une multitude de contraintes (que ce soit au niveau de chaque mesure ou &#224; l'&#233;chelle de la partition enti&#232;re) ; d'autres contraintes se trouveront ais&#233;ment, par exemple dans mon petit &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Deux-petits-duos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;duo de fl&#251;tes&lt;/a&gt; ou encore dans la &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Premiere-Sonate-pour-piano' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sonate pour piano&lt;/a&gt; que je m'appr&#234;te &#224; publier dans les prochains jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exposer les &#034;recettes&#034; que j'utilise pour &#233;crire mes partitions, a &#233;t&#233; l'une des raisons d'&#234;tre de ce [Site] depuis son lancement ; avec ce nouveau collectif &lt;i&gt;OuMuPo&lt;/i&gt; et son &lt;a href=&#034;http://oumupo.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site web&lt;/a&gt; (comment, vous n'avez pas encore cliqu&#233; ?), j'esp&#232;re poursuivre cet objectif de fa&#231;on plus raisonn&#233;e et m&#233;thodique, avec mes coll&#232;gues &#8212; qui partagent l'arri&#232;re-pens&#233;e pour laquelle je milite, le combat d'id&#233;es que je m&#232;ne depuis toujours : convaincre nos lecteurs que la musique n'est pas un objet sacr&#233; ou myst&#233;rieux, mais un simple &lt;i&gt;jeu&lt;/i&gt; tr&#232;s amusant, qui parfois conduit &#224; de bien jolies choses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#192; suivre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Valentin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://oumupo.org" class="spip_out"&gt;OuMuPo &#8212; site officiel&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ceci n'est pas un blog</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Ceci-n-est-pas-un-blog</link>
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		<dc:date>2012-02-07T21:33:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Eh bah oui, sinon &#231;a s'appellerait [Le Blog]. &lt;i&gt;Pas&lt;/i&gt; [Le Site]. Duh.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-GeekZone-" rel="directory"&gt;GeekZone&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Eh bah oui, sinon &#231;a s'appellerait [Le Blog]. &lt;i&gt;Pas&lt;/i&gt; [Le Site]. Duh.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors, voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'ai ouvert ce [Site] dans sa premi&#232;re version (ce devait &#234;tre fin 2004) &#8212; je ne lui ai toujours pas &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Un-nom-pour-Le-Site' class=&#034;spip_in&#034;&gt;trouv&#233;&lt;/a&gt; de nom depuis tout ce temps &#8212;, je ne compte pas le nombre de fois o&#249; des &#233;l&#232;ves (ou leurs parents) m'ont f&#233;licit&#233; pour &#034;mon blog&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus tard qu'&#224; l'instant, tenez, ma propre m&#232;re &lt;a href=&#034;http://oulipia.free.fr/index.php/post/2012/02/07/And-The-Winners-Are...&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vient&lt;/a&gt; de me d&#233;cerner son titre de &#034;blog pr&#233;f&#233;r&#233;&#034; (en quatri&#232;me position sur cinq, parce que quand m&#234;me, hein).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH177/liebster-blog1-2208d.jpg?1772317330' width='500' height='177' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai h&#233;las d&#251; d&#233;cliner, tout flatt&#233; que je puisse &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, tenez-vous bien, ceci n'est _pas_ un blog.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce&lt;/i&gt; qu'un blog, au fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition repose sur des principes techniques (les blogs sont en g&#233;n&#233;ral tenus par une personne unique, pr&#233;sent&#233;s en premier lieu sur une seule page par ordre chronologique inverse, autorisant les commentaires), sur des usages r&#233;currents (plateformes centralis&#233;es de type blogspot/overblog/etc., syst&#232;mes de gestions de contenu type Wordpress ou Dotclear), mais aussi et avant tout sur le type de discours qui s'y tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;blog&lt;/i&gt; est une apocope de &lt;i&gt;web log&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;log&lt;/i&gt; &#233;tant ici l'aph&#233;r&#232;se de &lt;i&gt;logbook&lt;/i&gt;, qui d&#233;signait le cahier du capitaine d'un navire &#224; voile au XVIe si&#232;cle, lorsque l'on jetait &#224; la mer des &lt;i&gt;logs&lt;/i&gt; (bouts de bois) pour rep&#233;rer le sens des courants. En d'autres termes, il s'agit premi&#232;rement d'un _journal_ personnel (journal &#034;extime&#034;, comme je l'expliquai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Au-fait-ils-font-quoi-les-jeunes-sur-le-Web' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ailleurs&lt;/a&gt;), construit comme un flux de billets progressant dans le temps et rarement modifi&#233;s apr&#232;s leur mise en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la dictature de l'instantan&#233;, de la r&#233;action &#224; chaud ou de l'humeur de l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterais que nommer, de fa&#231;on syst&#233;matique, &#034;blog&#034;, tout ce qui n'est pas &#034;site officiel&#034; (entendez : g&#233;r&#233; par une entreprise ou une institution), ne me semble pas sans effets pernicieux potentiels. C'est cr&#233;er une classification arbitraire en estimant que tout citoyen qui s'exprime en ligne &#8212; que nous ne d&#233;signerons plus qu'en tant que &lt;i&gt;blogueur&lt;/i&gt; &#8212; se trouve pris dans un ton, une &#233;criture, un &lt;i&gt;format&lt;/i&gt; bien particulier, qui se caract&#233;rise au premier chef par sa volatilit&#233;. De telles dichotomies purement sp&#233;cieuses, et potentiellement idoines &#224; toutes les r&#233;cup&#233;rations politiques, sont exactement ce contre quoi je lutte ici (j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Amateurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;abondamment&lt;/a&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pourfendu&lt;/a&gt; la distinction &#034;amateur/professionnel&#034;, dont le terme &lt;i&gt;blogueur&lt;/i&gt; n'est au fond qu'un nouvel avatar).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non qu'il n'existe pas de &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt; blogueurs, nombreux et parfois talentueux, qui font aujourd'hui merveille en mati&#232;re, par exemple, d'humour (les Lulz), de lancement d'alerte, de vigilance citoyenne et d'analyses politiques (je ne mets pas de liens, il y en aurait trop). &#192; tel point que ce ph&#233;nom&#232;ne doit conduire &#224; une n&#233;cessaire et urgente r&#233;&#233;valuation du m&#233;tier de journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si j'ai effectivement fini par me retrouver seul auteur de ce [Site] (&#224; quelques &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Contributions-diverses-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;invit&#233;s&lt;/a&gt; pr&#232;s, qu'il ne tient d'ailleurs qu'&#224; vous de rejoindre, amis lecteurs), il ne traite que tr&#232;s peu de sujets d'actualit&#233; ou de ma vie personnelle (sauf &#233;ventuellement &#224; titre de t&#233;moignage, &#224; l'occasion et notamment lorsque je pr&#233;sente mes &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Ecriture-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pi&#232;ces&lt;/a&gt;), comporte tout juste &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Textes-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;quelques&lt;/a&gt; textes fantaisistes, et quelques &#034;&lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Humeurs-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;billets d'humeur&lt;/a&gt;&#034; qui se veulent plut&#244;t le point de d&#233;part d'une r&#233;flexion &#233;labor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, [Le Site] est donc moins un &#034;journal&#034; qu'une mani&#232;re d'archive, peut-&#234;tre documentaire (et sans doute assez chiante, disons-le). J'essaye ici de me pr&#233;senter tel que je suis (ou aimerais &#234;tre) dans l'absolu, et non tel que je suis ou me sens &lt;i&gt;ici et maintenant&lt;/i&gt;, aujourd'hui ou hier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH177/liebster-blog1-2208d.jpg?1772317330' width='500' height='177' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais bon, &#231;a fait quand m&#234;me plaisir d'&#234;tre le &#034;blog&#034; (ou pas) &#034;pr&#233;f&#233;r&#233;&#034; (ou pas) de quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#251;t-ce sa propre maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Valentin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>09 - Les aphorismes de l'Oncle Antoine</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/09-Les-aphorismes-de-l-Oncle-Antoine</link>
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		<dc:date>2011-11-01T22:42:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Avec les &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Librologies&lt;/a&gt;, plongeons aujourd'hui dans le monde du peut-&#234;tre, des r&#234;ves et des visions : vie et &#339;uvre d'Antoine Moreau, fondateur de l'art Libre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Librologies-" rel="directory"&gt;Librologies&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie d'articles&lt;/a&gt; reprend et d&#233;veloppe quelques r&#233;flexions dont j'avais jet&#233; les bases lors d'une &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Le-Libriste-et-le-Pro' class=&#034;spip_in&#034;&gt;conf&#233;rence&lt;/a&gt; donn&#233;e en 2011 aux &lt;a href=&#034;http://rmll.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rencontres Mondiales du Logiciel Libre&lt;/a&gt; de Strasbourg, intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Libriste et le Pro : mythologies des pratiques culturelles Libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/24/librologie-antoine-moreau-copyleft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Antoine Moreau est artiste peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se &lt;a href=&#034;http://antoinemoreau.org/index.php?cat=cv&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sente-t-il&lt;/a&gt;, d'une fa&#231;on, nous le verrons, presque obsessionnelle. &#034;Artiste peut-&#234;tre&#034;, le mot peut amuser ou d&#233;concerter, mais int&#233;ressera tout particuli&#232;rement le Librologue assidu qui ne manque pas, nous l'avons vu, de raisons pour critiquer le mot &lt;i&gt;artiste&lt;/i&gt;, si souvent employ&#233; pour (d&#233;)limiter et d&#233;samorcer une certaine cat&#233;gorie sociale. Antoine Moreau, qui aime &#224; parler par citations, se &lt;a href=&#034;http://artlibre.org/archives/textes/507&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;f&#232;re&lt;/a&gt; d'ailleurs &#224; cette apostrophe de Gombrowicz : &#034;&lt;i&gt;Rejetez une fois pour toute le mot &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;art' et le mot&lt;/code&gt;artiste', [qui] vous&lt;/i&gt; culculise &lt;i&gt;et vous cause tant de soucis. Ne peut-on pas penser que chacun est plus ou moins artiste ?&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sympt&#244;me autant que p&#233;tition de principe, cette citation n'est pourtant qu'un reflet infid&#232;le de la d&#233;marche de Moreau : s'il est attentif au langage et &#224; la terminologie employ&#233;e (particuli&#232;rement &#224; l'&#233;tymologie des mots, comme nous le verrons), pour lui les mots sont &#034;l&#233;gers&#034; plut&#244;t que &lt;i&gt;lourds&lt;/i&gt; de sens. Ainsi se refuse-t-il &#224; exclure certains mots de son vocabulaire, comme le &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fait Richard Stallman&lt;/a&gt;. S'interdire des mots, ce serait s'interdire la po&#233;sie ; ce serait succomber &#224; une croyance (&#034;&lt;i&gt;croire en le langage qu'on parle, alors qu'on&lt;/i&gt; est parl&#233; par &lt;i&gt;le langage&lt;/i&gt;&#034;) ; ce serait se soumettre, enfin, &#224; une passion de pouvoir, violente et totalitaire. Partant, Moreau d&#233;crit le Libre non comme un discours ou une id&#233;ologie, mais comme une &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; profonde des &#034;r&#234;ves et des visions&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#034;r&#233;alit&#233;&#034;, donc, c'est celle de l'art Libre et du mouvement &lt;a href=&#034;http://artlibre.org/copyleft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Copyleft Attitude&lt;/a&gt; dont Antoine Moreau est l'initiateur et le commissaire informel, et autour duquel une poign&#233;e de personnes se r&#233;unit &lt;a href=&#034;http://wiki.artlibre.org/RencontresCopyleftAttitude&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaque mois&lt;/a&gt; aupr&#232;s d'une table de bistrot &#224; Paris. Cette d&#233;marche artistique a &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2007/04/09/Licence-Art-Libre-13-Antoine-Moreau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;formalis&#233;e&lt;/a&gt; &#224; travers la &lt;a href=&#034;http://artlibre.org/licence/lal&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Licence Art Libre&lt;/a&gt;, r&#233;dig&#233;e en 2000 et qui pr&#233;date donc les c&#233;l&#232;bres licences &lt;a href=&#034;http://creativecommons.org/about/history/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;. Il s'agit l&#224; d'un mouvement dont je me sens moi-m&#234;me proche, et qu'il m'arrive de fr&#233;quenter ; il m'est donc d'autant moins facile de porter un regard critique sur Antoine Moreau, envers qui je dois reconna&#238;tre un lien d'estime et d'affection.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L103xH125/copyleft2-487a2e53-d1a97.jpg?1772312181' width='103' height='125' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ici, &#224; toutes fins utiles, le principe du &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Copyleft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;copyleft&lt;/a&gt; (jeu de mot avec &lt;i&gt;copyright&lt;/i&gt;, et improprement traduit par &#034;gauche d'auteur&#034;). Le droit d'auteur traditionnel, celui qui s'applique par d&#233;faut, dispose que sur toute &#339;uvre de l'esprit &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; n'est autoris&#233;, sauf exception : on ne peut ni la voir, ni la reproduire, ni s'en inspirer pour r&#233;aliser une autre &#339;uvre. Le copyleft, au contraire, est un moyen pour l'auteur d'accorder d'office ces autorisations &#224; tout un chacun... &lt;i&gt;&#224; la condition&lt;/i&gt; que toute copie de l'&#339;uvre, ou toute &#339;uvre d&#233;riv&#233;e, soit &#224; son tour plac&#233;e sous &#034;copyleft&#034; et b&#233;n&#233;ficie ainsi des m&#234;mes permissions. Si le copyleft est donc, &#224; l'origine, de nature purement juridique, l'on comprend bien que ce choix n'est pas anodin : c'est sans doute ce que veut ici souligner le terme d'&#034;attitude&#034; &#8212; m&#234;me s'il sonne comme un &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x7p13d_la-positive-attitude_fun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;gimmick&lt;/i&gt; malheureux&lt;/a&gt;. Publier une &#339;uvre Libre serait donc davantage qu'une simple modalit&#233; : ce serait un choix pleinement int&#233;gr&#233; &#224; la d&#233;marche artistique, que celle-ci soit de cr&#233;ation, de re-cr&#233;ation ou m&#234;me... de &lt;i&gt;d&#233;cr&#233;ation&lt;/i&gt;, terme que Moreau emprunte &lt;a href=&#034;http://artlibre.org/?s=d%C3%A9cr%C3%A9ation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fr&#233;quemment&lt;/a&gt; &#224; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Weil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Simone Weil&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Moreau est d&#233;-cr&#233;ateur, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et son parcours, &#034;peut-&#234;tre&#034; artistique, se joue depuis une trentaine d'ann&#233;es &#8212; soit bien avant la formalisation du copyleft &#8212; le long de cette incertitude, oscillant entre cr&#233;ation et &lt;i&gt;invention&lt;/i&gt; (au sens latin de &#034;d&#233;couverte&#034;), questionnant la figure traditionnelle de l'auteur et son &lt;i&gt;autorit&#233;&lt;/i&gt; &#8212; l&#224; encore, au sens latin : &#034;ce qui fait que l'auteur &lt;i&gt;est auteur&lt;/i&gt;&#034;. Il th&#233;orisera tr&#232;s t&#244;t cette insatisfaction, comme en t&#233;moigne cet &lt;a href=&#034;http://antoinemoreau.org/index.php?cat=vi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien&lt;/a&gt; de 1987 : &#034;&lt;i&gt;J'essayais de peindre. Cela ne me satisfaisait pas. Plus j'allais, plus j'allais vers la destruction de la toile et des moyens de peindre. Je ne voulais cependant pas non plus nier ni la peinture ni l'image. [...] Il est tr&#232;s important pour moi d'&#233;viter le nihilisme avant-gardiste. [...] Je n'ai nullement l'intention d'assumer les positions de l'artiste romantique. Il ne s'agit en effet pour moi ni d'exprimer mon &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;moi' profond ni de d&#233;livrer je ne sais quel message. Le message passe &#224; travers moi.}&#034; &lt;doc550|right&gt;D&#232;s 1981, cette id&#233;e se concr&#233;tisera avec ses [{Vitagraphies}-&gt;http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=7&amp;expand=all]&lt;sup&gt;&#8482;&lt;/sup&gt;, qui consistent &#224; d&#233;poser une toile blanche sur le sol, en un [lieu public-&gt;http://antoinemoreau.org/index.php?cat=vitasmetro], pour y recueillir la trace des passants : &lt;quote&gt;Tout comme photographie signifie &#171; trace de lumi&#232;re &#187;, Vitagraphie veut dire &#171; trace de vie &#187;. C'est une image {acheiropo&#239;&#232;te}, c'est-&#224;-dire non faite de main d'homme, qui recueille ce qui se passe dans le temps et lieu de sa pose, avec le vivant qui d&#233;ambule &#224; la surface. Parmi les images non faites de main d'homme, la plus connue est s&#251;rement le [Suaire de Turin-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Suaire_de_Turin]. [...] Concr&#232;tement, une vitagraphie est une toile sp&#233;cialement pr&#233;par&#233;e que je pose sur le sol d'un lieu, pendant une dur&#233;e d&#233;termin&#233;e de 1 jour, 3 jours, 3 semaines ou 9 semaines, suivant la nature du lieu. Le passage des gens sur la toile fait appara&#238;tre le graphisme du sol, gr&#226;ce &#224; la mati&#232;re poussi&#232;re. C'est une trace du vivant pendant un temps et dans un espace donn&#233;. Une fois le temps de pose r&#233;alis&#233;, la vitagraphie est vernie, tendue sur ch&#226;ssis comme peinture. C'est une image qui se situe dans la tradition des Beaux-Arts, mais c'est une peinture sans peinture. Sans doute, une peinture d'apr&#232;s sa fin, une fin sans fin y compris sans peinture. &lt;doc547|center&gt; &#171; Vitagraphie &#187; est une marque d&#233;pos&#233;e [&#224; l'INPI en 1983, 1993 et 2010]. Il s'agissait, dans le cadre d'une exploitation commerciale, d'utiliser la vitagraphie comme &#171; test de d&#233;tection de la salet&#233; &#187; &#224; l'usage de soci&#233;t&#233;s de nettoyage. Un article paru dans &#171; Service 2000, le magazine du nettoyage industriel &#187; en mars 1984 fait &#233;tat de l'initiative prise en ce sens. [...] L'intention &#233;tait d'articuler l'art avec une fonction annexe utile et inversement, poser une fonction utilitaire et un art en cons&#233;quence. &lt;/quote&gt; Le terme {vitagraphie} avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; [employ&#233;-&gt;http://en.wikipedia.org/wiki/Vitagraph_Studios] pour d&#233;signer le cin&#233;ma lorsqu'il fut invent&#233;, et a &#233;t&#233; [&#233;galement-&gt;http://leandersukov.de/?page_id=6] utilis&#233; dans d'[autres-&gt;http://www.dmps.de/tools/vitagraphica,0.html] contextes, parfois [similaires-&gt;http://www.artmajeur.com/?go=artworks/display_mini_gallery&amp;login=claudehaegel&amp;mini_gallery_id=1340320]. Ce qui n'emp&#234;che pas Moreau de le reprendre &#224; son compte et d'en faire, dans tous les sens du terme, une {marque d&#233;pos&#233;e} -- astuce lexicologique qu'il semble toutefois avoir cess&#233; de mettre en avant ces derni&#232;res ann&#233;es : peut-&#234;tre depuis que quelqu'un lui a jou&#233; un tour en [d&#233;posant le mot {copyleft}-&gt;http://listes.artlibre.org/copyleft_attitude/1999/msg00303.html] ? Du nettoyage industriel en tant que d&#233;marche artistique : ainsi retrouvons-nous cette question de l'{utilit&#233;} que nous avions [d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e-&gt;article196], et &#224; laquelle Moreau propose ici une r&#233;ponse inattendue. Certes, l'aspect final d'une {Vitagraphie}&lt;sup&gt;&#8482;&lt;/sup&gt; est, en g&#233;n&#233;ral (c'est-&#224;-dire &#224; moins d'un accident providentiel), pr&#233;visible quoique non d&#233;nu&#233; d'&#233;l&#233;gance : une empreinte du sol, de couleur gris&#226;tre. Mais l'essentiel, et nous verrons que c'est une constante dans l'&#339;uvre de Moreau, r&#233;side probablement moins dans son incarnation effective que dans l'id&#233;e qui y a pr&#233;sid&#233; : en l'occurrence, celle qui, renversant les r&#244;les, fait du passant un peintre, et du peintre le simple &#034;r&#233;v&#233;lateur&#034; du pi&#233;tinement passager, soudain devenu geste artistique. L'id&#233;e [prime-&gt;http://m2bde.u-paris10.fr/content/droit-d%E2%80%99auteur-copyright-et-art-conceptuel-par-caroline-rawski] sur la r&#233;alisation : m&#234;me s'il ne se d&#233;crit pas ainsi, Antoine Moreau est un artiste [conceptuel-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_conceptuel]. Enfin, peut-&#234;tre. &lt;doc544|center&gt; De ces {Vitagraphies}&lt;sup&gt;&#8482;&lt;/sup&gt;, il dira &#233;galement (dans cet entretien de 1987 d&#233;j&#224; cit&#233;) : &#034;{C'est toujours comme un miracle. Je crois qu'il me serait impossible de ne pas r&#233;ussir une toile. Plus elle est pi&#233;tin&#233;e, plus elle est saccag&#233;e, plus elle sera r&#233;ussie.}&#034; Ce mot de {saccage}, Moreau ne l'emploiera plus gu&#232;re, et pourtant j'imagine qu'il ne lui d&#233;plairait pas, comme &#224; son habitude, d'en distinguer deux sens possibles : celui de &#034;bouleversement et d&#233;gradation&#034;, mais aussi de &#034;pillage des richesses cr&#233;&#233;es par autrui&#034;. C'est en effet une constante chez Antoine Moreau que de chercher &#224; {r&#233;v&#233;ler} (comme l'on r&#233;v&#232;le une photographie) l'&#339;uvre d'autrui -- de pr&#233;f&#233;rence le premier venu. Ainsi, une de ses activit&#233;s consiste &#224; parcourir les brocantes pour y collecter, selon ses dires, des &#034;cro&#251;tes&#034; (de vieux tableaux pompiers sans int&#233;r&#234;t historique ou artistique), puis &#224; les &#034;saccager&#034; m&#233;thodiquement, leur donner par exemple les s&#233;quelles du temps, et constater combien ils en gagnent de force et de beaut&#233;. &#034;{C'est parce que je les ruine}, dit-il, {que je les sauve de la ruine}.&#034; Plus radicales et surprenantes encore, ses {Peintures recouvertes}, telle cette toile qu'il recouvre enti&#232;rement, 365 fois par an. Ou encore &#034;sa&#034; {Peinture de peintres} : &#224; partir de 1985, Moreau invite plusieurs artistes-peintres successifs (une trentaine au dernier recensement, dont certains ont pignon sur rue) &#224; peindre une nouvelle &#339;uvre, successivement, toujours sur une m&#234;me toile. Seule une [photographie-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=peintpeint] t&#233;moignera de cette &#339;uvre, avant qu'elle soit recouverte par la suivante. Au contraire de la figure traditionnelle de l'Artiste, la d&#233;marche d'Antoine Moreau est donc d'attirer l'attention sur la valeur -- potentiellement -- artistique de (tout ?) ce qui n'est {pas} produit par lui. Un autre projet, initi&#233; en 1982, en t&#233;moigne : les &#034;feuilles &#224; dessiner&#034; que Moreau distribue &#224; tout un chacun, en proposant d'y dessiner ou d'y inscrire ce que l'on voudra -- quand il ne les abandonne pas, simplement, dans un lieu quelconque. C'est l'aboutissement de ce renouveau de la pens&#233;e de l'art qu'&#233;voquait plus haut Gombrowicz, dans une soci&#233;t&#233; o&#249;, de fait, {tout le monde est artiste} -- au moins &#034;peut-&#234;tre&#034;. Cette initiative se prolongera &#224; la fin des ann&#233;es 1990 avec ses [{Expositions Mode d'Emploi}-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=expositions], puis prendra un [nouvel essor-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=dessin] au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, lorsque ces feuilles &#224; dessiner distribu&#233;es par Moreau deviendront &#233;galement autant d'invitations &#224; penser et concr&#233;tiser la notion de copyleft. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980, Moreau a donc pos&#233; clairement les th&#233;matiques et {concepts} autour desquels se construira son &#339;uvre, dans une filiation que l'on pourrait faire remonter aux pr&#233;misses de l'art dit &#034;contemporain&#034; et par exemple &#224; [Marcel Duchamp-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Duchamp]. Au motif du &#034;saccage&#034; que nous &#233;voquions plus haut, s'ajoute celui de l'{abandon} (Moreau ne manquerait pas de remarquer que, par co&#239;ncidence, dans &#034;abandonner&#034; il y a &#034;donner&#034;) : selon ses dires, Moreau se plait &#224; diss&#233;miner et dissimuler des peintures un peu partout, en pleine nature ou [chez-&gt;http://web.archive.org/web/19981205142248/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/peintcach.html] des connaissances ; il se [raconte-&gt;http://antomoro.free.fr/pict/pictbio/netcyberguide.gif] m&#234;me -- je ne saurais en attester -- qu'il aurait jet&#233; quelques &#339;uvres &#224; la Seine, le jour m&#234;me de leur vernissage... C'est &#224; partir de 1993, alors que le mot {interactivit&#233;} ne fait pas encore fureur, qu'Antoine Moreau entreprend ses premi&#232;res [{sculptures confi&#233;es}-&gt;http://antomoro.free.fr/sc/scconf.html]. &#034;{Je [confie-&gt;http://henrikaufman.typepad.com/eclectihklog/2010/07/festival-apart-les-sculptures-confi%C3%A9es-dantoine-moreau.html] une sculpture &#224; quelqu'un en lui demandant de la confier &#233;galement &#224; quelqu'un d'autre, qui la confiera aussi etc. Je demande aussi &#224; ce qu'on m'&#233;crive pour recueillir les informations concernant la circulation de l'objet}.