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	<title>[Le Site]</title>
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	<description>Le site de Valentin Villenave, musicien et auteur Libre.</description>
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		<title>[Le Site]</title>
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		<title>Invalidation.</title>
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		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Petit r&#233;cit (garanti enti&#232;rement neutre) de ma pr&#233;sentation &#224; l'&#233;preuve du Dipl&#244;me d'&#201;tat d'enseignement de la musique, au moyen d'une Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petit r&#233;cit (garanti enti&#232;rement neutre) de ma pr&#233;sentation &#224; l'&#233;preuve du Dipl&#244;me d'&#201;tat d'enseignement de la musique, au moyen d'une Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un peu d'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps &#8212; lointain &#8212; o&#249; enseigner la musique &#233;tait d'une imm&#233;diatet&#233; confondante : vous savez jouer de la musique ? Vous saurez l'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, les instances comp&#233;tentes &#8212; dans leur grande sagesse &#8212; s'avis&#232;rent de ce qu'un bon musicien ne fait pas n&#233;cessairement un bon professeur. Ainsi naquit un dipl&#244;me d'enseignement. Ou plus exactement, deux : le Dipl&#244;me d'&#201;tat (D.E.) et le Certificat d'Aptitude (C.A.), permettant respectivement d'enseigner aux &#233;l&#232;ves-amateurs et aux &#233;l&#232;ves-futurs-professionnels &#8212; tant nous savons combien cette distinction est &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pertinente et indispensable&lt;/a&gt;. L'obtention de ces dipl&#244;mes pouvait &#234;tre sollicit&#233;e soit au terme d'une formation dite initiale, soit sur simple inscription en tant que candidat(e) libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tant qu'on y &#233;tait, les m&#234;mes instances sages &#8212; dans leur grande comp&#233;tence &#8212; s'avis&#232;rent de ce qu'il serait malgracieux de requ&#233;rir un tel dipl&#244;me de certains officiants des conservatoires, et pas d'autres : ainsi furent &#233;tendus les dipl&#244;mes d'enseignement &#224; des postes non-enseignants, tant il est vrai que confier nos enfants &#224; des directeurs de conservatoire, chefs de ch&#339;ur ou accompagnateurs non d&#251;ment dipl&#244;m&#233;s, &#231;a ferait d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, les m&#234;mes instances comp&#233;teuses &#8212; dans leur grande sagacitude &#8212; s'avis&#232;rent de ce qu'on ne pouvait quand m&#234;me pas laisser &lt;i&gt;n'importe qui&lt;/i&gt; obtenir ces dipl&#244;mes ; ainsi furent supprim&#233;es les pr&#233;sentations en candidat(e) libre, et &#233;tendues les formations dipl&#244;mantes (initiale, continue, blablabla) ; cependant les m&#234;mes instances compissantes ne tard&#232;rent pas &#224; se rendre compte que, quand m&#234;me, tout &#231;a co&#251;tait des sous, et ainsi furent supprim&#233;es les diff&#233;rentes structures de formation, r&#233;organis&#233;es, redistribu&#233;es, bordelis&#233;es, regroup&#233;es avec d'autres machins d&#233;j&#224; plus ou moins existants &#8212; et encore, je ne parle ici que du D.E. ; le C.A. est tomb&#233; dans l'escarcelle des conservatoires dits sup&#233;rieurs, ce qui le rend &#224; peu pr&#232;s inatteignable pour le commun des mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant sur ces entrefaites, d'&lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; instances non moins sages et non moins comp&#233;tentes, s'avis&#232;rent de ce qu'il &#233;tait d&#233;cid&#233;ment inadmissible qu'on ne les ait point consult&#233;es, et se mirent illico en devoir d'ajouter &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; propre concours, indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Das Schlo&#223;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes l&#224; ; si vous souhaitez aujourd'hui devenir professeur de musique, il vous faut :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; obtenir non plus une simple m&#233;daille de conservatoire, mais un &#034;Dipl&#244;me d'&#201;tudes Musicales&#034; constitu&#233; de diff&#233;rentes &#034;Unit&#233;s de Valeur&#034; incluant &#034;Formation Musicale&#034; (parce que le mot solf&#232;ge est pass&#233; de mode), &#034;Instrument&#034;, &#034;Musique d'Ensemble&#034; et d'autres gadgets selon l'humeur du jour : analyse, orchestration, jazz, improvisation, &lt;i&gt;sound painting&lt;/i&gt;, batik &#224; froid,...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; suivre la formation dipl&#244;mante (en deux ans minimum) qui vous permettra (peut-&#234;tre) d'esp&#233;rer obtenir un jour le Dipl&#244;me d'&#201;tat, reconnu par le minist&#232;re de la Culture.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous l'obtiendriez (mais supposons pour simplifier, car il faut toujours simplifier), attendre qu'il soit proc&#233;d&#233; &#224; un Concours de la fonction publique territoriale, reconnu par le minist&#232;re de la Fonction publique (ou de l'Int&#233;rieur, c'est selon).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous ne l'obtiendriez pas du premier coup, attendez quatre ans pour retenter votre chance.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous finiriez par l'obtenir, pr&#233;sentez-vous enfin aux concours de recrutement (pour peu qu'un conservatoire ait un poste &#224; pourvoir).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous seriez re&#231;u, attendez encore un an ou deux pour &#234;tre titularis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose serait risible si elle n'&#233;tait pas si lourde d'implications sociales. En des temps o&#249; la population dans son ensemble n'aspire qu'&#224; s'approprier les pratiques culturelles et artistiques (il suffit pour s'en convaincre de voir la longueur des listes d'attente dans tous les &#233;tablissements, institutionnels ou associatifs), l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pour seul but que de se d&#233;barrasser honteusement et au plus vite de ses fili&#232;res d'enseignement artistique sp&#233;cialis&#233; &#8212; &#224; l'exception peut-&#234;tre des branches les plus prestigieuses, et encore &#8212; que ce soit en les refourguant aux collectivit&#233;s locales, en augmentant de fa&#231;on rien moins que grotesque la formation requise, ou encore en complexifiant &#224; outrance les moyens de s&#233;lection, dans lesquels pr&#233;domine invariablement l'arbitraire administratif &#8212; version r&#233;publicaine du bon vouloir du Prince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraints de mettre en application des milliers de textes officiels aussi g&#233;n&#233;reux en grands mots creux qu'en clauses d'application ineptes, les agents du terrain sont conduits &#224; louvoyer constamment avec la l&#233;gislation ; ainsi les conservatoires sont-ils remplis de travailleurs journaliers contractuels (improprement appel&#233;s vacataires) engag&#233;s sur le tas sans aucune protection sociale, les postes officiels ne sont jamais pourvus &#8212; ou bien, l'on se d&#233;brouille pour les requalifier de &#034;poste &#224; C.A.&#034; en &#034;poste &#224; D.E.&#034; &#8212; le tout dans des conditions mat&#233;rielles risibles, dans la plus grande confusion administrative et soumis aux caprices de responsables politiques parfaitement &#8212; nonobstant leur sagesse et leur comp&#233;tence consubstantielles, cela va sans dire &#8212; ignares en mati&#232;re d'art, de culture, de p&#233;dagogie, et de tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu'on parle de social, sans doute serait-il temps d'appeler les choses par leur nom : la pyramide infernale que constituent les diff&#233;rentes formations obligatoires successives pour tout imp&#233;trant en mati&#232;re d'enseignement de la musique, se r&#233;sume finalement &#224; un simple processus, d&#233;lib&#233;r&#233;, de s&#233;lection sociale. Le statut de professeur titulaire est un honneur r&#233;serv&#233; &#224; ceux ou celles qui ont pu se payer (au bas mot) quinze ans de formation et n'ont pas besoin de gagner leur pitance dans l'imm&#233;diat : en d'autres termes, il s'agit tout simplement d'un filtrage en fonction du capital familial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Valide-moi comme une de tes fran&#231;aises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais attention : dans leurs grandes sagesse et comp&#233;tence, les instances ont daign&#233; accorder une chance de salut aux pauvres &#226;mes qui, humblement, ont consacr&#233; la plus grande part de leur existence &#224; trimer dans les champs, le front burin&#233; par le soleil (ou tout au moins les n&#233;ons de la salle Corelli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience, car tel est son nom, consiste en la possibilit&#233; pour un professeur non-dipl&#244;m&#233; de revenir dans le droit chemin en apportant la preuve de ce qu'il sait un tant soit peu de quoi il parle : nombre d'heures travaill&#233;es (bulletins de salaire faisant foi), premiers prix de concours internationaux, copies de programmes de son dernier concert au Carnegy Hall (le Philharmonique de Berlin est &#233;galement tol&#233;r&#233;), etc. Cela n'est que la premi&#232;re &#233;tape ; lui incombe ensuite la r&#233;daction d'un &#034;Dossier P&#233;dagogique&#8482;&#034; de plusieurs dizaines de pages, imprim&#233; par ses soins en cinq exemplaires et obligatoirement accompagn&#233; d'un Sommaire (parce que bon, lire la totalit&#233; serait quand m&#234;me astreignant), et enfin un entretien de quarante-cinq minutes. Le tout est appr&#233;ci&#233; &lt;del&gt;au doigt mouill&#233;&lt;/del&gt; selon une grille de notation d'une rigueur scientifique in&#233;branlable, par un jury de quatre personnes compos&#233; &#224; 80% de personnel administratif et &#224; 10% de &#034;personn&#226;lit&#233; du monde artistique&#034; (ne me demandez pas d'o&#249; viennent les 10% restants, je les cherche encore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant, au moyen de leur expertise ind&#233;niable (que seule a pu informer toute une vie de sagesse et de comp&#233;tence), estim&#233; la qualit&#233; le s&#233;rieux et &lt;del&gt;la conformit&#233; id&#233;ologique&lt;/del&gt; le professionnalisme de l'imp&#233;trant(e), le jury d&#233;cide de lui accorder imm&#233;diatement le Dipl&#244;me d'&#201;tat, ou s'il y a lieu, de l'inviter &#224; donner un cours ou &#224; &lt;del&gt;jouer une jolie berceuse pour accompagner l'heure de la sieste&lt;/del&gt; faire preuve de ses talents d'interpr&#232;te d'&#233;lite. Le ou la candidat(e) peut ainsi esp&#233;rer obtenir le dipl&#244;me qui lui permettra de r&#234;ver pr&#233;senter un jour lointain le concours qui l'autorisera peut-&#234;tre &#224; imaginer, quand je serai grand, recevoir l'insigne honneur de pouvoir l&#233;galement enseigner aux enfants de moins de quatorze ans ainsi qu'aux &lt;del&gt;tanches&lt;/del&gt; &#233;l&#232;ves destin&#233;s au cursus dit &#034;amateur&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, ce n'est m&#234;me plus du raccourci : &#224; ce stade, c'est de la triche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la route de Dijon, la belle diguedon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ayant d&#233;lib&#233;r&#233;ment boycott&#233; les concours et dipl&#244;mes, j'ai offici&#233; depuis l'&#226;ge de dix-sept ans en tant qu'accompagnateur &#034;vacataire&#034; dans une soixantaine d'&#233;tablissements, et en tant que professeur (de piano et d'initiation poly-instrumentale) dans le secteur associatif. Un beau jour de 2012, m'&#233;tant arrach&#233; une fois de trop les cheveux sur la politique p&#233;dagogique du conservatoire de Saint-Maur, je pris la d&#233;cision drastique d'entrer enfin dans l'&#226;ge adulte et de me ranger des voitures : j'allais solliciter l'obtention du Dipl&#244;me d'&#201;tat dans les deux sp&#233;cialit&#233;s qui &#233;taient les miennes : l'accompagnement et l'enseignement. Le &#034;P&#244;le Sup&#233;rieur&#034; de Dijon s'appr&#234;tant pr&#233;cis&#233;ment &#224; organiser une session de Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience, c'&#233;tait l'occasion (pensai-je) r&#234;v&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien co&#251;te, au fait, une V.A.E. ? &#192; 780&#8364; de frais d'inscription (multipli&#233;s par deux en l'occurrence), il convient d'ajouter 480&#8364; euros de &#034;formation&#034; facultative (mais fortement conseill&#233;e), et, dans mon cas, six allers-retour Paris-Dijon. En gros, cela repr&#233;sente six mois de mon salaire actuel &#8212; investis de bon c&#339;ur n&#233;anmoins, puisque c'est l'aveniiiir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriquement parlant, tout ou partie de ces frais devrait &#234;tre pris en charge par les diff&#233;rentes caisses de formation professionnelle qui ponctionnent (obligatoirement) chacune de mes feuilles de paye depuis plus de dix ans. Las : pour l'un de mes employeurs (l'agglom&#233;ration Est-Ensemble pour ne pas la nommer), le service des formations ne daigna r&#233;pondre &#224; aucune de mes nombreuses relances ; et dans l'autre cas (la tr&#232;s-d&#233;testable agence priv&#233;e Uniformation&lt;sup&gt;&#174;&lt;/sup&gt;) l'on m'objecta que j'aurais d&#251; faire la demande pr&#233;alablement et attendre qu'elle soit ou non accept&#233;e avant que de me lancer inconsid&#233;r&#233;ment dans la recherche d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot sur la &#034;formation&#034; facultative-quoique-fortement-conseill&#233;e ; prodigu&#233;e par un acteur priv&#233; (quoiqu'&#224; but non lucratif), elle se r&#233;sume en trois &#034;s&#233;minaires&#034; (c'est-&#224;-dire conf&#233;rence plus jeu-atelier-tournez-vous-vers-votre-voisin-de-droite), au demeurant fort int&#233;ressants quoique sans utilit&#233; concr&#232;te aucune, et &#224; une op&#233;ration de &#034;tutorat&#034;, dans laquelle des intervenants sont (confortablement) pay&#233;s pour suivre un (ou le plus souvent, plusieurs) candidats. J'eus ainsi la joie sans m&#233;lange de faire la connaissance d'Emmanuel Kirklar, alors &#233;minent directeur adjoint du conservatoire de Dijon (mais nonobstant d&#233;pourvu de toute exp&#233;rience en mati&#232;re de Validation d'Acquis), dont l'amabilit&#233; n'eut d'&#233;gale que la pertinence de ses conseils &#8212; en ce que toutes deux tendent vers z&#233;ro. Le souvenir qu'il me laissera tient en une seule phrase : &#034;vous expliquez longuement dans votre dossier que vous connaissez l'art du piano de fond en comble, que vous avez h&#233;rit&#233; de l'&#201;cole fran&#231;aise, que vous ma&#238;trisez toutes sortes de langages musicaux &#8212; et puis, au d&#233;tour d'une phrase, vous dites que vous vous y connaissez en informatique : or c'est &lt;i&gt;&#199;A&lt;/i&gt; qui int&#233;resse les conservatoires de nos jours.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dire... &lt;a href=&#034;http://i.imgur.com/3P6O5T0.gif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gn&#233;&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici, en tout &#233;tat de cause, les deux Dossiers P&#233;dagogiques&#8482; que j'adressai &#224; l'&#233;tablissement dijonais au printemps 2014. Veuillez prendre note de ce que je les mets express&#233;ment ici &#224; disposition du public sous &lt;a href=&#034;http://sam.zoy.org/lprab/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Licence Publique Rien &#192; Branler&lt;/a&gt;, dont je vous prierai de bien vouloir respecter scrupuleusement les termes et conditions. Ces documents font chacun une cinquantaine de pages.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_841 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/pdf/Villenave_enseignement.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Enseignement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_840 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/pdf/Villenave_accompagnement.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Accompagnement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_839 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/odt/VAE-Enseignement.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 61.7 kio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-318d6.svg?1772298242' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Enseignement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;source OpenDocument
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_838 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/odt/VAE-Accompagnement.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 51.6 kio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-318d6.svg?1772298242' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Accompagnement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;source OpenDocument
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;... all it takes is a little Confidence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir envoy&#233; les dossiers, je fus convoqu&#233; pour les entretiens en pr&#233;sence du jury d&#233;but septembre 2014 ; l'un comme l'autre se d&#233;roula de fa&#231;on d&#233;tendue et &#8212; pensai-je &#8212; honn&#234;te, m&#234;me s'il me fallut renoncer &#224; la notion que les membres du jury se seraient pr&#233;alablement mis en peine de lire les dossiers dans leur int&#233;gralit&#233;. Contrairement &#224; mes craintes, je ne dus pas passer devant le m&#234;me jury pour mes deux pr&#233;sentations (une rotation &#233;tait organis&#233;e entre quelque chose comme huit jurys diff&#233;rents : en un mot, l'usine). Je ne m'attendais pas &#224; &#234;tre rappel&#233; pour une &#233;preuve p&#233;dagogique ou instrumentale suppl&#233;mentaire, tant ma l&#233;gitimit&#233; pour pr&#233;tendre &#224; un dipl&#244;me qui ne me permettrait gu&#232;re que de continuer &#224; faire ce que je faisais depuis treize ans d&#233;j&#224;, faisait peu de doute pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma surprise fut d'autant plus grande lorsque, quelques semaines plus tard, me parvinrent les r&#233;sultats de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme dans l'autre, chacun des deux jurys (lou&#233;es soient sa sagesse et sa comp&#233;tence) avait fait le choix de m'accorder une &lt;i&gt;Validation Partielle&lt;/i&gt; : 90 points sur 120, tr&#232;s exactement. (Pourquoi pas 85 ou 95 ? Non, 90 tout pile. Cherche pas, c'est de la science.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comp&#233;tences artistiques ? &lt;i&gt;Check.&lt;/i&gt; Comp&#233;tences p&#233;dagogiques ? &lt;i&gt;Check.&lt;/i&gt; Pr&#233;sentation et hygi&#232;ne corporelle ? &lt;i&gt;Check.&lt;/i&gt; Dans un cas comme dans l'autre (encore une fois, avec des jurys diff&#233;rents quoiqu'appoint&#233;s tous deux par la m&#234;me personne, &#224; savoir le directeur Bernard Desc&#244;tes), les &#034;comp&#233;tences&#034; que n'avaient pas daign&#233; me reconna&#238;tre le jury se situaient sur des points de nature plus administrative qu'autre chose : conformit&#233; avec le projet d'&#233;tablissement (et pour cause, il n'existe de &#034;projet d'&#233;tablissement&#034; dans aucune des structures o&#249; j'officie), partenariats avec &#034;des acteurs du territoire&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de &#034;comp&#233;tences&#034; &#8212; notons-le &#8212; qui n'ont strictement rien &#224; voir avec la r&#233;alit&#233; du m&#233;tier et notre capacit&#233; &#224; l'exercer sur le terrain, y compris d'une fa&#231;on correcte et &#034;moderne&#034;. La raison pour laquelle ces &lt;del&gt;gadgets pour politiciens en rut&lt;/del&gt; comp&#233;tences essentielles figurent au nombre des cases requises &#224; cocher, leur &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; raison d'&#234;tre, est qu'elles tiennent lieu de &#034;crit&#232;re&#034; de filtrage incontestable et bien pratique, quoiqu'enti&#232;rement arbitraire &#8212; l'&#233;quivalent du classique &#034;pneu lisse&#034; et autre &#034;trouble &#224; l'ordre public&#034; qui permettent notoirement aux pandores de retenir qui bon leur semble en toute situation . (Il faut que j'arr&#234;te ici ce paragraphe car j'arrive &#224; court de guillemets.