&#034; Dans ce contexte de libre circulation et de transfert, pourrait-on dire, de {pair &#224; pair}, l'&#233;mergence du Web et du courrier &#233;lectronique viendra &#224; point nomm&#233;. C'est en 1995 que Moreau plonge dans le r&#233;seau Internet ; il ouvrira bient&#244;t son site personnel, [intitul&#233;-&gt;http://web.archive.org/web/19990219192922/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/menu.html] _ &lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;code&gt;',',',',',',',Antoine Moreau peut-&#234;tre un artiste,',',',',',',',',',&lt;/code&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt; _ puis, plus tard, [simplement-&gt;http://antomoro.free.fr/] &#034;{Antoine Moreau peut-&#234;tre}&#034;. De 1996 &#224; 1998, y tient &#034;&#224; br&#251;le-pourpoint&#034; un journal d'humeur, blog avant la lettre qui ressemble [peu-&gt;http://web.archive.org/web/19981202103232/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/] &#224; ce que l'on conna&#238;t aujourd'hui de lui : &lt;quote&gt;&lt;small&gt;Le jeudi 16 Novembre 1998&lt;/small&gt; _ Les projets artistiques comme les projets politiques sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec. Il n'y a pas de politique de l'art qui vaille. La politique tout court d&#233;j&#224; ne vaut pas grand chose dans ses desseins. Son trait est lourd et sanglant. L'art n'est pas un projet, c'est un fait accompli et qui s'&#233;panouit sans perspective. Son trait est l&#233;ger et amoureux _ Aujourd'hui, ce qui fait monde, c'est l'organique du monde, une seconde nature. &lt;small&gt;Le dimanche 08 Novembre 1998&lt;/small&gt; _ Apr&#232;s l'illusion de la perspective, nous nous laissons s&#233;duire par l'ilusion [{sic}] sans aucune perspective que celle de notre propre illusion, notre propre captation dans un cul de sac qui nous met la t&#234;te dans le cul, dans le guidon, dans le sac &#224; puces. _ Nous allons vivre dans cette repr&#233;sentation de nos r&#234;ves d'ailleurs et ce sera un cauchemard [{sic}] d'ici bas, une r&#233;alit&#233; tronqu&#233;e, un r&#233;el enfermement. _ L'Internet est en train de devenir une vaste prison anim&#233;e par des matons marchands qui font le march&#233; mondial et la marche forc&#233;e vers la techno-surveillance punitive, la techno-performance dop&#233;e, la techno des cr&#233;tins fachos, toujours ce m&#234;me mouvement de masse hyst&#233;rique, ce m&#234;me coup de massue dans le visage. &lt;small&gt;Le samedi 07 Novembre 1998&lt;/small&gt; _ Quand on fait la promotion d'un produit c'est qu'il est d&#233;j&#224; vendu, d&#233;valoris&#233;, corrompu par sa publicit&#233;, son spectacle. Sur le trottoir qu'il est, &#224; c&#244;t&#233;, juste &#224; c&#244;t&#233; de la poubelle. &lt;/quote&gt; Il y convie aussi son public &#224; le contacter, par exemple pour l'informer du devenir de ses &#034;sculptures confi&#233;es&#034;, lui commander des sculptures ou m&#234;me [remplir-&gt;http://web.archive.org/web/19990218121817/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/expo/expo.html] l'[&#233;quivalent-&gt;http://antomoro.free.fr/pict/pictbio/encore.gif] virtuel de ses &#034;feuilles &#224; dessiner&#034; -- on n'ose imaginer ce qu'il aurait pens&#233;, &#224; l'&#233;poque, en d&#233;couvrant [ceci-&gt;http://www.epicexquisitecorpse.com/], [ceci-&gt;http://www.milliondollarhomepage.com/] ou [ceci-&gt;http://webcanvas.com/] ([pour-&gt;http://www.museumofneverendingart.com/] [ne-&gt;http://bomomo.com/] [rien-&gt;http://draw.2x.io/] [dire-&gt;http://weavesilk.com/] [de-&gt;http://draw.to/new] [nombreux-&gt;http://www.twiddla.com/1] [autres-&gt;http://mrdoob.com/projects/multiuserpad/]... et qui sait ce que nous [r&#233;serve l'avenir-&gt;http://abcnews.go.com/Health/MindMoodNews/scientists-youtube-videos-mind/story?id=14573442]). De plus, Moreau ne tardera pas &#224; s'emparer du HTML comme outil cr&#233;atif, et se livrera &#224; de nombreuses exp&#233;riences artistiques ou fac&#233;tieuses -- quoique parfois, h&#233;las, tr&#232;s dat&#233;es : texte [noir sur fond noir-&gt;http://web.archive.org/web/20000818164938/http://antomoro.free.fr/bio.html] ou &#224; [double lecture-&gt;http://web.archive.org/web/19990417091220/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/peintd%27AM.html], jeux de [survol-&gt;http://web.archive.org/web/19990218073112/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/danse.html], litt&#233;rature [potentielle-&gt;http://web.archive.org/web/19990218061920/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/chocolat.html], et autres curiosit&#233;s telles cet [alphabet d&#233;filant-&gt;http://antomoro.free.fr/alpha/zenith/zenith.html] ou encore ce [{Labywikirinthe}-&gt;http://antomoro.free.fr/artlal/labywikirinthe/2/3.html]... Un exemple de cette d&#233;marche est [{On se comprend}-&gt;http://antoinemoreau.info/on_se_comprend/], r&#233;alis&#233;e en 1996 (&#224; l'invitation du Centre International de Cr&#233;ation Vid&#233;o) et faite de huit frames (compatible Netscape&lt;sup&gt;&#174;&lt;/sup&gt; 2.0), qui [donnera-&gt;http://antoinemoreau.info/on_se_comprend/rxns.html] [lieu-&gt;http://antoinemoreau.info/on_se_comprend/journal.html] &#224; quelques [gloses-&gt;http://antomoro.free.fr/bio/Celik/celik.html] ou [paral&#233;gom&#232;nes-&gt;http://antomoro.free.fr/toujours/page0.html] et [&#339;uvres-&gt;http://www.daltex-lab.com/analogic-pixel_session01/nature_morte/index.htm] [d&#233;riv&#233;es-&gt;http://www.crob.ch/art/trans-fair/index.htm]. &lt;doc545|right&gt;Cette app&#233;tence pour les techniques modernes ne se d&#233;mentira pas par la suite : on trouvera ainsi dans l'&#339;uvre de Moreau, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, cet [autre wiki-&gt;http://antomoro.free.fr/artlal/txtlal/histoires/], ce [carr&#233; magique-&gt;http://web.archive.org/web/20030614205103/http://antomoro.free.fr/expos/copysession/copysession.html], ce [prisme multicolore-&gt;http://antomoro.free.fr/artlal/arbitraire/prisme.html] ou ce [dialogue interactif-&gt;http://web.archive.org/web/20040526222425/http://antomoro.free.fr/artlal/vivalavita/index.php], puis plus tard, des [code-barres en deux dimensions-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=code], et de nombreuses vid&#233;os sur [dailymotion-&gt;http://www.dailymotion.com/user/antomoro] ou [vimeo-&gt;http://vimeo.com/antoinemoreau] (reposant souvent sur des proc&#233;d&#233;s de juxtaposition ou d&#233;rivation). &#192; l'intitul&#233; &#034;Antoine Moreau peut-&#234;tre&#034;, son [site actuel-&gt;http://www.antoinemoreau.org/] a substitu&#233; le doux nom de {{Nagbvar Zbernh crhg-&#234;ger}} ; Moreau y [exprime-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=finger], de fa&#231;on [r&#233;p&#233;t&#233;e-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=peint], son go&#251;t pour l'ind&#233;chiffrable, ainsi que sur son [microblog-&gt;http://identi.ca/antoinemoreau] o&#249; il poste, de loin en loin, des messages cryptiques toujours inattendus. Existe-t-il autant de messages cach&#233;s derri&#232;re ces [cryptolectes-&gt;http://identi.ca/conversation/24481896] ? Je ne saurais le dire ; mon instinct serait plut&#244;t d'y voir une mystification dans la veine du [Manuscrit de Voynich-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuscrit_de_Voynich], une supercherie fac&#233;tieuse qui t&#233;moigne aussi du regard que porte Moreau sur l'Internet : l&#224; o&#249; beaucoup ont voulu y voir un espoir de facilitation d'acc&#232;s &#224; l'information, de clarification du monde connu, Antoine Moreau semble insister -- non sans justesse -- sur le regain de bruit et de flou qui s'est ouvert en ce nouvel espace, qu'il prend tout entier, nous le verrons, comme terrain pour un jeu de piste imaginaire. Au &#034;gazouillis&#034; ({tweet}) ininterrompu du Net, Moreau oppose une &#233;ructation compulsive et absconse. Nagbvar Zbernh crhg-&#234;ger ! C'est au-del&#224; de son site Web, cependant, que se jouera la r&#233;alisation primordiale des &#034;r&#234;ves et visions&#034; d'Antoine Moreau : plus sp&#233;cifiquement, sur [Usenet-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Usenet] o&#249; se [cr&#233;e-&gt;http://web.archive.org/web/19981205023632/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/fr.rec.arts.plastiques.html] en 1996 le [groupe-&gt;http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.plastiques/topics] &lt;code&gt;fr.rec.arts.plastiques&lt;/code&gt;, qui s'accompagnera d'une flop&#233;e de [listes de discussion-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_diffusion]. Les &lt;code&gt;frap&lt;/code&gt;istes, ainsi qu'il convient de les appeler, sont alors &#224; la pointe de la r&#233;flexion en mati&#232;re de progr&#232;s informatique, de nouveaut&#233; artistique... et d'&#233;thique du droit d'auteur : on mentionnera notamment [Le Li&#232;vre de Mars-&gt;http://www.le-terrier.net/lestextes/lldm/indexboite.htm], dont l'&#339;uvre [polygraphe-&gt;http://www.le-terrier.net/index/auteurs/lldemars.htm] est vari&#233;e, abondante et souvent m&#234;me plus int&#233;ressante, &#224; mon sens, que les travaux de Moreau dont je regrette parfois la d&#233;marche syst&#233;matique et conceptuelle, l'aspect froid et le manque de souffle lyrique -- mais sans doute touch&#233;-je ici &#224; mes propres limites bourgeoises. (Pour ne rien dire d'autres critiques dans le milieu de l'art contemporain l&#233;gitim&#233;, qui voient depuis trente ans Moreau comme un imposteur-agitateur dont la d&#233;marche se r&#233;sume &#224; une pure provocation sans profondeur ni sinc&#233;rit&#233;. &#192; toutes ces personnes, je recommande de lire la th&#232;se d'Antoine, dont nous reparlerons plus bas.) Cette p&#233;riode est &#233;galement celle o&#249; &#233;closent en France de nombreux mouvements embryonnaires autour du logiciel Libre et de la citoyennet&#233; sur Internet : [April-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/April_%28association%29], Parinux, BabelWeb, Freescape... Effervescence dont Antoine Moreau fr&#233;quente pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'universit&#233; de Saint-Denis, un des &#233;picentres, et dont il se liera bient&#244;t avec quelques acteurs majeurs (Fr&#233;d&#233;ric Couchet, Charlie Nestel, Tanguy Morlier ou J&#233;r&#233;mie Zimmermann pour ne citer qu'eux), avant de d&#233;couvrir Richard Stallman lui-m&#234;me lors d'une conf&#233;rence en 1999. La convergence entre le logiciel Libre et la &#034;qu&#234;te d'auteurs&#034; d'Antoine Moreau est presque une &#233;vidence, comme il le montrera &#224; cette &#233;poque en [traduisant-&gt;http://web.archive.org/web/20000418193252/http://antomoro.free.fr/artiste.html] le c&#233;l&#232;bre [texte-&gt;http://catb.org/~esr/faqs/hacker-howto.html] de Eric S. Raymond {How To Become A Hacker}, devenu pour l'occasion {Comment devenir artiste}. C'est &#233;galement de cette convergence que na&#238;tra, fin 1999, la liste [Copyleft Attitude-&gt;http://artlibre.org/copyleft/listes], tr&#232;s t&#244;t [h&#233;berg&#233;e-&gt;http://listes.april.org/wws/arc/copyleft_attitude/2000-04/msg00003.html] par April, et o&#249; se joueront les travaux de formalisation aboutissant rapidement &#224; la Licence Art Libre que nous &#233;voquions ci-dessus. Cette liste est encore aujourd'hui -- le groupe &lt;code&gt;frap&lt;/code&gt; ayant perdu de sa vivacit&#233; -- le principal lieu d'existence de ce que l'on pourrait appeler la &#034;[communaut&#233; Art Libre-&gt;http://artlibre.org/]&#034;. Autant le dire : la [Licence Art Libre-&gt;http://artlibre.org/licence/lal] est sans aucun doute l'une des plus grandes r&#233;ussites du mouvement Libre &#224; ce jour. Ais&#233;ment applicable &#224; toutes sortes d'&#339;uvres de l'esprit et dans tous pays, elle fait intervenir quelques trouvailles originales : ainsi, seules les {copies} de l'&#339;uvre sont licenci&#233;es, ce qui peut surprendre dans un contexte purement immat&#233;riel mais non dans le domaine des arts graphiques physiques. Concise, claire, coh&#233;rente, &#233;l&#233;gante, elle a tous les avantages qui manqueront cruellement aux licences [Creative Commons-&gt;http://fr.creativecommons.org/] r&#233;dig&#233;es peu de temps apr&#232;s aux &#201;tats-Unis, dans un hasardeux m&#233;lange de Libre et non-libre, copyleft et non-copyleft, d'ambig&#252;it&#233;s juridiques et de mauvais go&#251;t intellectuel. Ce sont pourtant ces derni&#232;res qui se feront conna&#238;tre, venant &#224; point nomm&#233; dans un contexte mondial largement am&#233;ricano-centr&#233;, et disposant d'une infrastructure centralis&#233;e jusqu'&#224; l'imp&#233;rialisme (la Creative Commons Foundation, dont le budget annuel se chiffre en dizaines de millions de dollars), avec l'appui de grandes entreprises et un sens &#233;vident du marketing. La Licence Art Libre, toutefois, a tr&#232;s t&#244;t acquis une [int&#233;grit&#233;-&gt;http://web.archive.org/web/20000818164616/http://www.liberation.com/multi/actu/sem20000117/0121pistes.html] et une l&#233;gitimit&#233; indiscutables : elle est m&#234;me [recommand&#233;e-&gt;http://www.gnu.org/licenses/licenses.html] par le projet GNU. &lt;doc548|left&gt;&#192; partir de 1999, l'activit&#233; d'Antoine Moreau prend donc la forme d'une &#034;d&#233;fense et illustration&#034; du copyleft. Ses &#233;crits en t&#233;moignent, &#224; commencer par ses contributions aux listes de discussion : apr&#232;s des [d&#233;buts-&gt;http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.plastiques/browse_thread/thread/652e7df2cd0999ab] [modestes-&gt;http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.plastiques/browse_thread/thread/185c5b2a1216ebf0], il ne [tarde pas-&gt;http://groups.google.com/group/soc.culture.french/browse_thread/thread/e23978107ff3b9f6/436e4a4e0583a7e0#436e4a4e0583a7e0] &#224; trouver un [ton-&gt;http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.plastiques/browse_thread/thread/7c8f422f09695f50/e50920c6e81613ea#e0bcf9d68c8e7008] -- beaucoup plus lisse que dans ses &#034;br&#251;le-pourpoints&#034; cit&#233;s plus haut, et sur lequel nous allons revenir -- et une [place-&gt;http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.plastiques/browse_thread/thread/370ce83cec726f52/f75d1f2367b60910#5a3bafa5266dc2e7] &#224; part enti&#232;re, [trolls-&gt;http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.plastiques/browse_thread/thread/727a444661b54de2/0fe5153fb7e429d7] compris. Sur son site, il th&#233;orise &#233;galement -- non sans humour -- l'av&#232;nement d'un [art virtuel-&gt;http://web.archive.org/web/20021019092259/http://antomoro.free.fr/virtuel.html] et de son [commerce-&gt;http://web.archive.org/web/20020806065101/http://antomoro.free.fr/oeuvre.html]. &#192; ces premi&#232;res &#233;bauches s'ajouteront vite d'autres [textes-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=txtcopy] plus s&#233;rieux, souvent r&#233;dig&#233;s pour des colloques ou revues, et dont nous ne citerons ici que quelques titres : - {De la distinction entre l'objet d'art et l'objet de l'art, du net-art et de l'art du net. (Pour une pratique du r&#233;seau en intelligence avec ses acteurs. Rien n'a lieu que le lieu et je est un autre.)} - {Copyleft Attitude : une communaut&#233; inavouable ?} - {La cr&#233;ation artistique ne vaut rien.} - {La mise en place d'une mythologie de l'immat&#233;riel ou l'art de fictionner.} - {L'activit&#233; op&#233;ratoire, du Livre &#224; l'internet. Une livraison.} - {Il n'y a que faille qui vaille.} - {L'art de rien mine de tout.} - {Le copyleft, la topie tournante de l'auteur.} - {L'autre de l'auteur.} - {Rendu &#224; discr&#233;tion. Ce que fait le copyleft &#224; l'autorit&#233; tonitruante de l'auteur.} &#192; ce stade, le lecteur attentif (en esp&#233;rant qu'il le soit encore) commencera peut-&#234;tre &#224; percevoir une constante stylistique et esth&#233;tique chez Antoine Moreau : sa jonglerie incessante et vertigineuse avec les mots. Des mots dont nous avons vu que Moreau revendique la {l&#233;g&#232;ret&#233;}, comme une imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; de trouver de la po&#233;sie en toute chose, en toute phrase -- phrase qui, justement, devient dans le discours d'Antoine Moreau l'unit&#233; structurelle, non pas de sens, mais d'accomplissement formel. Le mot se fait jeu, la phrase se fait formule : Antoine Moreau parle par [aphorismes-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Aphorisme]. &#034;{Le} po&#233;tique {et le} politique {sont les deux jambes d'un m&#234;me corps}.&#034; &#034;{Il faut d&#233;voiler le} Rien {du} Tout.&#034; &#034;{Une &#339;uvre est &#339;uvre parce qu'elle est} &#224; l'&#339;uvre.&#034; &#034;{L'art Libre est d'abord libre de sa preuve}.&#034; &#034;{De m&#234;me que le silence est d'or, il se peut que le public soit d'}art.&#034; &#034;{Il faut entendre le possible comme l'}Un-possible{, l'impossible unique possible.}&#034; &#034;{L'art Libre est une op&#233;ration d'}hacker ouvert.&#034; &#034;{L'art est ce qui n'en a pas l'}air.&#034; &#034;{Parlant, nous sommes} parl&#233;s. {Croyant faire, nous sommes} faits.&#034; &#034;{Le copyleft n'est par} pur {; le copyleft est} pour.&#034; &#034;{Libre n'est pas gratuit : Libre est} gracieux.&#034; Ces deux derniers exemples, en particulier, mettent en &#233;vidence une construction classique mais efficace : exposer d'abord un terme, puis lui substituer un autre en fin de phrase, cr&#233;ant ainsi le jeu de mot ou plus exactement la {chute}. On est alors moins dans la phrase d&#233;clarative que dans le {slogan}, et il n'est peut-&#234;tre pas anodin de noter que le gagne-pain d'Antoine Moreau a souvent &#233;t&#233; de travailler dans les milieux publicitaires. Ce type d'aphorisme court et percutant est ce que l'on nomme, en anglais, un [{one-liner}-&gt;http://en.wikipedia.org/wiki/One-line_joke] ; tr&#232;s [appr&#233;ci&#233;-&gt;http://www.youtube.com/watch?v=mznsEcZlM2I] des sc&#233;naristes hollywoodiens, le proc&#233;d&#233; est [entr&#233;-&gt;http://knowyourmeme.com/memes/csi-4-pane-comics] au panth&#233;on des [{memes}-&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me_Internet] au d&#233;but du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle... panth&#233;on o&#249; je ne peux que souhaiter &#224; Moreau de recevoir un jour la [place-&gt;http://identi.ca/tag/moreauquotes] qui lui revient de droit. &lt;center&gt;&lt;div style=&#034;width:550px;height:597px;background:transparent url(http://valentin.villenave.net/IMG/jpg/csi_moreau.jpg) no-repeat;overflow:visible;position:relative;&#034;&gt;&lt;div style=&#034;width:100%;height:100%;position:absolute;background:transparent url(http://valentin.villenave.net/IMG/png/csi_moreau_overlay.png);overflow:visible;&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/center&gt; Certes, Antoine Moreau n'est pas le premier (ni le dernier) &#224; se livrer &#224; ce type d'exercice (je note ainsi, dans une [conf&#233;rence-&gt;http://www.framablog.org/index.php/post/2010/04/23/stiegler-socrate-hackers] de l'excellent Bernard Stiegler : &#034;{une vie sans} savoir... [mettez vos ray-ban] {... c'est une vie sans} saveur&#034; -- yeeaaaaah). Cependant je suis toujours frapp&#233; de voir combien chez Moreau le go&#251;t de la formule en vient &#224; contaminer la totalit&#233; du discours, transformant le raisonnement m&#234;me en un tourbillon verbal &#233;tourdissant, envo&#251;tant... ou incroyablement frustrant. Ses [&#233;crits-&gt;http://antoinemoreau.org/index.php?cat=txtcopy], ainsi imbib&#233;s de ce style tr&#232;s particulier, sont des objets d&#233;routants, souvent po&#233;tiques, parfois beaux et attachants, et quelquefois, avouons-le, assez herm&#233;tiques. Son [m&#233;moire de DEA-&gt;http://antomoro.free.fr/left/dea/DEA_copyleft.html], dat&#233; de 2005, en est peut-&#234;tre l'exemple le plus parlant : pr&#232;s de &lt;code&gt;200&lt;/code&gt; pages de formules, d'astuces verbales et de citations souvent fort longues, dont l'int&#233;r&#234;t n'est parfois gu&#232;re qu'anecdotique. &lt;doc546|center&gt; On ne saurait, fort heureusement, en dire autant de sa [th&#232;se de doctorat-&gt;http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=these] r&#233;cemment parue, et qui lui a valu en juin 2011 une {mention tr&#232;s honorable} et les f&#233;licitations du jury, toutes deux largement m&#233;rit&#233;es. Objet certes d&#233;routant, qui &#233;volue -- de fa&#231;on peu clairement d&#233;finie, &#224; tel point qu'elle a probablement n&#233;cessit&#233; une souplesse peu commune de la part des instances universitaires -- entre la philosophie de l'art et la &#034;science informatique&#034;, cette somme de &lt;code&gt;800&lt;/code&gt; pages (prochainement disponible chez [Framabook-&gt;http://www.framabook.org/]) restera tr&#232;s certainement comme un ouvrage de r&#233;f&#233;rence. Pour le dire plus clairement : il {{faut}} lire la th&#232;se d'Antoine Moreau ; c'est un ouvrage remarquablement complet et approfondi, parfaitement lisible et intelligible, exigeant et intelligent, d'une &#233;l&#233;gance certaine et d'une int&#233;grit&#233; intellectuelle sans faille. Non pas que je partage en tout point les analyses et rapprochements pr&#233;sent&#233;s dans cet ouvrage. &#192; commencer par son &#233;rudition m&#234;me, &#224; laquelle je ne saurais pr&#233;tendre et qui le conduit parfois &#224; des juxtapositions inattendues quoique rarement contestables. La divergence la plus profonde, peut-&#234;tre, concerne ce que je qualifierai d'{id&#233;ologie de la transcendance} ou du &#034;transpercement&#034;, terme plus fr&#233;quemment employ&#233;. Cette th&#233;matique sous-tend le raisonnement de Moreau -- j'irai m&#234;me jusque &#224; dire, sa {foi} : s'il se d&#233;crit comme &#034;incroyant&#034;, il se r&#233;f&#232;re fr&#233;quemment &#224; une mythologie chr&#233;tienne (la l&#233;gende de Sainte-V&#233;ronique que nous citions plus haut) et surtout &#224; des auteurs d&#233;istes, anciens (Denys l'Ar&#233;opagite, La Bo&#233;tie, Pascal) ou modernes (Simone Weil, Michel Henry, Michel de Certeau) ; de l&#224; &#224; d&#233;crire le [Libre comme religion-&gt;http://www.framablog.org/index.php/post/2007/03/07/Le-libre-est-une-religion-art9libre], il n'y a qu'un pas que, pour ma part, je me refuse &#224; franchir. Autre dissension de fond, la critique que Moreau fait de Stallman (que nous &#233;voquions en d&#233;but d'article) et en particulier de sa volont&#233; de r&#233;gir le langage, que Moreau juge &#034;totalitaire&#034;. Il pourrait bien ne s'agir ici que d'une question de forme : comme je l'ai [expliqu&#233;-&gt;article190], l'intransigeance de &lt;code&gt;rms&lt;/code&gt; sur les questions terminologiques est autant &#224; mettre au compte de la rugosit&#233; de son caract&#232;re que de l'inculture notoire et navrante d'une large part de son public ; si Stallman savait pouvoir compter sur l'intelligence des {geeks} Libristes pour utiliser les mots avec discernement, je doute qu'il persisterait &#224; vouloir les bannir. Cependant cette divergence est aussi l'indice d'un d&#233;saccord de fond, puisque Moreau se refuse &#224; consid&#233;rer le mouvement Libre comme une id&#233;ologie -- concept qu'il juge &#034;mortif&#232;re&#034;, pr&#233;f&#233;rant voir dans le copyleft une &#034;r&#233;alit&#233;&#034; profonde qui {transcende}, nous y revoil&#224;, les personnes et les &#233;poques. Cette position donne lieu chez lui &#224; un refus [j&#233;suitique-&gt;http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_de_cour] de la confrontation id&#233;ologique, voire de l'affrontement quel qu'il soit ; bien plus, Moreau peut faire montre d'une propension exasp&#233;rante &#224; d&#233;samorcer les positions id&#233;ologiques du mouvement Libre, par exemple en mati&#232;re d'anti-capitalisme (il s'emploie ainsi &#224; r&#233;habiliter des mots tels que &#034;commerce&#034; ou &#034;consommateur&#034;). Cette posture de neutralit&#233; bienveillante sera d'autant plus aga&#231;ante pour le militant Libriste que le copyleft dont se revendique Moreau a, d&#232;s son origine, &#233;t&#233; pens&#233; comme une {arme} dans un contexte de {lutte} pour la libert&#233; des citoyens, utilisateurs et d&#233;veloppeurs. Au-del&#224; du mouvement Libre, et comme l'a justement remarqu&#233; &lt;code&gt;rms&lt;/code&gt;, les champs de combat pour les droits de l'Homme ou les valeurs citoyennes ne manquent pas autour de nous -- r&#233;digeant cet article tout juste cinquante ans apr&#232;s un [massacre raciste-&gt;http://www.ldh-france.org/Reconnaitre-le-crime-d-Etat-du-17] perp&#233;tr&#233; au nom de l'&#201;tat fran&#231;ais, je ne peux m'emp&#234;cher de me sentir mal &#224; l'aise lorsqu'il est question de jeter quoi que ce soit dans la Seine... &#201;tant artiste peut-&#234;tre, mais surtout d&#233;tenteur d'une parole publique, il me semble impossible (ou en tout cas malvenu) de se d&#233;rober &#224; cette responsabilit&#233; partag&#233;e &#224; laquelle l'on est, pour reprendre le mot de Sartre, condamn&#233;. Ainsi, je ne saurais &#234;tre plus en d&#233;saccord avec Moreau que lorsqu'il m'explique que &#034; [sa] {pratique de l'art} [lui] { interdit de tenir un discours politique : ce ne serait qu'ob&#233;ir &#224; la pression sociale}&#034;... et je ne peux qu'avouer mon incompr&#233;hension lorsqu'il exprime sa confiance (sa foi ?) en l'art : &#034;{Il faut affirmer le fait d'art, et son incidence sur la soci&#233;t&#233;. L'art est la politique de la politique.}&#034; La lecture qu'il fait de Marx, &#224; ce titre, est profond&#233;ment diff&#233;rente de tous les courants &#034;marxistes&#034;, &#034;marxiens&#034; ou &#034;post-marxistes&#034;, dont on conna&#238;t pourtant la grande diversit&#233; (sinon parfois l'incoh&#233;rence). Il rejette notamment Guy Debord, mais aussi Pierre Bourdieu qu'il voit comme... un &#034;d&#233;voiement&#034; de la pens&#233;e de Marx ! Fortement inspir&#233; par Michel Henry, il consid&#232;re que &#034;{la r&#233;volution de Marx n'a pas &#233;t&#233; accomplie par L&#233;nine ; elle l'a &#233;t&#233; par Duchamp. Le grand &#233;chec des r&#233;volutions&lt;/code&gt;marxistes' , a &#233;t&#233; de&lt;/i&gt; manquer d'art.&#034; Pour lui, la seule r&#233;volution digne de ce nom ne peut donc venir que par l'art, aujourd'hui soutenu par le dispositif symbolique alliant l'Internet au copyleft. Ce qui le conduit &#224; de longs d&#233;veloppements, parfois assez dat&#233;s, sur le &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;P2P&lt;/code&gt;, &#224; l'encontre des lois &#034;dadvsi&#034; ou &#034;hadopi&#034; &#8212; posture dont nous &lt;a href='http://archives.oumupo.org/05-Troll-en-libertes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;avons vu&lt;/a&gt; qu'elle est en quelque sorte le degr&#233; z&#233;ro de la culture politique chez les &lt;i&gt;geeks&lt;/i&gt; &#8212; et en faveur de mod&#232;les tels que le &#034;m&#233;c&#233;nat global&#034; ou le &#034;revenu d'existence&#034;, objets &#233;minemment mythologiques sur lesquels nous reviendrons dans un prochain &#233;pisode. Cet ersatz de discours politique a de quoi surprendre : Moreau aurait-il, &#224; son tour, senti le poids de la &#034;pression sociale&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on partage ou non ces points de vue, il faut toutefois reconna&#238;tre &#224; Antoine Moreau une culture et une qualit&#233; de r&#233;flexion ind&#233;niables, que je ne puis pr&#233;tendre atteindre moi-m&#234;me. Sa pens&#233;e semble d'une coh&#233;rence presque hi&#233;ratique et marmor&#233;enne... et il n'en est que plus amusant de noter qu'il est n&#233;anmoins capable d'une certaine hargne, pas toujours justifi&#233;e : par exemple envers le nihilisme post-moderne, les situationnistes... ou encore les partisans des licences Creative Commons &#8212; alors m&#234;me que, dans ce dernier cas, la Creative Commons Foundation semble aujourd'hui &#339;uvrer pour une meilleure &lt;a href=&#034;http://creativecommons.org/weblog/entry/8051&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reconnaissance&lt;/a&gt; de l'&#233;thique Libre. &#192; ces fixations &#034;en n&#233;gatif&#034; de Moreau, il convient toutefois d'en ajouter d'autres en positif : &#034;&lt;i&gt;pour moi&lt;/i&gt;, me disait-il r&#233;cemment, &lt;i&gt;la V&#233;rit&#233; existe.&lt;/i&gt;&#034; &#8212; c'est-&#224;-dire en tant que valeur absolue et universelle, l&#224; o&#249; tant de discours actuels veulent y voir un concept tr&#232;s relatif et personnel. De m&#234;me sur le langage : m&#234;me s'il revendique de ne s'interdire aucun mot, je rel&#232;ve dans sa th&#232;se une critique lucide et saine de mots tels que &#034;artiste&#034;, &#034;cr&#233;ation&#034;, &#034;contenu&#034;, &#034;technologie&#034;, &#034;culture&#034;... Enfin, sa pr&#233;tendue absence de discours politique revendiqu&#233; comme tel ne l'emp&#234;che pas, &#224; l'occasion, de d&#233;noncer la &#034;&lt;i&gt;volont&#233; de d&#233;truire la Loi&lt;/i&gt; [sous couvert de `modernit&#233;'], &lt;i&gt;volont&#233; entreprise, notamment par le mat&#233;rialisme historique en ses r&#233;volutions, mais aussi par les dictatures de toutes sortes via la&lt;/i&gt; tabula rasa &lt;i&gt;ou, plus insidieusement, par l'h&#233;g&#233;monie mondiale culturo-industrielle du capitalisme lib&#233;ral-libertaire.&lt;/i&gt;&#034; On ne saurait mieux dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera la longueur de la phrase que je viens de citer : nous sommes ici loin du &lt;i&gt;one-liner&lt;/i&gt;, sur lequel il me semble int&#233;ressant de revenir &#224; ce stade. C'est que le &#034;mot d'esprit&#034;, comme l'&#233;tudie Freud, fait l'objet d'une v&#233;ritable &lt;i&gt;&#233;conomie&lt;/i&gt; : mettre en balance ce que l'on dit, ce que l'on veut signifier, et peser soigneusement chaque mot. Pour s&#233;duisants qu'ils soient, les aphorismes d'Antoine Moreau sont int&#233;ressants pour ce qu'ils lui &#233;vitent de dire &#8212; rappelons que le terme &lt;i&gt;s&#233;duire&lt;/i&gt; signifie &#224; l'origine &lt;i&gt;d&#233;tourner&lt;/i&gt;, en l'occurrence d&#233;tourner l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_549 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L186xH381/moreau10-96cc9.jpg?1772312181' width='186' height='381' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Antoine Moreau en 2010
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Renata Sapey, 2010
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvent constat&#233; qu'Antoine Moreau a tendance a redoubler de jeux de mots lorsqu'il est mis en difficult&#233; ou en accusation. Sans aller jusqu'&#224; citer une correspondance priv&#233;e, je me souviens d'un message o&#249;, &#233;tant convenus de nous rencontrer &#224; trois avec une personne contre qui j'&#233;tais en d&#233;saccord, je lui reprochais de s'&#234;tre arrang&#233; avec ladite personne pour que le rendez-vous ait lieu pr&#233;cis&#233;ment le jour de la semaine o&#249; il savait que j'&#233;tais indisponible ; mes termes exacts &#233;taient &#034;&lt;i&gt;si j'entends bien votre pas de deux&lt;/i&gt;, notre d&#233;bat &#224; trois n'aura pas lieu puisque vous vous orientez vers un &lt;i&gt;jeudi&lt;/i&gt;&#034;. La r&#233;ponse d'Antoine fut... un mod&#232;le de noyage de poisson, &#224; base de &#034;jeudi je dis mais je est un autre (tu dis ?)&#034; et de &#034;pas de pas de deux pas deux deux pas de pas de pas de deux &#8212; donc quatre fois deux = huit, le grand huit ! pffuit !&#034;... Euh... Comment dire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, Antoine Moreau est p&#233;nible. Peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple, ce &lt;a href=&#034;http://www.framasoft.net/article4168.html#comments42792&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;long commentaire&lt;/a&gt; sur le site Framasoft, o&#249;, &#224; des commentateurs qui lui reprochent notamment l'herm&#233;tisme d'un de ses textes, Moreau commence par r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Je suis heureux (mais oui !) des probl&#232;mes que pose mon texte et qu'il r&#233;siste &#224; la lecture au pied de la lettre. Je suis heureux de la lecture inter-dite (ah ah ! jeu de mot, jeu de rot, jeu de mot-rot) qui est faite par ceux qui le comprennent &#034;entre les dits&#034;. Qui en saisissent finalement l'essentiel, ce qui n'est pas m&#234;me &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mon sentiment (peut-&#234;tre infond&#233;) est que les mots d'Antoine Moreau lui servent &#224; se dissimuler. Nous retrouverions ainsi le motif de la &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/pict/pictbio/sccosmo.gif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dissimulation&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; plus haut, mais sous une autre forme : si autrefois l'espace g&#233;ographique urbain lui servait &#224; &lt;i&gt;cacher&lt;/i&gt; des peintures, si ses sculptures &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/pict/pictbio/scarlix.gif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;renfermaient toutes&lt;/a&gt; &#224; l'origine une feuille de papier suppos&#233;e contenir un message secret, et si son site et son microblog actuels fourmillent de cryptogrammes, il ne s'agit plus ici de cacher des &#034;messages&#034; (&#224; l'existence m&#234;me incertaine) mais de &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, de la vie d'Antoine Moreau, remarquablement peu de d&#233;tails sont accessibles en ligne, et lui-m&#234;me en parle peu. Ses &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/19990209113002/http://wwwusers.imaginet.fr/%7Eantomoro/brule/chaud_0.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;billets d'humeur&lt;/a&gt; ont depuis longtemps disparu de son site, ainsi que ses quelques &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20021019093252/http://antomoro.free.fr/bannieres.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;banni&#232;res&lt;/a&gt;, du reste assez consensuelles ; on trouvera &#224; peine quelques &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/pantin/rap/rap1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;traces&lt;/a&gt; de son activit&#233; artistique &#224; Pantin (93). Sa &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Moreau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notice Wikip&#233;dia&lt;/a&gt;, d'une bri&#232;vet&#233; &#233;tique, a fini par &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Antoine_Moreau&amp;diff=prev&amp;oldid=61136598&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;renoncer&lt;/a&gt; (euh, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Autobiographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;all&#244;&lt;/a&gt; ?) &#224; indiquer ses lieu et date de naissance (la date du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; avril 1970, que lui-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.antoinemoreau.org/index.php?art=3596&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propose&lt;/a&gt; sur son site, me semble hautement suspecte). Ce n'est qu'&#224; travers quelques bribes que je &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/19990507013739/http://wwwusers.imaginet.fr/~antomoro/am.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;situe&lt;/a&gt; sa naissance &#224; Angers, o&#249; il passera son enfance et son adolescence dans les ann&#233;es 1970 (amateur de rock-punk, il c&#244;toiera notamment le futur groupe des &lt;a href=&#034;http://www.lesthugs.fr/bio.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thugs&lt;/a&gt; originaire de son lyc&#233;e) ; et ce n'est que par une &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/pict/pictbio/pcteam.gif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;indiscr&#233;tion&lt;/a&gt; que j'apprends de qui il est le petit-fils. Moreau lui-m&#234;me s'est ing&#233;ni&#233; &#224; se rendre le plus introuvable possible &#8212; il est d'ailleurs l'un des premiers artisans du &lt;a href=&#034;http://counter-googling.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contre-googleage&lt;/a&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 &#8212;, notamment en &lt;a href=&#034;http://antoinemoreau.org/index.php?art=266&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jouant&lt;/a&gt; sur ses nombreux homonymes. Sur son ancien site Web, une &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/aaa/amoreau/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rubrique enti&#232;re&lt;/a&gt; est ainsi consacr&#233;e &#224; la &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/aaa/biographie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biographie&lt;/a&gt;... d'&lt;i&gt;Antoine Moreau&lt;/i&gt;, jeune ing&#233;nieur physicien, amateur de jeux de r&#244;le, cultiv&#233; et sympathique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Moreau est Antoine Moreau peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre devrions-nous y voir une invitation &#224; postuler que la seule fa&#231;on possible d'appr&#233;hender ce &#034;peut-&#234;tre artiste&#034;, serait d'ordre &lt;a href=&#034;http://antomoro.free.fr/artlal/txtlal/socrate/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;socratique&lt;/a&gt; : conna&#238;tre Antoine Moreau, c'est se rendre compte qu'on le conna&#238;t, finalement, bien peu. Ou bien, n'y voir qu'un jeu de plus : jeu de piste, jeu de mots. Ou plut&#244;t jeu de masques : ce jeu est un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le pr&#233;sent article, fruit de plusieurs semaines de recherches, de r&#233;flexion et d'efforts, n'est-il peut-&#234;tre, somme toute, qu'une &#339;uvre d'Antoine Moreau, de ces &#339;uvres que la Licence Art Libre nomme &#034;cons&#233;quentes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'ai bien dit : peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est paru en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/24/librologie-antoine-moreau-copyleft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;. N'h&#233;sitez pas &#224; y poster vos &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/24/librologie-antoine-moreau-copyleft#comments&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentaires&lt;/a&gt;, dont voici un aper&#231;u :&lt;/p&gt;
&lt;iframe class=&#034;framakom&#034; src=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/24/librologie-antoine-moreau-copyleft#comments&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>08 - Les petits c&#339;urs de tatie Nina</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/08-Les-petits-coeurs-de-tatie-Nina</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/08-Les-petits-coeurs-de-tatie-Nina</guid>
		<dc:date>2011-10-18T20:41:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Cette nouvelle chronique &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Librologique&lt;/a&gt; survole la d&#233;marche et l'&#339;uvre de &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Nina_Paley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nina Paley&lt;/a&gt;, cin&#233;aste et illustratrice am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Librologies-" rel="directory"&gt;Librologies&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie d'articles&lt;/a&gt; reprend et d&#233;veloppe quelques r&#233;flexions dont j'avais jet&#233; les bases lors d'une &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Le-Libriste-et-le-Pro' class=&#034;spip_in&#034;&gt;conf&#233;rence&lt;/a&gt; donn&#233;e en 2011 aux &lt;a href=&#034;http://rmll.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rencontres Mondiales du Logiciel Libre&lt;/a&gt; de Strasbourg, intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Libriste et le Pro : mythologies des pratiques culturelles Libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/11/librologie-nina-paley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;En 1988, &#224; l'&#226;ge tendre de 20 ans, je quittai ma ville natale de Urbana, Illinois, pour Santa Cruz en Californie, afin d'y poursuivre le r&#234;ve na&#239;f de devenir hippie, &lt;i&gt;new-age&lt;/i&gt; et &#233;sot&#233;rique. Au lieu de quoi je suis devenue illustratrice et cynique.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-&gt;http:/fr.wikipedia.org/wiki/Nina_Paley'&gt;Nina Paley&lt;/a&gt; raconte son &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20051018193745/http://www.ninapaley.com/bio.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;histoire&lt;/a&gt;, de la banlieue de Chicago (Urbana, dont son p&#232;re a &#233;t&#233; un maire &lt;a href=&#034;http://www.news-gazette.com/news/courts-police-and-fire/2005-09-27/ex-urbana-mayor-wins-state-award.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;courageux&lt;/a&gt;) &#224; la Californie &#8212; le choix de Santa Cruz n'est pas innocent : &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Santa_Cruz,_California#Social_activism&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;indissociable&lt;/a&gt; des bouleversements sociaux des ann&#233;es 1960-1970, cette ville correspond bien &#224; l'arri&#232;re-plan id&#233;ologique de la &#034;&lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/New_left&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nouvelle Gauche&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&#034; de cette &#233;poque, effectivement li&#233;e au &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mouvement hippie&lt;/a&gt;, mais &#233;galement &#224; l'av&#232;nement d'une conception nouvelle des sciences humaines (sociologie, psychiatrie alternative,...). Avec toutefois une tournure moins optimiste dans le cas de Paley : par exemple, elle &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/childfree.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revendique&lt;/a&gt; son choix de ne pas faire d'enfants comme un choix militant ; membre revendiqu&#233;e du &lt;a href=&#034;http://www.vhemt.org/findex.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mouvement pour l'Extinction Volontaire de l'Esp&#232;ce Humaine&lt;/a&gt;, sa &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Words/rants.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;principale pr&#233;occupation&lt;/a&gt; politique (tout au moins dans la p&#233;riode 1995-2005) semble &#234;tre la &lt;a href=&#034;http://www.overpopulation.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;surpopulation&lt;/a&gt; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L432xH286/colorvisualize-f3eec690-5f25c.jpg?1772299964' width='432' height='286' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extinction Volontaire des Humains
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une facette peu connue de Nina Paley...
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ses premi&#232;res publications, N. Paley se d&#233;finit clairement comme &lt;i&gt;cartoon&lt;/i&gt;iste : ses r&#233;cits se pr&#233;sentent sous forme de &lt;i&gt;comic strips&lt;/i&gt; (en une ou deux lignes, avec une chute humoristique) ; ses d&#233;cors sont limit&#233;s au strict n&#233;cessaire, et ses personnages (souvent animaliers) sont dessin&#233;s de fa&#231;on sch&#233;matique et expressive &#8212; signe symbolique du &lt;i&gt;cartoon&lt;/i&gt;, les mains n'ont que quatre doigts. Le mot &lt;i&gt;cartoon&lt;/i&gt;, qui d&#233;signait &#224; l'origine de simples dessins, a gliss&#233; peu &#224; peu vers le domaine de l'animation ; nous verrons que c'est &#224; peu de choses pr&#232;s l'&#233;volution que suivra Paley elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette filiation s'ajoute, d&#232;s l'origine, une nette dimension autobiographique : sa &lt;a href=&#034;http://ninapaley.com/ninasadventures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;rie&lt;/a&gt; &lt;i&gt;Nina's Adventures&lt;/i&gt; (les aventures de Nina) commence d&#232;s 1988 et se &lt;a href=&#034;http://www.archive.org/details/NinasAdventures&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;poursuivra&lt;/a&gt; (avec &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20021230171418/http://www.ninapaley.com/Pg.%203-%20New%20N.%20Adventures/NinasAdventures.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;talent&lt;/a&gt;) pendant plus de &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Book/NinasAdventures.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dix ans&lt;/a&gt;. Ce format d'auto-fiction en bande dessin&#233;e, encr&#233;e et &#233;dit&#233;e directement par l'auteur, renvoie &#233;videmment &#224; un courant de bande dessin&#233;e alternative (voire &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt;) am&#233;ricain qui s'est d&#233;velopp&#233; dans les d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, allant des intellectuels New-Yorkais (notamment d'origine ashk&#233;naze comme Eisner, Spiegelman, ou Paley elle-m&#234;me) aux anarcho-libertariens de San Francisco (Crumb). (Le lecteur francophone ne manquera pas de remarquer que c'est pr&#233;cis&#233;ment en 1987, &#224; l'&#233;poque o&#249; d&#233;bute la carri&#232;re de Paley, que se tient le en France le fameux colloque de &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Centre_culturel_international_de_Cerisy-la-Salle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cerisy&lt;/a&gt; qui pr&#233;figurera le renouveau de la bande dessin&#233;e francophone dite &#034;d'art et d'essai&#034;, avec des groupes comme OuBaPo ou L'Association.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/communications_mitraillettes.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH347/communications_mitraillettes-01c1f.png?1772312590' width='500' height='347' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Communication par mitraillettes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Nina Paley, 1995 ? Licence CC by-sa.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Paley &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Nina12AnarchoSyndicate.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sentera&lt;/a&gt; plus tard, en 2000, sa d&#233;marche qu'elle qualifie &#8212; non sans humour &#8212; d'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Anarcho-syndicalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anarcho-syndicaliste&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; quoi sert l'Anarcho-Syndicat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; L'Anarcho-Syndicat &lt;i&gt;[NdT : jeu de mot intraduisible avec le mot&lt;/i&gt; syndicate&lt;i&gt;, circuit de distribution de m&#233;dias de masse aux &#201;tats-Unis]&lt;/i&gt; a pour vocation exclusive de distribuer et promouvoir la merveilleuse bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Nina's Adventures&lt;/i&gt; de Nina Paley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que signifie l'intitul&#233; Anarcho-Syndicat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; &#201;tant ma propre employ&#233;e, cela revient &#224; dire que je m'exploite moi-m&#234;me pour en tirer profit. Cependant je me suis organis&#233;e et ai r&#233;uni mes forces avec moi-m&#234;me pour former un anarcho-syndicat. J'ai ainsi pu renverser mon r&#233;gime d'oppression Capitaliste, et suis devenue un Collectif Unipersonnel Prol&#233;tarien en autogestion.[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#202;tes-vous vraiment dispos&#233;e &#224; consacrer 10% de vos b&#233;n&#233;fices pour d&#233;manteler le Capitalisme ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; C'est tr&#232;s s&#233;rieux. Malheureusement nous n'avons encore r&#233;alis&#233; aucun b&#233;n&#233;fice &#224; ce jour. Mais nous sommes d&#233;termin&#233;es &#224; d&#233;manteler le Syst&#232;me, du moment que nous participons totalement au syst&#232;me en question afin de g&#233;n&#233;rer les fonds qui nous permettront de le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Euh, pardon ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Et vous pouvez nous y aider en vous abonnant &#224; la merveilleuse bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Nina's Adventures&lt;/i&gt; de Nina Paley. C'est sympa, c'est mode, c'est sophistiqu&#233; et c'est amusant ! Les lecteurs l'adorent, et vous l'adorerez aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais que deviennent les 90% restants de vos b&#233;n&#233;fices ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; &#199;a suffit, achetez la BD.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L298xH136/fl971221-54e16.png?1772299964' width='298' height='136' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fluff
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Nina Paley, 1997. (Licence ind&#233;termin&#233;e.)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette s&#233;rie s'en ajouteront d'autres, qu'elle d&#233;crit elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; &#8212; et qui seront d'ailleurs distribu&#233;es par des &lt;i&gt;syndicates&lt;/i&gt; traditionnels de la bande dessin&#233;e am&#233;ricaine commerciale : notamment la s&#233;rie animali&#232;re &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Nina5Fluff.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Fluff&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/hots.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Hots&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, s&#233;rie l&#224; encore partiellement autobiographique. &#192; partir de 2009, Paley reviendra sur toutes ces s&#233;ries achev&#233;es, en r&#233;cup&#232;rera les droits ou les num&#233;risera pour les &lt;a href=&#034;http://www.archive.org/search.php?query=creator%3A%22Nina%20Paley%22%20NOT%20mediatype%3Aaudio%20NOT%20mediatype%3Amovies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entreposer&lt;/a&gt; sur l'Internet Archive, puis les &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2009/01/03/the-ninas-adventures-copyleft-project/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;republier sous licence Libre&lt;/a&gt;, et enfin &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Book/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;constituer un recueil&lt;/a&gt; complet, organis&#233; et correctement &#233;dit&#233;. Il convient en effet de mentionner que N. Paley, jusqu'au milieu des ann&#233;es 2000, ne publie que sous droit d'auteur &#034;traditionnel&#034; &#8212; elle se plaint m&#234;me, &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20010222201601/http://www.ninapaley.com/bio.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'occasion&lt;/a&gt;, que son &#034;copyright&#034; soit enfreint lorsque des gens &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=_JZD7MtVo-c&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reproduisent ses dessins&lt;/a&gt; ici ou l&#224;. Si elle distribue elle-m&#234;me une partie de ses travaux (notamment en ligne, d&#232;s l'apparition du Web), c'est toujours sous des termes contraignants et dans une d&#233;marche directement commerciale &#8212; comme peut d'ailleurs l'illustrer son choix r&#233;p&#233;t&#233; de noms de domaines en &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;.com&lt;/code&gt;, ou son &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/FluffArchives/FluffWeek61.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;go&#251;t&lt;/a&gt; pour le &lt;i&gt;merchandising&lt;/i&gt; de &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/articles/20110927/15130816114/dear-internet-we-need-better-image-archives.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;produits&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://questioncopyright.com/sita.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;riv&#233;s&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne signifie pas pour autant que son travail n'&#233;volue pas : &#224; la fin des ann&#233;es 1990, elle se lance dans une carri&#232;re de cin&#233;aste avec plusieurs courts-m&#233;trages exp&#233;rimentaux fort int&#233;ressants, anim&#233;s en volume avec de la terre glaise ou &lt;a href=&#034;http://ninapaley.com/pandoramahome.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travaill&#233;s&lt;/a&gt; directement &lt;a href=&#034;http://ninapaley.com/pandorama-maximage.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la pellicule&lt;/a&gt;. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, elle se tourne vers l'ordinateur comme outil d'expression artistique, et en particulier vers le logiciel Macromedia Shockwave-Flash qu'elle dit &#034;&lt;a href=&#034;http://www.flashgoddess.com/html/gallery_NinaPaley.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;adorer&lt;/a&gt;&#034;. C'est avec cet outil qu'elle produira d&#233;sormais la totalit&#233; de son &#339;uvre, sous forme de &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/fetchhome.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dessins anim&#233;s vectoriels&lt;/a&gt; parfois m&#233;lang&#233;s &#224; des collages, comme dans le court-m&#233;trage anti-nataliste &lt;a href=&#034;http://video.google.com/videoplay?docid=1484635787266506285#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Stork&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, o&#249; une cigogne livrant des b&#233;b&#233;s s'av&#232;re &#234;tre un bombardier transformant l'environnement en urbanisme monstrueux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;piphanie Libriste viendra entre 2005 et 2008 avec le long-m&#233;trage &lt;a href=&#034;http://www.sitasingstheblues.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&lt;a href=&#034;http://www.imdb.com/title/tt1172203/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sita chante le blues&lt;/a&gt; en fran&#231;ais) qui constituera un virage &#224; la fois artistique et id&#233;ologique. La &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20051018193745/http://www.ninapaley.com/bio.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gen&#232;se&lt;/a&gt; de ce film m&#233;rite d'&#234;tre &#233;voqu&#233;e, puisque Paley elle-m&#234;me la pr&#233;sente comme indissociable de l'&#339;uvre. En 2002, Nina Paley rejoint son mari en Inde, o&#249; elle passe trois mois et d&#233;couvre notamment l'&#233;pop&#233;e mythologique du &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Ramayana&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ramayana&lt;/a&gt;. De passage &#224; New York, elle re&#231;oit un courriel lapidaire de son &#233;poux qui met fin &#224; leur mariage. La d&#233;tresse &#233;motionnelle, s'ajoutant aux influences mythologiques indiennes et &#224; la d&#233;couverte des romances enregistr&#233;es dans les ann&#233;es 1920 par la chanteuse de jazz &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Annette_Hanshaw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Annette Hanshaw&lt;/a&gt;, lui fournit le mat&#233;riau artistique pour... un premier court-m&#233;trage, &lt;i&gt;Trial by Fire&lt;/i&gt;, qui sera d&#233;velopp&#233; en 2005 (&#224; la suite d'une nouvelle rupture amoureuse) en un long-m&#233;trage. &#201;laboration qui ne se fera pas sans mal : outre la n&#233;cessit&#233; de trouver des financements, la bande sonore du film soul&#232;ve de &lt;a href=&#034;http://www.ipbrief.net/2010/05/07/sita-sees-the-light/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nombreuses questions&lt;/a&gt; juridiques : si les chansons de Hanshaw se trouvent dans le domaine public au regard du droit f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain, l'&#201;tat de New York ne les consid&#232;re pas comme telles. Pour autant, Paley ne renonce pas et pose l'incorporation de ces chansons comme une &lt;a href=&#034;http://sitasingstheblues.com/why.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exigence artistique&lt;/a&gt; incontournable &#8212; ou plus exactement, nous le verrons, &lt;i&gt;sacr&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/d/db/AnnetteHanshaw.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH819/AnnetteHanshaw-e6cc8be0-ed69f.jpg?1772299964' width='500' height='819' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annette Hanshaw