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Validation partielle offre, au fond, une solution pratique aux instances qui la d&#233;livrent. Un refus complet de validation, il faut le motiver, c'est compliqu&#233;, cela fait r&#226;ler les gens, on risque de se retrouver avec des recours. Une demande d'&#233;preuves suppl&#233;mentaires, c'est harassant &#224; organiser, co&#251;teux (il faut payer le jury pour qu'il se d&#233;place &#224; nouveau). Accorder la validation &#224; tous les gens dont on soup&#231;onne qu'ils la m&#233;ritent, &#231;a ne fait pas propre dans les statistiques : c'est un examen s&#233;rieux ici, pas une simple formalit&#233; comme le Bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la validation partielle, au contraire, permet de donner un lot de consolation (&#034;ce n'est pas un &#233;chec&#034;, a-t-on programm&#233; la secr&#233;taire pour expliquer &#224; tour de bras au t&#233;l&#233;phone) et ce sentiment de Schadenfreude (ach quel dommage, &#233;chouer si pr&#232;s du but) qui permet aux candidats de continuer &#224; esp&#233;rer... &lt;i&gt;et &#224; se r&#233;inscrire aux formations et futures sessions d'examen payantes propos&#233;es par l'&#233;tablissement&lt;/i&gt;. Ne nous y trompons pas : c'est l&#224; et seulement l&#224; que se trouve le nerf de la guerre ; l'institution dijonnaise a m&#234;me veill&#233; &#224; employer une grille de notation faite-maison, qui emp&#234;che ainsi les candidats incompl&#232;tement dipl&#244;m&#233;s de partir se faire valider ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule ma bont&#233; d'&#226;me m'emp&#234;chera d'accuser ici l'&#233;tablissement d'escroquerie d&#233;lib&#233;r&#233;e (ce n'est peut-&#234;tre, apr&#232;s tout, qu'une cons&#233;quence enti&#232;rement fortuite), m&#234;me si j'attends encore de trouver une preuve du contraire. Dans l'intervalle, je me bornerai &#224; constater que pr&#232;s d'une centaine de candidats de cette session se sont trouv&#233;s pris au pi&#232;ge, affubl&#233;s d'un trois-quart-de-dipl&#244;me qui ne leur sert strictement &#224; rien. Ils n'ont plus qu'&#224; se pr&#233;senter &#224; nouveau (&#224; grands frais) quand viendra la session nouv&#232;-&#232;lleu, comme dirait Berlioz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me ma bont&#233; d'&#226;me n'&#233;tant pas insondable (au contraire de la sagacit&#233; et de la comp&#233;tence des admirables institutions qui bienveillamment r&#233;gentent nos ch&#233;tives existences), force m'est d'avouer la difficult&#233; que j'&#233;prouve &#224; ne pas voir en cette proc&#233;dure un &#233;l&#233;mentaire attrape-gogo, et en les jur&#233;s qui la cautionnent, une brochette d'ordures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C'&#233;tait &#233;crit, je suis le dindon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par ordures, j'entends une forme att&#233;nu&#233;e de ce que Sartre d&#233;finit comme salaud : contrairement au salaud pour qui sa propre valeur et sa propre l&#233;gitimit&#233; &#224; exister ne fait aucun doute, l'ordure n'agit pas en conscience de son individualit&#233; mais se met au service d'une norme dont elle s'efforce d'ignorer l'arbitraire et l'injustice, au profit d'un maintien du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; et d'&#233;ventuels mis&#233;rables avantages personnels. En d'autres termes, l'ordure occupe cette petite place confortable que l'on ne trouve qu'au confluent de l'&#233;go&#239;sme et du conformisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que mon activit&#233; artistique &#8212; ou mon &#233;criture, ou mon id&#233;ologie, ou m&#234;me simplement mon attitude &#8212; puisse d&#233;plaire, c'est un fait acceptable (et du reste, sans cesse confirm&#233;) ; ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici, m&#234;me si je ne suis jamais parvenu &#224; me d&#233;partir de l'espoir enfantin qu'il me serait un jour possible d'&#234;tre aim&#233; de tout le monde. Il ne s'agit pas davantage d'une blessure d'amour propre, m&#234;me s'il me semble incontestablement m&#233;prisable que les t&#226;cherons d'un jury, nimb&#233;s de la haute importance que leur conf&#232;re leur auto-l&#233;gitimation institutionnelle, se permettent de nier mes ann&#233;es d'exp&#233;rience et les milliers d'enfants et adultes qui sont sortis de ma salle de cours (un tant soit peu) plus heureux et plus cultiv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce qui est ici d'une ignominie objective, c'est tout simplement l'indiff&#233;rence envers les cons&#233;quences mat&#233;rielles et sociales de l'arbitraire administratif. N'importe quel &#234;tre humain qui a pu un jour se retrouver du mauvais c&#244;t&#233; du manche (c'est-&#224;-dire pauvre, ch&#244;meur, non-blanc, ou jeune) sait qu'il suffit &#224; un gratte-papier d'une case &#224; cocher pour d&#233;truire une vie, en toute insouciance ; dans le cas pr&#233;sent le pr&#233;judice est minime &#224; comparer du sort de ceux que la machine administrative broie chaque jour dans les pr&#233;fectures, les bureaux de l'Assurance Maladie, des Allocations Familiales et de P&#244;le Emploi. Le peuple fran&#231;ais qui a donn&#233; lieu &#224; la Nuit du 4 Ao&#251;t m&#233;ritait un meilleur destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'injure me rend furieux &#8212; mais la d&#233;shumanisation me &lt;i&gt;terrifie&lt;/i&gt;. Et s'il est une v&#233;ritable blessure engendr&#233;e par cette disconvenue (au demeurant plut&#244;t risible), c'est ici qu'elle r&#233;side : ayant eu l'occasion de me trouver, quarante-cinq minutes durant, face aux membres des jurys, j'ai eu l'impression de m'adresser &#224; de v&#233;ritables &#234;tres humains (il y avait m&#234;me, me dit-on, quelques authentiques musiciens et professeurs dans le tas). L'impression d'une communication sinc&#232;re et respectueuse, d'&#233;gal &#224; &#233;gal : en un mot, une impression d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dindon, honteux et confus, jura &#8212; mais un peu tard &#8212; qu'on ne l'y prendrait plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lendemain(s) de victoire en Gr&#232;ce et en Europe</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Lendemain-s-de-victoire-en-Grece-et-en-Europe</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Lendemain-s-de-victoire-en-Grece-et-en-Europe</guid>
		<dc:date>2015-01-26T13:06:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt; est un &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; sur ce [Site]. Je me permets de reproduire ici son analyse de l'&#233;lection essentielle qui s'est tenue en Gr&#232;ce ce 25 janvier 2015 ; au-del&#224; de la victoire importante salu&#233;e par de nombreux commentateurs, il relativise son ampleur r&#233;elle, et envisage de fa&#231;on critique les nombreuses tentations de renoncements &#224; venir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt; est un &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; sur ce [Site]. Je me permets de reproduire ici son analyse de l'&#233;lection essentielle qui s'est tenue en Gr&#232;ce ce 25 janvier 2015 ; au-del&#224; de la victoire importante salu&#233;e par de nombreux commentateurs, il relativise son ampleur r&#233;elle, et envisage de fa&#231;on critique les nombreuses &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2015-01-19-L-alternative-de-Syriza-passer-sous-la-table-ou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tentations de renoncements&lt;/a&gt; &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La victoire de Syriza est un espoir et une opportunit&#233; immense pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
gauche radicale et le mouvement ouvrier europ&#233;en. On peut le dire&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi de fa&#231;on inverse, un &#233;chec aurait des cons&#233;quences&lt;br class='autobr' /&gt;
incalculables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques rapides commentaires sur les premi&#232;res difficult&#233;s et probl&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, Syriza a fr&#244;l&#233; mais en fin de compte &#233;chou&#233; &#224; obtenir la&lt;br class='autobr' /&gt;
majorit&#233; absolue. Son r&#233;sultat final (36,3%) s'est situ&#233; dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
fourchette basse de ce qu'annon&#231;aient les sondages sortie des urnes,&lt;br class='autobr' /&gt;
celui de la Nouvelle D&#233;mocratie dans la fourchette haute. D'o&#249; un&lt;br class='autobr' /&gt;
certain retournement d'ambiance dans le local de campagne et devant&lt;br class='autobr' /&gt;
les Propil&#233;a hier. Par ailleurs, pour avoir v&#233;cu beaucoup de soir&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lectorales dans le centre ville d'Ath&#232;nes, je dois dire que celle-ci&lt;br class='autobr' /&gt;
a mobilis&#233; assez peu de monde compar&#233;e aux soirs de victoire du Pasok&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les ann&#233;es 1980-1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les 8,5% d'&#233;cart avec la ND sont un r&#233;sultat important, il&lt;br class='autobr' /&gt;
faut rendre compte des raisons de cette dynamique de moindre ampleur&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'esp&#233;r&#233;e. Les r&#233;sultats laissent voire une tendance frappante : si,&lt;br class='autobr' /&gt;
au niveau national, Syriza progresse de pr&#232;s de 10 points par rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; juin 2012, ou aux europ&#233;ennes, sa progression est nettement moindre&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les grandes centres urbains (avant tout Ath&#232;nes et&lt;br class='autobr' /&gt;
Thessalonique), de l'ordre de six points. Ainsi, alors qu'en juin&lt;br class='autobr' /&gt;
2012, mis &#224; part le d&#233;partement de Xanthi (o&#249; il avait b&#233;n&#233;fici&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appui massif de la minorit&#233; turcophone), son meilleur r&#233;sultat &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la tr&#232;s ouvri&#232;re et embl&#233;matique pour la &#034;gauche rouge&#034; 2e&lt;br class='autobr' /&gt;
circonscription du Pir&#233;e, cette fois ce sont sept d&#233;partements (dont&lt;br class='autobr' /&gt;
d'anciens bastions du Pasok, notamment en Cr&#232;te et dans le nord du&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;lopon&#232;se) qui surclassent la ceinture industrielle du Pir&#233;e (o&#249; il&lt;br class='autobr' /&gt;
passe quand m&#234;me de 37 &#224; 42%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e de Syriza s'est donc avant tout effectu&#233;e dans les zones&lt;br class='autobr' /&gt;
rurales et semi-urbaines ainsi que dans les moyennes villes de&lt;br class='autobr' /&gt;
province, dans une Gr&#232;ce plus conservatrice et &#034;l&#233;gitimiste&#034; dans son&lt;br class='autobr' /&gt;
comportement politique. Son influence est maintenant plus homog&#232;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le pays, il appara&#238;t comme un &#034;parti de gouvernement&#034; l&#233;gitime,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais il lui a manqu&#233; cette dynamique qui aurait creus&#233; l'&#233;cart dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les grandes villes et permis d'arracher les si&#232;ges manquant dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;ga-circonscriptions d'Ath&#232;nes et de Thessalonique. Son profil&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lectoral est d&#233;sormais celui d'un parti plus &#034;transclasse&#034;, sans les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;asp&#233;rit&#233;s&#034; de 2012, moins nettement ancr&#233; dans les salariat des&lt;br class='autobr' /&gt;
grandes centres urbains, m&#234;me si son influence se situe &#224; un tr&#232;s haut&lt;br class='autobr' /&gt;
niveau et qu'il y obtient la plus grande part des ses voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fait est sans doute &#224; mettre en parall&#232;le avec le fait que le KKE&lt;br class='autobr' /&gt;
enregistre une progression, certes limit&#233;e (+1% par rapport &#224; juin&lt;br class='autobr' /&gt;
2012), ainsi qu'Antarsya (qui passe de 0,33 &#224; 0,64%), progression qui&lt;br class='autobr' /&gt;
concerne essentiellement les grands centres urbains. Syriza a donc&lt;br class='autobr' /&gt;
bien subi des pertes &#034;sur sa gauche&#034;, pour une modeste part, et,&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout, n'a pas su mobiliser d'importantes r&#233;serves parmi les&lt;br class='autobr' /&gt;
abstentionnistes (le taux de participation national reste modeste, de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre de 64%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gouvernement, dont la composition n'est pas connue &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'heure om j'&#233;cris ces lignes, se trouvera confront&#233; &#224; des difficult&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
proprement hallucinantes. Les caisses sont vides, plus que pr&#233;vu, les&lt;br class='autobr' /&gt;
recettes de l'Etat s'effondrent. Il apparaitra tr&#232;s vite que le&lt;br class='autobr' /&gt;
financement pr&#233;vu du &#034;programme de Thessalonique&#034; reposaient sur des&lt;br class='autobr' /&gt;
estimations largement sur&#233;valu&#233;es, ou fausses, dont le but &#233;tait de&lt;br class='autobr' /&gt;
laisser croire qu'il &#233;tait r&#233;alisable en r&#233;orientant (pour moiti&#233;) des&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;dits europ&#233;ens (qui sont fl&#233;ch&#233;s, pour une part d&#233;j&#224; attribu&#233;s et&lt;br class='autobr' /&gt;
dont le versement d&#233;pend de toute fa&#231;on du bon vouloir de l'UE), et&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'autre moiti&#233; par une meilleure collecte de recettes fiscales,&lt;br class='autobr' /&gt;
sans r&#233;forme de la fiscalit&#233; et sans avoir recours &#224; des d&#233;ficits.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'orientation strat&#233;gique du gouvernement par rapport &#224; l'UE reste&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;galement floue. Tsipras hier soir a voulu rassur&#233; l'UE et les&lt;br class='autobr' /&gt;
march&#233;s, il a parl&#233; de &#034;dialogue sinc&#232;re&#034; et de &#034;solution mutuellement&lt;br class='autobr' /&gt;
avantageuse&#034;. Le mot &#034;dette&#034; n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai entendu hier avec sid&#233;ration des camarades me faire l'&#233;loge de&lt;br class='autobr' /&gt;
Draghi, en le pr&#233;sentant comme un grand adversaire de Merkel et de&lt;br class='autobr' /&gt;
Schauble et quasiment comme un alli&#233; de Syriza. Aujourd'hui le seul&lt;br class='autobr' /&gt;
dirigeant europ&#233;en dont le visage souriant orne la &#034;une&#034; du site&lt;br class='autobr' /&gt;
officiel du parti left.gr est celui de M. Schulz, qui se propose de&lt;br class='autobr' /&gt;
rencontrer Tsipras imm&#233;diatement. Il semble que des cercles du parti&lt;br class='autobr' /&gt;
soient arriver &#224; se persuader eux-m&#234;mes de la validit&#233; de slogans de&lt;br class='autobr' /&gt;
campagne du type l' &#034;Europe change&#034;, au sens de l' &#034;UE est pr&#234;te &#224; un&lt;br class='autobr' /&gt;
compromis honorable avec nous&#034;. Mais la perspective qui se dessine de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce c&#244;t&#233; est, dans le meilleur des cas, celle de contourner le Tro&#239;ka&lt;br class='autobr' /&gt;
pour &#034;n&#233;gocier&#034; (ah, ce mot &#034;magique&#034; !!) directement avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
institutions de l'UE une version adoucie &#224; la marge des M&#233;morandums.&lt;br class='autobr' /&gt;
Last but not least, M. Kammenos et son parti de droite souverainiste&lt;br class='autobr' /&gt;
ANEL, qui sont sont certes un moindre mal compar&#233; &#224; des formations de&lt;br class='autobr' /&gt;
type Potami, dont l'objectif affich&#233; &#233;tait de forcer Syriza de se&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvoir dans le strict cadre fix&#233; par l'UE et les m&#233;morandums.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins c'est un mal. Sa participation au gouvernement, fut-ce avec&lt;br class='autobr' /&gt;
un seul minist&#232;re, signe la fin symbolique de l'id&#233;e du gouvernement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la &#034;gauche anti-aust&#233;rit&#233;&#034;. Par ailleurs c'est un parti de droite,&lt;br class='autobr' /&gt;
soucieux notamment de prot&#233;ger le &#034;noyau dur&#034; de l' appareil d'Etat&lt;br class='autobr' /&gt;
(il faudra suivre avec attention le portefeuille qui lui sera&lt;br class='autobr' /&gt;
attribu&#233;). Nul hasard si ses premi&#232;res demandes &#233;taient le minist&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
de la d&#233;fense ou de l'ordre public. Il semble n&#233;anamoins qu'il ne les&lt;br class='autobr' /&gt;
obtienne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marge de manoeuvre est donc &#233;troite mais les ambig&#252;it&#233;s n'ont qu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
temps. La soci&#233;t&#233; reste pour l'instant passive, mais les attentes sont&lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s concr&#232;tes et tr&#232;s fortes. Une t&#226;che redoutable attend les forces&lt;br class='autobr' /&gt;
qui sont conscientes des dangers et d&#233;termin&#233;es &#224; d&#233;fendre les points&lt;br class='autobr' /&gt;
cl&#233; du programme de rupture avec l'aust&#233;rit&#233; qui est celui de Syriza.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus que jamais il deviendra clair qu'entre la confrontation et le&lt;br class='autobr' /&gt;
reniement l'espace est proprement inexistant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le moment de v&#233;rit&#233; est imminent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour autant que je puisse voir, Kouvelakis n'a pas publi&#233; cet article sur le Web (&#224; l'exception d'une page sur un r&#233;seau dit &#034;social&#034;). Toutefois, une traduction en anglais est parue dans le magazine &lt;a href=&#034;https://www.jacobinmag.com/2015/01/syriza-greece-victory-kouvelakis-left/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Jacobin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;[&lt;i&gt;Mise &#224; jour 29 janvier 2015&lt;/i&gt; : Cet article est &#233;galement repris en fran&#231;ais sur le &lt;a href=&#034;https://www.ensemble-fdg.org/content/grce-lendemains-de-victoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du parti &lt;i&gt;Ensemble&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, membre du Front de Gauche.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce roman n'est pas le mien</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Ce-roman-n-est-pas-le-mien</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Ce-roman-n-est-pas-le-mien</guid>