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Auteur inconnu. (&lt;i&gt;Fair Use&lt;/i&gt; sur Wikimedia Commons)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faudra pas moins de trois ans de travail, un bataillon d'avocats b&#233;n&#233;voles et deux instituts (l'&lt;a href=&#034;http://www.eff.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Electronic Frontier Foundation&lt;/a&gt; et la &lt;a href=&#034;http://www.wcl.american.edu/ipclinic/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Clinique du droit de Propri&#233;t&#233; Intellectuelle Glushko-Samuelson&lt;/a&gt;) pour venir &#224; bout de ce probl&#232;me... en n'y apportant qu'une demie-solution, puisqu'il s'agira en d&#233;finitive d'une d&#233;p&#233;nalisation partielle, qui co&#251;tera &#224; Paley 70 000 dollars (au lieu des 220 000 demand&#233;s &#224; l'origine). Aujourd'hui encore, ces enregistrements pr&#234;tent le flanc aux menaces juridiques (pour la plupart fantaisistes), comme nous l'avons r&#233;cemment vu lorsque YouTube&lt;sup&gt;&#174;&lt;/sup&gt; a &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/articles/20110714/00141315084/why-sita-sings-blues-is-perfectly-legal-germany-you-still-cant-watch-it-youtube.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;supprim&#233; la bande sonore&lt;/a&gt; du film sous &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/09/08/protecting-artists/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pression&lt;/a&gt; de la &#034;SACEM&#034; allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en n&#233;gociant les droits pour cette bande-son que Paley se retrouve, pour ainsi dire, &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/articles/20090305/0218454004.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contrainte&lt;/a&gt; &#224; publier son film sous une licence Libre : les ayant-droits exigeant un pourcentage sur toute vente du film, le film ne sera pas vendu mais disponible gratuitement. Vengeance symbolique certes, mais Paley ne s'arr&#234;te pas l&#224; et ajoute avoir pris &lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/nina_paley_sita_interview-segments&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pleinement conscience&lt;/a&gt; des effets n&#233;fastes du &#034;&lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/02/25/good-artists-copy-great-artists-steal/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;copyright&lt;/a&gt;&#034; sur la cr&#233;ation artistique. Au fil de ses rencontres et c&#244;toiements avec les milieux promouvant les licences alternatives, Paley en est devenue non seulement une membre &lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/weblog/entry/14760&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reconnue&lt;/a&gt; mais la porte-parole &lt;a href=&#034;http://www.publicknowledge.org/public-knowledge-presents-seventh-ip3-awards-samue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;distingu&#233;e&lt;/a&gt; (voire, nous y reviendrons, l'&lt;i&gt;&#233;g&#233;rie&lt;/i&gt;) : en 2007 elle sera engag&#233;e comme &#034;artiste en r&#233;sidence&#034; de l'association &lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Question Copyright&lt;/a&gt; (remettre en question le droit d'auteur), cr&#233;&#233;e pour l'occasion par le programmeur &lt;a href=&#034;http://www.red-bean.com/kfogel/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Karl Fogel&lt;/a&gt; &#8212; dont on lira avec int&#233;r&#234;t les &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/04/10/karl-fogel-interview&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;crits&lt;/a&gt;, notamment sur le &lt;a href=&#034;http://onlamp.com/pub/a/onlamp/2005/09/29/what-is-free-software.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;logiciel Libre&lt;/a&gt; et sur l'&lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/promise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;histoire du droit d'auteur&lt;/a&gt;. &#192; dater de ce moment, la majeure partie (sinon la totalit&#233;) de son travail d'auteur sera non seulement teint&#233;e, mais fondamentalement motiv&#233;e, par un militantisme Libriste remarquablement complet : promotion des licences alternatives, protection du &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/articles/20110927/15130816114/dear-internet-we-need-better-image-archives.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;domaine public&lt;/a&gt;, lutte contre la &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/07/30/thief/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;criminalisation&lt;/a&gt; du partage de la culture, combat pour les &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/07/04/liberty-for-safety/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;libert&#233;s&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/02/16/electoral-politics/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;civiques&lt;/a&gt;, d&#233;nonciation de la &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/11/23/killing-music/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propagande&lt;/a&gt; des industriels de la culture... Le motif le plus r&#233;current &#233;tant sans doute son &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/category/law&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aversion&lt;/a&gt; envers le syst&#232;me juridique, o&#249; le droit &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/02/23/incentive-to-create-ii/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;tendument&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/09/28/balance/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;d'auteur&#034;&lt;/a&gt; et les &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/07/26/patent/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brevets&lt;/a&gt; &#8212; et m&#234;me les &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/07/11/trademarked-spirituality/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marques&lt;/a&gt; commerciales &#8212; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/03/22/protection/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;auto-alimentent&lt;/a&gt; un &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/06/24/ass-coverage/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;terrorisme&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/07/25/paperwork/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;administratif&lt;/a&gt; constant &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/03/29/so-much-potential/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;pourvu&lt;/a&gt; de fondement, sur lequel repose cette &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/09/06/lawyerarchy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;engeance&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/08/25/for-the-children/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nuisible&lt;/a&gt; que sont les avocats (&lt;i&gt;lawyers&lt;/i&gt;) : toutes proportions gard&#233;es, Paley tourne en ridicule les avocats avec le m&#234;me acharnement et la m&#234;me obsession personnelle que &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Moli%C3%A8re&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Moli&#232;re&lt;/a&gt; brocardait les m&#233;decins de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L480xH360/04728744-44ab6d93-b4e02.jpg?1772299964' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Copying Is Not Theft
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Nina Paley, 2009. Licence cc by-sa.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &#034;&lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2009/03/22/the-copyright-song-nina-paley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chanson du copyright&lt;/a&gt;&#034; (&lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/minute_memes/copying_is_not_theft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Copyright Song&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;), en 2009, exprimera tr&#232;s clairement cette reconversion. Financ&#233; notamment par une bourse de 30 000 dollars de la &lt;a href=&#034;http://warholfoundation.org/grant/overview.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fondation Andy Warhol pour les Arts Visuels&lt;/a&gt;, ce clip musical d'une minute a pour but &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explicite&lt;/a&gt; de susciter une vague d'enthousiasme et de versions d&#233;riv&#233;es comme l'a fait, par exemple, la &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/music/free-software-song.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Free Software Song&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Richard Stallman en son temps. Les &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2009/12/15/minute-meme-1-copying-is-not-theft/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;paroles&lt;/a&gt;, en quatre couplets, ne d&#233;veloppent qu'une seule id&#233;e simple (et &lt;a href=&#034;http://torrentfreak.com/copyright-infringement-and-theft-%E2%80%93-the-difference-110827/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bien connue&lt;/a&gt; des Libristes et Pirates), &#224; savoir que les biens immat&#233;riels ne sont pas privatifs et que dans un contexte de copie immat&#233;rielle, il est simplement &lt;a href=&#034;http://www.bpi.fr/recherche_documentaire.jsp?&amp;terme=biblio%28isbn%289782246718918%29%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ridicule&lt;/a&gt; de parler de &#034;vol&#034;. L'animation illustre les paroles, de fa&#231;on d&#233;pouill&#233;e et intelligible (quoique redondante) ; quant &#224; la &lt;a href=&#034;http://paconet.org/wiki/index.php?title=Copying_is_not_theft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ligne m&#233;lodique&lt;/a&gt;, sa simplicit&#233; (accord parfait arp&#233;g&#233;, tessiture restreinte, mouvements conjoints) touche &#224; la maladresse (suremploi des fonctions tonales, syncope d'harmonie &#224; la mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;6&lt;/code&gt;) &#8212; pour ne rien dire de l'arrangement &lt;i&gt;jazzy&lt;/i&gt; &#034;officiel&#034; r&#233;alis&#233; pour Paley par son comp&#232;re de longue date &lt;a href=&#034;http://niksprocket.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nik Phelps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce style engag&#233;, simple et efficace devient ainsi la signature de Nina Paley au sein du mouvement Libre. &#192; sa &lt;i&gt;Copyright Song&lt;/i&gt; s'ajoutent d'autres clips vid&#233;o, notamment celui &lt;a href=&#034;https://w2.eff.org/ninapaley/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s r&#233;ussi&lt;/a&gt; en hommage &#224; l'&lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Electronic_Frontier_Foundation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Electronic Frontier Foundation&lt;/a&gt;, ainsi qu'une nouvelle s&#233;rie en bande dessin&#233;e &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/10/25/added-value/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;riv&#233;e&lt;/a&gt; : le &lt;i&gt;comic strip&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mimi and Eunice&lt;/a&gt;, non seulement pr&#233;publi&#233; sur le blog &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/user/ninapaley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Techdirt&lt;/a&gt; mais dont la lecture est m&#234;me officiellement &lt;a href=&#034;http://stallman.org/#oughttobe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;recommand&#233;e&lt;/a&gt; par &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Richard Stallman&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le charme ind&#233;niable de cette simplicit&#233; de moyens n'&#233;chappe pas, au demeurant, &#224; l'ambigu&#239;t&#233; de toute s&#233;duction : en pr&#233;f&#233;rant l'attractivit&#233; et l'efficacit&#233; &#224; des raisonnements plus longs et d&#233;velopp&#233;s, ne serait-il pas tout aussi facile de mettre en &#339;uvre les &lt;i&gt;m&#234;mes moyens&lt;/i&gt; pour &#233;noncer et d&#233;fendre de fausses v&#233;rit&#233;s ou des sophismes ? L'exemple ci-dessous juxtapose, &#224; la version originale de la &lt;i&gt;Copyright Song&lt;/i&gt;, un pastiche en anglais qui lui fait dire exactement l'inverse de son propos :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;table&gt;&lt;td&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;The Copyright Song&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class=&#034;precode&#034;&gt;&lt;pre class='spip_code spip_code_block' dir='ltr' style='text-align:left;'&gt;&lt;code&gt;Copying is not theft. Stealing a thing leaves one less left Copying it makes one thing more; That's what copying's for.&lt;/code&gt;&lt;/pre&gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt; &lt;/code&gt;&lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;The Copyright Song&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class=&#034;precode&#034;&gt;&lt;pre class='spip_code spip_code_block' dir='ltr' style='text-align:left;'&gt;&lt;code&gt;Copyright is not wrong; You have to protect what you write From being spoliated outright: You need it to last long.&lt;/code&gt;&lt;/pre&gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/table&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Autre critique nettement plus s&#233;rieuse, il y a de quoi s'&lt;a href=&#034;http://identi.ca/conversation/79092802#notice-84210279&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tonner&lt;/a&gt; du fait que Paley chante (litt&#233;ralement) les louanges du mouvement Libre... en utilisant un logiciel &lt;a href=&#034;http://fedoraproject.org/wiki/Flash#Flash_is_non-free.2Fproprietary_software&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;minemment&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://kerneltrap.org/mailarchive/openbsd-misc/2007/12/14/506819&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propri&#233;taire&lt;/a&gt;. Certes, elle a rendu disponibles les &lt;a href=&#034;http://www.archive.org/details/CopyingIsNotTheft.flaFiles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fichiers source&lt;/a&gt; de sa chanson, fichiers h&#233;las de bien peu d'utilit&#233; pour un public Libriste auquel Paley se r&#233;v&#232;le, de ce fait, &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/11/16/synfig-help-needed-in-new-york/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;trang&#232;re&lt;/a&gt; &#8212; tout au moins d'un point de vue technique. (Ou comme le trahit &#233;galement son &lt;a href=&#034;https://plus.google.com/u/0/108742242108606058128/posts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;usage immod&#233;r&#233;&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;http://twitter.com/#!/ninapaley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;seaux&lt;/a&gt; sociaux &lt;a href=&#034;http://www.facebook.com/nina.paley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propri&#233;taires&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue juridique, en retour, Paley est l'une des voix &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2011/07/04/rantifesto/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;critiques&lt;/a&gt; envers les licences non-libres utilis&#233;es par le projet GNU et la Free Software Foundation ; elle s'est &#233;galement &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/08/31/four-freedoms-of-free-culture/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;lev&#233;e&lt;/a&gt; &#224; &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/09/01/paley-vs-doctorow/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plusieurs reprises&lt;/a&gt; contre les licences de type Non-Commercial, qui ne &lt;a href=&#034;http://freedomdefined.org/Licenses/NC&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;peuvent&lt;/a&gt; enti&#232;rement &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme Libres (question &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-&gt;http:/www.freesoftwaremagazine.com/columns/confusion_and_complexity_high_time_prune_creative_commons_licenses'&gt;complexe&lt;/a&gt;). En menant parall&#232;lement (avec Karl Fogel) une r&#233;flexion &lt;a href=&#034;http://www.pbs.org/mediashift/2009/08/animated-film-takes-donations-dvd-sales-to-pay-music-costs217.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de fond&lt;/a&gt; quant aux moyens de &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/articles/20090824/1723375986.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;b&#233;n&#233;ficier financi&#232;rement&lt;/a&gt; de son travail, elle a &#233;galement propos&#233; un certain nombre de licences ou labels pouvant int&#233;resser les auteurs Libres, notamment le label &lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/creator_endorsed&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;creator-endorsed&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (&#034;approuv&#233; par l'auteur&#034;), la licence &lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/cc-pro&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Creative Commons PRO&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et l'initiative &lt;a href=&#034;http://copyheart.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;copyheart&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_536 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;138&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/wp-content/uploads/2011/03/ME_273_AboveEveryone.png&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH156/ME_273_AboveEver-a36c220c-06ba2.png?1772312590' width='500' height='156' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Au-dessus de tous
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#034;&lt;i&gt;Je me croyais au-dessus de tous... et je me retrouve au m&#234;me niveau. C'est pas si mal, en fait.&lt;/i&gt;&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#9825; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/03/16/above-everyone/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nina Paley&lt;/a&gt;, 2011.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour justifi&#233;es qu'elles puissent &#234;tre, ces initiatives ne semblent pas toujours pleinement coh&#233;rentes. &#192; commencer par certains choix terminologiques qui ne seront pas sans &#233;veiller quelques &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-&gt;article190'&gt;r&#233;ticences&lt;/a&gt; dans notre perspective Librologique : &#034;cr&#233;ateur&#034;, &#034;pro&#034;... Ce qui est fort dommage, puisque la suggestion d'un label &#034;approuv&#233; par l'auteur&#034; me para&#238;t tout &#224; fait judicieuse, afin de distinguer, dans un contexte de licences Libres pouvant donner lieu &#224; une profusion d'&#339;uvres d&#233;riv&#233;es de qualit&#233; et d'int&#233;r&#234;t variables, les &#339;uvres qui b&#233;n&#233;ficient d'un soutien particulier de l'auteur d'origine, soit qu'elles pr&#233;sentent &#224; ses yeux un int&#233;r&#234;t artistique, soit qu'elles lui semblent (par exemple dans le cas d'une traduction) refl&#233;ter fid&#232;lement sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au terme de &#034;pro&#034;, notons qu'il est ici utilis&#233; dans une logique &lt;i&gt;exactement inverse&lt;/i&gt; &#224; celle de Jamendo&#8482; que nous avons &lt;a href='http://archives.oumupo.org/07-Le-logos-de-Jamendos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;amplement critiqu&#233;e&lt;/a&gt; : un auteur &#034;pro&#034;, pour Paley, c'est un auteur qui a besoin du &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Copyleft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Copyleft&lt;/a&gt; le &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; pouss&#233; (celui de la licence GPL, Art Libre ou en l'occurrence &lt;a href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CC by-sa&lt;/a&gt;), et non d'&#234;tre pouss&#233; &#224; renoncer &#224; sa licence :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
CC-PRO est une licence Creative Commons qui r&#233;pond aux besoins sp&#233;cifiques des auteurs, artistes et musiciens professionnels. CC-PRO s'appuie sur la licence la plus puissante afin de garantir que les &#339;uvres de haute qualit&#233; seront promues et reconnues. En offrant la meilleure des protections contre &#224; la fois le plagiat et la censure, cette licence capte l'attention, invite &#224; la collaboration et sollicite la reconnaissance de votre public le plus important : les autres professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CC-PRO. Parce que le travail d'un professionnel m&#233;rite d'&#234;tre reconnu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des licences Libres en tant qu'&lt;a href=&#034;http://www.prosdelacom.com/uploads/news/a-black010808.jpg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;instrument de puissance&lt;/a&gt; &#8212; ou : comment ruiner un point de vue l&#233;gitime par des choix terminologiques d&#233;sastreux. La communaut&#233; Libre au sens large, et en particulier la fondation Creative Commons, ne sembla pas transport&#233;e d'enthousiasme par cette suggestion, au &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/10/20/creative-commons-branding-confusion/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;grand dam&lt;/a&gt; de Paley. &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/11/06/driving-without-a-license/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;courag&#233;e&lt;/a&gt; vis-&#224;-vis des licences en g&#233;n&#233;ral (sinon des subtilit&#233;s juridiques quelles qu'elles soient), plut&#244;t que d'adopter une &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/10/20/creative-commons-branding-confusion/comment-page-1/#comment-42480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licence plus int&#232;gre&lt;/a&gt; telle que &lt;a href=&#034;http://artlibre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Art Libre&lt;/a&gt;, elle lance &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2010/11/08/license-to-love/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fin 2010&lt;/a&gt; une nouvelle initiative :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Copier une &#339;uvre est un acte d'amour.&lt;/strong&gt; L'amour n'est pas assujetti &#224; la loi.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#9825; 2010 par Nina Paley. Veuillez me copier.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Paley baptise cette initiative le &lt;i&gt;copyheart&lt;/i&gt;, que je pourrais traduire (mais seulement si j'y &#233;tais oblig&#233; sous la menace des ba&#239;onnettes) par &#034;droit d'au-c&#339;ur&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le symbole &#9825; ne peut pas &#234;tre d&#233;pos&#233; (je l'esp&#232;re) et donc pas contr&#244;l&#233;. &#199;a me va tout &#224; fait. Il se peut, et il arrive, que d'autres gens utilisent le symbole &#9825; pour signifier toutes sortes de choses. Mais ce symbole poss&#232;de une signification culturelle partag&#233;e, qui transcende tout usage qu'une personne pourrait en faire. Son v&#233;ritable pouvoir r&#233;side dans le fait que ce n'est pas une licence, ni une marque commerciale. Ce symbole n'est pas soumis &#224; la loi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est sur le site &lt;a href=&#034;http://copyheart.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;copyheart.org&lt;/a&gt; qu'elle d&#233;veloppera son raisonnement (&#224; la premi&#232;re personne du pluriel, sous une forme de questions-r&#233;ponses qui n'est pas sans &#233;voquer sa page &#034;anarcho-syndicaliste&#034; que nous citions plus haut) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#233;cions et utilisons des licences Libres lorsqu'elles viennent &#224; propos ; cependant, elles ne r&#232;glent pas le probl&#232;me des restrictions au droit d'auteur. Plut&#244;t que de tenter d'&#233;duquer le monde entier aux complexit&#233;s du droit de propri&#233;t&#233; litt&#233;raire et artistique, nous pr&#233;f&#233;rons annoncer clairement nos intentions en une phrase simple :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#9825; Copier est un acte d'amour. Veuillez me copier.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le symbole &#034;copyheart&#034; &#9825; est-il d&#233;pos&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Non. C'est juste une p&#233;tition de principe. Son efficacit&#233; ne d&#233;pend que de l'usage qu'en font les gens, et non des pouvoirs publics. Voici d'autres symboles qui ne sont pas d&#233;pos&#233;s, mais dont la signification et l'intentionnalit&#233; sont largement comprises (m&#234;me de fa&#231;on imparfaite) :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&#10013;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#9770;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#10017;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#9786;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#9774;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#9851;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[NdT : Ce n'est &lt;a href=&#034;http://wayback.archive.org/web/*/http://www.cnduk.org/pages/binfo/logo.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/4984138.stm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tout &#224; fait&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.recyclingexpert.co.uk/rules-governing-use-recycling-logo.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exact&lt;/a&gt;.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le symbole &#034;copyheart&#034; &#9825; traduit-il un engagement l&#233;gal ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Probablement pas, mais vous pourriez tenter l'exp&#233;rience :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Adjoignez &#224; votre &#339;uvre le message &#034;copyheart&#034; &#9825;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Attaquez quelqu'un en justice pour copie ill&#233;gale.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Attendez de voir ce que vous r&#233;pondra le juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, les lois et la &#034;propri&#233;t&#233; de l'imaginaire&#034; n'ont pas la moindre place dans les relations amoureuses ou culturelles des gens. Cr&#233;er de nouvelles licences, de nouveaux contrats et engagements devant la loi ne fait que perp&#233;tuer le probl&#232;me, en amenant la loi &#8212; c'est-&#224;-dire la force &#233;tatique &#8212; dans des domaines o&#249; elle n'a rien &#224; faire. Le fait que le symbole &#9825; ne constitue pas un engagement l&#233;gal, n'est pas un &lt;i&gt;bug&lt;/i&gt; : c'est un plus !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous les efforts de formalisation, juridique et intellectuelle, poursuivis par le mouvement Libre depuis trois d&#233;cennies, Paley substitue une simple parole &#034;amoureuse&#034; (sinon &#233;l&#233;giaque, comme nous le verrons). Cette d&#233;marche n'est pas r&#233;volutionnaire (elle rappelle notamment le &lt;a href=&#034;http://datalove.me&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;datalove&lt;/a&gt;, le &lt;a href=&#034;http://www.kopimi.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;kopimi&lt;/a&gt; ou encore le &#034;&lt;i&gt;No Copyright&lt;/i&gt;&#034; du &lt;a href=&#034;http://piratpartiet.se&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Piratpartiet&lt;/a&gt;), et Paley ne cherche d'ailleurs pas &#224; la pr&#233;senter comme telle ; elle est, au sens propre, &lt;i&gt;r&#233;actionnaire&lt;/i&gt; : r&#233;action face au droit &#034;d'auteur&#034; classique, nous l'avons vu, mais &#233;galement r&#233;action face aux licences Libres elles-m&#234;me. Pour spontan&#233; et &lt;a href=&#034;https://scinfolex.wordpress.com/2011/05/27/copyheart-un-amour-de-licence-libre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rafra&#238;chissant&lt;/a&gt; qu'il puisse para&#238;tre, ce mouvement d'humeur ne laisse pas de m'interloquer : sans y chercher, comme d'&lt;a href=&#034;http://identi.ca/conversation/69678487#notice-72020248&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;autres&lt;/a&gt;, l'indice d'un affligeant &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Ir%C3%A9nisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ir&#233;nisme&lt;/a&gt; n&#233;o-hippy, j'y vois plut&#244;t une r&#233;volte &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2010/08/13/free-as-in-free-markets/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;libertarienne&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/02/16/electoral-politics/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anti-&#233;tatique&lt;/a&gt; et ici anti-syst&#232;me-l&#233;gal, attitude typiquement am&#233;ricaine et qui n'est pas sans rappeler celle de &lt;a href='http://archives.oumupo.org/02-Linus-a-gagne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Linus Torvalds&lt;/a&gt; &#8212; lequel est d'ailleurs exactement de la m&#234;me g&#233;n&#233;ration que Paley.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_542 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;168&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/wp-content/uploads/2011/04/ME_339_Advice.png&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH156/ME_339_Advice-1a30d5d3-095df.png?1772312590' width='500' height='156' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Conseil
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#034;&lt;i&gt;Peux-tu me donner un conseil ?&lt;br&gt;&#8212; Pourquoi &lt;strong&gt;me&lt;/strong&gt; demander comment vivre &lt;strong&gt;ta&lt;/strong&gt; vie ?&lt;br&gt;&#8212; Comme &#231;a, lorsque &#231;a tournera mal je saurai &#224; qui le reprocher.&lt;/i&gt;&#034;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, je ne peux que me demander s'il n'y a pas quelque chose d'irresponsable &#224; proposer un mod&#232;le de diffusion culturelle sans m&#234;me vouloir consid&#233;rer ses possibles implications juridiques. Par exemple, omettre (ici d&#233;lib&#233;r&#233;ment) le signe &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&#169;&lt;/code&gt; sur une &#339;uvre, en droit am&#233;ricain, a longtemps revenu &#224; renoncer &#224; tous droits dessus (patrimoniaux et moraux, puisque ces derniers n'existent pas en tant que tels) &#8212; comme un grand studio hollywoodien en a autrefois &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Charade_%281963_film%29#Public_domain_status&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fait l'exp&#233;rience&lt;/a&gt; involontairement. (Cette bizarrerie est en th&#233;orie &#034;corrig&#233;e&#034; depuis la ratification de la Convention de Berne en 1988, mais l'absence du signe &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&#169;&lt;/code&gt; est toujours unanimement d&#233;conseill&#233;e.) Mes pr&#233;occupations sont d'ailleurs partag&#233;es, par exemple par Mike Linksvayer de la Creative Commons Foundation, qui &lt;a href=&#034;http://gondwanaland.com/mlog/2010/12/14/censorheart/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; tr&#232;s clairement combien le &#034;&lt;i&gt;copyheart&lt;/i&gt;&#034; a pour effet pervers d'autoriser l'auteur (puis ses h&#233;ritiers) &#224; conserver l'int&#233;gralit&#233; de ses droits, &#224; commencer par celui de censurer quiconque utiliserait son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure Paley elle-m&#234;me connait &#8212; et respecte &#8212; les &lt;i&gt;v&#233;ritables&lt;/i&gt; droits des &lt;i&gt;v&#233;ritables&lt;/i&gt; auteurs. Ainsi, les nombreux effets sonores que Paley utilise dans ses dessins anim&#233;s, ne sont jamais &#034;cr&#233;dit&#233;s&#034; au &lt;a href=&#034;http://www.sitasingstheblues.com/credits.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;g&#233;n&#233;rique&lt;/a&gt; &#8212; pas plus que l'abondant mat&#233;riel photographique dont elle se sert sous forme de collages, dans ses animations ou bandes dessin&#233;es : le &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Fair_use&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;fair use&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; n'exon&#232;re pourtant pas de citer ses sources. Ce qui nous am&#232;ne &#224; un regard diff&#233;rent sur le film &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt;, qui a tant fait parler de lui quant aux chansons de Hanshaw... mais dont personne, &#224; ma connaissance, n'a soulign&#233; les &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; emprunts, plus discrets mais moins assum&#233;s. Quant aux chansons elles-m&#234;me, il ne me semble pas qu'elles soient sans soulever de questions. Comme le &lt;a href=&#034;http://questioncopyright.org/nina_paley_sita_interview#comment-4813&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fait remarquer&lt;/a&gt; agressivement un documentariste, c'est &lt;i&gt;en pleine connaissance de cause&lt;/i&gt; que Paley a choisi d'inclure dans son film des &#339;uvres potentiellement probl&#233;matiques, l&#224; o&#249; tout autre cin&#233;aste se serait tortur&#233; pendant longtemps sur la question du choix des musiques et de l'obtention des droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc voir dans la d&#233;marche de Paley, aussi bien une admirable int&#233;grit&#233; artistique sans concession... ou une attitude m&#233;prisante et irresponsable. &#192; ces deux points de vue possibles, le Libriste que je suis en ajoute un troisi&#232;me : de m&#234;me que les programmeurs de logiciels Libres, depuis plus de trente ans, sont oblig&#233;s de tout r&#233;inventer et r&#233;-impl&#233;menter par eux-m&#234;me, la solution la plus saine pour Paley n'aurait-elle pas &#233;t&#233; d'engager une poign&#233;e de musiciens (qui ne demanderaient pas mieux) pour recr&#233;er une bande sonore pleinement Libre, sur les m&#234;mes gestes et m&#234;mes intentions musicales ? En fin de compte, &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt; restera, non comme le premier long-m&#233;trage Libre que beaucoup attendaient (et attendent encore), mais comme une opportunit&#233; historique magistralement manqu&#233;e : outre ses emprunts incertains ou (seulement) partiellement d&#233;p&#233;nalis&#233;s, les &lt;a href=&#034;http://www.archive.org/details/Sita_Sings_the_Blues_Files&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fichiers source du dessin anim&#233;&lt;/a&gt; (d'ailleurs tr&#232;s peu mis en avant sur son site) requi&#232;rent l'utilisation d'un logiciel propri&#233;taire &#8212; et n'ont d'ailleurs m&#234;me pas &#233;t&#233; rendus publics. Quelles que soient ses intentions, quelle que soit sa licence, ce film n'incite pas &#224; la cr&#233;ation d'&#339;uvres d&#233;riv&#233;es : ni d'un point de vue technique, ni d'un point de vue juridique... ni m&#234;me, d'ailleurs (nous y reviendrons plus bas), d'un point de vue artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lacunes juridiques ou le manque de rigueur intellectuelle sont, certes, des travers pardonnables &#8212; et dont personne n'est exempt &#8212; ; cependant, Paley s'&#233;tant faite porte-parole du mouvement Libre, d&#233;tentrice d'un parole publique (ses &lt;a href=&#034;http://www.sitasingstheblues.com/speaking.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;conf&#233;rences&lt;/a&gt; constituent pour elle une importante source de revenus), ses travaux et son discours ne peuvent que se trouver happ&#233;s dans l'ambigu&#239;t&#233; de toute personne qui a &#224; la fois des convictions &#224; d&#233;fendre... et un produit &#224; vendre. Dans la &lt;a href=&#034;http://thepowerofopen.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brochure publicitaire&lt;/a&gt; que je mentionnais &lt;a href='http://archives.oumupo.org/07-Le-logos-de-Jamendos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il y a peu&lt;/a&gt;, Paley &#233;voque le &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/articles/20090824/1723375986.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lien financier&lt;/a&gt; qui l'unit &#224; son public :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque o&#249; mon film &#233;tait encore ill&#233;gal et que l'argent se perdait &#224; flots dans les frais de justice et de licences, j'ai dit comme une plaisanterie que si ce film &#233;tait gratuit, au moins je pourrais vendre des T-shirts. Et j'ai alors r&#233;alis&#233; que c'&#233;tait en fait l&#224; que l'argent se trouvait : dans les produits d&#233;riv&#233;s et les soutiens volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un artiste est fauch&#233;, tout le monde se dit que son travail ne doit pas &#234;tre si bon que &#231;a, alors que c'est sans rapport. J'ai aussi vu des artistes qui refusaient de cr&#233;er &#224; moins d'&#234;tre pay&#233;s. Pour moi, au contraire, je n'ai jamais touch&#233; autant d'argent que lorsque j'ai commenc&#233; &#224; utiliser la licence Creative Commons by-sa. Je suis au premier plan ; je n'ai pas besoin d'investir dans de la promotion, mes fans le font pour moi et ach&#232;tent mes produits d&#233;riv&#233;s. C'est en partageant que je devenue visible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Discours sensiblement diff&#233;rent de celui de &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Konrath&lt;/a&gt;, pour qui le &#034;poids&#034; d'un auteur est financi&#232;rement quantifiable. De fait, Paley est aussi prompte &#224; critiquer les &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/05/11/precious-sacred-idea/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;auteurs cupides&lt;/a&gt;... que ceux qui &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/08/22/commerce-is-bad/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;noncent&lt;/a&gt; (hypocritement selon elle) l'&lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/08/15/exploitation/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exploitation&lt;/a&gt; des b&#233;n&#233;voles. Dialectique pas enti&#232;rement surmont&#233;e par Paley, qui semble elle-m&#234;me, dans cette autre interview extraite du documentaire Libre &lt;a href=&#034;http://coagul.org/drupal/publication/t%C3%A9l%C3%A9chargement-documentaire-copier-nest-pas-voler&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Copier n'est pas voler&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;prouver quelques difficult&#233;s &#224; articuler ensemble ses motivations artistique, financi&#232;re et &#034;amoureuse&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Vous savez, je ne fais pas &#231;a pour l'argent. Je fais &#231;a par amour ; la plupart des artistes font &#231;a par amour. J'ai aussi besoin de me nourrir, donc... j'ai l'amour de l'argent &#8212; euh, je veux dire, ce n'est pas la m&#234;me sorte d'amour mais : je, je suis du genre, pro-argent. Je suis tr&#232;s pro-revenu pour les artistes. Mais en fait je suis pro-art. L'art &#8212; je suis au service de l'art, c'est cette vie que j'ai choisie, euh, c'est mon job. L'art vient d'abord.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une large part d'irrationnel dans l'affection d&#233;bordante que t&#233;moigne &#224; Paley son tr&#232;s large public, affection dont les motivations sont sans doute multiples. La communaut&#233; Libriste, tr&#232;s certainement, lui est infiniment reconnaissante d'avoir embrass&#233; la &#034;cause&#034; du copyleft : ainsi de ce &lt;a href=&#034;http://identi.ca/notice/81738387&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Libriste&lt;/a&gt; qui voit respectivement en Richard Stallman et Nina Paley... &#034;son papa et sa maman&#034;. Une composante d'attirance h&#233;t&#233;rosexuelle (physique ou imaginaire) n'est sans doute pas non plus &#224; exclure, dans une communaut&#233; &lt;i&gt;geek&lt;/i&gt; tr&#232;s majoritairement masculine et prompte &#224; se trouver des &#233;g&#233;ries parmi les personnalit&#233;s de sexe f&#233;minin, pour peu qu'elles soient vers&#233;es dans l'informatique (par exemple telle &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Kosciusko-Morizet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ex-ministre&lt;/a&gt; fran&#231;aise, &lt;a href=&#034;http://www.numerama.com/magazine/18213-nathalie-kosciusko-morizet-ne-tweete-plus.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; tort&lt;/a&gt;, ou telle &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Felicia_Day&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;actrice&lt;/a&gt; am&#233;ricaine, &lt;a href=&#034;http://www.techdirt.com/blog/casestudies/articles/20110818/03462515572/response-to-felicia-day-how-video-gets-funded-fragmented-digital-world.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; raison&lt;/a&gt; &#8212; &#244; &lt;a href=&#034;http://www.watchtheguild.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;combien&lt;/a&gt;) &#8212; ph&#233;nom&#232;ne d'ailleurs &#224; double tranchant, comme le montre cet internaute anonyme qui &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Nina_Paley&amp;diff=prev&amp;oldid=397943723&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remplace enti&#232;rement&lt;/a&gt; la page Wikip&#233;dia de Paley par : &#034;&lt;i&gt;Nina Paley est moche&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces facteurs d'explication, toutefois, ne semblent pas suffisants. En particulier, ils ne permettent pas de comprendre pourquoi le succ&#232;s de Paley s'&#233;tend au-del&#224; de la seule sph&#232;re Libriste ou &lt;i&gt;geek&lt;/i&gt;, et pourquoi, par exemple, le film &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt; se retrouve gratifi&#233; d'un &lt;a href=&#034;http://www.rottentomatoes.com/m/sita_sings_the_blues/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;score ahurissant&lt;/a&gt; de 100% sur le site de critiques Rotten Tomatoes &#8212; score que n'atteignent pas d'autres &lt;a href=&#034;http://www.rottentomatoes.com/m/juno/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;films ind&#233;pendants&lt;/a&gt; qui arborent eux aussi leur &lt;a href=&#034;http://www.rottentomatoes.com/m/usual_suspects/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faible budget&lt;/a&gt;. Le film de Paley est m&#234;me parvenu &#224; &lt;a href=&#034;http://blogs.suntimes.com/ebert/2008/12/having_wonderful_time_wish_you.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enchanter&lt;/a&gt; jusqu'au c&#233;l&#233;brissime et redoutable &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Roger_ebert&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rogert Ebert&lt;/a&gt;, lui aussi natif de la ville d'Urbana.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L400xH360/sita-sings-the-b-e2200b5f-eb825.jpg?1772299965' width='400' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Sita Sings The Blues
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ce long-m&#233;trage ne me semble pas exempt de reproches : montage maladroit (quelques lenteurs injustifi&#233;es, dialogues en champ/contrechamp poussifs), construction narrative pas toujours bien g&#233;r&#233;e (encha&#238;nements parfois trop syst&#233;matiques ou au contraire peu coh&#233;rents, d&#233;s&#233;quilibre global de la progression dramatique) esth&#233;tique ind&#233;cise (du dessin scann&#233;-tremblotant au dessin vectoriel somme toute assez impersonnel, en passant par des proc&#233;d&#233;s de collages pas toujours motiv&#233;s), manque de caract&#233;risation des personnages (&#224; l'exception notable des fameuses &#034;trois silhouettes&#034; qui conversent informellement avec un accent indien) ce film, surtout, &lt;i&gt;vieillit mal&lt;/i&gt; : ce qui aurait &#233;t&#233; une prouesse technique d'animation 2D au d&#233;but des ann&#233;es 2000 (voir le court-m&#233;trage &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-&gt;http:/www.ninapaley.com/fetchhome.html'&gt;&lt;i&gt;Fetch&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; r&#233;compens&#233; &#224; l'&#233;poque par quelques festivals), a bien du mal &#224; impressionner aujourd'hui. Quelque expressivit&#233; que recherche Paley (qui a &#233;t&#233; jusqu'&#224; &#034;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Rotoscopie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rotoscoper&lt;/a&gt;&#034; &#224; la main la danseuse Reena Shah), les formes g&#233;om&#233;triques et les couleurs tranch&#233;es persistent &#224; renvoyer constamment &#224; un &#034;degr&#233; z&#233;ro&#034; du &lt;i&gt;cartoon&lt;/i&gt;, o&#249; le lyrisme n'op&#232;re plus, et o&#249; se d&#233;samorce la volont&#233; de l'auteur, pourtant parfois ostensiblement r&#233;affirm&#233;e, de r&#233;aliser une &#339;uvre malgr&#233; tout &#034;s&#233;rieuse&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insuffisance n'est malheureusement pas rattrap&#233;e par la bande son : m&#234;me en &#233;tant sensible au charme des &lt;a href=&#034;http://fr.wiktionary.org/wiki/goualante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;goualantes&lt;/a&gt; des ann&#233;es 1920 (ce qui n'est h&#233;las pas mon cas), l'accompagnement musical est en fait constitu&#233; en majorit&#233;... de musique synth&#233;tique &lt;i&gt;parfaitement actuelle&lt;/i&gt; (r&#233;alis&#233;e notamment par &lt;a href=&#034;http://toddmichaelsen.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Todd Michaelsen&lt;/a&gt;), et &#224; vrai dire assez pauvre, quoiqu'elle tente de se donner quelques accents exotiques ind&#233;termin&#233;s. J'exposais plus haut mon regret qu'il n'ait pas &#233;t&#233; fait appel &#224; des musiciens d'aujourd'hui pour r&#233;-inventer des chansons aussi expressives que celles de Hanshaw ; comme si la r&#233;alisatrice, mue par la croyance que &lt;i&gt;seuls&lt;/i&gt; des objets musicaux anciens, sacralis&#233;s, pourraient atteindre &#224; une telle expressivit&#233;, s'&#233;tait montr&#233;e de ce fait bien moins exigeante quant &#224; la qualit&#233; des objets musicaux &#034;profanes&#034;, c'est-&#224;-dire modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue que je d&#233;veloppe ici, naturellement, repose sur beaucoup de subjectivit&#233;. Il montre n&#233;anmoins qu'il n'est pas &lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt; d'&#234;tre d&#233;&#231;u par &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt;, et partant, que les (au demeurant nombreuses) qualit&#233;s intrins&#232;ques du film ne suffisent pas &#224; expliquer ce fameux score de &#034;100%&#034;. C'est qu'op&#232;re un envo&#251;tement d'un autre ordre : derri&#232;re le mythe ancien qu'elle met en sc&#232;ne, se trouve en fait une &lt;i&gt;parole mythologique&lt;/i&gt; de Paley elle-m&#234;me. Pour d&#233;tourner le propos de Roland Barthes sur &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Minou_Drouet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Minou Drouet&lt;/a&gt;, l'enfant-po&#232;te des ann&#233;es 1950, &#034;&lt;i&gt;une l&#233;gende est une l&#233;gende. Oui, sans doute. Mais une l&#233;gende dite par Nina Paley, ce n'est d&#233;j&#224; plus tout &#224; fait une l&#233;gende, c'est une l&#233;gende d&#233;cor&#233;e, adapt&#233;e &#224; une certaine consommation, investie de complaisances visuelles, de r&#233;voltes, d'images, bref d'un&lt;/i&gt; usage &lt;i&gt;social qui s'ajoute &#224; la pure mati&#232;re&lt;/i&gt;&#034;. L&#224; o&#249; une l&#233;gende se pr&#234;te &#224; de multiples interpr&#233;tations, le film de Paley nous &lt;i&gt;dicte&lt;/i&gt; un mode de signification, et transforme son auteur m&#234;me en &lt;i&gt;figure&lt;/i&gt;, son &#233;criture m&#234;me en &lt;i&gt;message&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt; est plus qu'un exploit technique, fruit du travail tenace et courageux d'une seule personne avec des moyens tr&#232;s restreints : il est le &lt;i&gt;r&#233;cit&lt;/i&gt; &#8212; &#233;pique &#8212; de cet exploit. L'objet mythologique est donc moins le personnage de Sita, que le parcours de cette artiste qui, jeune, inconnue, (tr&#232;s relativement) isol&#233;e, a travaill&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es avec pour seule motivation d'exprimer avec originalit&#233; et courage, l'histoire de sa d&#233;couverte de l'Inde, de ses ruptures amoureuses et de son &#233;motion &#224; l'&#233;coute de vieilles chansons (je dis bien : l'&lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; de son &#233;motion, plus que l'&#233;motion elle-m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ostensiblement po&#233;tique (et renvoyant d'ailleurs fr&#233;quemment &#224; des motifs enfantins), l'&#233;criture visuelle de Paley peut se d&#233;crire comme la po&#233;sie de Minou Drouet que Barthes moquait en son temps : &#034;&lt;i&gt;une suite ininterrompue de&lt;/i&gt; trouvailles&lt;i&gt;, [qui] produit elle-m&#234;me une addition d'admirations&lt;/i&gt;&#034; &#8212; la comparaison s'arr&#234;te toutefois l&#224;, dans la mesure o&#249; Paley, comme nous le voyions ci-dessus, cherche &#224; raconter une histoire personnelle et autrement expressive, o&#249; la th&#233;matique de l'amour tient une place pr&#233;pond&#233;rante. Ce qui nous renvoie, curieusement, au &#034;&lt;i&gt;copyheart&lt;/i&gt;&#034; vers lequel Paley se tournera quelques ann&#233;es plus tard : qu'il soit narratif et autobiographique comme dans &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt;, ou symbolique sous forme de petits c&#339;urs, ce motif amoureux contamine tout le projet artistique de l'auteur (du moins tel qu'elle le d&#233;clare), qui semble ainsi vouloir s'abstraire, non seulement de rigueur juridique comme nous l'avons vu, mais m&#234;me de toute conceptualisation ou formalisme. On peut se demander si l'art, tel que le pratique et l'envisage Paley depuis 2004, n'est pas vou&#233; &#224; se r&#233;duire &#224; une parole &#233;l&#233;giaque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;165&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH281/CultOfOriginalit-6a909366-a0842.png?1772312590' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le culte de l'originalit&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#034;&lt;i&gt;Je pense que chaque message humain peut se r&#233;sumer en un seul, qui ne pourra jamais &#234;tre dit assez :&lt;/i&gt; Je vous aime.&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#9825; &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2009/12/28/the-cult-of-originality/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nina Paley&lt;/a&gt;, 2009.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La critique de Barthes &#224; laquelle je fais ici r&#233;f&#233;rence n'est donc pas incongrue ; il y a bien une &#233;criture &#034;mythologique&#034; dans &lt;i&gt;Sita Sings The Blues&lt;/i&gt;, mais pas au sens o&#249; l'entend l'auteur. Le mythe est ici l'&#339;uvre elle-m&#234;me... et ce mythe ne laisse de fait aucune place &#224; une pens&#233;e du r&#233;el, par exemple socio-politique, que Paley &lt;a href=&#034;http://www.wired.com/entertainment/hollywood/news/2008/04/sita&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;balaye elle-m&#234;me&lt;/a&gt; un peu rapidement : &#034;&lt;i&gt;Certains acad&#233;miciens bon chic bon genre ont d&#233;cid&#233;, sans se donner la peine de regarder l'&#339;uvre, que toute personne de couleur blanche qui entreprend un tel projet est par d&#233;finition raciste, et que c'est encore un exemple de n&#233;o-colonialisme.&lt;/i&gt;&#034;. Je n'irais certes pas jusque l&#224;, mais je dois avouer un certain malaise en voyant, dans l'&#034;interlude&#034; du film, les personnages de la mythologie indoue siroter un soda, grignoter du popcorn ou des hotdogs, tels des am&#233;ricains moyens. Peu importe qu'il &lt;a href=&#034;http://www.imdb.com/title/tt1172203/trivia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'agisse&lt;/a&gt; l&#224; d'une allusion, non pas aux &#201;tats-Unis directement, mais &#224; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Bollywood&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bollywood&lt;/a&gt; et &#224; l'Inde moderne, occidentalis&#233;e (quoique toujours fondamentalement in&#233;galitaire) : n'est-ce pas occulter que &lt;i&gt;ladite&lt;/i&gt; Inde moderne subit la domination &#233;conomique &#233;crasante &lt;i&gt;desdits&lt;/i&gt; &#201;tats-Unis, &#224; grands coups d'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_mondiale_du_commerce&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;OMC&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Fonds_mon%C3%A9taire_international&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;FMI&lt;/a&gt;, de &lt;i&gt;call-centers&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/feb/09/india-call-centres-accent-neutralisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;localis&#233;s&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.kalpana.it/eng/film/mukul/john&amp;jane.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;acculturants&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2007/05/12/Pouvez-vous-breveter-la-sagesse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brevets&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&#034;http://www.lesmotsontunsens.com/inde-coton-bt-ogm-resistance-maladie-7281&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;OGM&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'on n'entend plus Paley, aujourd'hui, parler de surpopulation (sinon de fa&#231;on &lt;a href=&#034;http://mimiandeunice.com/2011/08/05/digital-economy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;tourn&#233;e&lt;/a&gt;), de justice sociale ou de d&#233;fense des minorit&#233;s. Cette page de sa vie militante est manifestement tourn&#233;e, enti&#232;rement remplac&#233;e par son engagement Libriste. Tout comme, dans un m&#234;me temps, son travail artistique autrefois polygraphique et polytechnique, semble avoir perdu en hardiesse ce qu'il a gagn&#233; en coh&#233;rence et en accessibilit&#233;. De m&#234;me, enfin, que son &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site web&lt;/a&gt; autrefois &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Nina10Feedback.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exub&#233;rant&lt;/a&gt; d'&lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/trophycase.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;humour&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/Words/poetrycorner-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;curiosit&#233;s&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&#034;http://www.ninapaley.com/goldenego.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;auto-ironie&lt;/a&gt;, se r&#233;sume aujourd'hui &#224; un blog Wordpress relativement terne &#8212; o&#249; elle n'&#233;voque ses travaux pass&#233;s que comme &#034;&lt;i&gt;anciens et d&#233;pourvus d'int&#233;r&#234;t&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre Nina Paley, avec le succ&#232;s, a-t-elle enfin trouv&#233; une place &#224; part enti&#232;re dans le monde culturel Libre, un &#233;quilibre apaisant, un &#226;ge de raison artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou peut-&#234;tre est-ce l&#224;, tout simplement, ce que l'on nomme vieillir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est paru en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/11/librologie-nina-paley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;. N'h&#233;sitez pas &#224; y poster vos &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/11/librologie-nina-paley#comments&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentaires&lt;/a&gt;, dont voici un aper&#231;u :&lt;/p&gt;
&lt;iframe class=&#034;framakom&#034; src=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/11/librologie-nina-paley#comments&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>07 - Le logos de Jamendos</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/07-Le-logos-de-Jamendos</link>
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		<dc:date>2011-10-11T23:15:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Avec cette &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Librologie&lt;/a&gt;, d&#233;couvrons ensemble quelques aspects pittoresques du parler entrepreneurial cens&#233;ment Libre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Librologies-" rel="directory"&gt;Librologies&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie d'articles&lt;/a&gt; reprend et d&#233;veloppe quelques r&#233;flexions dont j'avais jet&#233; les bases lors d'une &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Le-Libriste-et-le-Pro' class=&#034;spip_in&#034;&gt;conf&#233;rence&lt;/a&gt; donn&#233;e en 2011 aux &lt;a href=&#034;http://rmll.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rencontres Mondiales du Logiciel Libre&lt;/a&gt; de Strasbourg, intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Libriste et le Pro : mythologies des pratiques culturelles Libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/04/librologie-jamendo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les zones d'intersection entre le mouvement Libre et le monde capitaliste sont nombreuses dans le domaine informatique. Pas une semaine ne se passe sans que je ne d&#233;couvre de nouvelles &lt;a href=&#034;http://www.libre-informatique.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entreprises&lt;/a&gt;, plus ou moins &lt;a href=&#034;http://www.linagora.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;volumineuses&lt;/a&gt;, un peu &lt;a href=&#034;http://bearstech.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;partout&lt;/a&gt; en France ; au niveau international, le succ&#232;s de grosses entreprises telles que &lt;a href=&#034;http://www.redhat.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Redhat&lt;/a&gt; n'est plus &#224; d&#233;montrer et les plus &lt;a href=&#034;http://www.google.com/about/corporate/company/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;colossaux&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://developers.facebook.com/opensource/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;succ&#232;s&lt;/a&gt; de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente (et m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.ad-mkt-review.com/public_html/air/ai200201.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plus t&#244;t&lt;/a&gt;) ne sauraient s'expliquer sans le logiciel Libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est sensiblement diff&#233;rente en ce qui concerne les &#339;uvres culturelles sous licences Libres : l'on aurait du mal &#224; trouver des &#233;quivalents aux exemples ci-dessus, en termes de quantit&#233; ou d'envergure. (Nous avons d'ailleurs &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;sent&#233;&lt;/a&gt;, dans la chronique pr&#233;c&#233;dente, quelques facteurs d'explication : un retard d'environ quinze ans du mouvement Libre dans le domaine culturel par rapport &#224; l'informatique, un relatif d&#233;sint&#233;r&#234;t de la communaut&#233; Libriste par rapport &#224; ce qui sort du champ de la culture de consommation, et l'opinion r&#233;pandue que, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'art est d'une moindre &lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt; que les logiciels.) Et pourtant, quelques entreprises se font jour dans le domaine culturel, qui tentent de transposer, &#224; une &#233;chelle r&#233;duite, certains &lt;i&gt;business model&lt;/i&gt;s de l'informatique Libre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L227xH54/Jamendo_Orange-48b15b42-4d660.png?1772312175' width='227' height='54' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parlant, sur lequel je voudrais m'attarder aujourd'hui, est &#224; trouver aupr&#232;s du site &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jamendo.com&lt;/a&gt;, dont nous tout d'abord allons voir comment il se pr&#233;sente sur sa &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Jamendo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page Wikip&#233;dia&lt;/a&gt; au moment o&#249; je r&#233;dige cette chronique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Jamendo est un site Web qui propose des albums de musique en t&#233;l&#233;chargement gratuit. Les artistes, qui autorisent cette gratuit&#233; pour les internautes gr&#226;ce aux licences ouvertes, peuvent, s'il le souhaitent, &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;s gr&#226;ce aux dons des utilisateurs, au partage de 50 % des revenus publicitaires de Jamendo, ou encore gr&#226;ce &#224; la vente de licences d'utilisation commerciales de leur musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site Internet Jamendo est l'un des principaux acteurs du mouvement des musiques libres en France, avec un positionnement annonc&#233; comme &#171; le Red Hat de la musique libre &#187;. Jamendo est une start-up, bas&#233;e au Luxembourg. Elle a &#233;t&#233; financ&#233;e fin ao&#251;t 2006 par Mangrove Capital Partners, les investisseurs de Skype. Fin 2008, Jamendo est entr&#233; en concurrence avec la SACEM et les &#233;diteurs traditionnels en cr&#233;ant Jamendo Pro, un site annexe bas&#233; sur le principe de CC Plus qui propose des licences pour l'utilisation commerciale de la musique &#224; des prix comp&#233;titifs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour approximative et maladroite qu'elle soit, cette description &#8212; qui a d'ailleurs peut-&#234;tre &#233;t&#233; mise &#224; jour depuis que je l'ai relev&#233;e &#8212; n'en m&#233;rite pas moins d'&#234;tre cit&#233;e et comment&#233;e avec soin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Jamendo est un site Web qui propose des albums de musique en t&#233;l&#233;chargement gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notons que nulle part dans cette phrase, pas plus que dans la suivante, n'appara&#238;t le mot &#034;Libre&#034;. On parle de gratuit&#233;, terme &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses#libre_veut_il_dire_gratuit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;tr&#232;s diff&#233;rent&lt;/a&gt; et &#233;ventuellement orient&#233; (j'y reviens). Je remarque par ailleurs, ce qui pourrait sembler &#233;vident mais ne l'est pas &lt;a href=&#034;https://twitter.com/#!