		<dc:date>2015-01-13T12:52:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Pour une lecture narratologique et id&#233;ologique de l'attentat contre le journal &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour une lecture narratologique et id&#233;ologique de l'attentat contre le journal &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;font-weight:initial;&#034;&gt;(Avertissement &#8212; &lt;i&gt;Naturellement et comme dans tous les articles de ce [Site], le lecteur ou la lectrice est invit&#233;(e) &#224; ajouter mentalement les mots &#034;&#192; mon avis,&#034; devant chaque phrase de ce texte.&lt;/i&gt;)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous y voil&#224;. L'Histoire se fait. Et comme je le &lt;a href='http://archives.oumupo.org/breve21'&gt;pressentais il y a quelques jours&lt;/a&gt;, Charlie Hebdo n'y est pour rien ; ce qui aurait d&#251; rester un fait divers vient de servir &#224; &#233;crire une nouvelle page de notre glorieux Roman National.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'&#233;nonciation du fait divers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressante expression que celle-ci : &#034;fait divers&#034;. Elle est &#224; la fois la cons&#233;quence, et le meilleur symbole, du classement de l'information : j'imagine le journaliste face &#224; ses corbeilles &#233;tiquet&#233;es &#034;France&#034;, &#034;International&#034;, &#034;Politique&#034;, &#034;Sant&#233;&#034;, &#034;Sport&#034; (tr&#232;s important le sport), &#034;Soci&#233;t&#233;&#034; peut-&#234;tre... et puis la corbeille tout au bout : &#034;Divers&#034;. Un fait divers n'est pas de ces actualit&#233;s-processus qu'il faut suivre au long cours : compact et digeste, il comporte sa propre narration, ses personnages (en nombre r&#233;duit), et l'on peut en prendre connaissance d'une seule lecture, au contraire d'un projet de loi, d'une &#233;lection, d'une gr&#232;ve ou d'une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condensation du r&#233;cit peut d'ailleurs s'exprimer par le recours aux images (&#034;le choc des photos&#034;), qui dans le cas du fait divers ne rel&#232;vent plus du photoreportage (une s&#233;rie de clich&#233;s ou de croquis r&#233;alis&#233;e sur le terrain et dont la raison d'&#234;tre est de relater les &#233;v&#232;nements de la fa&#231;on la plus compl&#232;te possible) mais de l'image contingente et intra-di&#233;g&#233;tique (une photo accidentellement prise par un acteur ou un spectateur involontaire de l'action, un photogramme de vid&#233;o-surveillance, un &lt;i&gt;mugshot&lt;/i&gt; de la police) qui devient alors une &#034;pi&#232;ce&#034; unique et privil&#233;gi&#233;e du dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait divers, qu'il soit anecdotique ou tragique, peut mettre en sc&#232;ne quelqu'un &#224; qui l'on s'identifie : de la m&#234;me r&#233;gion que moi, du m&#234;me m&#233;tier ou de la m&#234;me extraction que moi, de la m&#234;me couleur de peau... ou encore quelqu'un que j'imagine vuln&#233;rable et impuissant tout comme moi membre de la foule anonyme : une femme, un enfant, un vieillard. &#192; l'occasion &#8212; et cela ne lui donnera que plus de saveur &#8212; le fait divers fera intervenir une c&#233;l&#233;brit&#233;, c'est-&#224;-dire quelqu'un que l'on connait (de nom, de visage) et &#233;ventuellement &#224; qui l'on s'identifiera d'autant plus volontiers qu'elle est ainsi ramen&#233;e &#224; sa nature de simple mortel (tout comme moi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre du r&#233;cit, naturellement, aide au processus d'identification (ce que les journalistes qualifient de &lt;i&gt;concernant&lt;/i&gt;) : je suis cens&#233;ment plus sensible &#224; l'histoire de quelqu'un qui vit dans le m&#234;me quartier que moi, ou dans une rue en tous points identique &#224; la mienne &#8212; un ressort narratif d'ailleurs bien connu : l'extraordinaire n'est jamais plus frappant que lorsqu'il advient dans un cadre &lt;i&gt;ordinaire&lt;/i&gt;. Enfin, le degr&#233; de cette identification sera aussi (et surtout) fonction de l'universalit&#233; du r&#233;cit racont&#233; : les th&#232;mes les plus universels &#233;tant &#233;videmment ceux qui affectent la vie elle-m&#234;me, comme la naissance d'un enfant, un deuil brutal, ou une mort soudaine et inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de son r&#244;le social (sur lequel je reviens dans un instant), le r&#233;cit du fait divers fonctionne plus efficacement lorsqu'il met en sc&#232;ne certains arch&#233;types sociaux que d'autres. Pour prendre un exemple d&#233;suet mais sans doute encore actif dans l'imaginaire collectif, on r&#233;agira diff&#233;remment en lisant &#034;cette m&#232;re de famille ch&#244;meuse mange ses enfants&#034; ou en lisant &#034;cette institutrice de maternelle mange ses &#233;l&#232;ves&#034; (cela fonctionne aussi bien dans le sens contraire, en rempla&#231;ant &#034;mange&#034; par &#034;sauve d'un incendie&#034;). De m&#234;me lorsqu'un policier est tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cho (identification, familiarit&#233;) que le fait divers produit chez son lecteur, il faut donc ajouter les pr&#233;suppos&#233;s de l'&lt;i&gt;&#233;nonciateur&lt;/i&gt; : m&#234;me un journaliste qui tiendrait la rubrique dite des &#034;chiens &#233;cras&#233;s&#034; aura tendance &#224; s'exprimer de fa&#231;on plus expressive et plus marquante le jour o&#249; c'est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; propre chien qui aura tr&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme un feuilleton dont on peut se permettre de manquer quelques &#233;pisodes, le propre du fait divers est qu'il reste &lt;i&gt;inessentiel&lt;/i&gt; : le lecteur peut se permettre de l'ignorer et de passer directement &#224; la rubrique suivante, sans la moindre cons&#233;quence. Rassurant par sa d&#233;politisation m&#234;me, le fait divers est une pause dans la marche de l'Histoire, ce qui le rend aussi, par essence, in&#233;puisable : le lecteur qui manquerait cette rubrique sait non seulement que cela ne l'emp&#234;chera pas de comprendre le monde et la vie, mais il sait aussi que dans le prochain num&#233;ro du journal se trouveront d'&lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; faits divers, ni plus ni moins int&#233;ressants. En cela, le fait divers (une &#034;&lt;i&gt;litt&#233;rature du pauvre&lt;/i&gt;&#034;, comme l'avait constat&#233; jadis un illustre &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Christin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt; de la Sorbonne)&lt;br class='autobr' /&gt;
se rapproche d'une consommation culturelle d'agr&#233;ment &#8212; mais distrayant ne veut pas toujours dire plaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anodin au regard de l'Histoire, le fait divers peut pour autant &#234;tre sanglant, choquant, repoussant &#8212; sa capacit&#233; &#224; &#233;mouvoir fait pr&#233;cis&#233;ment son succ&#232;s ; regarder une couverture de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nouveau_D%C3%A9tective&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;D&#233;tective&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; suffit &#224; s'en convaincre. Les faits divers violents sont donc ceux qui auront &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2012/01/07/les-faits-divers-ont-fait-un-retour-en-force-par-le-biais-de-la-tele_786682&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le plus large &#233;cho&lt;/a&gt;, au point de tenir lieu de &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'identification aux protagonistes, le fait de d&#233;signer des repoussoirs est une attitude humaine fondamentale. En ce sens, le fait divers n'est pas seulement exutoire mais joue &#233;galement un r&#244;le d'&lt;i&gt;&#233;dification&lt;/i&gt; comminatoire, inculquant &#224; son lectorat les codes moraux de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on comprend alors combien l'&#233;nonciation du r&#233;cit n'est pas neutre, mais peut jouer sur des injonctions anxiog&#232;nes en passant de &#034;voyez ce qui arrive aux autres, et vous serez bien content de votre propre sort&#034; &#224; &#034;voyez ce qui pourrait &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; arriver demain, &#224; vous &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que, d'un fait divers, l'on construit un &lt;i&gt;trauma&lt;/i&gt; collectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une temp&#234;te parfaite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en &#224; l'attentat du mercredi 7 janvier 2015 contre le journal &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. En quoi s'agit-il d'un fait divers ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un r&#233;cit simple (deux meurtriers ont tu&#233; douze personnes)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; concernant un nombre r&#233;duit de personnes (perp&#233;trateurs et victimes)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mettant en sc&#232;ne un crime violent
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sortant de l'ordinaire (dans le contexte d'un immeuble parisien)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inessentiel (un journal marginal, au lectorat alors restreint)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; difficilement classable (crime religieux ? politique ? culturel ? j'y reviens)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles raisons peuvent-elles conduire &#224; lui accorder davantage d'importance qu'&#224; un fait divers plus commun ? J'en proposerai quelques-unes, que je tente ici de classer selon la place qui leur fut r&#233;serv&#233;e dans le r&#233;cit m&#233;diatique :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pr&#233;sence parmi les victimes de personnalit&#233;s c&#233;l&#232;bres (en tout cas, c&#233;l&#232;bres aupr&#232;s des g&#233;n&#233;rations et classes sociales les plus repr&#233;sent&#233;es m&#233;diatiquement et politiquement)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la violence des &#233;v&#232;nements (et des images qui nous en sont parvenues)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le nombre des victimes (une douzaine le mercredi, une vingtaine au total)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pr&#233;sence parmi les victimes de personnes que l'on peut pr&#233;sumer vuln&#233;rables (des civils non arm&#233;s, des femmes, des vieillards)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la repr&#233;sentation, parmi les victimes, de professions socialement l&#233;gitim&#233;es (journalistes, policiers &#8212; notons au passage que les caricaturistes sont ici assimil&#233;s &#224; des journalistes, pour les besoins de la cause, alors que d'ordinaire leur parole fait les frais du &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;samor&#231;age&lt;/a&gt; inh&#233;rent &#224; la marginalit&#233; sociale du statut d'&#034;artiste&#034;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le lien possible entre cet attentat et des probl&#233;matiques soci&#233;tales d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans l'imaginaire collectif
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la proximit&#233; g&#233;ographique des lieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons ces points par ordre inverse. La proximit&#233; g&#233;ographique est un point qui est quasiment pass&#233; inaper&#231;u dans les (innombrables) rapports et commentaires, tant il semble &#233;vident pour l'ensemble des observateurs que tout ce qui importe ne peut se passer qu'&#224; Paris. Ce facteur me semble pourtant important, tant l'on conna&#238;t le tropisme parisianiste de l'ensemble de la presse (&#233;crite, radiophonique et t&#233;l&#233;visuelle) nationale. Ici plus que jamais s'applique la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_proximit%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi&lt;/a&gt; dite &#034;du mort au kilom&#232;tre&#034; ; c'en est m&#234;me un parfait cas d'&#233;cole. &#192; l'accessibilit&#233; imm&#233;diate de la sc&#232;ne de crime s'ajoute ici la familiarit&#233; des lieux, les rues du quartier de la Bastille n'&#233;tant inconnue &#224; aucun journaliste &#8212; et l'on retrouve ainsi le motif du surgissement de l'extraordinaire dans un cadre ordinaire, que j'&#233;voquais plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux points pr&#233;c&#233;dents (les professions concern&#233;es et les probl&#233;matiques li&#233;es) permettent de pr&#233;senter le r&#233;cit sur des rails id&#233;ologiques pr&#233;-existants, auxquels les &#233;l&#233;ments factuels ont ici l'obligeance de s'adapter comme s'ils avaient &#233;t&#233; calibr&#233;s (sc&#233;naris&#233;s, pr&#233;m&#226;ch&#233;s) tout expr&#232;s : le courageux-journaliste-victime-d'un-l&#226;che-attentat, le policier-h&#233;ro&#239;que-qui-s'interpose-en-vain, et en regard, le m&#233;chant-terroriste-barbu-arm&#233;-jusqu'aux-dents-qui-crie-All&#257;hu-akbar. Ces personnages pr&#233;sentent l'avantage de n'avoir &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_medium_is_the_message&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nul besoin de pr&#233;sentations&lt;/a&gt; : le lecteur/spectateur standard les poss&#232;de &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; &#224; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rendons, au passage, justice aux meurtriers (ce sera bien la seule fois) : quoiqu'ils aient pu proclamer, leur propre comportement est &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; une auto-caricature f&#233;roce, o&#249; se c&#244;toient fondamentalisme, m&#233;chancet&#233; gratuite, machisme, incoh&#233;rence id&#233;ologique la plus totale, stupidit&#233; crasse (se tromper d'adresse pour sa fusillade, perdre une basket en volant un v&#233;hicule pour s'enfuir, ou encore le coup des papiers d'identit&#233; oubli&#233;s dans ledit v&#233;hicule vol&#233;)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me et troisi&#232;me points (le nombre de victimes et la violence avec laquelle elles ont perdu la vie) sont les seules donn&#233;es factuelles et objectives pouvant faire de cet attentat un fait divers important ; associ&#233;s au point suivant (la fragilit&#233;, suppos&#233;e mais probablement r&#233;elle, des victimes), elles posent les bases d'un sentiment (et d'un discours) compassionnel qui pr&#233;sente l'avantage de s'articuler &#224; merveille avec les arch&#233;types et id&#233;olog&#232;mes &#233;voqu&#233;s &#224; l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le premier point est sans doute le plus imm&#233;diatement apparent : le nom des victimes les plus c&#233;l&#232;bres. Rares furent les comptes-rendus publi&#233;s peu apr&#232;s l'attentat qui ne mentionnaient pas ces noms dans leurs titres ; inexistants furent ceux qui, m&#234;me en fin d'article ou de reportage, portaient mention du nom des victimes les moins connues (particuli&#232;rement celles qui n'&#233;taient ni membres des forces de l'ordre, ni employ&#233;es par un journal).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'assassinat multiple du mercredi 7 janvier se pr&#233;sente d'embl&#233;e comme une &lt;i&gt;convergence de signes&lt;/i&gt;, la &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Perfect_storm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;temp&#234;te parfaite&lt;/a&gt; narratologique qui ne peut manquer de susciter un bruit m&#233;diatique consid&#233;rable (et le mot &#034;bruit&#034; est le seul qui me paraisse ici appropri&#233;), puis &#8212; tr&#232;s t&#244;t &#8212; des injonctions id&#233;ologiques et compassionnelles coh&#233;rentes et unanimes. (Malgr&#233; quelques gestes embryonnaires en ce sens, l'on chercherait en vain, par exemple, pareille unanimit&#233; nationale et hommage institutionnel compass&#233; &#224; la mort de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_de_Clichy-sous-Bois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zyed et Bouna&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Cl%C3%A9ment_M%C3%A9ric&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cl&#233;ment M&#233;ric&lt;/a&gt; ou de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestation_des_25_et_26_octobre_2014_contre_le_barrage_de_Sivens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;mi Fraisse&lt;/a&gt; plus r&#233;cemment.) Nul besoin donc de chercher l&#224; la moindre volont&#233; coordonn&#233;e, la moindre intentionnalit&#233; &#8212; bien- ou malveillante &#8212; des agents du champ m&#233;diatico-politique : le &lt;i&gt;r&#233;cit&lt;/i&gt; en lui-m&#234;me a tout pour les amener &#224; se comporter en fid&#232;le porte-voix, d&#233;pourvu de tout regard critique et analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Au lieu de porte-voix, j'allais &#233;crire &lt;i&gt;muezzin&lt;/i&gt;. Certes, assimiler des journalistes &#224; des muezzins ne serait pas gentil pour ces derniers, &#224; plus d'un titre &#8212; mais l'on comprend mieux pourquoi la presse, &#224; l'occasion, se penche gravement sur &#034;la question&#034; d'une possible interdiction des minarets : ils font concurrence &#224; ses &lt;i&gt;propres&lt;/i&gt; appels &#224; la pri&#232;re...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne, naturellement, &#224; &#233;voquer (pour la derni&#232;re fois, on l'esp&#232;re), ce qu'&#233;tait v&#233;ritablement &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en finir avec Charlie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que je l'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/breve21'&gt;&#233;crit&lt;/a&gt; peu apr&#232;s la fusillade, j'avais fait mon deuil de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &#8212; comme beaucoup de gens de gauche &#8212; depuis longtemps d&#233;j&#224;. L'&#233;volution du journal, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2960.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;depuis sa construction&lt;/a&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 mais plus particuli&#232;rement dans &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les derni&#232;res ann&#233;es&lt;/a&gt;, avait mis en lumi&#232;re ses renoncements et sa triste inad&#233;quation en regard de l'esprit contestataire que ses auteurs les plus &#226;g&#233;s avaient port&#233; jadis, notamment au sein de son pr&#233;d&#233;cesseur &lt;i&gt;Hara-Kiri&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non qu'il soit pertinent de le taxer (en tout cas depuis le d&#233;part de Philippe Val puis de Caroline Fourest) d'islamophobie maladive : il ne fait aucun doute pour moi que les caricaturistes de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; tapaient sur tout le monde (ou du moins le croyaient-ils) indiff&#233;remment, religieux et politiques compris... et aussi (et c'est l&#224; que le b&#226;t commence &#224; blesser) en traitant avec le m&#234;me m&#233;pris les puissants et les faibles, c'est-&#224;-dire certains pans du corps social d&#233;j&#224; maltrait&#233;s et marginalis&#233;s tels que la population musulmane fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que trahi(ssai)t ainsi la r&#233;daction du journal, n'&#233;tait ni une malveillance inh&#233;rente (encore qu'il fut un temps o&#249; se revendiquer &#034;b&#234;te et m&#233;chant&#034; aurait &#233;t&#233; pour d'aucuns un titre de gloire) ni un hypoth&#233;tique racisme fondamental mal dissimul&#233; (&lt;a href=&#034;http://lmsi.net/De-quoi-Charlie-est-il-le-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quoique&lt;/a&gt;), mais son (toujours plus) &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/Censure-droit-au-blaspheme-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faible degr&#233;&lt;/a&gt; de conceptualisation, de culture politique, de coh&#233;rence (revendiquer la libert&#233; d'expression mais pr&#233;tendre &lt;a href=&#034;http://ecrans.liberation.fr/ecrans/1996/09/12/les-173-704-signatures-de-charlie-hebdo_183854&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faire interdire&lt;/a&gt; un parti politique), de discernement et tout simplement, d'intelligence. En deux mots, le journal trahit ce qu'Olivier Cyran a &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qualifi&#233;&lt;/a&gt; (tr&#232;s pertinemment &#224; mon sens) de &#034;paresse intellectuelle&#034;, &#224; laquelle &#034;&lt;i&gt;[l]a posture antireligieuse offre un moyen commode de se pr&#233;lasser dans son ignorance, de faire passer pour insolents ses petits r&#233;flexes de contraction mentale. Elle donne du lustre &#224; un manque b&#233;ant d'imagination et &#224; un conformisme corrod&#233; par les yeux doux de l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien. R&#233;publicain et anti-religieux, je ne vois &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; inconv&#233;nient intrins&#232;que &#224; caricaturer le &#034;proph&#232;te&#034; Mahomet, ni &#224; manquer de respect &#224; quelque religion que ce soit. Mais qu'y a-t-il exactement de &#034;courageux&#034; ou d'in&#233;dit, aujourd'hui, &#224; critiquer la religion musulmane ? Ce n'est pas comme si ce point de vue ne s'&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/culture/zemmour-bat-tous-les-records-de-vente-21-10-2014-1874334_3.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;talait pas&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; &#224; longueur de m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;... et m&#234;me, nous le verrons, jusque dans les institutions de l'appareil d'&#201;tat. Nonobstant, le mensonge &#233;hont&#233; qui consiste &#224; pr&#233;senter son propre crypto-racisme islamophobe comme un discours subversif et audacieux (&#034;seul contre tous, je pourfends la bienpensance et le droit-de-l'hommisme, la Pens&#233;e Unique et le politiquement correct&#034;) est un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; &#233;cul&#233; de l'extr&#234;me-droite, nomm&#233;e ou innomm&#233;e &#8212; et que &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; s'empresse donc de perp&#233;tuer sans aucune remise en question. Du reste, l'extr&#234;me-droite ne s'y est pas tromp&#233;e, qui n'a &#233;t&#233; que trop heureuse de r&#233;cup&#233;rer une large part du discours de l'hebdomadaire &#8212; quand ce n'&#233;tait pas, &lt;a href=&#034;https://www.bakchich.info/blogs/2013/11/18/apprenons-a-distinguer-le-dessin-de-charlie-du-dessein-de-minute-62901&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s curieusement&lt;/a&gt;, l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avait pris soin d'ignorer &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, c'est que la religion est avant tout un &lt;u&gt;fait social&lt;/u&gt; &#8212; ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis, la composante importante (mais pas toujours essentielle) d'un fait social. Il peut &#234;tre amusant de parodier de soi-disants proph&#232;tes ou des rituels volontiers ridicules, il est d&#233;fendable et l&#233;gitime de d&#233;noncer des personnages puissants qui se revendiquent de tel ou tel monoth&#233;isme pour commettre des actes &#233;go&#239;stes et injustes... mais c'est une toute autre chose que de se moquer du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; lui-m&#234;me. Or, telle est pr&#233;cis&#233;ment la tendance qu'avait insensiblement adopt&#233;e la revue &#224; l'&#233;gard du peuple musulman, alors que celui-ci, dans son ensemble, est pr&#233;cis&#233;ment l'une des populations les plus fragilis&#233;es &#233;conomiquement, sociologiquement, et confront&#233;e &#224; de nombreux facteurs adverses : discriminations, racisme d'&#201;tat, histoire coloniale mal dig&#233;r&#233;e, taux de ch&#244;mage et de pauvret&#233; importants,... Partant, il n'est pas acceptable que la d&#233;nonciation des fondamentalismes religieux serve de pr&#233;texte &#224; des repr&#233;sentations &#244; combien spirituelles et originales (r&#233;alis&#233;es par la revue ou reprises &#224; son compte) o&#249; la population musulmane dans son ensemble appara&#238;t comme un ramassis de paresseux, misogynes, violents, cramponn&#233;s aux aides sociales, et d&#233;cid&#233;ment incompatibles avec la R&#233;publique de gens civilis&#233;s que &#034;nous&#034; nous &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/De-la-Liberte-d-Expression-a-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;savons &#234;tre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la n&#233;gation du fait social, et l'attitude consistant &#224; d&#233;consid&#233;rer les facteurs d&#233;terminants des individus et en particulier leur contexte socio-culturel est, on le sait, un marqueur id&#233;ologique de la droite. Il n'est que d'autant plus &#233;trange d'avoir vu ces caricaturistes cens&#233;ment gauchistes, anars ou libertaires, revendiquer leur droit de s'asseoir sans vergogne sur toute r&#233;flexion politique, attitude pour le moins l&#233;g&#232;re &#8212; sinon franchement irresponsable &#8212; pour qui se retrouve, de son propre choix, d&#233;tenteur d'une parole publique et symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce glissement est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/De-qui-Charlie-est-il-le-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'autant plus g&#234;nant&lt;/a&gt; qu'il souligne une diff&#233;rence de traitement avec d'autres religions monoth&#233;ismes, &#224; commencer par la religion juive, qui donna d'ailleurs lieu, au prix d'une extrapolation pour le moins douteuse, &#224; l'&#233;viction d'un &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sin%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dessinateur historique&lt;/a&gt; du journal, avec l'assentiment de ses co-&#233;quipiers &#8212; ceux-l&#224; m&#234;me que l'on nous pr&#233;sente aujourd'hui comme d'h&#233;ro&#239;ques chantres de la libert&#233; d'expression. Du reste, comme n'a pas &lt;a href=&#034;https://firstlook.org/theintercept/2015/01/09/solidarity-charlie-hebdo-cartoons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manqu&#233; de le remarquer&lt;/a&gt; le (tr&#232;s) grand journaliste Glenn Greenwald, assimiler une population &#224; son culte religieux quel qu'il soit est aujourd'hui socialement proscrit d&#232;s qu'il s'agit de la religion juive, alors que &#034;nos&#034; soci&#233;t&#233;s (ou du moins ses acteurs les plus l&#233;gitim&#233;s) le tol&#232;rent sans mal d&#232;s qu'il s'agit d'Islam. Cette in&#233;galit&#233; de traitement s'assied d&#233;lib&#233;r&#233;ment, non seulement sur toutes les r&#233;alit&#233;s sociologiques et toutes les injustices politiques et &#233;conomiques, on l'a vu, mais aussi sur l'Histoire, et notamment sur le contexte g&#233;opolitique sensible que constitue l'inique affrontement israelo-palestinien ; j'y reviens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;politisez, il en restera toujours quelque chose&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour le conceptualiser en employant un autre mot, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; se pr&#233;sente en dernier lieu comme une entreprise de &lt;u&gt;d&#233;politisation&lt;/u&gt;. (C'est bien ce qui a rendu n&#233;cessaire son d&#233;passement, qui a conduit l'hebdomadaire &#224; ne plus &#234;tre lu que par une infime minorit&#233; du peuple de gauche &#8212; mais c'&#233;tait avant qu'il &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/actualite/medias/5-millions-d-exemplaires-de-charlie-hebdo-un-record-historique-pour-la-france_1640576.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;acc&#232;de&lt;/a&gt; au statut d'embl&#232;me national).) D&#233;politisation des questions sociales, religieuses, politiques m&#234;me : dans le petit castelet des caricaturistes, quelques nobles valeurs qu'ils puissent revendiquer, tout se vaut et se c&#244;toie dans un m&#234;me irrespect de fa&#231;ade finalement bien peu subversif &#8212; tant qu'il n'entre pas en &#233;cho avec une violence bien r&#233;elle, qu'elle soit symbolique comme celle du racisme d'&#201;tat qui maltraite quotidiennement quatre millions de nos compatriotes, ou physique comme dans les p&#233;riodes o&#249;, au hasard, un &#233;tat riche d&#233;cide de massacrer all&#232;grement la population civile qu'il a d&#233;j&#224; priv&#233; de larges parties de son territoire et de sa dignit&#233; humaine. Et pour &#244;ter toute ambigu&#239;t&#233; : oui, je fais ici r&#233;f&#233;rence &#224; l'ignoble traitement de la Palestine par le gouvernement d'Isra&#235;l, traitement que l'&#201;tat fran&#231;ais n'est que trop heureux de cautionner y compris en &lt;a href=&#034;http://www.francetvinfo.fr/societe/manifestations-propalestiniennes-en-france/le-conseil-d-etat-confirme-l-interdiction-de-la-manifestation-pro-palestinienne-a-paris_656087.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interdisant&lt;/a&gt; &#8212; sous les &lt;a href=&#034;http://www.huffingtonpost.fr/2014/07/23/manifestation-pro-palestine-francais-interdiction-sondage_n_5612180.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hourras&lt;/a&gt; de la bonne soci&#233;t&#233; &#8212; aux musulmans de France de protester. La libert&#233; d'expression, on en reparle quand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce journal que la Nation feint aujourd'hui de red&#233;couvrir avec &#233;merveillement (moyennant une bonne couche d'hypocrisie : les enfants d'&#233;cole primaire que l'on oblige &#224; observer religieusement une minute de silence &#034;pour Charlie&#034;, se verraient s&#233;v&#232;rement tanc&#233;s s'ils dessinaient le quart du douzi&#232;me de son contenu ; du reste, l'on a soigneusement veill&#233; &#224; les en pr&#233;server), son lectorat de gauche, en tout cas celle dont je me revendique, en avait &lt;i&gt;fini&lt;/i&gt; avec lui depuis bien longtemps d&#233;j&#224;. On pouvait &#233;ventuellement en regarder les Unes en passant, d'un regard torve et vaguement amus&#233;, mais l'on savait qu'il n'y avait plus rien &#224; en attendre. Et inversement : &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; lui-m&#234;me en avait fini avec nous, ne tirant ses derniers revenus que du semblant de l&#233;gitimit&#233; que lui avaient valu ses trahisons et renoncements successifs. &#201;tant bien entendu que, comme toujours, la d&#233;politisation ne saurait profiter qu'au maintien du statu quo, &#224; l'Ordre et la R&#233;action : en un mot, &#224; la droite (f&#251;t-elle nomm&#233;ment &#034;de gauche&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons-y de la pr&#233;caution n&#233;cessaire &#8212; d'autant que la France, dans son amour notoire de la libert&#233; d'expression, ne manque pas de &lt;a href=&#034;http://www.leparisien.fr/strasbourg-67000/strasbourg-un-internaute-juge-lundi-pour-apologie-de-l-attentat-contre-charlie-hebdo-10-01-2015-4435683.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;punir&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2015/01/13/quatre-ans-de-prison-apres-avoir-felicite-les-freres-kouachi-lors-de-son-arrestation_1179547&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;promptement&lt;/a&gt; quiconque s'oppose &#224; l'unanimisme d&#233;cr&#233;t&#233; &#8212; : NON, je ne cherche pas ici &#224; dire qu'au fond, les personnes qui ont &#233;t&#233; abattues l'avaient bien cherch&#233;. NON, je ne cherche pas &#224; justifier les crimes commis &#8212; et d'ailleurs, pour autant que je sache, les meurtriers n'&#233;taient pas des militants alter-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je dis, en revanche, c'est que la d&#233;fection (assum&#233;e) du lectorat le plus sinc&#232;re de ce journal, au long des deux derni&#232;res d&#233;cennies, laissait la voie grande ouverte &#224; une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.les-crises.fr/indecense-rendons-hommage-a-charlie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appropriation&lt;/a&gt; de son discours et de son existence : celle, institutionnelle et compassionnelle, des larmes de crocodile et des Symboles Nationaux, &#224; laquelle nous assistons. Celle de l'Union-devant-ce-crime-affreux, celle de la d&#233;fense-des-Valeurs-civilis&#233;es-contre-la-barbarie, celle de l'Amour-de-la-Libert&#233;-de-la-presse et autres grands mots &#224; majuscule.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH220/je-suis-charlie-b3173613-3f23f.jpg?1772312557' width='500' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celle, enfin, du grotesque hashtag #JeSuisCharlie, &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;injonction morale&lt;/a&gt; puissante et universelle &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; vide de sens : rassembler est ici d'autant plus essentiel que le 6 janvier 2015 &lt;i&gt;plus personne&lt;/i&gt; &#034;n'&#233;tait Charlie&#034;, sauf peut-&#234;tre quelques milliers de lecteurs sinc&#232;rement nostalgiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on comprend alors combien il est facile aujourd'hui &#224; la presse et aux dirigeants politiques de revendiquer je ne sais quel &#034;h&#233;ritage&#034; de l'hebdomadaire : cela permet de s'acheter &#224; bon compte une conscience apparemment pluraliste et cens&#233;ment libertaire, sans gu&#232;re prendre de risque (si ce n'est, &#224; l'occasion, celui de manifester incidemment un m&#233;pris palpable envers la population musulmane &#8212; rien de bien grave, donc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que, en derni&#232;re analyse, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &#233;tait la cible parfaite de cette temp&#234;te parfaite : un journal sulfureux et d'apparence subversive, mais fondamentalement d&#233;politis&#233;, et donc en pleine ad&#233;quation avec le calibrage exig&#233; par les sph&#232;res politiques et m&#233;diatiques l&#233;gitim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans quoi la R&#233;publique est-elle soluble ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le fait divers se fait trauma collectif, l'objet et le sujet m&#234;me du r&#233;cit deviennent vite, en fin de compte, tous deux dispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que ce qui est exig&#233; du corps social par le r&#233;cit (j'entends, son contenu aussi bien que son &#233;nonciation), c'est d'abdiquer sa raison au profit de ses passions. Loin d'opposer la moindre r&#233;sistance &#224; ce mot d'ordre, il nous est donn&#233; d'observer que ce dernier n'est que trop heureux d'obtemp&#233;rer. En un moment de crise, les agents se replient sur ce qu'ils savent le mieux faire : les journalistes p&#233;rorent et r&#233;p&#232;tent en boucle sans le moindre recul ; les politiciens &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/01/07/97001-20150107FILWWW00410--charlie-hebdo-valls-convie-sarkozy-a-la-marche-republicaine-de-samedi.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;cup&#232;rent&lt;/a&gt; tout ce qui peut l'&#234;tre (et m&#234;me le reste) ; les d&#233;vots &lt;a href=&#034;http://www.europe1.fr/sport/football/flashs/charlie-hebdo-une-minute-de-silence-en-ligue-1-2337557&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prient&lt;/a&gt; ; les twittos twittent ; les moutons s'agr&#232;gent (comme on le verra de fa&#231;on paroxystique lors de l'absurde c&#233;r&#233;monie du dimanche 11 janvier 2015)... Tout esprit critique, toute pr&#233;occupation civique, toute &lt;a href=&#034;http://www.europe1.fr/sante/charlie-hebdo-les-chirurgiens-cessent-leur-greve-2337641&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revendication sociale&lt;/a&gt;... s'arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant (et, disons-le, assez effrayant) de voir ce qui reste lorsque toute rationalit&#233; est abdiqu&#233;e. Pour une poign&#233;e de gens (moins qu'on ne le craindrait, apparemment), ce sera le r&#233;flexe raciste &#8212; d'autant plus d&#233;complex&#233; qu'il a &#233;t&#233; soigneusement l&#233;gitim&#233; par le discours &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, nous l'avons vu. Pour la plus grande masse, ce sera de revenir (&lt;a href=&#034;http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150112.OBS9769/les-policiers-ces-mal-aimes-savourent-les-applaudissements.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;non sans veulerie&lt;/a&gt;, aux yeux du mauvais esprit que je suis) dans le rassurant giron de l'Ordre social. Pour beaucoup, ce sera sous forme &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/societe/trois-millions-de-charlie-hebdo-dans-les-kiosque-ce-mercredi-12-01-2015-1895961_23.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consum&#233;riste&lt;/a&gt; (l'exploitation commerciale restant le plus stable succ&#233;dan&#233; du lien social dans une soci&#233;t&#233; capitaliste) &#8212; &#224; rapprocher des &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.clubic.com/internet/actualite-748737-charlie-hebdo-recoit-250-000-google.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oboles expiatoires&lt;/a&gt; vers&#233;es par les instances &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/01/08/97002-20150108FILWWW00371-charlie-hebdo-pellerin-veut-debloquer-un-million-d-euros.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;politiques&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.challenges.fr/media/20150108.CHA2066/les-medias-prennent-la-releve-pour-que-continue-charlie-hebdo.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;corporatistes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant, dans ce contexte, &#224; ce que personne (pour autant que je puisse voir) n'ait pos&#233; la question de ce qu'il est advenu des suspects du crime &#8212; ou, pour reprendre la formule m&#233;diatique consacr&#233;e, dans toute son ineptie juridique, des &#034;assassins pr&#233;sum&#233;s&#034;. Que leur culpabilit&#233; ne laisse aucune place au doute, j'en conviens ais&#233;ment ; que leur ex&#233;cution sommaire ait &#233;t&#233; rendue n&#233;cessaire par les &#233;v&#232;nements, c'est une possibilit&#233; que l'on ne saurait &#233;carter. Que les forces de police qui les ont abattus soient &lt;i&gt;acclam&#233;es&lt;/i&gt; pour cela, en revanche, me semble poser une question fondamentale sur notre R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici, encore une fois, de discuter du bien-fond&#233; de ce d&#233;nouement &#8212; m&#234;me si l'on peut s'interroger sur la longue liste de ces malfaiteurs auxquels l'&#201;tat n'a pas jug&#233; bon d'accorder la possibilit&#233; d'un proc&#232;s constitutionnel : Mesrine, &#201;rick Schmitt, les preneurs d'otages du vol AF 8969, Khaled Kelkal, Richard Durn (possiblement suicid&#233;), Mohamed Merah... Auxquels s'ajoutent donc aujourd'hui Ch&#233;rif et Said Kouachi, ainsi que Amedy Coulibaly. Cependant, il me semble qu'une affaire qui se solde par la mort d'un suspect, quel qu'il soit et quelles qu'en soient les circonstances, ne peut ontologiquement &#234;tre consid&#233;r&#233;e autrement que comme un &#233;chec. &lt;i&gt;M&#234;me&lt;/i&gt; dans un cas o&#249; il peut &#234;tre argu&#233; de ce que l'issue fatale &#233;tait souhait&#233;e et recherch&#233;e par le malfaiteur, m&#234;me lorsque des vies d'otages sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que l'&#201;tat de droit s'arr&#234;te d&#232;s que l'hyst&#233;rie m&#233;diatico-politique le d&#233;cr&#232;te ? Manifestement : oui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ni fleurs ni couronnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; craindre que ce ne soient l&#224; que des signes avant-coureurs. Maintenant que la France a &lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; (Montjoie !) &lt;u&gt;son&lt;/u&gt; 11-septembre (au prix d'une approximation d'ordre 150, c'est-&#224;-dire 3000 victimes divis&#233;es par 20 dans le cas pr&#233;sent), nous pouvons nous attendre &#224; un d&#233;ferlement de lois liberticides (qui avait, du reste, &lt;a href=&#034;http://www.france24.com/fr/20140915-france-projet-loi-anti-jihadisme-radicalisation-royaume-uni/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;j&#224; commenc&#233;&lt;/a&gt;) mettant, s'il en fallait, un dernier clou au cercueil de l'id&#233;al R&#233;publicain &#8212; sous les applaudissements de la foule, qui se p&#226;mera devant le corbillard comme elle le fait aujourd'hui au passage des cars de CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non que ledit cercueil p&#232;se bien lourd, d'ailleurs. Pour s&#233;duisant qu'il soit, cet id&#233;al h&#233;rit&#233; de la fin du XVIII&lt;super&gt;e&lt;/super&gt; si&#232;cle (et dont les deux si&#232;cles suivants nous ont fait oublier ce qu'il pouvait avoir de r&#233;volutionnaire, &#224; l'exception peut-&#234;tre des deux parenth&#232;ses qu'ont constitu&#233; la Commune de Paris et le Conseil National de la R&#233;sistance), n'oublions pas que c'est en grande partie un leurre : la grande R&#233;volution ne s'est gu&#232;re sold&#233;e que par le remplacement d'une classe dominante par une autre, encore plus religieuse et moralisatrice ; la troisi&#232;me R&#233;publique n'advint que par la conversion tardive et opportuniste de l'inf&#226;me Thiers, et la monarchie r&#233;publicaine connue sous le nom de cinqui&#232;me r&#233;publique fut r&#233;dig&#233;e pour son propre usage par qui l'on sait. Quelques slogans il puisse prof&#233;rer &#224; l'envi (&#034;&lt;i&gt;La R&#233;publique &#224; visage d&#233;couvert !&lt;/i&gt;&#034; &#034;&lt;i&gt;Enrichissez-vous !&lt;/i&gt;&#034; &#034;&lt;i&gt;Le travail rend libre !&lt;/i&gt;&#034; &#8212; &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/Le-travail-rend-libre-plus-qu-une&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oups&lt;/a&gt;) avec cette &#034;mauvaise foi&#034; que Pierre Bourdieu a d&#233;crite en son temps, l'&#201;tat que nous connaissons ne sait fonctionner que sur un mode in&#233;galitaire, en faveur de quelques puissants et aux d&#233;triments du grand nombre. L'assentiment de ce dernier est une condition n&#233;cessaire au maintien du statu quo, qui ne peut donc s'obtenir qu'au prix d'un embobinage permanent ; par embobinage je n'entends pas, encore une fois, un processus conscient et d&#233;lib&#233;r&#233; (sauf dans les cas les plus extr&#234;mes), mais le fonctionnement &lt;i&gt;objectif&lt;/i&gt; vers lequel tendent les agents, y compris malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre la &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/15/non-a-l-union-sacree_4557288_3232.html#Tfs4h7GKjbRbfHdP.99&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;cup&#233;ration politique&lt;/a&gt; des faits-divers n'est pas seulement un travers : c'est un processus syst&#233;mique, signe d'une soci&#233;t&#233; malade dans laquelle le &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/120115/nous-sommes-eux-et-ils-sont-nous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;storytelling&lt;/a&gt; tient lieu d'analyse, et l'&#233;motion, de r&#233;flexion politique. Dans laquelle les prescripteurs m&#233;diatiques l&#233;gitim&#233;s, beuglant en ch&#339;ur les m&#234;mes insanit&#233;s, insufflent au corps social ses mouvements et ses sentiments, ses h&#233;ros et ses monstres, son cadre de pens&#233;e et de libert&#233; politique et id&#233;ologique. Dans laquelle personne ne cherche &#224; d&#233;passer son propre statut, sa propre caste : ni les journalistes ni les politiciens ne remettent en question leur propre r&#244;le, leur propre vision, leur propre l&#233;gitimit&#233;, pas plus m&#234;me que les domin&#233;s lorsqu'ils s'expriment dans les rails trac&#233;s pour eux, que ce soit en suivant le parcours R&#233;publique-Nation (et non l'inverse, notons-le) de la c&#233;r&#233;monie ou en p&#233;piant &#224; qui mieux-mieux des hashtags ridicules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans laquelle enfin, la seule trace &#8212; apparemment n&#233;cessaire &#8212; de transcendance, doit prendre l'aspect d'une &lt;a href=&#034;http://www.reporterre.net/EDITO-Je-ne-suis-pas-en-guerre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communion patriotique&lt;/a&gt; (sinon identitaire) c&#233;l&#233;brant l'Ordre in&#233;galitaire, les divisions arbitraires du corps social et leur immuabilit&#233; (g&#233;n&#233;tiquement transmissible), sous un vernis abject de bons sentiments et de grands mots dont &lt;a href=&#034;http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plus personne&lt;/a&gt; ne cherche le sens. Libert&#233;, &#201;galit&#233;, Fraternit&#233; : combien il est facile d'agiter ces mots comme un hochet entre gens de bonne compagnie, tant que l'on ne se soucie pas de savoir s'ils sont partag&#233;s par les immigr&#233;s que l'&#201;tat d&#233;porte en notre nom (chaque ann&#233;e l'&#233;quivalent du lectorat de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, ant&#233;-7 janvier), par les Rroms, les gens du voyage, les ch&#244;meurs en fin de droits, les musulmans m&#233;pris&#233;s et ghetto&#239;s&#233;s ici ou l&#224; (mais plut&#244;t l&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour peu que le fait divers s'y pr&#234;te, le r&#233;cit se fait l&#233;gende : il ira rejoindre les pages de &#034;notre&#034; grand Roman National, celui que l'&#201;tat &lt;a href=&#034;http://cvuh.blogspot.fr/2007/02/manifeste-du-comite-de-vigilance-face.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;frelate&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://rebellyon.info/Des-instrumentalisations-actuelles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consciencieusement&lt;/a&gt; depuis &lt;a href=&#034;http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/ferry1885.asp&amp;title=Discours%20prononc%C3%A9%20%C3%A0%20la%20Chambre%20des%20d%C3%A9put%C3%A9s%C2%A0%3A%20le%2028%20juillet%201885%20%C2%AB%C2%A0Les%20fondements%20de%20la%20politique%20coloniale%C2%A0%C2%BB&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;longtemps&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tour_de_la_France_par_deux_enfants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;. Ce n'est pas tous les jours qu'il nous est donn&#233; de voir d'aussi pr&#232;s comment la cuisine est faite... et &#8212; sans surprise &#8212; ce n'est &lt;a href=&#034;http://evene.lefigaro.fr/citation/politique-andouillette-doit-sentir-peu-merde-trop-18226.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas rago&#251;tant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres temps, j'aurais commenc&#233; la phrase suivante par : &#034;En tant que citoyen&#034;, ou &#034;le citoyen que je suis&#034; ; c'est malheureusement un mot &#8212; un de plus &#8212; que je devrai d&#233;sormais bannir de mon lexique, afin d'&#233;viter toute confusion qui pourrait laisser accroire que je cautionne en aucune fa&#231;on cet &#201;tat dans lequel je ne me reconnais aucunement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors disons-le simplement. Qu'elle soit dor&#233;e &#224; la feuille d'or ou au plomb des balles de kalachnikov, cette l&#233;gende m'indiff&#232;re profond&#233;ment &#8212; ou pour le dire plus franchement, me gonfle un tantinet. Je n'en suis ni le co-auteur ni le lecteur, ni un figurant involontaire, ni, encore moins, un fid&#232;le du culte qu'elle promeut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce roman n'est pas le mien.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;Valentin Villenave&lt;/i&gt;,&lt;br&gt;13 janvier 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s avoir r&#233;dig&#233; ce texte, j'ai tent&#233; d'examiner plus pr&#233;cis&#233;ment dans un &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;ditorial&lt;/a&gt; la question de l'exploitation &#034;p&#233;dagogique&#034; de ces attentats par le syst&#232;me scolaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le droit de ne pas &#171; &#234;tre Charlie &#187;</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Le-droit-de-ne-pas-etre-Charlie</link>