/saschem/status/73138955104694272&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#233;cessairement&lt;/a&gt;, que sur Jamendo l'unit&#233; de mesure de la musique est l'&lt;i&gt;album&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les artistes, qui autorisent cette gratuit&#233; pour les internautes gr&#226;ce aux licences ouvertes, peuvent, s'il le souhaitent, &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;s gr&#226;ce aux dons des utilisateurs, au partage de 50 % des revenus publicitaires de Jamendo, ou encore gr&#226;ce &#224; la vente de licences d'utilisation commerciales de leur musique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avec la gratuit&#233;, la &#034;r&#233;mun&#233;ration&#034; : un vrai catalogue des &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mots interdits&lt;/a&gt; de Richard Stallman. Je tique quant &#224; moi sur le terme &#034;artistes&#034;, qui est le terme employ&#233; &lt;a href=&#034;http://www.numerama.com/magazine/14433-jaimelesartistesfr-n-est-plus-le-nom-de-domaine-n-a-pas-ete-renouvele.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'envi&lt;/a&gt; par une certaine propagande gouvernementale. Comme je l'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224; expos&#233;&lt;/a&gt;, &#234;tre &#034;artiste&#034; est un statut social, pas une profession : les termes &#034;musiciens&#034;, &#034;auteurs&#034;, &#034;interpr&#232;tes&#034; auraient ici &#233;t&#233; plus pr&#233;cis et moins orient&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#034;Libre&#034; est encore une fois absent, remplac&#233; par des &#034;licences ouvertes&#034;, traduction peu &#233;l&#233;gante (sinon impropre), du terme &lt;i&gt;open&lt;/i&gt; dans l'expression &lt;i&gt;open-source&lt;/i&gt; ; en fait, la tournure de cette proposition est tellement maladroite et r&#233;v&#233;latrice que je vous propose de la lire &#224; nouveau :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les artistes [...] autorisent cette gratuit&#233; pour les internautes gr&#226;ce aux licences ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous y sommes : en un mouchoir de poche sont mis en rapport la gratuit&#233; et les &#034;internautes&#034; (implicitement d&#233;sign&#233;s comme seuls d&#233;tenteurs d'une suppos&#233;e &#034;id&#233;ologie du tout-gratuit&#034; que j'ai d&#233;j&#224; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Mon-ami-le-tout-gratuit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;amplement pourfendue&lt;/a&gt;), et la &#034;licence&#034; n'est plus que le moyen qui permet d'autoriser cette mise en rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur 62 mots dans ces deux premi&#232;res phrases, plus de 40 ont &#233;t&#233; consacr&#233;s exclusivement &#224; des aspects mon&#233;taires (gratuit&#233; et r&#233;mun&#233;ration). Ce champ lexical &#233;conomique/entrepreneurial se poursuit dans le second paragraphe, avec des termes tels que &#034;positionnement&#034;, &#034;start-up&#034;, &#034;investisseurs&#034;, &#034;concurrence avec la SACEM&#034; [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt; !!], &#034;utilisation commerciale &#224; des prix comp&#233;titifs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_496 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L320xH480/funny-pictures-c-ba7f75c7-4611b.jpg?1772312175' width='320' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bref, Jamendo est une entreprise &lt;a href=&#034;http://www.numerama.com/magazine/d/8064-jamendo-la-musique-libre-prise-au-serieux.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;rieuse&lt;/a&gt; et veut que cela se sache. L'influence du mod&#232;le Red Hat est revendiqu&#233;e et effectivement perceptible... Mais peut-&#234;tre faudrait-il pr&#233;cis&#233;ment &#233;tudier de plus pr&#232;s l'image m&#234;me dont b&#233;n&#233;ficie cette derni&#232;re soci&#233;t&#233; aupr&#232;s des communaut&#233;s Libristes. En effet, l'enthousiasme et la confiance du monde Libre vis-&#224;-vis de Red Hat me semble s'expliquer moins par son succ&#232;s en tant qu'entreprise, que par ses &lt;i&gt;contributions&lt;/i&gt; actives au monde du logiciel Libre : Red Hat figure parmi les plus gros contributeurs au noyau Linux, d&#233;veloppe une &lt;a href=&#034;http://fedoraproject.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;distribution&lt;/a&gt; GNU/Linux et quelques &lt;a href=&#034;http://et.redhat.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;outils&lt;/a&gt; pr&#233;cieux, et surtout emploie quelques-unes des personnalit&#233;s pr&#233;&#233;minentes du logiciel Libre : &lt;a href=&#034;http://0pointer.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lennart Poettering&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://ajaxxx.livejournal.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adam Jackson&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.csn.ul.ie/~airlied/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;David Airlie&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://fedoraproject.org/wiki/User:Spot&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tom Calloway&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Fontana&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Richard Fontana&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://www.happyassassin.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adam Williamson&lt;/a&gt;, pour n'en citer que quelques-uns... Avant de qualifier Jamendo de &#034;Red Hat de la musique Libre&#034;, il conviendrait donc de chercher d'abord o&#249; se trouvent ses contributions au mouvement Libre en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous allons tenter de faire ici, avec une chronique sensiblement plus longue que d'habitude (oui, tout ce qui pr&#233;c&#232;de n'&#233;tait que l'entr&#233;e en mati&#232;re !). Avant d'aller plus loin, je me dois de pr&#233;ciser c&#233;ans que je n'ai jamais &#233;t&#233; impliqu&#233; dans aucune pol&#233;mique concernant Jamendo ; je n'ai eu qu'une seule occasion de rencontrer l'un de ses dirigeants, je n'ai contribu&#233; qu'&#224; un seul &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/album/7281&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;album&lt;/a&gt; et n'ai post&#233; qu'un seul &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/forums/discussion/13367/concert-du-13-septembre-2007/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;message&lt;/a&gt; sur le forum &#8212; quant &#224; mes propres &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Ecriture-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pratiques&lt;/a&gt; musicales, elles se situent &#224; peu pr&#232;s aux antipodes de tout ce que Jamendo peut conna&#238;tre. Je ne suis pas proche de bloggueurs anti-jamendistes, et j'ai moi-m&#234;me eu l'occasion de promouvoir des &#034;artistes Jamendo&#034; notamment dans le cadre de mon engagement au &lt;a href=&#034;http://partipirate.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Parti Pirate&lt;/a&gt; jusqu'en 2010. Comme dans toutes ces &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chroniques&lt;/a&gt;, je ne cherche ici qu'&#224; relater m&#233;thodiquement de quelle fa&#231;on Jamendo m'appara&#238;t aujourd'hui et pourquoi je parviens &#224; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure publique du site est le jeune fran&#231;ais &lt;a href=&#034;http://www.sylvainzimmer.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sylvain Zimmer&lt;/a&gt;, nomm&#233; &lt;a href=&#034;http://www.paperjam.lu/archives/2009/07/3006_NL_CYEL/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jeune Entrepreneur de l'ann&#233;e&lt;/a&gt; 2009 au Luxembourg pour le succ&#232;s de Jamendo. Derri&#232;re lui se trouvent les (moins jeunes) entrepreneurs luxembourgeois &lt;a href=&#034;http://pierreneo.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pierre G&#233;rard&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://lkratz.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Laurent Kratz&lt;/a&gt;, d&#233;j&#224; associ&#233;s auparavant dans plusieurs start-ups sans aucun rapport &#8212; pour autant que je puisse en juger &#8212; avec la musique ou les licences alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne brille pas par sa transparence, le montage financier derri&#232;re Jamendo peut &#234;tre reconstitu&#233; au prix d'une recherche dans le &lt;i&gt;M&#233;morial C&lt;/i&gt; du Grand-Duch&#233;. Fond&#233;e en novembre 2004, la soci&#233;t&#233; &#233;ditrice du site se nomme originellement Peermajor, au capital de 12.500&#8364; dont seulement 500&#8364; d&#233;tenus par M. Zimmer, le reste &#233;tant investi par la soci&#233;t&#233; N4O, fond&#233;e le m&#234;me jour par MM. G&#233;rard et Kratz, au capital de 50.000&#8364; (laquelle, si je comprends bien, sert &#233;galement de parapluie pour leurs autres entreprises Neofacto ou Neonline &#8212; qu'ils vendront par la suite &#224; New Media Lux). En 2007, M. Zimmer constitue sa propre entreprise, (judicieusement) nomm&#233;e BestCaseScenario, et rach&#232;te un tiers des parts. Quelques semaines plus tard, Peermajor suscite l'int&#233;r&#234;t de l'investisseur capital-risque (&lt;i&gt;venture capitals&lt;/i&gt;) &lt;a href=&#034;http://www.mangrove-vc.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mangrove&lt;/a&gt;, lequel porte capital de l'entreprise &#224; 21.600&#8364; (dont 1.100&#8364; investis par Bryan Garnier Holdings). Fin 2007 est cr&#233;&#233;e la soci&#233;t&#233; Jamendo S.A., au capital de 31.000&#8364; (qui sera port&#233; en 2009 &#224; 38.600&#8364;, toujours par Mangrove). L'affaire s'av&#233;rant moins rentable qu'esp&#233;r&#233;, Jamendo est au bord du d&#233;p&#244;t de bilan au printemps 2010... lorsqu'elle trouve en la soci&#233;t&#233; &lt;a href=&#034;http://www.musicmatic.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MusicMatic&lt;/a&gt; un investisseur motiv&#233; qui, avec 500.000&#8364; euros suppl&#233;mentaires (sur deux millions initialement demand&#233;s !), en prend le contr&#244;le total.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_497 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L280xH68/logoMusicMatic-2bb39ca9-961ed.gif?1772312175' width='280' height='68' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, il me semble ressortir plusieurs choses. La premi&#232;re est que M. Zimmer, s'il est la figure publique la plus visible et celui dont la &lt;i&gt;success story&lt;/i&gt; est mise en avant, n'a en r&#233;alit&#233; jamais eu de v&#233;ritable pouvoir dans le projet. La deuxi&#232;me est que d&#232;s son origine, Jamendo a pour finalit&#233; d'&#234;tre, au moins &#224; moyen terme, financi&#232;rement rentable ; et la troisi&#232;me enfin, que cet objectif n'a cess&#233;, au fil des ans et des investissements, de se faire plus pressant. Cette &#233;volution n'a pas &#233;t&#233; sans &#234;tre per&#231;ue par les contributeurs au site (chanteurs et musiciens), particuli&#232;rement ceux des premiers temps qui avaient initialement cru trouver en Jamendo un projet essentiellement communautaire et en ad&#233;quation avec leur &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des tentatives de &#034;mon&#233;tisation&#034; du site, sous des formes plus ou moins voyantes : l'arriv&#233;e d'encarts publicitaires sur les pages du site, par exemple, souleva en 2006 des &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20061127004617/http://www.jamendo.com/fr/artist/sam/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parodies mordantes&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20070905020552/http://www.culturelibre.net/article.php3?id_article=338&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;critiques enflamm&#233;es&lt;/a&gt; mais non d&#233;pourvues de fondement. D'un point de vue juridique tout d'abord, comment concilier cette d&#233;marche avec la pr&#233;sence sur Jamendo de nombreuses &#339;uvres sous licences interdisant les usages commerciaux ? Mais la v&#233;ritable question &#233;tait d'ordre &#233;thique : difficile pour des contributeurs ayant fait le choix (difficile et ingrat, nous y reviendrons) des licences alternatives, de voir leur travail servir de revenu mon&#233;taire &#224; une entreprise en laquelle ils se reconnaissaient de moins en moins. Cette dimension &#233;thique (aussi bien que les subtilit&#233;s juridiques, d'ailleurs) sembla &#233;chapper aux dirigeants : pour citer M. Zimmer &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/forums/discussion/4312/1/la-banderole-rouge-stop-a-la-pub-sur-jamendo--ridicule-/?p=forum&amp;forum_page=comments&amp;domain=fr#Item_1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans le texte&lt;/a&gt; (ce n'est pas moi qui souligne), &#034;&lt;i&gt;il faut savoir aller jusqu'au bout de ses id&#233;es. &lt;strong&gt;`libre' ca veut dire que demain SFR prend le CD et le met dans une de ses pubs sans demander l'autorisation&lt;/strong&gt;.&lt;/i&gt; &#034; Euh, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Copyleft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pardon&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, la seule r&#233;ponse de l'entreprise fut d'ordre ni &#233;thique ni juridique, mais financier : en &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2007/01/15/jamendo-launches-its-advertising-revenue-sharing-program-with-its-artists/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;offrant&lt;/a&gt; aux contributeurs la possibilit&#233; (sic) de toucher la moiti&#233; des revenus publicitaires, Jamendo acheva de montrer quelle &#233;tait son optique... Tout en s'achetant &#8212; litt&#233;ralement &#8212; l'image d'une entreprise agissant &#034;pour les artistes&#034;. (Ce qui n'est d'ailleurs que partiellement vrai, dans la mesure o&#249; Jamendo ne redistribue de pourcentage des dons et recettes que lorsque ceux-ci atteignent un certain plafond, excluant donc de fait une large part des contributeurs.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;122&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/StopPubJamendo-Banner.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH500/StopPubJamendo-Banner-f09c4.png?1772312590' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Banni&#232;re appos&#233;e en 2006 sur certaines jaquettes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La banni&#232;re en question fut enlev&#233;e par les administrateurs. &lt;i&gt;Bien &lt;a href=&#034;http://www.crise-de-foi.com/article-effet-streisand-et-effet-flamby-77061976.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jou&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire qu'il existe, dans le milieu Libriste, plusieurs voix de dissension vis-&#224;-vis de Jamendo. Certaines, autant le dire, ne sont &lt;a href=&#034;http://www.aimsalibre.com/?p=1431&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/forums/discussion/3679/dossier-jamendo-sur-ratiatum/#Item_12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;toujours&lt;/a&gt; tr&#232;s &lt;a href=&#034;http://www.aimsalibre.com/forum/viewtopic.php?id=1752&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;labor&#233;es&lt;/a&gt;, ou se contentent parfois d'une posture anti-capitaliste, voire d'un brin de nationalisme lorsque l'on sugg&#232;re qu'il n'est pas innocent que Jamendo ait choisi son pays de r&#233;sidence hors des fronti&#232;res de la France natale de M. Zimmer. Je passerai tr&#232;s vite sur cette critique de fort mauvais go&#251;t : n'ayant jamais eu le bonheur de m'y rendre, je ne peux douter que le Luxembourg soit une contr&#233;e tr&#232;s agr&#233;able dont les appas ne sauraient se r&#233;sumer &#224; son r&#233;gime fiscal et bancaire &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/11/rap-info/i2311-51.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notoirement paradisiaque&lt;/a&gt; &#8212; par une touchante et merveilleuse co&#239;ncidence, c'est &#233;galement ce pays qu'a choisi la firme Apple (dont on conna&#238;t trop peu la sensibilit&#233; aux charmes des grand-duch&#233;s d'Europe), pour y &lt;a href=&#034;http://owni.fr/2011/09/16/ou-apple-planque-ses-thunes-luxembourg-itunes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;implanter son service iTunes&lt;/a&gt; un an avant Jamendo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres encore se sont &lt;a href=&#034;http://www.dogmazic.net/static.php?op=musiqueIndex.php&amp;album=1415+-+V&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;concentr&#233;s&lt;/a&gt; sur le &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/artist/l.l.de.mars&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rejet&lt;/a&gt; de la publicit&#233;, les &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/forums/discussion/25165/violations-de-copyrights-regroupement/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;violations&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;http://www.numerama.com/forum/topic/92706-jamendo-franchissent-la-ligne-rouge/?s=c9d1fec2253519a0e17855a6ed819915&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licences&lt;/a&gt; (notamment &lt;a href=&#034;http://www.dogmazic.net/modules.php?ModPath=phpBB2&amp;ModStart=viewtopic&amp;p=42556&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;non-commerciales&lt;/a&gt;). Ou encore, la d&#233;sinvolture des administrateurs vis-&#224;-vis du droit d'auteur, qui &lt;a href=&#034;http://getsatisfaction.com/jamendo/topics/licence_art_libre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n'h&#233;sitent pas&lt;/a&gt; &#224; modifier la licence d'&#339;uvres sans m&#234;me en informer leurs auteurs, ou &#224; tenter de censurer des opinions peu favorables &#224; la soci&#233;t&#233; (outre l'exemple ci-dessus, nous en verrons un autre plus bas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres enfin d&#233;noncent, &#224; juste titre, le manque d'information de nombreux &#034;artistes&#034; qui &lt;a href=&#034;http://kd2.org/r/jamendo-licences&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;choisissent&lt;/a&gt; des licences non-Libres, ou encore s'inscrivent &#224; la fois &#224; la SACEM et sur Jamendo, montrant par l&#224; qu'ils voient en ce site comme une simple plateforme de diffusion comme une autre, branch&#233;e et &#034;sociale&#034; &#8212; quand de fait, tout les y invite. Enfin certaines critiques de Jamendo me semblent m&#233;riter une attention particuli&#232;re, qu'elles se &lt;a href=&#034;http://jamendo-chroniques.over-blog.net/categorie-11942530.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;concentrent&lt;/a&gt; sur le &lt;a href=&#034;http://www.irma.asso.fr/La-musique-libre-n-est-pas-libre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vocabulaire&lt;/a&gt; employ&#233; par le site &#224; des fins promotionnelles (comme nous le ferons ici-m&#234;me) ou fassent &lt;a href=&#034;http://jamendouille.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;feu de tout bois&lt;/a&gt; de fa&#231;on caustique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils se trompent certainement en consid&#233;rant que Jamendo a &#034;mal tourn&#233;&#034; (nous avons vu que la recherche de profit &#233;tait inscrite d&#232;s le d&#233;but, comme dirait son &lt;a href=&#034;http://www.paperjam.lu/archives/2010/06/2206_NL_Jamendo/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;PDG actuel&lt;/a&gt;, dans l'&lt;i&gt;ADN&lt;/i&gt; de Jamendo), il est compr&#233;hensible que ces commentateurs aient &#233;t&#233; frapp&#233;s par la fa&#231;on dont le site a &#233;volu&#233; au cours des ans :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/jamendo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH289/jamendo-6db1a.jpg?1772312590' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jamendo en 2005
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/capture1-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH290/capture1-3-964d6.png?1772312590' width='500' height='290' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jamendo en 2006
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/capture-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH313/capture-2-152cd.png?1772312591' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jamendo en 2008
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/capture1-4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH355/capture1-4-9ef77.png?1772312591' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jamendo en 2009
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/png/capture.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH364/capture-42f90.png?1772312591' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jamendo en 2011
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Coins arrondis, d&#233;grad&#233;s, gros boutons, &#233;volution des couleurs et du logo : le &lt;i&gt;design&lt;/i&gt; se modernise et surtout, pour reprendre le langage des sites d'entreprise, se &lt;i&gt;professionnalise&lt;/i&gt;. Ce qui frappe &#233;galement, c'est la &lt;i&gt;conqu&#234;te de l'image&lt;/i&gt; : les photos, dans un premier temps, se multiplient, puis s'agrandissent. Elles changent &#233;galement de nature, des jaquettes d'&#034;albums&#034; soumises par les utilisateurs, on passe &#224; quelques jaquettes s&#233;lectionn&#233;es, puis aujourd'hui &#224; des photos illustratives &#034;de stock&#034; enti&#232;rement choisies par les responsables du site. Cependant, pour r&#233;v&#233;lateur qu'il soit, l'habillage importe peu ; le &lt;i&gt;logo&lt;/i&gt; de Jamendo m'int&#233;resse moins que son &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le message qu'il propage, volontairement ou non, &#224; travers ses choix terminologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, la premi&#232;re information visible (et mise en avant) sur le site, est le nombre de pistes sonores disponibles : il s'agit l&#224; du vertige des grands nombres que nous &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;voquions&lt;/a&gt; r&#233;cemment, et de cette manie de la quantification des &lt;i&gt;contenus&lt;/i&gt; culturels. Le slogan, apr&#232;s cinq ans de &lt;i&gt;Ouvrez grand vos oreilles&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; remplac&#233; par &lt;i&gt;Le meilleur de la musique libre&lt;/i&gt;, dans une formulation &lt;a href=&#034;https://encrypted.google.com/search?q=&#034;le+meilleur+de+la+musique+*&#034;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inspir&#233;e&lt;/a&gt; par les radios commerciales et les hits-parade en tous genres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'entend-on ici par &#034;libre&#034; ? Comme l'&lt;a href=&#034;http://blogs.kd2.org/bohwaz/?2010/12/09/346-la-musique-est-elle-libre-vraiment-libre-etude-du-catalogue-jamendo#c952&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;admet volontiers&lt;/a&gt; M. Zimmer lui-m&#234;me, parler de &#034;musique libre&#034; comme l'on parle de &#034;logiciel Libre&#034; n'a &#034;pas beaucoup de sens&#034; &#224; ses yeux : &#034;&lt;i&gt;c'est un d&#233;bat valide&lt;/i&gt;, dit-il &#8212; ce qui n'est &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pas mon avis&lt;/a&gt; &#8212;, &lt;i&gt;mais peu int&#233;ressant&lt;/i&gt;.&#034; Est-ce &#224; dire que le site-phare du Libre... se soucie peu de savoir &lt;i&gt;s'il l'est&lt;/i&gt; ? Nous y reviendrons dans un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute entreprise moderne, Jamendo se doit de faire oublier qu'elle est une entreprise : merveilles du &lt;i&gt;branding&lt;/i&gt;, l'on ne dira plus (comme dans une &lt;a href=&#034;http://www.generation-nt.com/jamendo-gnt-entretien-sur-la-musique-libre-actualite-7196.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interview&lt;/a&gt; de M. Zimmer en 2005) &#034;les artistes de Jamendo&#034;, &#034;les artistes qui sont sur Jamendo&#034; ou &#034;les artistes pr&#233;sents sur Jamendo&#034;... Mais l'on dira : &#034;&lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2011/06/16/recompensons-les-meilleurs-artistes-jamendo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les artistes Jamendo&lt;/a&gt;&#034;, &#034;&lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/11/13/vivez-a-fond-lexperience-jamendo-sur-facebook/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'exp&#233;rience Jamendo&lt;/a&gt;&#034;, &#034;&lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/12/10/de-la-musique-jamendo-sur-deezer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de la musique Jamendo&lt;/a&gt;&#034; et, il fallait s'y attendre, &#034;&lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/04/27/du-contenu-jamendo-au-japon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du contenu Jamendo&lt;/a&gt;&#034;. Oubliez l'entreprise : Jamendo est une &lt;i&gt;marque&lt;/i&gt; (d&#233;p&#244;ts 948744 et 4425021 &#224; l'INPI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;tabli clairement, &#224; ce stade, que Jamendo&#8482; se d&#233;finit &#8212; d&#232;s ses origines m&#234;me &#8212; par sa d&#233;marche entrepreneuriale, au d&#233;triment d'une (re)connaissance des licences Libres et du mouvement qui les sous-tend. Dans l'&lt;a href=&#034;http://www.generation-nt.com/jamendo-gnt-entretien-sur-la-musique-libre-actualite-7196.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interview&lt;/a&gt; de 2005 d&#233;j&#224; mentionn&#233;e, M. Zimmer avance les arguments &#034;culturels&#034; classiques (&#034;&lt;i&gt;la musique, c'est avant tout une passion avant d'&#234;tre une histoire de thunes&lt;/i&gt;&#034;), et laisse &#233;chapper quelques id&#233;olog&#232;mes r&#233;v&#233;lateurs : &#034;&lt;i&gt;La propri&#233;t&#233; intellectuelle, &#231;a existe.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;les sanctions&lt;/i&gt; [pour t&#233;l&#233;chargement ill&#233;gal] &lt;i&gt;ne devraient pas d&#233;passer l'amende pour vol d'un CD &#224; l'&#233;talage&lt;/i&gt;&#034; &#8212; mais &lt;a href=&#034;http://torrentfreak.com/copyright-infringement-and-theft-%E2%80%93-the-difference-110827/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pourquoi&lt;/a&gt; diable ? &#8212; ou encore &#034;&lt;i&gt;La moiti&#233; de l'&#233;quipe de Jamendo bosse sous Mac ! iTunes c'est bien, sinon &#231;a ne marcherait pas autant&lt;/i&gt;&#034;, et enfin l'immanquable &#034;&lt;i&gt;un balayeur est un balayeur, mais un artiste local n'est pas inconnu&lt;/i&gt;&#034; &#8212; &lt;a href=&#034;http://www.myfacewhen.com/327/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;euh&lt;/a&gt;, comment dire...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L295xH345/55yc1-72cd101e-99ee8.jpg?1772312176' width='295' height='345' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En admettant que la recherche du profit n'est pas une id&#233;ologie en soi (voire !), il me semble qu'on est amen&#233;, lorsque l'on voit Jamendo&#8482; &lt;a href=&#034;http://www.guardian.co.uk/media/pda/2008/mar/26/elevatorpitchjamendowantst&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compar&#233;&lt;/a&gt; par M. Kratz &#224; un &#034;Wikip&#233;dia de la musique&#034;, &#224; se demander si ses dirigeants ont v&#233;ritablement compris les tenants et aboutissants du mouvement Libre. M. G&#233;rard est plus &lt;a href=&#034;http://pierreneo.blogspot.com/2010/04/jamendo-2010.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;complex&#233;&lt;/a&gt; sur son blog (o&#249; l'on appr&#233;ciera par ailleurs le jargon entrepreneurial : &#034;&lt;i&gt;deal&lt;/i&gt;&#034;, &#034;fourniture&#034;, &#034;le &lt;i&gt;shop&lt;/i&gt;&#034; et j'en passe) : &#034;&lt;i&gt;L'objectif principal pour nous est bien s&#251;r le d&#233;veloppement commercial, notre ambition est de mettre en place de meilleurs canaux commerciaux et aussi des flux musicaux d'encore meilleure qualit&#233;. Car avant tout ne l'oublions pas, Jamendo c'est de la musique et souvent de la bonne musique en libre t&#233;l&#233;chargement gratuit et l&#233;gal pour le grand public !&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Libre t&#233;l&#233;chargement&#034; &#233;tant bien s&#251;r &#224; prendre ici au sens de &#034;libre de droits&#034;, expression &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses#libre_veut_il_dire_libre_de_droits' class=&#034;spip_in&#034;&gt;abusive&lt;/a&gt; sur laquelle nous reviendrons. Quant &#224; l'expression &#034;t&#233;l&#233;chargement gratuit et l&#233;gal&#034; (adjectifs auxquels s'adjoindra &#224; l'occasion &#034;illimit&#233;&#034;, voir ci-dessous), elle est simplement calqu&#233;e sur les argumentaires publicitaires de &lt;a href=&#034;http://telecharger.musique.sfr.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fournisseurs d'acc&#232;s&lt;/a&gt; ou de &lt;a href=&#034;http://www.numerama.com/magazine/3985-mp3tunes-propose-du-telechargement-legal-gratuit-et-illimite.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sites&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/high-tech/20080618.OBS9105/telechargement-illimite-et-legal-a-moins-de-10-euros.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commerciaux&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamendo&#8482; se d&#233;finit lui-m&#234;me comme &lt;i&gt;fournisseur&lt;/i&gt; de musique (ainsi l'on ne parlera ni de &#034;r&#233;pertoire&#034; ni de &#034;catalogue&#034;, mais d'&#034;offre&#034;), et son &#034;c&#339;ur de cible&#034; est moins &#224; chercher parmi les m&#233;lomanes que parmi les &lt;a href=&#034;http://pro.jamendo.com/musique-ambiance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;choppes&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://pro.jamendo.com/fr/coiffure&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;salons de coiffure&lt;/a&gt;, o&#249; la musique se diffuse au kilom&#232;tre et se vend au poids : &#034;&lt;i&gt;des &lt;strong&gt;milliers d'heures&lt;/strong&gt; de musique &lt;strong&gt;sans interruption&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&#034; (ce n'est pas moi qui souligne). On comprend mieux, d&#232;s lors, l'int&#233;r&#234;t de &lt;a href=&#034;http://www.musicmatic.com/about.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MusicMatic&lt;/a&gt; pour Jamendo&#8482; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