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		<dc:date>2015-01-08T22:07:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Je me permets de reproduire ici un billet publi&#233; par l'&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt;, au lendemain de l'attentat meurtrier contre le journal Charlie Hebdo.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je me permets de reproduire ici un billet que vient de me signaler ma m&#232;re, publi&#233; en langue fran&#231;aise par l'&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt;, au lendemain de l'attentat meurtrier contre le journal Charlie Hebdo. Quant &#224; ma propre position (qui n'en est somme toute pas tr&#232;s &#233;loign&#233;e), j'ai tent&#233; de la formuler dans un &lt;a href='http://archives.oumupo.org/breve21'&gt;&#233;ditorial&lt;/a&gt; sur le pr&#233;sent [Site].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je revendique le droit de ne pas &#034;&#234;tre Charlie&#034; sans &#234;tre pour autant suspect&#233; d'une quelconque complaisance vis-&#224;-vis du crime commis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je revendique le droit de ne pas soutenir une quelconque &#034;union nationale&#034; (mais il est vrai que je ne suis moi-m&#234;me qu'un &#034;m&#233;t&#232;que&#034; dans ce pays, donc pas, &#224; ce titre, directement concern&#233;) et de rappeler qu'&#224; chaque fois que des forces de la &#034;gauche de la gauche&#034; se sont ralli&#233;es &#224; ce genre d' &#034;union sacr&#233;e&#034; &#231;a s'est tr&#232;s mal termin&#233;, pour elles et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique le droit de ne pas &#234;tre solidaire d'un &#201;tat &#8212; et des forces politiques qui le g&#232;rent - qui est responsable d'interventions militaires n&#233;ocoloniales, de discriminations racistes quotidiennes vis-&#224;-vis d'une partie de ses propres citoyens (tout particuli&#232;rement, mais non exclusivement, ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme &#034;musulmans&#034;, ou qui se revendiquent comme tels) et qui construit, dans le cadre de l'UE, une &#034;Europe forteresse&#034; aux fronti&#232;res de laquelle meurent des milliers de personnes par an, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique l'urgence d'une r&#233;action antiraciste et anti-islamophobe qui unifie les opprim&#233;s et les exploit&#233;s, qui s'exprime dans une langue audible et compr&#233;hensible par la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et qui se r&#233;clame des traditions anticoloniales, antiracistes et r&#233;volutionnaires qui font, elles aussi, partie int&#233;grante de l'histoire de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique tout cela au nom de principes d&#233;mocratiques pour lesquels les forces populaires se sont battues depuis deux si&#232;cles, en France et ailleurs, et contre lesquels s'acharnent aujourd'hui tant les classes dominantes occidentales (ou pas) que les int&#233;gristes religieux de tout poil.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/strong&gt;,&lt;br&gt;ma&#238;tre de conf&#233;rences en philosophie politique,&lt;br&gt;membre du comit&#233; central du parti Syriza.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Voici un codicille publi&#233; par Kouvelakis deux jours plus tard, &#224; la veille du &#034;d&#233;fil&#233;&#034; impos&#233; par le champ politico-m&#233;diatique l&#233;gitim&#233;, et auquel participera notamment le (futur ex-)dirigeant grec Samaras :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
D&#233;filer derri&#232;re Hollande, Valls, Sarkozy, Merkel, Rajoy, Samaras et&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'OTAN Jens Stoltenberg ? Jamais, en ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui me concerne. Rien que M. Samaras est responsable des milliers de&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes qui se sont suicid&#233;es en Gr&#232;ce depuis le d&#233;but de la crise&lt;br class='autobr' /&gt;
comme cons&#233;quence directe de sa politique. Et tous ces dirigeants sont&lt;br class='autobr' /&gt;
partie prenante de l'immense violence et de l'injustice accumul&#233;e qui&lt;br class='autobr' /&gt;
forment le terreau sur lequel se d&#233;veloppe le fondamentalisme&lt;br class='autobr' /&gt;
religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs de fa&#231;on tout &#224; fait abusive que les cort&#232;ges de&lt;br class='autobr' /&gt;
demain sont qualifi&#233;s de &#034;marche&#034;. Une &#034;marche&#034;, ou une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;manifestation&#034;, est appel&#233;e par des organisations de la &#034;soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
civile&#034; (partis, syndicats, associations, Eglises). Ce qui se passera&lt;br class='autobr' /&gt;
demain est une c&#233;r&#233;monie d'Etat, comme le d&#233;fil&#233; du 14 juillet, un&lt;br class='autobr' /&gt;
rituel dans lequel la population est appel&#233;e &#224; se ranger derri&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;son&#034; Etat et ceux qui le dirigent. Et comme c'est une c&#233;r&#233;monie&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Etat, il est apr&#232;s tout normal que d'autres &#034;chefs d'Etat&#034; viennent&lt;br class='autobr' /&gt;
s'y joindre pour signifier l'unit&#233; de &#034;notre&#034; &#034;camp&#034; face &#224; l' &#034;ennemi&lt;br class='autobr' /&gt;
commun&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une force politique qui entend lutter contre l'ordre actuel,&lt;br class='autobr' /&gt;
participer &#224; ce type d' &#034;union sacr&#233;e&#034; &#233;quivaut &#224; un acte de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;mission, de renoncement &#224; la prise de distance qui est n&#233;cessaire &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la compr&#233;hension des causes qui ont conduit &#224; ce massacre et au combat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour s'en lib&#233;rer. Le prix &#224; payer de ce genre de renoncements n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pas toujours per&#231;u dans l'imm&#233;diat. Il p&#232;se d'autant plus lourdement&lt;br class='autobr' /&gt;
et dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Papier &#224; musique</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Papier-a-musique</link>
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		<dc:date>2014-06-03T13:36:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Petite anecdote.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Petite anecdote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un apr&#232;s-midi d'hiver, &#224; l'&#226;ge de 16 ans, j'entrai dans la vieille boutique de partitions &#034;Euterpe&#034;, non loin du conservatoire de Saint-Maur. Je voulais acheter une ou deux feuilles de papier &#224; musique grand format (&#224; cette &#233;poque j'&#233;crivais mon grand &#034;&lt;i&gt;Remugle&lt;/i&gt;&#034; concertant, pour piano et orchestre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille dame qui y officiait (elle prit sa retraite quelque temps plus tard) me regarda par-dessus ses lunettes.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;J'peux te faire un cadeau ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Euh... oui (?)&#034;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/capture.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH283/capture-5c769.jpg?1772312557' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ignorant mon air interloqu&#233;, elle disparut un instant dans son arri&#232;re-boutique, et en ressortit avec un immense sac en plastique blanc (sur lequel se devinaient quelques lignes &#233;crites en bleu &#8212; il y &#233;tait question, je crois, d'un artisan plombier), plein &#224; craquer (il se d&#233;chirait d&#233;j&#224; par endroits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedans, s'ammoncellaient des feuilles de papier &#224; musique de tous formats, passablement jaunies, aux port&#233;es de longueur parfois irr&#233;guli&#232;re). Je pris le sac en position horizontale afin qu'il ne c&#232;de pas (j'allais le porter ainsi pendant les quarante-cinq minutes de R.E.R. qui me s&#233;paraient de l'appartement de mes parents).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'&#233;tait &#224; mon mari.&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je bredouillai un remerciement, &#233;bauchai peut-&#234;tre, pour la forme, un geste vers mon porte-monnaie. Il ne me vint pas &#224; l'id&#233;e de demander combien je devais, ni ce qu'avait &#233;t&#233; le sort dudit mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les mois qui suivirent, cette pile de feuilles devint pour moi un objet sacr&#233; (jusqu'au sac dans lequel elles se serraient, et dans lequel elles sont encore aujourd'hui). N'osant gu&#232;re les entamer, je photocopiai celle du haut (c'&#233;tait du papier d'orchestre, &#224; 40 port&#233;es par page) sur plusieurs feuilles de grand format, qui me servirent &#224; r&#233;diger les deux premi&#232;res parties de mon &#034;&lt;i&gt;Remugle&lt;/i&gt;&#034; ; alors que j'avais pass&#233; mes deux premi&#232;res ann&#233;es de lyc&#233;e &#224; &#233;crire discr&#232;tement des partitions dans mes cahiers de cours, en Terminale je commen&#231;ai &#224; d&#233;ployer ostensiblement sur les tables mon papier &#224; musique au format A3, que je remplissais soigneusement tout en continuant &#224; m'int&#233;resser et participer aux cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces feuilles grossi&#232;rement photocopi&#233;es se d&#233;litaient d&#232;s que l'on essayait d'y passer un coup de gomme ; elles accueillirent tant bien que mal, l'ann&#233;e suivante, les six premi&#232;res pages de ma pi&#232;ce &#034;&lt;i&gt;Corail&lt;/i&gt;&#034; et le premier tiers de mon quatuor &#224; cordes en 2003. Je n'ai, &#224; ce jour, termin&#233; aucune de ces partitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2006, lorsque l'Op&#233;ra de Montpellier me commanda l'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Opera-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;op&#233;ra&lt;/a&gt; sur lequel je travaillais depuis d&#233;j&#224; plusieurs mois, et qu'il s'av&#233;ra que la partition serait destin&#233;e &#224; un v&#233;ritable orchestre plut&#244;t qu'&#224; trois ou quatre instruments (ou &#224; un nonette), je ressortis mes feuilles d'orchestre, et me rendis, cette fois, dans un magasin de reprographie sp&#233;cialis&#233;, o&#249; je fis photocopier, &#224; nouveau, la m&#234;me page, en 200 exemplaires sur papier &#233;pais de 90 grammes. C'est sur ce papier que j'&#233;crivis la partition de l'op&#233;ra. Sur chaque page se retrouvait la m&#234;me irr&#233;gularit&#233; des port&#233;es, et je rallongeais &#224; la main certaines lignes avant de tirer, avec une longue r&#232;gle de 40 centim&#232;tres (qui de toute fa&#231;on ne suffisait pas), des barres de mesure parfaitement verticales et ajust&#233;es au demi-millim&#232;tre, regroup&#233;es par familles d'instruments.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/Image-0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH651/Image-0001-f2a15.jpg?1772312557' width='500' height='651' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de cahier
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;(Sonate pour piano, premi&#232;re page)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au lyc&#233;e et en classe pr&#233;paratoire, ma seule ambition avait &#233;t&#233; de pouvoir enfin abandonner mes cahiers pour &#233;crire sur du &#034;vrai&#034; papier &#224; musique ; quelques ann&#233;es apr&#232;s &#234;tre sorti de l'enseignement scolaire, je r&#233;alisai que je n'abandonnerais jamais les cahiers d'&#233;colier &#224; grands carreaux et interlignes. Bien plus compacts, plus discrets, plus pratiques, ils me permettaient d'&#233;crire dans le R.E.R., ou sur un coin de table, ou m&#234;me en pleine rue ; de surcro&#238;t, leur aspect familier, mais surtout leur c&#244;t&#233; inadapt&#233; et ill&#233;gitime pour noter de la musique, en faisait des objets bien moins intimidants qu'une authentique feuille de papier &#224; port&#233;es, blanche et immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, mon int&#233;r&#234;t pour la partition en tant qu'objet graphique s'&#233;tait radicalement d&#233;plac&#233;, &#224; partir de 2006, avec ma pratique intensive du logiciel &lt;a href='http://archives.oumupo.org/LilyPond-la-notation-musicale-pour-tous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;LilyPond&lt;/a&gt;. Le souci d'exactitude qui m'avait toujours anim&#233; mais se trouvait constamment frustr&#233; sur le papier, par un coup de crayon mal gomm&#233;, une mine imparfaitement taill&#233;e, un trait insensiblement mal plac&#233;, trouvait un espace d'expression math&#233;matiquement exact dans le &#034;code source&#034; LilyPond, avec ses lignes de code d'un nombre pr&#233;cis de caract&#232;res, sa syntaxe stable, son organisation claire et rassurante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/IMG/jpg/page0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://archives.oumupo.org/local/cache-vignettes/L500xH705/page0-fd6a0.jpg?1772312558' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une feuille de musique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cinquante temps pour orchestre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et la pile de feuilles de musique dort encore, paisiblement, dans son sac d&#233;chir&#233; de plastique blanc et bleu et sous une confortable couche de poussi&#232;re. Je ne m'en sers que dans de grandes occasions ; j'aime me dire que chacune d'entre elles, un jour, conna&#238;tra un emploi int&#233;ressant. J'aime savoir qu'elles m'attendent, et m'attendront longtemps encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boutique a ferm&#233; depuis pr&#232;s de quinze ans. Je passe devant chaque semaine, en allant travailler (toujours &#224; Saint-Maur, mais aujourd'hui en tant que professeur). Elle a &#233;t&#233; remplac&#233;e par d'autres commerces ; ces derni&#232;res ann&#233;es c'est, je crois, un institut de beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour sur le chemin du travail, j'ai crois&#233; &#034;Mme Euterpe&#034;, qui marchait &#224; petits pas dans la rue. Elle a lev&#233; les yeux un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'elle m'a reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mai 2013.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Piano : la chute d'un empire</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Piano-la-chute-d-un-empire</link>
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		<dc:date>2013-02-18T14:18:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Du clavier &#233;lectronique en tant que marqueur socio-culturel...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du clavier &#233;lectronique en tant que marqueur socio-culturel...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le tout d&#233;but de son existence il y a six ans (et m&#234;me bien avant dans sa premi&#232;re version &#034;vert courgette&#034; qui a heureusement disparu), un article sur ce [Site] persiste &#224; faire l'objet de plus de visites et de commentaires que tous les autres r&#233;unis. Il ne s'agit ni d'un de mes textes p&#233;dagogiques, ni d'une des partitions que j'ai laborieusement mises en ligne, ni m&#234;me d'un article sur la musique : le texte en question est l'un des tout premiers que j'ai publi&#233;s ici, et s'intitule &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Clavinova-mon-ami' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clavinova, mon ami&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref et elliptique, ce billet expose une r&#233;alit&#233; bien connue de tous les pianistes et professeurs de piano un peu s&#233;rieux : &#224; savoir, que les instruments de plastique et de silicium vendus sous le nom de &#034;pianos num&#233;riques&#034; ne constituent qu'une alternative lointaine (et, sinon franchement inf&#233;rieure, du moins extr&#234;mement d&#233;grad&#233;e) &#224; ce qu'est &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; un piano : tant du point de vue m&#233;canique ou sonore, qu'artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que j'ai &#233;crit tr&#232;s rapidement dans ce texte autrefois, je le maintiens &#233;videmment plus que jamais. Cependant les quelques dizaines de r&#233;actions qu'il a suscit&#233;es ici au fil des ans, constituent &#224; leur tour un objet d'&#233;tude auquel je ne m'attendais pas, et m'am&#232;nent aujourd'hui &#224; vouloir revenir sur cette question de fa&#231;on plus d&#233;velopp&#233;e, en m'attardant en particulier sur ses implications sociales et culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tat des lieux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par r&#233;capituler quelques points factuels qui, avec un peu de chance, ne devraient &#234;tre contestables par personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier point, &lt;strong&gt;les claviers &#233;lectroniques sont de plus en plus r&#233;pandus&lt;/strong&gt;. Je ne dispose d'aucune donn&#233;e en ce sens mais c'est certainement vrai sur une &#233;chelle historique suffisamment grande : ces instruments n'existaient pas il y a un si&#232;cle, il est donc normal que leur propagation aille croissant. Sur une dur&#233;e plus r&#233;duite, il me semble &#233;galement avoir constat&#233; que davantage de gens aujourd'hui font l'acquisition de claviers &#233;lectroniques qu'il y a une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point : outre leur nombre croissant, &lt;strong&gt;les claviers &#233;lectroniques se font passer de plus en plus facilement pour des pianos&lt;/strong&gt;. Je ne parle pas l&#224; de progr&#232;s technologique (je reviendrai plus bas sur cette question pr&#233;cise), mais simplement de perception collective ; le slogan &#034;piano num&#233;rique&#034; (que je d&#233;non&#231;ais d&#233;j&#224; &#224; la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle comme un argument publicitaire mensonger) a enti&#232;rement port&#233; ses fruits, et aujourd'hui les industriels qui ont des instruments en plastique &#224; vendre peuvent compter sur l'adh&#233;sion quasi-unanime, non seulement du grand public mais &#233;galement des acteurs l&#233;gitim&#233;s : grandes marques, grands (et petits) magasins de pianos, m&#233;dias de masse, op&#233;rations promotionnelles impliquant des vedettes (voire de grands pianistes &#034;classiques&#034;), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tail piquant dont je critiquais d&#233;j&#224; l'absurdit&#233; en 2006 : paradoxalement, &lt;strong&gt;la l&#233;gitimation symbolique des claviers &#233;lectroniques passe par l'att&#233;nuation de leurs avantages objectifs&lt;/strong&gt;. Quels sont les avantages objectifs d'un clavier &#233;lectronique ? J'en distingue deux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auxquels il faudrait ajouter la multiplicit&#233; timbrique, mais j'y reviendrai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le faible co&#251;t de fabrication, et le faible encombrement. Or, &#224; quoi assistons-nous ? Les fabricants de claviers ont (tr&#232;s intelligemment) mis l'accent sur des mod&#232;les pr&#233;tendument haut-de-gamme dont le prix est &lt;i&gt;sensiblement &#233;quivalent&lt;/i&gt; &#224; celui d'un v&#233;ritable piano ; voil&#224; pour le prix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et encore faudrait-il y ajouter deux facteurs aggravants : la dur&#233;e de vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant &#224; l'encombrement, l'argument du &#034;c'est comme un piano&#034; a conduit les m&#234;mes fabricants &#224; donner &#224; leurs produits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et ceci sans la moindre justification technique, contrairement aux anciens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'aspect d'un vrai meuble, &#224; tel point que cet aspect est devenu constitutif de la d&#233;finition m&#234;me du produit (ce qui le diff&#233;rencie du &#034;synth&#233;&#034; en vogue dans les ann&#233;es 1980) : l'on pourrait &#233;crire sans caricaturer que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&#171; piano num&#233;rique &#187; = touches de plastique + meuble en bois&lt;/code&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dernier point &#224; constater : &#233;tant donn&#233;e la force de frappe (l&#233;gitimation, prescription, propagation) de ce produit purement industriel qu'est le clavier &#233;lectronique, il n'y aurait rien d'&#233;tonnant &#224; ce que la facture instrumentale traditionnelle ait &#233;t&#233; enti&#232;rement balay&#233;e sous la d&#233;ferlante. Et pourtant : &lt;strong&gt;le piano r&#233;siste &#233;tonnamment bien&lt;/strong&gt; &#224; l'assaut du &#034;num&#233;rique&#034;. Je n'ai encore assist&#233; &#224; aucun concert dans lequel l'instrument sur sc&#232;ne aurait &#233;t&#233; d&#233;tr&#244;n&#233; par un clavier synth&#233;tique ; y compris mais &#233;galement pour les musiques dites [&lt;i&gt;produire ici un bruit de vomissement&lt;/i&gt;] &#034;actuelles&#034; &#8212; dans les festivals de jazz, ou m&#234;me dans les concerts de rock, le piano a toujours sa place sur sc&#232;ne, &#244; combien. Paradoxalement, c'est peut-&#234;tre dans la musique dite [&lt;i&gt;vomissement&lt;/i&gt;] &#034;classique&#034; que les claviers &#233;lectroniques p&#233;n&#232;trent le plus insidieusement : vous n'avez pas de &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9lesta&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c&#233;lesta&lt;/a&gt; pour votre orchestre symphonique ? Bof, un machin en plastique fera bien l'affaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le comble du snobisme et de la m&#233;galomanie ayant &#233;t&#233; atteint lors d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison pour laquelle le piano r&#233;siste aussi bien tient certainement &#224; ses r&#233;elles qualit&#233;s intrins&#232;ques (sur lesquelles je reviens ci-dessous) mais au moins autant, dans bien des cas, &#224; son pouvoir symbolique, qui est demeur&#233; intact. &lt;strong&gt;Le piano reste plus que jamais un signe ext&#233;rieur de richesse&lt;/strong&gt;, comme on dit, et en regard, quelle que soit la l&#233;gitimation ou la campagne de pub mise en &#339;uvre, le clavier &#233;lectronique continuera &#224; faire figure de pingre succ&#233;dan&#233;. Mais pour combien de temps encore ? D&#233;j&#224; voit-on poindre les signes d'un &#034;snobisme de l'innovation&#034;, par lequel il devient plus chic de consacrer un budget d&#233;lirant &#224; l'achat d'un mod&#232;le &#233;lectronique dernier-cri plut&#244;t qu'&#224; un piano. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Y a-t-il une id&#233;ologie du piano ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ayant bri&#232;vement trait&#233; des claviers synth&#233;tiques, revenons plus longuement sur le v&#233;ritable instrument qui a suscit&#233; leur existence, et en particulier sur son bagage historique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le piano, qu'on se le dise, est &lt;strong&gt;l'instrument bourgeois par excellence&lt;/strong&gt; : le motif du &#034;piano dans le salon&#034; de la bourgeoisie a &#233;t&#233; relev&#233; par de nombreux historiens sp&#233;cialistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avant de devenir un clich&#233; &#233;cul&#233; de l'imagerie populaire. De la bourgeoisie, le piano est non seulement l'indice, mais m&#234;me un crit&#232;re d&#233;finissant voire normatif : &#034;&lt;i&gt;We cannot imagine&lt;/i&gt;, dira au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le pr&#233;sident am&#233;ricain Calvin Coolidge, &lt;i&gt;a model New England home without the family Bible on the table and the family piano in the corner.&lt;/i&gt;&#034; De m&#234;me que les jeunes filles aristocratiques, sous l'Ancien R&#233;gime, se devaient de savoir chanter et s'accompagner &#224; l'&#233;pinette, les jeunes filles de la nouvelle classe dominante &#8212; la bourgeoisie &#8212; se doivent de jouer du piano : tout comme la fille elle-m&#234;me (r&#233;duite &#224; sa dot par m&#233;tonymie), l'instrument est l'indispensable signe du niveau social de la famille toute enti&#232;re : si l'on pouvait se permettre autrefois d'&#234;tre noble &lt;i&gt;d&#233;sargent&#233;&lt;/i&gt;, c'est dans le niveau de revenu, ou plus exactement dans sa visibilit&#233;, que se situe la d&#233;finition m&#234;me d'un bourgeois. Le piano en gardera donc une certaine ambigu&#239;t&#233; : il semble condamn&#233; &#224; ce que, sous son &#233;l&#233;gance et sa &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; proclam&#233;es, soit toujours soup&#231;onn&#233;e la roture, la bassesse, la vulgarit&#233;, le &#034;nouveau riche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, comme nous le verrons dans un instant, l'&#233;mergence du piano co&#239;ncide historiquement avec l'av&#232;nement du capitalisme et de la r&#233;volution industrielle. Question de go&#251;t certes, nous y reviendrons, mais &#233;galement, &#233;volution esth&#233;tique globale et red&#233;finition de la figure de l'artiste. Instrument polymorphe, la propension du piano &#224; accompagner tout et n'importe quoi n'a d'&#233;gale que sa capacit&#233; &#224;... &lt;i&gt;se passer d'accompagnement&lt;/i&gt;. S'il est un excellent instrument d'accompagnement (en ce qu'il &#034;fait nombre&#034; par lui-m&#234;me), le piano est avant tout &lt;strong&gt;le roi des instruments solistes&lt;/strong&gt; ; et dans son cas le &#034;solisme&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comment, ce mot n'existe pas ? Allez hop, je l'invente.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; confine volontiers &#224; l'&#233;gocentrisme : le piano romantique est l'instrument par excellence de l'Artiste romantique &#233;chevel&#233;, de l'auto-contemplation lyrique ou m&#233;ditative, de l'exacerbation enfin de la figure du Moi tout-puissant, &#233;go&#239;ste et mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la musique pour piano est un trait marquant de la vie culturelle des pays imp&#233;rialistes occidentaux, on peut voir un imp&#233;rialisme &#233;galement dans la domination &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; du piano sur la musique occidentale (et bient&#244;t mondiale par acculturation)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si certains compositeurs parviennent &#224; se faire un nom sans avoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; l'une des raisons pour laquelle les pianistes ont tendance &#224; d&#233;velopper une mentalit&#233; que je ne suis &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Anti-Piano' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pas le dernier&lt;/a&gt; &#224; tourner en ridicule. Peut-&#234;tre &#233;galement est-ce la raison pour laquelle, encore aujourd'hui au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ne juge-t-on pas utile dans les conservatoires, d'habituer les jeunes pianistes &#224; accompagner ni &#224; improviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instrument bourgeois, le piano ? C'est vrai ; mais seulement en partie. Sa facilit&#233; d'apprentissage (j'y reviendrai longuement plus bas) et ses capacit&#233;s d'accompagnement, en feront tr&#232;s t&#244;t &lt;strong&gt;un instrument de divertissement populaire&lt;/strong&gt;. Passant, si l'on peut dire, du salon au &lt;i&gt;saloon&lt;/i&gt;, il se diffusera aux &#201;tats-Unis dans toutes les couches de la population et sera pr&#233;sent &#224; tous les stades de la naissance du Jazz : Scott Joplin, noir et fils d'esclave, est l'exemple m&#234;me de la r&#233;appropriation du piano par la culture populaire, ou plus exactement de l'accession de couches populaires, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; le piano, &#224; une nouvelle forme de culture savante. Pr&#233;sent dans les bars et tripots, et bient&#244;t dans tous les cin&#233;mas muets, le piano est connu et appr&#233;ci&#233; du public bien au-del&#224; de la seule classe bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#233;pertoire lui-m&#234;me transcende les barri&#232;res sociales et g&#233;n&#233;rationnelles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui encore, le piano reste omnipr&#233;sent dans l'imaginaire collectif &#8212; tant sa sonorit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;... Que des g&#233;n&#233;rations de t&#226;cherons auteurs de musiques de film ont choisi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que son apparence, voire, que son nom m&#234;me : personne ne l'a vu, tout le monde l'a oubli&#233;, mais nul n'ignore le titre du film &#034;&lt;i&gt;La Le&#231;on de piano&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref rappel historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me r&#233;f&#232;re ici au m&#233;moire de th&#232;se de Salaa Soulaiman, (malheureusement) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'enseigne chaque ann&#233;e &#224; mes jeunes &#233;l&#232;ves que le vrai nom du piano est &lt;i&gt;pianoforte&lt;/i&gt; : &#034;l'instrument qui peut jouer &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; doucement et fort&#034;, au contraire de ses pr&#233;d&#233;cesseurs que sont le clavecin ou l'orgue, dont l'&#233;ventail et surtout la plasticit&#233; de nuances reste limit&#233;. On avait pu s'en contenter dans la premi&#232;re p&#233;riode baroque, alors que la musique restait confin&#233;e aux bals, aux rites religieux et aux r&#233;ceptions plus ou moins intimistes dans des espaces de dimensions restreintes (musique &lt;i&gt;da camera&lt;/i&gt; &#8212; c'&#233;tait &#233;galement avant que l'on n'invente l'orchestre symphonique), mais au cours du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le go&#251;t change et l'on s'int&#233;resse de plus en plus au pianoforte (qui n'avait jusque l&#224; gu&#232;re marqu&#233; les esprits). Mozart confesse :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand je frappe fort, je peux laisser le doigt sur la touche, ou le relever ; le son cesse au moment m&#234;me o&#249; je le fais entendre. Je puis faire des touches ce que je veux : le son est toujours &#233;gal ; il ne tinte pas d&#233;sagr&#233;ablement, il n'est pas trop fort, ou trop faible, ou tout &#224; fait manquant... Non, il est partout &#233;gal.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure qu'augmente l'ampleur des orchestres, la taille des salles de concert, et surtout, l'app&#233;tence jamais d&#233;mentie des artistes et du public pour la nouveaut&#233;, le spectaculaire, la force expressive et la puissance (les deux derni&#232;res &#233;tant souvent confondues)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par un amusant retour de manivelle, ce sont les m&#234;mes aspirations qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la facture du piano suivra avec de nombreuses am&#233;liorations : extension de la tessiture, perfectionnement de la p&#233;dale, ajout du double-&#233;chappement, troisi&#232;me p&#233;dale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ? Et puis, plus rien. Apr&#232;s deux si&#232;cles remplis d'inventions ahurissantes se succ&#233;dant inlassablement jusqu'&#224; la moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;digeant cet article je d&#233;couvre que l'on a &#233;t&#233; jusqu'&#224; ajouter trois ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... &lt;strong&gt;la facture de pianos a globalement cess&#233; d'&#233;voluer&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; quelques exceptions pr&#232;s, telles que les pianos Fazioli &#8212; qui restent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Est-ce l&#224; d&#251; &#224; la paresse des facteurs ? D'aucuns le soup&#231;onnent, notamment mon coll&#232;gue Florestan Boutin avec qui j'en discutais derni&#232;rement. Pour ma part j'y vois plut&#244;t un effet de la profonde mutation culturelle induite (&#224; un niveau que l'on peut dire &#034;mondialis&#233;&#034;) par le d&#233;ferlement des m&#233;dias de masse et des objets culturels qu'ils imposent, y compris, &#224; partir de cette p&#233;riode pr&#233;cis&#233;ment, ce que je nomme le &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-son-en-boite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;son en bo&#238;te&lt;/a&gt;. La relation entre instrumentiste et auditeur passe maintenant par une m&#233;diation, dans laquelle la captation et restitution du son (puis plus tard, sa synth&#233;tisation) deviennent les probl&#233;matiques centrales. Les instruments &#233;lectroniques font leur apparition ; chez les facteurs, l'artisan fait place &#224; l'ing&#233;nieur. La pression &#233;conomique ne soufflera plus en direction d'une facture personnelle, sign&#233;e, localis&#233;e et contingente, mais en direction d'une facture normalis&#233;e, industrialis&#233;e et diffuse. Le monde entier a maintenant dans l'oreille les m&#234;mes sons, le m&#234;me langage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pianiste face au non-piano : une irr&#233;ductible inad&#233;quation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la situation actuelle peut tr&#232;s bien &#234;tre lue comme l'ach&#232;vement d'un appauvrissement entam&#233; dans la facture instrumentale elle-m&#234;me, bien avant l'apparition de claviers &#233;lectroniques. Je parle bien d'appauvrissement et non de progr&#232;s, et voici pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue m&#233;canique tout d'abord : &lt;strong&gt;la notion d'articulation&lt;/strong&gt;, qui est au centre de la pratique du piano, &lt;strong&gt;n'a quasiment aucun sens sur un clavier &#233;lectronique&lt;/strong&gt;. La fa&#231;on dont un piano produit du son a fait l'objet, nous l'&#233;voquions &#224; l'instant, de plus de deux si&#232;cles de recherche ; il en r&#233;sulte un m&#233;canisme &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Fortepian_-_mechanizm_angielski.svg#Fran.C3.A7ais&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sophistiqu&#233;&lt;/a&gt; dans lequel chaque d&#233;tail joue un r&#244;le indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la transmission kin&#233;tique entre la touche et le marteau est-elle non-lin&#233;aire : par l'entremise du double-&#233;chappement et autres m&#233;canismes, la course du marteau commence relativement lentement puis sa vitesse se d&#233;multiplie avant d'arriver sur la corde. Ce qui permet aux pianistes d'apprendre (de mani&#232;re consciente ou non) &#224; diff&#233;rencier dans leur jeu plusieurs param&#232;tres subtils dans l'attaque des doigts sur la touche tels que la &lt;i&gt;hauteur&lt;/i&gt; d'attaque (la distance d'o&#249; part le doigt), la &lt;i&gt;vitesse&lt;/i&gt; du doigt, et la &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; avec laquelle le doigt frappe la touche &#8212; et je ne parle ici que de l'articulation du doigt, &#224; laquelle il faudrait ajouter celle du poignet, la notion de transfert de poids et encore bien d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au clavier &#233;lectronique ? Rien de tel. D&#233;couvrir &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/File:Inside_the_Yamaha_SY77.jpg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'int&#233;rieur d'un clavier &#233;lectronique&lt;/a&gt; est l'une des exp&#233;riences les plus d&#233;cevantes qui soient : chaque touche pourrait &#234;tre d&#233;crite comme &lt;i&gt;un interrupteur un peu perfectionn&#233;&lt;/i&gt;, sous lequel deux capteurs (trois dans le meilleur des cas) mesurent en tout et pour tout, le temps qu'a mis la touche pour &#234;tre enfonc&#233;e. Rien d'autre. La &#034;vitesse d'attaque&#034; ainsi mesur&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#233;videmment bien plus naturel de traduire ainsi le terme anglais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se voit ensuite quantifi&#233;e &#224; un degr&#233; plus ou moins fin (le standard MIDI attribue un nombre entre 0 et 127, mais la plupart des claviers se contentent d'une approximation), qui tiendra lieu de volume sonore &#8212; voire d'intensit&#233;, dans les rares cas o&#249; le constructeur s'est rendu compte qu'une note attaqu&#233;e &lt;i&gt;forte&lt;/i&gt; n'est pas simplement l'amplification lin&#233;aire de la m&#234;me note jou&#233;e &lt;i&gt;piano&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#034;donner l'illusion&#034; d'un piano, il faut donc &lt;i&gt;alourdir&lt;/i&gt; le toucher ; c'est ainsi que certains constructeurs vous proposeront (pour une somme coquette), de soi-disant &lt;i&gt;claviers lourds&lt;/i&gt;. La plupart du temps, il ne s'agit que d'un artifice grossier (un ressort plus r&#233;sistant) ; dans le meilleur des cas se trouve r&#233;introduite une part de m&#233;canique afin d'imiter le piano &#8212; et nous en revenons donc au paradoxe de la l&#233;gitimation que j'&#233;voquais plus haut : pour esp&#233;rer s'&#233;lever au rang du piano, le clavier &#233;lectronique n'a d'autre possibilit&#233; que de cesser d'&#234;tre un &lt;i&gt;non-piano&lt;/i&gt;. Mais dans tous ces cas, le probl&#232;me de la &lt;i&gt;mesure&lt;/i&gt; de l'attaque restera le m&#234;me, tout comme celui de sa quantification (et de la r&#233;gularit&#233; de la mont&#233;e en puissance, f&#251;t-elle lin&#233;aire ou logarithmique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, non seulement la question de l'articulation perd-elle tout son sens sur un clavier &#233;lectronique mais cela suffit en soi &#224; d&#233;naturer l'instrument : contrairement au piano, &lt;strong&gt;le clavier &#233;lectronique n'est pas un instrument de percussion&lt;/strong&gt;. Les premiers &#224; le savoir sont certainement les musiciens de vari&#233;t&#233; (le chanteur Albin de la Simone m'a un jour confi&#233; partager ce sentiment) &#8212; et j'ai moi-m&#234;me accompagn&#233; suffisamment de concerts dans des arri&#232;re-caves de bars parisiens pour savoir combien il est vain de s'&#233;chiner sur un clavier &#233;lectronique : jamais vous n'en obtiendrez l'impulsion et le dynamisme qu'un piano, m&#234;me &#233;pouvantable, permet d'obtenir. Accompagner un concert de vari&#233;t&#233; sans batteur ni bassiste est un bonheur de pianiste : remplacez le piano par un clavier &#233;lectronique, et il n'en restera qu'un long moment de solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant &#224; l'aspect acoustique de la chose. Je l'ai dit ailleurs : s'il est quelque chose dans laquelle notre soci&#233;t&#233; excelle, c'est la production et la consommation de &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-son-en-boite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;son en bo&#238;te&lt;/a&gt;. Rien d'&#233;tonnant, dans ces conditions, &#224; ce que le son du piano ait &#233;t&#233; depuis tr&#232;s longtemps enregistr&#233;, &#233;chantillonn&#233;, analys&#233; et &#034;masteris&#233;&#034; sous toutes les coutures et de toutes les fa&#231;ons les plus perfectionn&#233;es imaginables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De fait, non seulement l'on vous propose de mettre un &#034;Grand Piano&#174;&#8482;[patent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et de fait, reconnaissons-le volontiers : utiliser un clavier &#233;lectronique peut vous permettre d'entendre le son enregistr&#233; d'un v&#233;ritable piano, voire d'un piano de luxe que vous n'aurez peut-&#234;tre jamais l'occasion de fr&#233;quenter par vous-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; condition, n&#233;anmoins, de ne jouer qu'une seule note. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit, je viens de le dire, d'un son &lt;i&gt;enregistr&#233;&lt;/i&gt;, note par note (et encore, il entrera certainement une part de traitement, voire de synth&#232;se, suivant la note et l'intensit&#233; que vous choisirez). Ce qui condamne votre &#034;piano&#034; (celui que vous avez l'impression d'entendre) &#224; n'&#234;tre jamais qu'&lt;strong&gt;un collage de notes restitu&#233;es s&#233;par&#233;ment&lt;/strong&gt;, bien loin de l'outil incroyablement riche qu'est un v&#233;ritable piano et des ph&#233;nom&#232;nes acoustiques incroyablement complexes qui s'y produisent, pour le meilleur et pour le pire : cordes multiples sur chaque note, r&#233;sonances innombrables (y compris lorsque la p&#233;dale n'est pas mise), &#233;cho, expressivit&#233; du temp&#233;rament, in&#233;galit&#233; des registres, irr&#233;gularit&#233; des feutres, demi-p&#233;dale ou vibrato de p&#233;dale, bruit des &#233;touffoirs lib&#233;rant les cordes... L&#224; encore, les ing&#233;nieurs sont &#224; pied d'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies, et ajoutent rustine sur rustine &#224; leurs mod&#232;les acoustiques pour se rapprocher d'une simulation parfaite : acquisition de possibilit&#233;s polyphoniques, sophistication de la p&#233;dale au-del&#224; du seul &lt;i&gt;sustain&lt;/i&gt;, simulation plus ou moins avanc&#233;e d'une r&#233;sonance sympathique entre les cordes,... Mais la v&#233;rit&#233; est qu'&#224; ce jour, &lt;strong&gt;nous demeurons incapables de reproduire artificiellement la totalit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes acoustiques &#224; l&#8216;&#339;uvre dans un piano&lt;/strong&gt;. Particuli&#232;rement dans un contexte de &#034;temps r&#233;el&#034;, o&#249; la latence entre le geste et le rendu sonore doit rester minimale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera d'ailleurs que je prends ici pour r&#233;f&#233;rence n'importe quel piano v&#233;ritable (c'est-&#224;-dire avec des cordes dedans), et ne me limite ni aux plus prestigieux ni m&#234;me aux pianos &#224; queue : &#224; moins d'un tr&#232;s grave d&#233;fault, tout piano est potentiellement un instrument digne de ce nom &#224; condition d'&#234;tre bien entretenu et convenablement r&#233;gl&#233;. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la m&#233;canique des pianos dits &#034;droits&#034; n'a rien d'atroce en soi &#8212; si l'on excepte la p&#233;dale &lt;i&gt;una corda&lt;/i&gt;, qui n'est qu'un path&#233;tique ersatz &#8212; et rien n'emp&#234;che un pianiste de s'exprimer m&#234;me sur un instrument modeste, pour peu que ce soit dans un espace suffisamment restreint. Jouer sur un instrument de concert apporte certes d'autres possibilit&#233;s, mais aucun piano ne sonne par lui-m&#234;me : quel que soit le piano, il exigera toujours une exploration du toucher et une attention constante de l'oreille pour en tirer le son le plus adapt&#233;, le phras&#233; le plus expressif, l'&#034;orchestration&#034; la plus &#233;quilibr&#233;e &#8212; toutes pr&#233;occupations que l'usage d'un clavier &#233;lectronique rend &#233;videmment caduques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, l'on comprend alors que l'insistance d'un fabricant (ou plut&#244;t, du d&#233;partement marketing d'icelui) quant &#224; la qualit&#233; de leurs &#233;chantillons de r&#233;f&#233;rence (ainsi de tel clavier &#233;lectronique qui pr&#233;tend reproduire &#034;le&#034; son d'un piano B&#246;sendorfer, enregistr&#233; &#224; 96KHz), est &#224; lire comme une diversion, sur un terrain purement symbolique : puisque les limitations technologiques (ontologiques m&#234;me) de notre produit l'emp&#234;chent de s'&#233;lever &#224; la hauteur d'un piano, pr&#233;tendons qu'il est en fait &lt;i&gt;meilleur&lt;/i&gt; qu'un piano, et faisons r&#234;ver le client avec des noms prestigieux et du vocabulaire technique. &#034;Diversion purement symbolique&#034;, disais-je ? Appelons-la plut&#244;t par son vrai nom : le baratin publicitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et de fait, toute portion du Web abordant le sujet semble condamn&#233;e (y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression &#034;piano num&#233;rique&#034; n'est pas seulement un argument de vente : c'est un marqueur id&#233;ologique, au service du &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Ma-gentille-soupe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;culte du Progr&#232;s&lt;/a&gt;, moteur de toute soci&#233;t&#233; capitaliste industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;diation et assuj&#233;tion : quelle place pour la musique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; supposer que des ing&#233;nieurs parviennent un jour &#224; reproduire exactement &#034;le son&#034; d'un piano, dans toute sa complexit&#233;, sa plasticit&#233; (et, devrais-je ajouter, sa part d'impr&#233;visibilit&#233;), il y a loin du &#034;son en bo&#238;te&#034; &#224; la sensation auditive, et l&#224; se trouve sans doute la barri&#232;re la plus irr&#233;ductible qui affecte tous les instruments &#233;lectroniques : &lt;strong&gt;la n&#233;cessit&#233; d'un syst&#232;me de diffusion emp&#234;che l'imm&#233;diatet&#233; instrumentale&lt;/strong&gt;. Par &#034;imm&#233;diatet&#233; instrumentale&#034;, j'entends ici le fait qu'un instrumentiste est &#233;galement (voire avant tout) producteur de son : vous avez une fl&#251;te ? Soufflez dedans, vous aurez du son. Vous avez un tambour ? Tapez dessus, vous aurez du son. Vous avez une guitare &#233;lectrique ? Branchez-la, faites l'acquisition d'un &#034;ampli&#034; (15 Watts minimum, mais prenez plut&#244;t un 25 Watts de chez telle marque), branchez-le, raccordez votre cordon &#034;Jack&#034; ici et l&#224;, r&#233;glez le volume, tournez vaguement quelques autres boutons plus ou moins au hasard, tournez &#233;galement les boutons sur l'instrument, prenez le temps de disposer vos p&#233;dales si vous en avez, pincez une corde... et &lt;i&gt;seulement alors&lt;/i&gt;, &#233;ventuellement, avec un peu de chance, vous entendrez du son sortir, non pas de votre instrument, mais de cette grosse bo&#238;te noire qui peut se trouver &#224; un ou plusieurs m&#234;tres &#8212; et n'est d'ailleurs pas sans poss&#233;der le pouvoir de vous assourdir pour de bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette n&#233;cessaire m&#233;diation est plus qu'un d&#233;placement spatial, c'est une d&#233;localisation : devenu donn&#233;e abstraite (et &#224; plus forte raison, donn&#233;e num&#233;rique &#8212; j'y reviendrai), le son n'a plus aucune &lt;i&gt;raison&lt;/i&gt; de sortir &#224; tel endroit plut&#244;t qu'&#224; tel autre, dans l'oreille du musicien plut&#244;t que dans celle d'un spectateur lointain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'o&#249; l'av&#232;nement de la notion de &#034;retour&#034;, qui a enterr&#233; d&#233;finitivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; plus d'autre &lt;i&gt;connexion&lt;/i&gt; que celle du cable. L'utilisateur d'instrument num&#233;rique se retrouve dans une situation comparable &#224; celle de l'organiste de cath&#233;drale, &#233;loign&#233; de tout et isol&#233; m&#234;me de son propre instrument&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait de cath&#233;drale, il est d'ailleurs int&#233;ressant de noter que l'un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; encore, on peut toujours tenter de faire comme si de rien n'&#233;tait : ainsi est-il de bon ton pour un soi-disant &#034;piano num&#233;rique&#034; d'embarquer ses propres haut-parleurs (d'ailleurs souvent tr&#232;s insatisfaisants, et pour cause), voire de simuler un ersatz de &#034;st&#233;r&#233;ophonie&#034; entre les notes graves et aig&#252;es ; bien pi&#232;tre consolation (et d'ailleurs, n'importe quel preneur de son pr&#233;f&#232;rera de tr&#232;s loin capter directement la sortie de l'instrument que de l'affubler d'un micro : c'est pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;pour cela&lt;/i&gt; que ces instruments existent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'exposais plus haut, les claviers &#233;lectroniques ne sont pas &#8212; au contraire du piano &#8212; des instruments de percussion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y aurait &#233;galement beaucoup &#224; redire sur les percussions &#233;lectroniques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; l&#224; o&#249; l'intensit&#233; d'un piano est en corr&#233;lation directe avec votre frappe, celui d'un instrument &#233;lectronique est d'abord et avant tout corr&#233;l&#233; avec... &lt;i&gt;le potentiom&#232;tre de r&#233;glage du volume&lt;/i&gt;. Vous voulez faire beaucoup de bruit avec un piano ? Rien ne vous en emp&#234;che. Vous voulez faire beaucoup de bruit avec un instrument &#233;lectronique ? Il vous faudra d'abord demander la permission au bouton de r&#233;glage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand bien m&#234;me le volume est &#034;pouss&#233;&#034; &#224; son maximum, encore faut-il tenir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (Et encore : s'il n'y en avait qu'un seul !) La notion de &#034;timbrer&#034; ses notes, de &#034;faire sonner l'instrument&#034; dispara&#238;t, et les nuances ne sont plus qu'un &#233;piph&#233;nom&#232;ne : faire de la musique ne demande plus de penser en musicien, mais en ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, non seulement quelqu'un&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#251;t-ce vous-m&#234;me : au moment o&#249; vous tournez le bouton, vous n'&#234;tes pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;cide &#224; votre place, mais la d&#233;cision est d&#233;termin&#233;e &#224; l'avance : en pla&#231;ant le volume &#224; mi-course, je d&#233;cide que quoi qu'il arrive, la musique que je joue ne d&#233;passera pas telle intensit&#233;. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela : en notre &#233;poque o&#249; m&#234;me les v&#233;hicules automobiles comportent un limitateur de vitesse, il &#233;tait pr&#233;visible que l'on veuille &#233;galement contr&#244;ler le degr&#233; de nuisance sonore que repr&#233;sente la musique instrumentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paradoxalement, la m&#233;diation &#233;lectronique &#8212; les syst&#232;mes de diffusion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et c'est bien l&#224; ce dont le clavier &#233;lectronique est le signe : quelqu'un qui en est adepte, c'est quelqu'un qui, potentiellement, fondamentalement, con&#231;oit &lt;strong&gt;la musique comme &lt;i&gt;avant tout&lt;/i&gt; une nuisance&lt;/strong&gt;. Et tous les autres arguments en viennent &#224; ne plus sonner comme un &#233;cho de ce principe de base : le piano &#034;trop cher&#034;, &#034;trop encombrant&#034;, &#034;trop bruyant&#034;, est tout simplement &lt;i&gt;un envahisseur&lt;/i&gt; ind&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout &#034;son en bo&#238;te&#034;, le clavier &#233;lectronique n'est pas une musique que l'on accueille, que l'on recherche, et autour de laquelle la vie quotidienne s'organise : c'est tout au plus une musique &lt;i&gt;tol&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; &#224; condition qu'elle soit suffisamment aseptis&#233;e et assuj&#233;tie &#8212; voire, dans le cas de l'utilisation d'&#233;couteurs, sur lequel je reviens dans un instant, une musique &lt;i&gt;clandestine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un piano en classe... et &#224; la maison ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Convenons-en : apprendre la musique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; n&#233;cessairement une pratique contraignante et parfois envahissante ; et de tous les instruments, le piano n'est pas le moins encombrant (mais l'un de moins on&#233;reux, je dois le pr&#233;ciser &#8212; bien moins cher, par exemple, qu'un violoncelle). Il ne sert &#224; rien de pr&#233;tendre le nier, ou minimiser le &#034;d&#233;rangement&#034; : un enfant &#224; qui l'on a accord&#233; la plus petite place possible dans un coin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au contraire de, au hasard, la t&#233;l&#233;vision et la console de jeux...&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour mettre un clavier &#233;lectronique, qui est pri&#233; de faire ses exercices quotidiens &#034;au casque&#034; et qui grandit dans l'id&#233;e que pratiquer la musique n'est pas un moyen d'invention et d'expression mais une lointaine occupation vaguement ludique, n'est en g&#233;n&#233;ral pas plac&#233; dans les meilleures conditions pour acqu&#233;rir le go&#251;t d'apprendre, la finesse d'&#233;coute et d'articulation et, plus largement, le souci du d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, qu'il y ait des conditions &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; favorables ou non n'est en aucun cas une pr&#233;-d&#233;termination ; j'ai pour imp&#233;ratif absolu de &lt;strong&gt;ne jamais croire qu'un &#233;l&#232;ve est vou&#233; &#224; &#233;chouer&lt;/strong&gt;, quel que soit son contexte d'apprentissage. Un professeur de piano n'a selon moi aucune l&#233;gitimit&#233; &#224; refuser ou &#224; culpabiliser un &#233;l&#232;ve qui ne disposerait pas d'un piano chez lui ; personnellement j'essaye de ne poser la question qu'une seule fois en d&#233;but d'ann&#233;e, et par la suite je t&#226;che, semaine apr&#232;s semaine, de montrer &#224; chacun de mes &#233;l&#232;ves ce qu'est un piano, et de quelles fa&#231;ons on peut en obtenir des r&#233;sultats int&#233;ressants, expressifs et personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup le comprennent tr&#232;s bien, et s'ils n'ont pas de piano chez eux alors ils n'en sont que dignes de plus d'admiration. Mais je ne peux non plus ignorer que ceux de mes &#233;l&#232;ves dont les parents finissent un jour par faire l'acquisition d'un v&#233;ritable piano, font bien souvent des progr&#232;s tr&#232;s spectaculaires dans les trimestres suivants : non seulement parce qu'ils travaillent davantage et plus volontiers, mais surtout parce que leur pratique musicale est d&#233;sormais un v&#233;ritable projet qui implique toute leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur famille... Voire, h&#233;las, leur voisinage. Dans nos clapiers urbains que l'on nomme &#034;immeubles d'habitation&#034;, il semble &#224; jamais illusoire de pouvoir pratiquer un instrument (piano ou n'importe quel autre) sans irriter ses voisins &#8212; je me trouve moi-m&#234;me dans ce cas, une charmante voisine &#233;tant un jour venu me demander (signe des temps) si je &#034;ne pouvais pas baisser le volume&#034; de mon piano. H&#233;las, la v&#233;rit&#233; est que votre enfant &#8212; tout d&#233;butant soit-il &#8212; n'a &lt;strong&gt;pas moins de l&#233;gitimit&#233;&lt;/strong&gt; &#224; travailler son piano quarante-cinq minutes par jour (voire plusieurs heures s'il est plus avanc&#233;) que la petite vieille du dessus &#224; &#233;couter la messe tr&#232;s fort le dimanche (c'est encore ce qui m'a r&#233;veill&#233; ce matin &#8212; quand ce n'est pas &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Et-bouche-cousue' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Motus&lt;/a&gt;), ni que les ouvriers sous vos fen&#234;tres &#224; pratiquer des excavations dans le trottoir &#224; longueur de journ&#233;e. Affirmer cette l&#233;gitimit&#233; n'est pas chose facile, et d'aucuns pr&#233;f&#232;rent capituler. C'est mon cas : je n'ouvre plus mon piano qu'une dizaine de fois par an, pour le refermer aussit&#244;t. Mais je fr&#233;quente des pianos toute la journ&#233;e hors de chez moi, et mon activit&#233; s'&#233;tant d&#233;plac&#233;e vers l'&#233;criture de partitions, l'usage du piano n'est plus pour moi un besoin que je pourrais sinc&#232;rement qualifier de l&#233;gitime. Il en va tout autrement pour quelqu'un qui est en plein dans ses ann&#233;es d'apprentissage, quel que soit son &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, une &#034;solution&#034; s'offre aux familles dans de telles situations : le syst&#232;me &lt;i&gt;silent&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;&#174;&lt;/sup&gt;, qui consiste &#224; supprimer le son d'un piano droit, une barre amovible venant se placer entre les marteaux et les touches. Pour prendre le relai de ce son supprim&#233;, des capteurs transmettent un signal &#233;lectronique et un son synth&#233;tique est restitu&#233;, que l'on peut &#233;couter par exemple &#034;au casque&#034;. Le meilleur des deux mondes ? Oui et non. Oui sans aucun doute du point de vue m&#233;canique (les touches restent celles d'un piano) ; du point de vue acoustique &#233;videmment, toute les r&#233;serves que j'ai &#233;mises plus haut restent valides. Le simple fait d'introduire ainsi &#034;le loup dans la bergerie&#034;, est s'exposer sans cesse &#224; la tentation &#8212; &#244; combien attirante &#8212; de mettre le casque et de se couper du monde... Sans forc&#233;ment r&#233;aliser que c'est &lt;i&gt;&#233;galement&lt;/i&gt; se couper de son instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ceux de mes &#233;l&#232;ves qui disposent d'un tel syst&#232;me, beaucoup sont ceux qui n'ont plus entendu le son d'un piano chez eux depuis longtemps &#8212; alors m&#234;me qu'ils &lt;i&gt;disposent&lt;/i&gt; d'un piano ! C'est l&#224; l'effet pervers de ce syst&#232;me. Comme je l'expliquais plus haut, je ne me reconnais aucune l&#233;gitimit&#233; pour intervenir dans l'organisation familiale de mes &#233;l&#232;ves ; si un parent d'&#233;l&#232;ve me demandait (en g&#233;n&#233;ral cela ne leur vient point &#224; l'esprit) s'il est pr&#233;f&#233;rable de travailler son piano avec ou sans le son des cordes, ma r&#233;ponse serait en deux parties : d'un c&#244;t&#233; il est extraordinaire, voire pr&#233;cieux, pour un enfant de pouvoir se servir du piano en toute ind&#233;pendance, que ce soit pour inventer ses propres musiques ou d&#233;chiffrer des partitions (par exemple du r&#233;pertoire &#034;ill&#233;gitime&#034; (song books, musiques de films et de jeux...) : toutes activit&#233;s o&#249; les hauteurs et le rythme importent plus que la qualit&#233; du son, de l'articulation ou du phras&#233;. D'un autre c&#244;t&#233;, d&#232;s qu'il s'agit de travail en finesse, qui sollicite notamment l'&#233;coute (par exemple pour travailler un morceau ou une gamme tr&#232;s lentement, en d&#233;tendant bien les bras et avec un son bien timbr&#233; qui se tranf&#232;re d'une note &#224; la suivante), alors travailler avec un son synth&#233;tique n'apporte absolument rien : autant d&#233;brancher le casque et travailler sur un clavier muet, en se concentrant sur la sensation musculaire &#8212; ou, &#233;videmment, lib&#233;rer les cordes et, une bonne fois pour toutes, &lt;i&gt;travailler son piano&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En qu&#234;te d'humanit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prendre un piano pour en enlever le son, puis remplacer ce son par un son synth&#233;tique, lui-m&#234;me reconstruit &#224; partir du son d'un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; piano, enregistr&#233; en un autre lieu, un autre temps... &#192; y repenser, la manipulation me semble effroyable ; appliqu&#233;e &#224; tout &#234;tre vivant, on y verrait une abomination digne du docteur Frankenstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne laisse pas de m'&#233;tonner, finalement, c'est combien il a &#233;t&#233; facile pour les marchands de claviers &#233;lectroniques de vendre, sous le nom de &#034;piano&#034;, de grossi&#232;res imitations en plastique et contreplaqu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#034;orgues&#034; &#233;lectroniques &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#233;sents de longue date, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il me d'ailleurs semble significatif que ces &#034;non-pianos&#034; de plastique se soient d&#233;velopp&#233;s dans le m&#234;me pays et &#224; la m&#234;me &#233;poque que les animaux de compagnie synth&#233;tiques, qu'ils soient virtuels (Tamagotchi) ou robotiques (Aibo). Le Japon, terre d'&#233;lection de la simulation technologique omnipr&#233;sente, est &#233;galement le pays o&#249; un professeur de robotique a d&#233;crit pour la premi&#232;re fois en 1970 le