MusicMatic g&#232;re et diffuse des flux musicaux et vid&#233;o pour les r&#233;seaux de points de ventes [et leur offre] une r&#233;elle solution innovante de diffusion de musique et de contenu.[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la maturit&#233; des technologies de transmission de donn&#233;es, un hardware performant et une suite de logiciels propri&#233;taires [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;] ont permis &#224; MusicMatic de concevoir une plateforme unique qui cr&#233;e, diffuse et g&#232;re en temps r&#233;el des centaines de programmes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Revoil&#224; donc l'id&#233;ologie du &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt;, sur laquelle nous avons &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224; dit&lt;/a&gt; tout ce qu'il y avait &#224; dire : Jamendo&#8482; est, en d&#233;finitive, un exemple parmi d'autres de la marchandisation de l'&lt;i&gt;User-Generated Content&lt;/i&gt; que nous &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;crivions&lt;/a&gt; il y a peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis ici &#034;parmi d'autres&#034; de fa&#231;on tr&#232;s litt&#233;rale ; si je devais placer ici une r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes, je parlerais du motif de l'&lt;i&gt;identification&lt;/i&gt; qui consiste &#224; dire qu'apr&#232;s tout, les autres civilisations sont &#034;comme nous&#034;. &#201;tant &#233;tabli que &#034;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/ITunes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;iTunes&lt;/a&gt; c'est bien&#034;, alors de Jamendo&#8482; &#224; Deezer il n'y aura &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/12/10/de-la-musique-jamendo-sur-deezer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qu'un pas&lt;/a&gt;, et l'on essayera m&#234;me &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/11/06/jamendo-sur-facebook/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/11/13/vivez-a-fond-lexperience-jamendo-sur-facebook/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/11/19/illustrez-votre-statut-facebook-avec-de-la-musique-jamendo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/11/27/suivez-tout-ce-quecoutent-vos-amis-facebook/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s&lt;/a&gt; fort de s'int&#233;grer &#224; Facebook&#8482; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Vivez &#224; fond l'exp&#233;rience Jamendo sur Facebook !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Installez l'application Jamendo sur votre profil Facebook et profitez de Jamendo dans un environnement Facebook ! [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, vous disposerez d'un onglet Jamendo sur votre profil Facebook sur lequel s'afficheront vos albums favoris. Quoi de mieux pour afficher les perles rares que vous avez d&#233;couvertes sur Jamendo !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'attendez plus, installez l'application Jamendo pour Facebook d&#232;s aujourd'hui !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Petit jeu : &#224; votre tour Jamendo&#8482;, ma&#238;trisez le &lt;i&gt;branding&lt;/i&gt; Facebook&#8482; et apprenez &#224; faire de la publicit&#233; Jamendo&#8482; ! En toute simplicit&#233; Facebook&#8482;, il vous suffit de faire des phrases Jamendo&#8482; normales puis d'adjoindre derri&#232;re chaque substantif Facebook&#8482;, tant&#244;t le mot Jamendo&#8482;, tant&#244;t le mot Facebook&#8482;. &#201;tonnant, non ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe le plus, c'est &#224; quel point cette terminologie est en fait, au mot pr&#232;s, celle du syst&#232;me traditionnel, des &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_majors_du_disque&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;majors&lt;/a&gt; du disque (auquel M. Zimmer se r&#233;f&#232;re explicitement, comme en t&#233;moigne le nom de sa soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;Peermajor&lt;/i&gt; ou cette charmante expression de &#034;concurrence avec la SACEM&#034; sur la page Wikip&#233;dia) au gouvernement en passant par la SACEM et la HAD&#338;PI. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; le substantif &#034;artistes&#034;, l'expression &#034;propri&#233;t&#233; intellectuelle&#034; ou le &#034;contenu&#034;, le jargon publicitaire et entrepreneurial st&#233;r&#233;otyp&#233;, les proc&#233;d&#233;s de &lt;i&gt;branding&lt;/i&gt; et l'emphase constante sur les aspects mon&#233;taires et quantifiables ; nous avons vu &#233;galement que ce &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas d&#251; &#224; l'&#233;volution du site, mais pr&#233;sent d&#232;s son origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Autre petit jeu : parmi les r&#233;clames suivantes &#8212; bourr&#233;es de &lt;a href=&#034;http://coulmont.com/blog/2009/05/19/utilisation-prenoms-publicite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;noms&lt;/a&gt; &#8212; se cachent deux publicit&#233;s datant de janvier 2005. L'une concerne un site (cens&#233;ment) Libriste, l'autre une action de propagande gouvernementale anti-&#034;piratage&#034;. Saurez-vous trouver lesquelles ?)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L249xH353/julien-1e5ed-084be73f-48dae.jpg?1772312176' width='249' height='353' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L208xH357/gerardJPG-a3c9c880-f3265.jpg?1772312176' width='208' height='357' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L329xH450/913555-1128803-dad93ff4-ba709.jpg?1772312176' width='329' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L254xH190/af_9_z-18430551-20176.jpg?1772312176' width='254' height='190' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L334xH353/928055-1100026-d0e5146a-38a5e.jpg?1772312176' width='334' height='353' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L320xH480/090119_mgmt_eger-bf38dd8c-369db.jpg?1772312176' width='320' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH375/publicite-jamend-1cab59e2-cb634.jpg?1772312591' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L400xH300/campagne-de-pub--cdff4123-029c8.jpg?1772312176' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tuxboard.com/photos/2011/06/Campagne-HADOPI-Emma-LePrince-auteure.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH374/Campagne-HADOPI--bb837b15-93116.jpg?1772312591' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;br style=&#034;clear:both&#034;&gt;
&lt;p&gt;De fait, Jamendo&#8482; semble entretenir avec la l&#233;gislation un rapport complexe, voire &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Personnalit%C3%A9_borderline&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;borderline&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Au moment de l'&#233;laboration de la loi dite &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_d%27auteur_et_droits_voisins_dans_la_soci%C3%A9t%C3%A9_de_l%27information&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dadvsi&lt;/a&gt; en 2006, si de nombreux &lt;a href=&#034;http://blogs.kd2.org/bohwaz/?2005/12/21/66-litanie-contre-dadvsi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contributeurs&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/forums/discussion/4395/jamendo-et-la-loi-dadvsi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voient&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/forums/search/?PostBackAction=Search&amp;Keywords=dadvsi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;naturellement&lt;/a&gt; en Jamendo&#8482; un &lt;a href=&#034;http://gentechspace.free.fr/barrablog/index.php?2006/05/27/10-bientot-ici-un-billet-sur-jamendo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;alli&#233;&lt;/a&gt; &#034;Libre&#034; contre le gouvernement, le site (d'ailleurs de droit luxembourgeois et non fran&#231;ais) se montre en fait d'une &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2006/05/03/jamendo-dans-libe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;discr&#233;tion&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2006/04/07/mactouch-evoque-les-implications-de-la-la-loi-dadvsi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remarquable&lt;/a&gt;. En 2009, Jamendo&#8482;semble vouloir corriger le tir en se &#034;positionnant&#034; contre la loi dite &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Cr%C3%A9ation_et_Internet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hadopi&lt;/a&gt;, qualifi&#233;e d'&#034;idiote&#034; (suivant en cela le positionnement d'autres entreprises cens&#233;ment Libres, telle &lt;a href=&#034;http://www.inlibroveritas.net/la-bataille-hadopi.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ILV&lt;/a&gt; &#224; qui une large part du pr&#233;sent article pourrait d'ailleurs &#233;galement s'appliquer). Les deux &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/03/12/hadopi-jamendo-lance-le-remerciement-gradue/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;initiatives&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2010/10/27/jamendo-lance-la-carte-jaime-la-musique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;successivement&lt;/a&gt; lanc&#233;es &#224; cette occasion auront en commun de parodier des actions du gouvernement, et d'aborder la probl&#233;matique, de nouveau, sous un aspect exclusivement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L191xH190/logoPur-home-nob-3735f8ba-2a413.png?1772312176' width='191' height='190' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le m&#234;me Jamendo&#8482; s'emploie en fait &#224; cultiver de bonnes relations avec le gouvernement fran&#231;ais et la SACEM : par exemple, en 2011 le site se pr&#233;cipitera pour demander une &lt;a href=&#034;http://www.pur.fr/plateformes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;accr&#233;ditation&lt;/a&gt; officielle. S'il n'est &lt;a href=&#034;http://docs.google.com/viewer?url=http%3A%2F%2Faltermusique.org%2Fa-propos%2Fpresse%2Fcp-altermusique-candidature-hadopi.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas le seul&lt;/a&gt; &#224; entreprendre cette d&#233;marche, sa &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2011/05/25/jamendo-labellisation-hadopi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;justification&lt;/a&gt; quelque peu embarrass&#233;e et &#224; teneur enrichie en id&#233;olog&#232;mes, vaut le d&#233;tour :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous avons critiqu&#233; la loi Hadopi qui, pour nous, est une mauvaise r&#233;ponse &#224; un vrai probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lequel &#034;vrai probl&#232;me&#034; n'est pas, comme nous l'aurions na&#239;vement cru, la volont&#233; des puissants d'assujettir les citoyens-internautes, mais... le comportement des &#034;nouvelles g&#233;n&#233;rations&#034; ; comportement qu'il n'est d'ailleurs pas dangereux (ou dommageable &#224; la d&#233;mocratie) de vouloir r&#233;primer, mais simplement &#034;illusoire&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Il est, &#224; notre sens, illusoire de vouloir imposer aux nouvelles g&#233;n&#233;rations des r&#232;gles de comportements compl&#232;tement d&#233;pass&#233;es. De nombreux artistes, des labels et des plate-formes Internet ont &#233;galement critiqu&#233; cette loi et surtout son aspect r&#233;pressif. L'avenir nous permettra de juger.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression n'est donc pas le but de cette loi, mais &#8212; comme le gouvernement nous l'a doctement expliqu&#233; &#8212; seulement un &#034;aspect&#034; ; d'ailleurs pourquoi s'en faire, puisque cette loi ne fonce pas droit dans le mur, mais ouvre un &#034;avenir&#034; &#8212; que rien n'emp&#234;che d'&#234;tre radieux...&lt;br class='manualbr' /&gt;Admirons maintenant la figure de gymnastique rh&#233;torique par laquelle le locuteur aboutit &#224; une conclusion qu'il pr&#233;sente (&#224; ses propres yeux ?) comme logique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Demander le label Hadopi n'est donc [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt; !] pas pour Jamendo un revirement de position. Si nous obtenons ce label cela permettra aux artistes diffusant leur musique sur notre site et aux internautes qui les &#233;coutent, de savoir que cette offre est totalement l&#233;gale. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre pr&#233;sent aux c&#244;t&#233;s des plus grands acteurs de la musique comme les Majors et des start-ups les plus dynamiques ne peut que valoriser notre d&#233;marche et garantir la diversit&#233; de l'offre musicale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#034;Diversit&#233;&#034; : encore un terme id&#233;ologiquement tr&#232;s charg&#233;, emprunt&#233; directement au &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; gouvernemental. Quant &#224; la &#034;valorisation&#034; &#233;voqu&#233;e, il faut bien &#233;videmment l'entendre au sens de valeur mon&#233;taire et c'est bien l&#224;, on est pr&#234;t &#224; le croire, la motivation de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on ne peut d&#233;cemment expliquer que tout le monde est en fait d'accord depuis toujours &#8212; ce serait un peu gros &#8212;, la solution de rechange est ce proc&#233;d&#233; rh&#233;torique de &lt;i&gt;fausse concession&lt;/i&gt; que Barthes d&#233;crit sous le nom de &#034;vaccine&#034; (notamment dans son analyse des publicit&#233;s pour la margarine Astra). En l'occurrence, cela revient &#224; dire aux internautes : &#034;&lt;i&gt;certes, nous avons eu nos divergences par le pass&#233; ; mais elles &#233;taient finalement&lt;/i&gt; inessentielles&lt;i&gt;, et de toute fa&#231;on tout cela est derri&#232;re nous aujourd'hui&lt;/i&gt;.&#034; C'est ainsi que les &lt;a href=&#034;http://www.ecrans.fr/Des-Assises-du-piratage-a-sens,5997.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Assises du piratage&lt;/a&gt; propos&#233;es par le gouvernement fran&#231;ais en janvier 2009, avec les bons &lt;a href=&#034;http://aromates.net/monde-numerique/synthese-colloque-monde-culturel-et-internet-vers-une-reconciliation/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soins&lt;/a&gt; de l'agence publicitaire Aromates, se sont transform&#233;es en assises... de la &lt;a href=&#034;http://www.sacd.fr/Monde-culturel-et-internet-vers-une-reconciliation-Le-16-janvier-au-Palais-Bourbon.963.0.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;conciliation&lt;/a&gt; ! Assises au demeurant sponsoris&#233;es par...&lt;br class='manualbr' /&gt;(Un dernier petit jeu : parmi les sponsors de ces &#034;assises&#034;, se cache une entreprise cens&#233;ment Libre. Saurez-vous trouver o&#249; ?)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH109/sponsors-e860c.png?1772312591' width='500' height='109' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente chronique, si longue soit-elle, ne pr&#233;tend pas &#224; l'exhaustivit&#233;. Cependant elle serait certainement incompl&#232;te si je n'abordais pas ici le point saillant terminologique qui m'a &#224; l'origine, disons, vivement incit&#233; &#224; l'&#233;crire : j'aimerais comprendre &lt;strong&gt;ce que PRO veut dire&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2009, alors m&#234;me que M. Kratz explique &lt;a href=&#034;http://www.droit-technologie.org/actuality-1209/loi-hadopi-le-debat-peut-commencer.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;doctement&lt;/a&gt; que &#034;[son] &lt;i&gt;m&#233;tier, c'est la d&#233;sinterm&#233;diation d'artistes autoproduits&lt;/i&gt;&#034;, Jamendo&#8482; &lt;a href=&#034;http://www.ecrans.fr/Jamendo-PRO-On-s-est-degage-de,7167.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lance&lt;/a&gt; une nouvelle op&#233;ration commerciale intitul&#233;e (ou &lt;i&gt;brand&#233;e&lt;/i&gt;) &lt;a href=&#034;http://pro.jamendo.com/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jamendo Pro&lt;/a&gt;. L'activit&#233; de cette subdivision, si je comprends bien, se nomme &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/06/10/quand-le-licensing-fait-kliq/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;licensing&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et consiste &#224; vendre des &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/01/29/licencier-sa-musique-via-jamendo-plus-concret-que-jamais/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exceptions&lt;/a&gt; de licence, r&#233;inventant d'ailleurs une &lt;a href=&#034;http://www.fsf.org/blogs/rms/selling-exceptions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pratique&lt;/a&gt; du milieu informatique Libre : moyennant finance, le client s'exon&#232;re des clauses de la licence de l'&#339;uvre (Libre ou non-Libre, &lt;i&gt;copyleft&lt;/i&gt; ou non, non-commerciale ou pas). En d'autres termes, nous ne sommes plus dans le Libre mais dans le &lt;i&gt;libre de droits&lt;/i&gt; et c'est d'ailleurs comme cela que le site se pr&#233;sente initialement :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L300xH250/1106231205391323-fc5fc69a-df1aa.gif?1772312176' width='300' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L484xH471/musique-libre-de-d9aed4c1-b4cc4.jpg?1772312176' width='484' height='471' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br style=&#034;clear:both&#034;&gt;
Ce qui soul&#232;ve plusieurs questions. Tout d'abord, les artistes sont-ils pleinement inform&#233;s et conscients de l'exploitation qui sera faite de leur travail ? Pour &lt;a href=&#034;http://jamendouille.free.fr/blog/?p=158&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;certains&lt;/a&gt;, la r&#233;ponse est non et la d&#233;marche de Jamendo&#8482; &lt;a href=&#034;http://jamendo-chroniques.over-blog.net/categorie-11942530.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;confine &#224; l'escroquerie&lt;/a&gt;. Une &lt;a href=&#034;http://www.ipetitions.com/petition/forcing_jamendo_to_realy_support_their_artists/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#233;tition&lt;/a&gt; sera m&#234;me lanc&#233;e, un mouvement de contestation se &lt;a href=&#034;http://torrentnews.net/2011/06/16/jamendopro-label-jamendo-no-pro/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fait jour&lt;/a&gt; avec le mot d'ordre &#034;&lt;strong&gt;No Pro&lt;/strong&gt;&#034;, que Jamendo&#8482; tentera, &#224; nouveau, de &lt;a href=&#034;http://torrentnews.net/2011/06/24/1310-censure-jamendo-demande-a-youtube-de-censurer-la-video-torrentnews-sur-les-menaces-des-artistes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;censurer&lt;/a&gt;. D'un point de vue juridique ensuite, rendre une &#339;uvre &#034;libre de tous droits&#034; &#233;tant absolument impossible en droit fran&#231;ais, il n'est possible de s'en approcher que moyennant un contrat tr&#232;s pr&#233;cis entre le r&#233;cipiendaire et l'ayant-droit principal (l'auteur, auquel Jamendo&#8482; se substitue ici). Par ailleurs, je reste particuli&#232;rement dubitatif quant &#224; la valeur juridique de ces &#034;certificats&#034; de Non-Sacemit&#233; que pr&#233;tend d&#233;livrer Jamendo&#8482; : outre qu'ils n'exon&#232;rent pas, par exemple, des redevances de r&#233;mun&#233;ration dite &#034;&#233;quitable&#034;, ils s'ajoutent de fa&#231;on parfaitement superflue aux licences alternatives d&#233;j&#224; appliqu&#233;es aux &#339;uvres. Certes, nous avons pu voir qu'en mati&#232;re de licences Libres Jamendo&#8482; n'en est pas &#224; une approximation pr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://jamendouille.free.fr/blog/wp-content/uploads/certif.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH287/certif-1e2008f8-86e2c.jpg?1772312591' width='500' height='287' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin d'un point de vue &#233;thique : l'id&#233;ologie du mouvement Libre (que j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Entretiens-d-un-Libriste' class=&#034;spip_in&#034;&gt;amplement&lt;/a&gt; d&#233;crite &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ailleurs&lt;/a&gt;) vise &#224; &lt;i&gt;rendre&lt;/i&gt; aux auteurs le contr&#244;le et la place dont tout un syst&#232;me d'interm&#233;diaires les avait d&#233;poss&#233;d&#233;s, et ce que fait ici Jamendo&#8482; est... &lt;i&gt;tr&#232;s exactement&lt;/i&gt; l'inverse. Cependant, il me semble que toutes ces critiques, si m&#233;rit&#233;es soient-elles, laissent de c&#244;t&#233; le plus ahurissant, qui &#224; mon sens se trouve dans l'&lt;i&gt;intitul&#233;&lt;/i&gt; m&#234;me : &lt;strong&gt;Jamendo Pro&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L306xH85/jamendo-2-30ebf.jpg?1772312176' width='306' height='85' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re lecture que j'en fais (au-del&#224; de l'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;aversion&lt;/a&gt; que m'inspire la dichotomie arbitraire amateur/professionnel) est tout simplement que, pour un &#034;artiste&#034;, la seule fa&#231;on d'&#234;tre &#034;pro&#034; est de renoncer &#224; sa licence Libre. La propagande du gouvernement, des industriels et de la SACEM ne dit &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Amateurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pas autre chose&lt;/a&gt; : &#034;nous ne reconnaissons pas l'existence de licences alternatives, car nous nous adressons aux &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt; professionnels&#034; &#8212; je ne compte plus les fois o&#249; des interlocuteurs me l'ont affirm&#233; en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me lecture possible, ce vocable &#034;Pro&#034; ne qualifierait pas les auteurs et musiciens eux-m&#234;me, mais la client&#232;le potentielle de Jamendo&#8482; : commer&#231;ants, restaurateurs, salons de coiffure. En y r&#233;fl&#233;chissant bien, c'est peut-&#234;tre encore pire : cela reviendrait &#224; diviser la soci&#233;t&#233; en deux. D'un c&#244;t&#233;, les &#034;professionnels&#034; : ceux qui coiffent, ceux qui tiennent boutique, en un mot ceux qui &lt;i&gt;vendent&lt;/i&gt;. Et de l'autre... eh bien de l'autre les &#034;artistes&#034; : comme je l'expliquais au d&#233;but m&#234;me de cet article, ce mot-id&#233;olog&#232;me d&#233;signe un statut social, et non une profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la derni&#232;re lecture possible &#8212; si elle ne rend gu&#232;re hommage &#224; l'intelligence et l'int&#233;grit&#233; des tenanciers de Jamendo&#8482; &#8212; est peut-&#234;tre la moins d&#233;gradante et la plus probable : il s'agirait &lt;i&gt;tout simplement&lt;/i&gt; d'une marque, d'un slogan destin&#233; &#224; app&#226;ter le chaland de m&#234;me que l'on ne compte plus les entreprises qui proposent des produits &#034;pro&#034; sans n&#233;cessairement d&#233;finir ce qu'elles entendent par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons donc, comme nous l'avons fait depuis le d&#233;but de cet article, que Jamendo&#8482; n'est qu'une entreprise parmi d'autres, qui tente de survivre et se d&#233;velopper dans l'&lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/philosophy/words-to-avoid.fr.html#Ecosystem&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;cosyst&#232;me&lt;/a&gt; capitaliste moderne. De fait, son existence m&#234;me n'est pas sans pr&#233;senter quelqu'int&#233;r&#234;t : &lt;i&gt;success story&lt;/i&gt; &#233;difiante (dont on ne peut que souhaiter qu'elle se perp&#233;tue), tentative de d&#233;finir un mod&#232;le alternatif (m&#234;me si ledit mod&#232;le s'av&#232;re fortement similaire au syst&#232;me ant&#233;rieur)... Le site m&#234;me de Jamendo&#8482;, dont nous avons soulign&#233; &#8212; peu innocemment &#8212; l'aspect &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt;, offre &#224; de nombreux musiciens et auteurs, Libristes ou non, un espace pr&#234;t-&#224;-l'emploi, d'allure sympathique et &#224; forte &lt;i&gt;visibilit&#233;&lt;/i&gt; &#8212; ce qui constitue d'ailleurs l'argument principal et le moins contestable, pour le meilleur et pour le &lt;a href=&#034;http://lkratz.blogspot.com/2006/02/jamendo-sur-tf1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pire&lt;/a&gt;, du projet Jamendo&#8482;. Comme je le disais plus haut, il m'est moi-m&#234;me arriv&#233; d'en faire usage et de le recommander ; si certaines de ses initiatives me laissent &lt;a href=&#034;http://blog.jamendo.com/2009/05/26/nouveau-sur-jamendo-les-artistes-ouvrent-boutique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;indiff&#233;rent&lt;/a&gt;, j'en trouve d'autres originales et brillantes, telle cette &lt;a href=&#034;http://www.jamendo.com/fr/artists/mainstream&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page&lt;/a&gt; qui permet aux m&#233;lomanes de trouver des alternatives &#034;Libres&#034; aux musiciens les plus c&#233;l&#232;bres, exactement comme il en &lt;a href=&#034;http://www.osalt.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;existe&lt;/a&gt; du &lt;a href=&#034;http://lesalternatives.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c&#244;t&#233;&lt;/a&gt; des &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Correspondance_entre_logiciels_libres_et_logiciels_propri%C3%A9taires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;logiciels&lt;/a&gt; (je ne suis &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pas choqu&#233;&lt;/a&gt; par l'id&#233;e de ne pas consid&#233;rer les &#339;uvres d'art diff&#233;remment des logiciels).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH421/capture4-2-de3ad.png?1772312591' width='500' height='421' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vous aimez les Beatles ?
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une possible r&#233;ponse au #cpcpl...
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je suis saisi (comme d'autres avant moi) par l'ambig&#252;it&#233; du choix de Jamendo&#8482;, ou plut&#244;t de son refus de choisir explicitement, entre &#034;faire des affaires&#034; (comme le &lt;a href=&#034;http://books.google.com/books?id=jc0QWjHhqFkC&amp;lpg=PA117&amp;pg=PA117#v=onepage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#232;re&lt;/a&gt; de Pr&#233;vert), et se faire l'avocat des licences Libres. (Tout particuli&#232;rement lorsque ce dernier domaine semble ici si mal ma&#238;tris&#233;.) Cette posture de &#034;Libriste malgr&#233; soi&#034;, Jamendo&#8482; l'a plus ou moins assum&#233;e &#224; ses d&#233;buts, port&#233; par un &#233;lan de sympathie de la communaut&#233; Libriste qu'il n'a ni su, ni voulu, rejeter ; aujourd'hui encore il ne se passe pas un trimestre sans que Jamendo&#8482; soit cit&#233; en exemple, par exemple dans le r&#233;cent &lt;a href=&#034;http://thepowerofopen.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;pliant publicitaire&lt;/a&gt; de la fondation Creative Commons &lt;i&gt;The Power Of Open&lt;/i&gt; (du reste enti&#232;rement financ&#233; par Google&lt;sup&gt;&#174;&lt;/sup&gt;), ou encore dans des colloques ou &lt;a href=&#034;http://lacantine.org/events/premier-salon-creative-commons-a-paris&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;salons&lt;/a&gt;. J'ai moi-m&#234;me eu l'occasion de me retrouver &#224; un d&#233;bat public, seul repr&#233;sentant &#8212; l&#233;gitime ou non &#8212; du mouvement Libre dans un &lt;a href=&#034;http://www.moxity.com/events/time-the-indie-music-event&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;traquenard&lt;/a&gt; pseudo-&#034;ind&#233;&#034; organis&#233; &#224; la gloire de la S.A.C.E.M. et des industries culturelles, au c&#244;t&#233; de M. G&#233;rard qui faisait ici office d'alibi &#034;alternatif&#034; alors qu'il n'&#233;tait venu que dans l'espoir tr&#232;s modeste de promouvoir ses produits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce &#224; dire que, d&#233;lib&#233;r&#233;ment ou non, Jamendo&#8482; &lt;a href=&#034;http://gnuzer.legtux.org/culture-libre-hypocrisie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jette le discr&#233;dit&lt;/a&gt; sur la &#034;culture Libre&#034; toute enti&#232;re ? Ce risque, s'il me semble r&#233;el, ne m'inqui&#232;te pas outre mesure : l'histoire nous a montr&#233; que l'&#233;volution de l'art et de la culture appartient aux auteurs davantage qu'aux interm&#233;diaires. &#192; mon sens, le principal int&#233;r&#234;t du site jamendo.com est l'espace de c&#244;toiement qu'il constitue, fortuitement, entre diff&#233;rents modes de pens&#233;e et de consommation culturelle, et qui nous a ici permis d'examiner de nombreux points de frictions et de divergences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#8212; relatif &#8212; succ&#232;s commercial et entrepreneurial que repr&#233;sente aujourd'hui Jamendo&#8482; n'est ni une victoire, ni une d&#233;faite du Libre : ce sont deux ph&#233;nom&#232;nes ind&#233;pendants. Quelque sentiment d'agacement l'on puisse ressentir devant le discours de ses responsables (propos in&#233;l&#233;gants, impr&#233;cisions conceptuelles ou terminologies orient&#233;es), Jamendo&#8482; ne me semble m&#233;riter d'autre antagonisme que celui de ses concurrents, et d'autre enthousiasme que celui de ses actionnaires ; quant &#224; son attitude envers le mouvement Libre, elle t&#233;moigne moins d'un m&#233;pris que d'une m&#233;connaissance profonde. L'&#233;thique Libre n'est pas ind&#233;sirable chez Jamendo&#8482; : elle lui demeure seulement, ontologiquement et irr&#233;ductiblement, &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est paru en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/04/librologie-jamendo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;, o&#249; il a &#233;t&#233; salu&#233; par de nombreux &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/04/librologie-jamendo#comments&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentaires&lt;/a&gt; dont voici un aper&#231;u. N'h&#233;sitez pas &#224; y adjoindre les v&#244;tres !&lt;/p&gt;
&lt;iframe class=&#034;framakom&#034; src=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/10/04/librologie-jamendo#comments&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>06 - &#192; quoi r&#234;vent les moutons &#233;lectriques</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques</guid>
		<dc:date>2011-10-04T18:58:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;En explorant quelques questions (justifi&#233;es ou non) que soul&#232;ve l'application des licences alternatives hors du domaine informatique, cette nouvelle &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Librologie&lt;/a&gt; s'interroge sur la place de l'art dans le milieu Libre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Librologies-" rel="directory"&gt;Librologies&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Librologies-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie d'articles&lt;/a&gt; reprend et d&#233;veloppe quelques r&#233;flexions dont j'avais jet&#233; les bases lors d'une &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Le-Libriste-et-le-Pro' class=&#034;spip_in&#034;&gt;conf&#233;rence&lt;/a&gt; donn&#233;e en 2011 aux &lt;a href=&#034;http://rmll.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rencontres Mondiales du Logiciel Libre&lt;/a&gt; de Strasbourg, intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Libriste et le Pro : mythologies des pratiques culturelles Libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/09/27/librologie-reves-moutons-electriques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peut-on appliquer les licences Libres aux &#339;uvres de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(C'est-&#224;-dire, &#233;tendre les mod&#232;les de licences alternatives, autorisant la libre diffusion voire la modification des &#339;uvres, au-del&#224; des seuls logiciels Libres ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question r&#233;currente sur les &lt;a href=&#034;https://linuxfr.org/users/gnuzer/journaux/jamendo-les-creative-commons-et-lhypocrisie-de-la-culture-libre#comment-1253196&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;forums&lt;/a&gt; et listes &#233;lectroniques Libristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question que l'on n'am&#232;ne en g&#233;n&#233;ral pas frontalement, mais que l'on va glisser au d&#233;tour d'une phrase &#8212; on la trouvera d'ordinaire introduite par des marqueurs tels que &#034;&lt;i&gt;je ne suis &lt;a href=&#034;http://blogs.kd2.org/bohwaz/?2010/12/09/346-la-musique-est-elle-libre-vraiment-libre-etude-du-catalogue-jamendo#c952&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas s&#251;r&lt;/a&gt; que&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;reste &#224; savoir si&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;il ne me semble pas &#233;vident&lt;/i&gt;&#034;, etc. &#8212; quand on n'entre pas directement dans l'attaque peu subtile &#034;&lt;i&gt;vous voulez&lt;/i&gt; &lt;u&gt;obliger&lt;/u&gt; &lt;i&gt;les artistes &#224; publier sous licences Libres&lt;/i&gt; [et donc, &#224; crever de faim] &lt;i&gt; ? C'est du stalinisme pur !&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question sur laquelle, &lt;i&gt;naturellement&lt;/i&gt;, chacun a peu ou prou son opinion pr&#233;-&#233;tablie. Nul besoin d'argumenter, de r&#233;fl&#233;chir ou de d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que cette question n'en est, &#233;videmment, pas &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un &lt;a href='http://archives.oumupo.org/05-Troll-en-libertes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;troll&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH303/5120793329_7e314-a3b08b85-9b99f.jpg?1772312591' width='500' height='303' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Electric Sheep
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; 2010, paulscott56. Licence CC-by-sa
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224; tent&#233;&lt;/a&gt; ailleurs &#8212; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Entretiens-d-un-Libriste' class=&#034;spip_in&#034;&gt;longuement&lt;/a&gt; &#8212; de me &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Une-initiation-aux-Creative-Commons' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pencher&lt;/a&gt; sur cette question, dans l'espoir de tordre le cou d&#233;finitivement &#224; ce serpent de mer trollo&#239;de du milieu Libre. Cependant il me semble int&#233;ressant de prendre le temps de critiquer le point de vue selon lequel les licences Libres ne devraient convenir qu'aux programmes informatiques, et notamment d'examiner quels id&#233;olog&#232;mes le sous-tendent. En effet, Libriste ou non, nul n'est &#224; l'abri de ses propres pr&#233;jug&#233;s, au premier rang desquels cette &lt;i&gt;mythologie&lt;/i&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e&lt;/a&gt; qui consiste &#224; voir en l'&#339;uvre d'art un objet &#233;chappant aux contingences ordinaires, et en l'artiste-&lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt; (pour peu qu'il soit &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt;, bien s&#251;r) un &#234;tre en marge des exigences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue l&#233;gal et pratique, pourtant, bien peu de choses distinguent un programme informatique de tout autre &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; immat&#233;riel : un logiciel &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; une &#339;uvre de l'esprit soumise &#224; la &#034;Propri&#233;t&#233; Litt&#233;raire et Artistique&#034; &#8212; encore une distinction arbitraire, au demeurant, qu'il conviendrait de mettre en question. Et un nombre croissant d'artistes s'expriment d'ailleurs au moyen d'outils informatiques qui les am&#232;nent parfois &#224; cr&#233;er de v&#233;ritables &#034;programmes&#034;, au sens strict. (Des pratiques artistiques sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, d&#232;s lors, s&#233;parer arbitrairement ces &#339;uvres de l'esprit en, d'un c&#244;t&#233;, l'art, de l'autre les logiciels ? Certes, il peut arriver que les &#034;&#339;uvres d'art&#034; posent des contraintes in&#233;dites aux licences, et n&#233;cessitent quelques adaptations juridiques (c'est le propos des licences Creative Commons, dont j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Une-initiation-aux-Creative-Commons' class=&#034;spip_in&#034;&gt;parl&#233; ailleurs&lt;/a&gt;, et de la licence Art Libre qui, nous le verrons plus bas, est timidement recommand&#233;e par le projet GNU). Mais le principe de base reste le m&#234;me, et il a &lt;a href=&#034;http://freedomdefined.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;t&#233; &#233;tabli&lt;/a&gt; que les libert&#233;s garanties &#224; l'utilisateur de logiciels peuvent se transposer ais&#233;ment &#224; l'amateur d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui sous-tend en fait cette dichotomie arbitraire, c'est le &#034;bon sens&#034; ordinaire par lequel tout un chacun d&#233;limite sa conception de l'art. Les bouleversements artistiques du XX&lt;super&gt;e&lt;/super&gt; si&#232;cle semblent avoir quelque peu mis &#224; mal les crit&#232;res traditionnels d'appr&#233;ciation du public : peut-on encore dire que &#034;l'art, c'est ce qui pla&#238;t&#034; apr&#232;s Picasso ? Que &#034;l'art, c'est ce qui est original&#034; apr&#232;s l'urinoir de Duchamp ou les bo&#238;tes de soupe de Warhol ? Peut-on encore d&#233;finir l'art par la &#034;l&#233;gitimit&#233;&#034; sociale de son auteur, apr&#232;s le &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Joachim-Rapha%C3%ABl_Boronali&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Coucher de soleil sur l'Adriatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; peint par l'&#226;ne Lolo (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L273xH176/Boronali_-_Couch-bdf5581d-f7978.jpg?1772294870' width='273' height='176' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Coucher de soleil sur l'Adriatique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; ... ? (source : Wikimedia Commons)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste un crit&#232;re auquel se raccrocher (voire se cramponner, d'autant plus fermement que tous les autres sont en d&#233;route) : celui de l'&lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt;. Une &#339;uvre d'art, nous dit le bon sens ordinaire, n'est pas quelque chose dont on se &lt;i&gt;sert&lt;/i&gt; pour accomplir telle ou telle t&#226;che. Cette position est &#233;galement celle de la Loi, qui depuis deux ou trois si&#232;cles oppose &#224; l'Art (absolu) les &#034;arts utiles&#034;, c'est-&#224;-dire inventions et m&#233;thodes de fabrication. Il sera donc commun&#233;ment admis que l'art &#034;noble&#034;, digne de respect, se doit d'&#234;tre inutile : m&#233;prisons donc de bon c&#339;ur les fanfares ou la musique militaire (fusse-t-elle de Schubert), et les berceuses que l'on chante aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette fois, c'est le reste de la vie qui revient en contrebalance : parmi tous les objets dont nous faisons &#034;usage&#034;, combien sont, &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, indispensables ou simplement, objectivement utiles ? Une large part des logiciels install&#233;s sur nos ordinateurs, par exemple, ne sont ni strictement n&#233;cessaires ni m&#234;me utiles (jusqu'&#224; &lt;a href=&#034;http://web.archive.org/web/20040714185208/http://www.bernardbelanger.com/computing/NaDa/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'absolument inutile&lt;/a&gt;). Ainsi, les jeux vid&#233;o sont apparus &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/First_video_game&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exactement en m&#234;me temps&lt;/a&gt; que les ordinateurs. Sans m&#234;me aller jusque l&#224;, n'importe quelle interface moderne comporte une majorit&#233; d'&#233;l&#233;ments qui n'ont pour seule raison d'&#234;tre, que de &lt;i&gt;plaire&lt;/i&gt;. Si les logiciels servent &#224; se divertir, et le &lt;i&gt;design&lt;/i&gt; &#224; plaire, il n'y a alors plus &lt;a href=&#034;http://owni.fr/2011/04/14/et-si-la-musique-etait-un-art-utilitaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aucune raison&lt;/a&gt; pour consid&#233;rer l'informatique diff&#233;remment de, par exemple, la musique : de m&#234;me que le comte Kayserling commanda &#224; Bach des &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Variations_Goldberg#Histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;variations&lt;/a&gt; pour clavecin afin de l'aider &#224; dormir la nuit, le citoyen moderne se laissera bercer par les &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Do_Androids_Dream_of_Electric_Sheep%3F&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;moutons &#233;lectroniques&lt;/a&gt; de son &lt;a href=&#034;http://electricsheep.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;conomiseur d'&#233;cran&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc dire, d'une part, que le crit&#232;re d'&#034;utilit&#233;&#034; n'est pas un commutateur binaire, mais plut&#244;t un axe lin&#233;aire sur lequel existent une infinit&#233; de degr&#233;s, et d'autre part que, quand bien m&#234;me l'on tracerait une barri&#232;re nette, l'on serait surpris de voir que ce qui &#034;tombe&#034; d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre n'est pas n&#233;cessairement ce &#224; quoi l'on s'attendrait. J'irai m&#234;me jusqu'&#224; affirmer que le &lt;a href=&#034;http://www.digital-arts-numeriques-diary.be/2010/07/16/logz-emotion/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;geste du programmeur&lt;/a&gt; n'est ni moins technique, ni moins intrins&#232;quement &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Pour-une-linguistique-du-code-source' class=&#034;spip_in&#034;&gt;charg&#233; d'expressivit&#233;&lt;/a&gt;, ni moins ontologiquement &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-Ble-dont-on-fait-les-notes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;digne d'admiration&lt;/a&gt; ou de terreur, que celui de l'&#034;artiste&#034; ; la seule &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; de l'artiste (au sens bourdieusien du terme) est d'ordre social, et nous &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;avons vu&lt;/a&gt; combien cette quantification est illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'opinion &#034;naturelle&#034; qui consiste &#224; voir en l'&#338;uvre d'Art un objet achev&#233;, sign&#233; et sacr&#233;, l&#224; o&#249; l'objet utilitaire (et tout particuli&#232;rement le programme informatique) est un objet transitoire, temporaire, cribl&#233; de d&#233;fauts et dont on s'empressera de se d&#233;barrasser pour en obtenir une &lt;i&gt;nouvelle&lt;/i&gt; version, plus r&#233;cente, plus aboutie, en attendant encore la prochaine, cette vision disais-je, est &#233;minemment li&#233;e &#224; notre contexte historique : en-dehors de notre soci&#233;t&#233; occidentale de ces cinq ou six derniers si&#232;cles, les pratiques culturelles et rituelles ne sont pas n&#233;cessairement distinctes, et il est bien rare pour un &#034;auteur&#034; d'&#233;prouver le besoin de signer individuellement son &#339;uvre ; en retour, dans notre monde post-industriel (ou &lt;a href=&#034;http://arsindustrialis.org/industrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pleinement industriel&lt;/a&gt;, si l'on suit Bernard Stiegler) o&#249; l'artisan n'est plus qu'un souvenir, il est commun&#233;ment admis que tout objet utilitaire est le fruit du travail indistinct d'une l&#233;gion d'ing&#233;nieur anonymes, et l'on se souciera bien peu de savoir si le logiciel que l'on utilise a un ou plusieurs auteurs. Si l'informatique a tout de m&#234;me produit des noms c&#233;l&#232;bres, c'est avant tout par ce processus de &#034;mythification&#034; qu'est le &lt;i&gt;star-system&lt;/i&gt; : Bill Gates ou Steve Jobs fascinent davantage pour leur &lt;i&gt;success-story&lt;/i&gt; que pour leur travail technique, et de son c&#244;t&#233; le mouvement Libre cherche en ses grands informaticiens des h&#233;ros (&lt;a href='http://archives.oumupo.org/02-Linus-a-gagne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Linus Torvalds&lt;/a&gt;) ou, si l'on peut dire, des h&#233;rauts (&lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Richard Stallman&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sir Tim Berners-Lee&lt;/a&gt;) &#8212; ce que je &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;crivais&lt;/a&gt; pr&#233;c&#233;demment sous le terme de &#034;culte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unicit&#233; de l'auteur, singularit&#233; sociale de l'artiste, int&#233;grit&#233; de l'&#339;uvre : autant de notions historiquement dat&#233;es &#8212; et qui, m&#234;me d'un point de vue historique, s'av&#232;rent bien illusoires : aussi loin que nous puissions regarder, les artistes ont toujours d&#251; s'adapter aux go&#251;ts du public, aux contraintes &#233;conomiques ou politiques, et partager avec leur contemporains la paternit&#233; de leur travail. J'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/De-l-art-d-acheter-de-l-anti-matiere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt; eu l'occasion d'aborder l'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/La-musique-Libre-c-est-maintenant' class=&#034;spip_in&#034;&gt;exemple&lt;/a&gt; des compositeurs des XVII&lt;/super&gt;e&lt;/super&gt; et XVIII&lt;super&gt;e&lt;/super&gt; si&#232;cles, qui, s'ils signaient certainement leurs &#339;uvres, ne se privaient pas d'emprunter ici et l&#224; &#8212; quand ce n'&#233;tait pas les interpr&#232;tes eux-m&#234;me qui r&#233;-arrangeaient ou faisaient r&#233;&#233;crire certains passages ! J'ai &#233;galement &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-Ble-dont-on-fait-les-notes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;tent&#233; d'expliquer&lt;/a&gt; que les musiciens d'antan que nous r&#233;v&#233;rons aujourd'hui comme des g&#233;nies intemporels, n'avaient probablement pas de pr&#233;occupations d'une autre hauteur que les faiseurs-de-culture d'aujourd'hui. Depuis plus d'un si&#232;cle, le cin&#233;ma nous rappelle de fa&#231;on &#233;clatante combien l'&#233;laboration d'une &#339;uvre est une &lt;i&gt;production&lt;/i&gt;, ici au sens industriel du terme &#8212; au point que &lt;a href=&#034;http://www.foxnews.com/entertainment/2011/08/01/creativity-crisis-has-remake-obsessed-hollywood-run-out-new-ideas/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#234;me Fox News&lt;/a&gt; en vient &#224; s'alarmer de la prolif&#233;ration des franchises et autres remakes : nous attendons le prochain &lt;i&gt;James Bond&lt;/i&gt; comme la prochaine version de tel jeu vid&#233;o ou syst&#232;me d'exploitation, en esp&#233;rant qu'il sera encore plus plaisant et nous en donnera davantage &lt;i&gt;pour notre argent&lt;/i&gt;. C'est ignorer que trois si&#232;cles plus t&#244;t, le public britannique de H&#228;ndel attendait probablement de la m&#234;me fa&#231;on son prochain oratorio !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe ultime de cette industrialisation de la culture, que nous avons &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233;&lt;/a&gt; : les m&#234;mes industriels qui &#233;rigent les &#034;cr&#233;ateurs&#034; en figures sacr&#233;es, s'empressent dans un m&#234;me mouvement de r&#233;duire leur production &#224; sa simple quantification marchande sour le terme &#034;contenu&#034;, qui peut d&#233;signer indiff&#233;remment des films, des pistes musicales ou des images, en un mot, tout ce que l'on nous peut vendre, litt&#233;ralement, au poids.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L350xH150/Logo-2b641bb5-66096.gif?1772294870' width='350' height='150' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mouton &#8212; mouton
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; 2007 Rom&amp;Toto, Licence Art Libre.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de paradoxal &#224; constater que, m&#234;me parmi les Libristes les plus endurcis, ceux-l&#224; m&#234;me qui encouragent les informaticiens et chercheurs &#224; publier sous licences Libres le fruit de leur travail, n'ont pas la m&#234;me attente (voire exigence) de la part des auteurs et artistes. Sur le site &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gnu.org&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; mentionn&#233;, Richard Stallman lui-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/licenses/licenses.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;indique&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous n'adoptons pas le point de vue que les &#339;uvres d'art ou de divertissement doivent &#234;tre Libres ; cependant si vous souhaitez en lib&#233;rer une nous recommandons la &lt;a href=&#034;http://artlibre.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Licence Art Libre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/licenses/license-list.html#OpinionLicenses&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;autre page&lt;/a&gt; reprend m&#234;me &#224; son compte le crit&#232;re d'&lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt; que j'&#233;voquais plus haut :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Les &#339;uvres qui expriment l'opinion de quelqu'un &#8212; m&#233;moires, chroniques et ainsi de suite &#8212; ont une raison d'&#234;tre fondamentalement diff&#233;rente des &#339;uvres d'utilit&#233; pratique telles que les logiciels ou la documentation. Pour cette raison, nous leur demandons des autorisations diff&#233;rentes, qui se limitent &#224; l'autorisation de copier et distribuer l'&#339;uvre telle-quelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La licence &lt;a href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nd/3.0/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Creative Commons Attribution-Pas d'&#339;uvres d&#233;riv&#233;es&lt;/a&gt; est utilis&#233;e pour les publications de la Free Software Foundation. Nous la recommandons tout particuli&#232;rement pour les enregistrements audio et/ou vid&#233;o d'&#339;uvres d'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pourtant &lt;a href='http://archives.oumupo.org/01-Les-mots-interdits-de-rms' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vu&lt;/a&gt; que Stallman a tr&#232;s t&#244;t compris l'importance potentielle des licences Libres au-del&#224; du code informatique, et se pla&#238;t &#224; d&#233;finir le mouvement Libre comme un mouvement social, politique ou philosophique ; cette soudaine timidit&#233; lorsqu'il s'agit de l'art n'en est que plus surprenante &#8212; et n'a &lt;a href=&#034;http://robmyers.org/weblog/2010/02/why-nd-is-neither-necessary-nor-sufficient-to-prevent-misrepresentation.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas manqu&#233;&lt;/a&gt; d'&#234;tre &lt;a href=&#034;http://blog.ninapaley.com/2011/07/04/rantifesto/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pourfendue&lt;/a&gt; par ceux et celles qui aspirent &#224; un mouvement Libre digne de ce nom dans les domaines culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se que je pourrais formuler, est que &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;rms&lt;/code&gt; n'est tout simplement pas int&#233;ress&#233; par l'art. La culture &#034;de divertissement&#034; l'int&#233;resse &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/philosophy/right-to-read.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;probablement&lt;/a&gt;, ainsi que la litt&#233;rature qu'il nomme &#034;d'opinion&#034; ; cependant, difficile de se d&#233;faire de l'impression que ces formes intellectuelles d&#233;pourvues &#034;d'utilit&#233; pratique&#034; lui semblent, somme toute, subalternes. Si &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;rms&lt;/code&gt; a &#8212; quoique tardivement &#8212; &lt;a href=&#034;http://stallman.org/articles/end-war-on-sharing.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pris conscience&lt;/a&gt; des dangers que pose &#224; la d&#233;mocratie la r&#233;pression de la libre circulation des &#339;uvres, le point de vue des artistes eux-m&#234;me lui demeure clairement &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce l&#224; le plus grand &#233;chec du mouvement Libre : de n'avoir pas, &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, d&#233;pass&#233; plus t&#244;t les fronti&#232;res de l'informatique et de cette absurde notion d'&lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt;. Comme me l'exposait tout r&#233;cemment &lt;a href=&#034;http://gondwanaland.com/mlog/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mike Linksvayer&lt;/a&gt; lui-m&#234;me, il est presque honteux qu'aient d&#251; se d&#233;velopper, avec quinze ans de retard, des licences sp&#233;cialement pens&#233;es pour l'art et la culture, au lieu d'une simple &#233;volution de licences logicielles telles que la licence &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_publique_g%C3%A9n%C3%A9rale_GNU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GPL&lt;/a&gt;. Ce d&#233;calage d'une ou deux d&#233;cennies vis-&#224;-vis de l'informatique Libre est, encore aujourd'hui, un des (nombreux) &lt;a href=&#034;https://lwn.net/Articles/451296/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;handicaps&lt;/a&gt; dont souffre le monde culturel Libre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH334/2589408491_4de93-5855dfa3-536b5.jpg?1772312591' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Electric Sheep
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; 2008, psd. Licence CC-by
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le milieu des licences Libres est donc encore largement d&#233;connect&#233; des milieux artistiques. Les Libristes eux-m&#234;mes sont en g&#233;n&#233;ral nettement plus familiers de l'informatique que des pratiques culturelles (particuli&#232;rement &#034;classiques&#034;, j'y reviens plus bas) ; leurs modes de consommation culturelle sont plus tourn&#233;s vers la culture de masse &#8212; o&#249; l'on ignore notoirement toute possibilit&#233; de licences alternatives &#8212; que vers la cr&#233;ation artistique ou la culture classique. Ceux-l&#224; m&#234;me qui veillent &#224; n'installer sur leurs ordinateurs que des logiciels Libres (&#224; quelques &#233;ventuels &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_Flash_Player&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compromis&lt;/a&gt; pr&#232;s), sont &#224; m&#234;me de faire une &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Netflix&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consommation&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/YouTube&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;immod&#233;r&#233;e&lt;/a&gt; de &#034;contenus&#034; &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Deezer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propri&#233;taires&lt;/a&gt; &#8212; la culture &lt;i&gt;geek&lt;/i&gt; &#233;tant d'ailleurs presque enti&#232;rement construite sur un patrimoine non-libre : &lt;i&gt;Le Seigneur des anneaux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Star Trek&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Guerre des &#233;toiles&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Guide du routard galactique&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains, il y a l&#224; une &#233;vidence d&#233;complex&#233;e : de toute fa&#231;on, les &#339;uvres d'art n'ont pas &#224; &#234;tre sous licences Libres, ce n'est &lt;i&gt;pas fait pour cela&lt;/i&gt;. Pour d'autres au contraire, c'est un &#233;tat de fait presque honteux : l'on ne demanderait pas mieux que de pouvoir n'&#233;couter que de la &#034;musique libre&#034;, par exemple, mais les &#339;uvres existantes sont tellement peu connues / difficiles d'acc&#232;s / introuvables / pauvres... Reproches d'ailleurs partiellement m&#233;rit&#233;s (nous y reviendrons) &#8212; et qui auraient aussi bien pu, au demeurant, &#234;tre adress&#233;s aux logiciels Libres eux-m&#234;me il y a une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce, au moins en partie, pour expier cette mauvaise conscience que ce m&#234;me public Libriste se rue sur quelques &#339;uvres ou sites web culturels publi&#233;s sous licences alternatives : les &lt;a href=&#034;http://www.blender.org/features-gallery/blender-open-projects/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;films&lt;/a&gt; (au demeurant admirables) de la fondation Blender, les dessins de Nina Paley ou encore le site Jamendo (sujets sur lequels nous reviendrons prochainement)... Cependant que d'autres fonds Librement disponibles, nettement plus fournis, restent largement ignor&#233;s : je veux parler du patrimoine &#233;crit, notamment dans le domaine public. Nous &lt;a href='http://archives.oumupo.org/04-Plain' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;voquions r&#233;cemment&lt;/a&gt; le projet Gutenberg, auquel il faudrait ajouter, dans le domaine des livres, Wikisource ou m&#234;me Gallica, mais &#233;galement le domaine des partitions musicales (IMSLP.org, mutopiaproject.org, cpdl.org), ou celui des films en noir et blanc (archive.org)... autant de formes culturelles qui ne font pas recette aupr&#232;s du public Libriste dans son &#233;crasante majorit&#233; (lequel public se montre d'ailleurs souvent peu concern&#233; par la d&#233;fense du domaine public en g&#233;n&#233;ral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Libristes sont principalement tourn&#233;s vers les cultures &#034;de consommation&#034;, la grande majorit&#233; des artistes et auteurs, inversement, ne conna&#238;t gu&#232;re d'autre mod&#232;le que le droit &#034;d'auteur&#034; traditionnel, avec l'inf&#233;odation qu'il comporte &#224; tout un syst&#232;me d'interm&#233;diaires (&#233;diteurs, distributeurs, soci&#233;t&#233;s de gestion de droits) dont il est presque impossible de sortir, et qui emp&#234;che m&#234;me d'envisager l'existence d'alternatives quelles qu'elles soient. J'ai moi-m&#234;me eu l'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/Musicien-prof-et-Libre-cherchez-l-intrus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;occasion&lt;/a&gt; d'&#233;voquer la sensation d'apatride que peut avoir un musicien dans le milieu Libre, et un Libriste dans le milieu musical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en faut saluer que davantage la bonne volont&#233; de tous ceux qui, de part et d'autre, s'emploient &#224; &lt;a href=&#034;http://www.planet-libre.org/?tags=pl-culture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lancer des ponts&lt;/a&gt;, m&#234;me de fa&#231;on parfois maladroite ou m&#251;s par la &#034;mauvaise conscience&#034; que j'&#233;voquais plus haut. La devise du &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt; exprime &#224; merveille ce point de vue :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;mais ce serait peut-&#234;tre l'une des plus grandes opportunit&#233;s manqu&#233;s de notre &#233;poque si le logiciel libre ne lib&#233;rait rien d'autre que du code.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc que souhaiter que le public Libriste, d'une part, mette progressivement en question ses propres modes de consommation culturelle, et d'autre part, sache s'abstraire de cette id&#233;ologie rampante qui consiste, en c&#233;l&#233;brant la &#034;sublime inutilit&#233;&#034; de l'art, &#224; mettre les artistes hors du monde, dans une case clairement d&#233;limit&#233;e et quantifiable, et s'assurer qu'ils y restent. La figure sacralis&#233;e de l'artiste-cr&#233;ateur (tout comme celle du &#034;professionnel&#034;, autant de termes que j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/02-Linus-a-gagne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;mont&#233;s&lt;/a&gt;) que brandissent les industriels de la culture en toute hypocrisie, ne sert qu'&#224; masquer cette d&#233;marche de marginalisation des artistes, de ringardisation organis&#233;e de la culture savante, et en derni&#232;re analyse, d'une certaine forme de m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pens&#233;e Libriste digne de ce nom, au contraire, me semble devoir accepter l'id&#233;e qu'une &#339;uvre d'art &#8212; utile ou non ! &#8212; puisse &#234;tre, tout comme un programme informatique, partag&#233;e, retravaill&#233;e, voire d&#233;tourn&#233;e &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Une-initiation-aux-Creative-Commons' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sous certaines conditions&lt;/a&gt;. Le r&#244;le du mouvement Libre est pour moi de remettre l'art en mouvement, et l'auteur &#224; sa &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;place&lt;/a&gt; : celle d'un citoyen parmi d'autres, venant &#224; une &#233;poque parmi d'autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est paru en avant-premi&#232;re sur le &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/09/27/librologie-reves-moutons-electriques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Framablog&lt;/a&gt;, o&#249; il a donn&#233; lieu &#224; de nombreux &lt;a href=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/09/27/librologie-reves-moutons-electriques#comments&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentaires&lt;/a&gt; dont voici un aper&#231;u. N'h&#233;sitez pas &#224; y adjoindre les v&#244;tres !&lt;/p&gt;
&lt;iframe class=&#034;framakom&#034; src=&#034;http://www.framablog.org/index.php/post/2011/09/27/librologie-reves-moutons-electriques#comments&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
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