ph&#233;nom&#232;ne dit &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Uncanny_valley&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;uncanny valley&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Ce &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=OzxBpz7Xjl0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ph&#233;nom&#232;ne&lt;/a&gt; caract&#233;rise toute tentative d'imiter l'&#234;tre humain (que ce soit sous forme de robot ou d'image de synth&#232;se) : lorsque l'imitation est grossi&#232;re, maladroite, et n'affiche aucune ambition de r&#233;alisme, les robots-personnages ainsi obtenus, vaguement antropomorphes, suscitent l'adh&#233;sion du public. Mais &#224; mesure qu'ils deviennent de plus en plus proches de l'humain, sans toutefois jamais y parvenir enti&#232;rement, le spectateur ressent une impression angoissante et oppressante : tout l'invite &#224; croire que cet objet artificiel est un v&#233;ritable &#234;tre humain... et pourtant, &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; manque. Les signes sont l&#224; (yeux, visage, texture de peau), mais non l'empathie. L&#224; se trouve &lt;strong&gt;la vall&#233;e de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se instrumentale et musicale se situe donc exactement dans cette probl&#233;matique : si les musiques &#233;lectroniques des ann&#233;es 1980 (par exemple les musiques de jeux vid&#233;os en 8-bits dont &#233;taient friands, d&#233;j&#224;, les studios japonais) ne s'apparentaient en rien &#224; la musique instrumentale traditionnelle, l'av&#232;nement des synth&#233;tiseurs num&#233;riques, du format MIDI et des &#233;chantillonneurs a pour objectif de simuler de fa&#231;on cr&#233;dible, sinon r&#233;aliste, le son et le jeu des instruments que nous connaissons : on aurait donc pu s'attendre &#224; un mouvement de rejet d'une large part du public. Il n'en fut rien, et j'y vois trois raisons possibles. La premi&#232;re tient &#224; l'id&#233;ologie globalement positiviste qui, je l'ai dit, sous-tend le fonctionnement capitaliste industrialis&#233; : nous sommes tellement gorg&#233;s de mots d'ordre tels que &#034;progr&#232;s&#034;, &#034;innovation&#034;, &#034;technologie&#034; que notre app&#233;tence est d&#233;j&#224; toute aiguis&#233;e pour accueillir favorable le prochain gadget &#224; la mode, sans que nous soit laiss&#233; le temps d'y r&#233;fl&#233;chir et de nous interroger sur son &#233;ventuelle pertinence. La seconde tient &#233;galement &#224; l'essence de notre soci&#233;t&#233; industrielle et les pratiques de consommation culturelle de masse qu'elle induit : bon gr&#233; mal gr&#233;, nous avons &#233;t&#233; imm&#233;diatement abreuv&#233;s de musiques &#233;lectroniques et synth&#233;tiques produites au kilom&#232;tre (pour bien moins cher qu'avec de vrais instrumentistes) &#8212; tapissant nos ascenseurs, nos supermarch&#233;s, nos t&#233;l&#233;viseurs et nos radios &#8212; si bien que le fait d'entendre cette m&#234;me musique dans nos &#034;pianos&#034; n'avait, entretemps, plus rien de choquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la troisi&#232;me raison que je puis imaginer, est que l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; de la musique synth&#233;tique, du son et du toucher synth&#233;tiques d'un clavier &#233;lectronique n'appara&#238;tra tout simplement pas &#224; quelqu'un pour qui &lt;strong&gt;le piano n'est pas essentiellement un signe d'humanit&#233;&lt;/strong&gt;. Et nous rejoignons ici la vision de la musique que je d&#233;non&#231;ais plus haut : jamais l'on n'accepteraitde remplacer par un objet synth&#233;tique un &#234;tre vivant, attachant, impr&#233;visible, parfois d&#233;rangeant ou envahissant &#8212; et pourtant dans le cas du piano, la substitution s'est faite sans broncher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais illustrer ici mon propos par deux comparaisons. La premi&#232;re concerne l'&#233;criture : nous disposons aujourd'hui de milliers de polices de caract&#232;res qui cherchent &#224; imiter l'&#233;criture manuscrite (des soci&#233;t&#233;s proposent m&#234;me de &#034;cloner&#034; votre propre &#233;criture pour donner l'illusion que vous &#233;crivez vous-m&#234;me &#224; vos correspondants). Et pourtant, il existe des situations o&#249; l'&#233;criture authentique, dans sa singularit&#233; et son humanit&#233;, demeure irrempla&#231;able : imaginez que vous vous rendiez &#224; une s&#233;ance de d&#233;dicaces d'un grand auteur ; feriez-vous la queue plusieurs heures si vous constatiez qu'il ne signe pas les exemplaires lui-m&#234;me mais se contente de trois mots tap&#233;s &#224; l'ordinateur et d'un coup de tampon ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un parall&#232;le peut ici &#234;tre fait avec les bandes dessin&#233;es : aucun (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me comparaison m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e autrefois par Luc Triquet, l'accordeur de mon conservatoire : nous connaissons aujourd'hui des syst&#232;mes de simulation de conduite de voiture d'un &#034;r&#233;alisme&#034; extraordinaire, que ce soit dans les jeux vid&#233;o ou m&#234;me dans les auto-&#233;coles. Grand &#233;cran, p&#233;dalier, volant en plastique : tout y est... Et pourtant, on n'accorde son permis qu'&#224; quelqu'un qui sait conduire un &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; v&#233;hicule sur une &lt;i&gt;vraie&lt;/i&gt; route.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la difficile l&#233;gitimation des instruments &#233;lectroniques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'attrape-gogo baptis&#233; &#034;piano num&#233;rique&#034;, y a-t-il une place pour les instruments &#233;lectroniques dans une pratique musicale l&#233;gitime et sinc&#232;re, savante et exigeante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, les qualit&#233;s des instruments &#233;lectroniques existent r&#233;ellement, m&#234;me si elles sont moins nombreuses que l'on nous le fait accroire. &#201;videmment, la plus &#233;vidente est celle de la multiplicit&#233; des timbres : j'entends par l&#224;, non pas les timbres &#034;restitu&#233;s&#034;, qui, cherchant p&#233;niblement &#224; imiter tel ou tel instrument, se contentent en fait d'&#234;tre le &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; de cet instrument ; mais les v&#233;ritables possibilit&#233;s de synth&#232;se sonore, de traitement du son en temps r&#233;el, d'&#233;chantillonnages de sons extra-musicaux. Au-del&#224; des questions de son, le clavier &#233;lectronique compense la pauvret&#233; de sa m&#233;canique (que nous &#233;voquions plus haut) par de nouvelles techniques de jeu instrumental fort int&#233;ressantes &#8212; et largement sous-exploit&#233;es &#224; ce jour &#8212; : si les manettes de &lt;i&gt;bend&lt;/i&gt; et de tremolo sont fort courantes, les claviers sensibles &#224; la pression ou &#224; l'&lt;i&gt;aftertouch&lt;/i&gt; demeurent rares (et hors de prix), ce qui est fort dommage car ils permettent au clavi&#233;riste de se soucier de ce qu'il advient du son &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; la frappe de la note, pr&#233;occupation &#224; laquelle le pianiste est &#233;videmment &#233;tranger. Somme toute, &lt;strong&gt;le clavier &#233;lectronique ne commence &#224; &#234;tre int&#233;ressant que lorsqu'il renonce &#224; se faire passer pour un piano&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me permet d'&#233;voquer &#233;galement la distinction, trop souvent ignor&#233;e, entre instruments num&#233;riques et analogiques. Les premiers synth&#233;tiseurs &#233;taient enti&#232;rement analogiques, et ce qui s'y d&#233;roulait relevait moins d'un algorithme (ou d'un enregistrement) que d'un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne &#233;lectro-physique, &#233;ventuellement dot&#233; d'une certaine singularit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souvent plus imaginaire qu'autre chose, mais nous avons vu combien importe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'av&#232;nement du num&#233;rique a apport&#233; un niveau d'abstraction suppl&#233;mentaire, ce qui garantit une reproductibilit&#233; plus fiable (et moins ch&#232;re), mais de nombreux musiciens restent attach&#233;s aux instruments analogiques, aujourd'hui devenus objets de luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant : les instruments &#233;lectroniques, dans l'ensemble, peinent &#224; se constituer un R&#233;pertoire. L&#224; o&#249;, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des instruments tels que le saxophone ou la grande harpe &#224; p&#233;dales s'&#233;taient vus presque imm&#233;diatement adopt&#233;s par les auteurs, les musiciens et le public, les premiers instruments &#233;lectroniques tels que les ondes Martenot ou &#8212; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Improvisation-sur-le-nom-de-Nicolas-Graner' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mon pr&#233;f&#233;r&#233;&lt;/a&gt; &#8212; le th&#233;r&#233;mine, ont quasiment sombr&#233; dans l'oubli en un si&#232;cle d'existence : l'effet sans doute de ce culte de la modernit&#233; en vertu duquel ce qui a &#233;t&#233; invent&#233; hier est n&#233;cessairement supplant&#233; par ce que l'on invente aujourd'hui (en &#233;vitant de penser &#224; demain). Un clou chasse l'autre ; j'y reviens dans un instant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; qui la p&#233;dagogie s'adresse-t-elle vraiment ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mon coll&#232;gue Gy&#246;rgy Kurtag (fils), avec qui j'en discutais il y a quelques jours, met tout particuli&#232;rement l'accent sur les possibilit&#233;s ouvertes par l'&#233;lectronique musicale en mati&#232;re p&#233;dagogique : le &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=ynPWOMzossI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Continuator&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; est un programme d'intelligence artificielle qui vous imite et vous &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=pqfKGlRvddg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;pond&lt;/a&gt;, le &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=M3Tr8mSDYl8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Handsonic&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; est un moyen d'exploration tactile et cognitive, le &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=brc3F1y4z9g&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;ta-piano&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Jean Haury r&#233;duit le jeu du pianiste &#224; ses questions de rythme, phras&#233; et attaque (sans avoir &#224; se soucier des notes), pour ne &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=t9Eu07tvivk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rien dire&lt;/a&gt; du &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=4ePAJvzCIOk&amp;list=PL6A44B3BF3718E46B&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;ta-Instrument&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, de la &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Zc8R_JBXcjI&amp;list=PL6A44B3BF3718E46B&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;ta-Mallette&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et autres &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=34ZZvOkpdCk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;ta-Danse&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;... Pour Gy&#246;rgy, il existe une profonde mutation anthropologique des &#233;l&#232;ves actuels, avec lesquels de nouvelles possibilit&#233;s de compatibilit&#233; doivent &#234;tre cherch&#233;es : les instruments &#233;lectroniques, par l'approche ludique fond&#233;e sur l'improvisation qu'ils offrent, constituent une voie d'acc&#232;s intuitive pour se diriger peu &#224; peu vers une pratique musicale plus complexe et raisonn&#233;e. &lt;strong&gt;Partir du monde sensoriel (le son) pour acc&#233;der progressivement au monde conceptuel (la partition)&lt;/strong&gt; est une id&#233;e tout &#224; fait int&#233;ressante, dont l'un des principaux avantages selon moi est qu'elle habitue tr&#232;s t&#244;t les &#233;l&#232;ves &#224; une &#233;coute tr&#232;s fine, attentive et active (&#034;conscientis&#233;e&#034;, dirait mon coll&#232;gue), non seulement des hauteurs et du rythme (chose courante dans l'apprentissage traditionnel) mais &#233;galement du timbre et de l'intensit&#233;, ce dont beaucoup de musiciens &#8212; moi le premier &#8212; manquent certainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je me dois d'&#233;mettre un certain nombre de r&#233;serves. Tout d'abord, le probl&#232;me de la m&#233;diation (au sens de l'absence d'imm&#233;diatet&#233;) et de la technicisation devient ici plus central que jamais, et je ne suis pas certain qu'il ait sa place dans un cadre p&#233;dagogique. Un instrument traditionnel offre un fonctionnement transparent : chacun de mes &#233;l&#232;ves est habitu&#233; &#224; me voir d&#233;monter le piano pour montrer les cordes, les marteaux qui frappent, les &#233;touffoirs qui se soul&#232;vent &#8212; nous savons exactement &lt;i&gt;ce qui se passe&lt;/i&gt;, et pourquoi cela se passe ainsi. Si nous faisions de la fl&#251;te &#224; bec plut&#244;t que du piano, nous pourrions m&#234;me entreprendre (fort mal, sans doute) de fabriquer notre propre instrument ! Rien de tel avec un instrument &#233;lectronique qui reste &#224; jamais, quoi qu'on en dise, une bo&#238;te noire myst&#233;rieuse. Cela est d'autant plus criant lorsqu'il s'agit, ce qui est ici le cas, de technologies commerciales et propri&#233;taires : si encore il s'agissait d'une invitation &#224; &#233;tudier le fonctionnement, &#224; bidouiller soi-m&#234;me, &#224; re-programmer, l'int&#233;r&#234;t p&#233;dagogique serait r&#233;el (quoique sans grand rapport, je le crains, avec la pratique de la musique). Mais en l'&#233;tat, il s'agit non seulement d'un appauvrissement culturel mais d'une privatisation rampante de la p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;bo&#238;te noire myst&#233;rieuse&#034; n'offre ni imm&#233;diatet&#233;, ni m&#234;me la moindre possibilit&#233; d'appropriation. De l&#224; d&#233;coule, peut-&#234;tre, le probl&#232;me d'&lt;i&gt;infid&#233;lit&#233;&lt;/i&gt; &#224; l'instrument qui touche beaucoup plus les instruments &#233;lectroniques que leurs anc&#232;tres de bois et de cordes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;... Et de cuivre, et de peau...&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : rite de passage majeur, un enfant choisit &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; instrument, celui qu'il pratique, qu'il conna&#238;t, auquel il s'attache, et qui deviendra m&#234;me une part de son identit&#233;. Avec la bo&#238;te noire de plastique et de silicium, rien de tel : le son est modifiable, et l'instrument, interchangeable (&#224; quelques exceptions pr&#232;s, que nous avons &#233;voqu&#233;es avec les instruments analogiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce discours p&#233;dagogique me para&#238;t plus complexe, et moins neutre id&#233;ologiquement, qu'il n'y para&#238;t. Encourager &#224; la nouveaut&#233; et &#224; la curiosit&#233;, quoi de plus louable ; n'ayons pas, pour autant, la na&#239;vet&#233; d'ignorer &lt;strong&gt;les pressions &#233;conomiques et industrielles&lt;/strong&gt; qui sous-tendent ce mouvement. Les budgets de l'enseignement culturel s'amenuisent et les postes de professeurs se rar&#233;fient &#8212; quoi de moins rentable-&#224;-court-terme, en effet, qu'un professeur qui dispense ses cours aux &#233;l&#232;ves, rendez-vous compte, &lt;i&gt;un par un&lt;/i&gt; ? &#8212; ; &#034;repenser le cursus musical pour s'adapter aux mutations soci&#233;tales&#034; risque donc fort de n'&#234;tre, en d&#233;finitive, qu'&lt;strong&gt;un alibi de nivellement par le bas&lt;/strong&gt; o&#249; l'on remplace une formation lente et exigeante, privil&#233;giant l'&#233;l&#232;ve en tant qu'individu, par une vague initiation ludique collective (voire de masse). Remplacer les professeurs par des animateurs a certainement de quoi ravir les financeurs et politiciens, mais l&#224; n'est pas l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves, ni &#224; long terme, de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Un avantage &#233;conomique &#224; court terme (cela reviendrait moins cher, encore que j'en doute), un avantage symbolique (plus facile de demander des subventions pour &#034;une m&#233;thode innovante&#034; que pour l'enseignement routinier), un avantage politique : de quelque fa&#231;on qu'on le justifie, r&#233;inventer la p&#233;dagogie me semble s'adresser davantage au monde des adultes (enseignants, industriels et pouvoirs publics) qu'&#224; celui des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224;, &#224; mon sens, que nous touchons aux limites de l'enseignement ludique &#224; base d'improvisation et &#034;d'exploration sensorielle et cognitive&#034;. Je ne doute pas de la pertinence d'un &#233;veil musical des jeunes enfants, y compris &#224; des langages exp&#233;rimentaux, improvis&#233;s, non-occidentaux, poly-disciplinaires, que sais-je ; pour autant cela n'autorise pas &#224; placer l'enfant au centre de d&#233;sirs adultes (qu'ils soient commerciaux ou p&#233;dagogiques) : je ne suis pas convaincu qu'un enfant &#034;s'&#233;veille&#034; plus efficacement avec une tablette graphique qu'avec des crayons de couleurs, ni qu'il soit mieux sensibilis&#233; au rythme avec une percussion &#233;lectronique sophistiqu&#233;e plut&#244;t que par une poign&#233;e de riz ins&#233;r&#233;e dans un r&#233;cipient clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, remplacer les professeurs par des animateurs a certainement de quoi ravir les financeurs et politiciens, mais n'est dans l'int&#233;r&#234;t ni des &#233;l&#232;ves, ni &#224; long terme, de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Du reste, les enfants ont-ils m&#234;me besoin d'adultes pour &#034;apprendre &#224; jouer&#034; ? Dans cette question se trouve r&#233;sum&#233;e toute l'ambigu&#239;t&#233;, et la raison d'&#234;tre m&#234;me, de l'enseignant : nous ne sommes pas l&#224; pour divertir les &#233;l&#232;ves (d'autres s'en chargeront bien mieux) ni pour les conforter dans une consommation culturelle superficielle, mais pour leur &lt;strong&gt;faire d&#233;couvrir&lt;/strong&gt; des pratiques et des patrimoines auxquels ils n'auraient jamais eu acc&#232;s sans nous &#8212; non sans esp&#233;rer, peut-&#234;tre na&#239;vement, qu'ils finiront par s'approprier toutes ces d&#233;couvertes et y trouver &lt;i&gt;par eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; un amusement et une expressivit&#233; personnelle. Tourner le dos &#224; une p&#233;dagogie de &lt;i&gt;transmission&lt;/i&gt; du savoir, jug&#233;e trop exigeante ou r&#233;barbative, n'est pas baisser les bras : c'est au fond, instrumentaliser activement les &#233;l&#232;ves dans le processus de ringardisation de la culture savante que j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Note-d-intention' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;crit&lt;/a&gt; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Ma-gentille-soupe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ailleurs&lt;/a&gt;, au profit de la culture de consommation et des m&#233;dias de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ainsi chaque ann&#233;e des parents qui viennent m'expliquer beno&#238;tement qu'ils ont d&#233;cid&#233; d'inscrire leur enfants, non pour &#034;faire du piano&#034; mais pour jouer du &#034;piano-plaisir&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous ne connaissez pas le &#034;piano-plaisir&#034; ? C'est un instrument magique qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il besoin de le pr&#233;ciser : en g&#233;n&#233;ral, ils sont &#233;quip&#233;s d'un &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Clavinova-mon-ami' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Clavinova&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comme une momie dans sa vitrine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que sera le piano d'ici quelques d&#233;cennies ? Certainement ni disparu ni oubli&#233;, tant est forte son emprise sur l'imaginaire collectif &#8212; ainsi que son capital symbolique, en termes de &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; et de l&#233;gitimation, nous l'avons vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les beaux jours du piano en tant qu'instrument (presque) populaire sont sans nul doute derri&#232;re nous &#8212; tout comme, je le crains, de large pans de la musique savante et des pratiques musicales sous forme &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La disparition progressive des harmonies municipales et villageoises en est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'imagine ais&#233;ment, &#224; l'avenir, le piano rel&#233;gu&#233; &#224; quelques &#034;niches&#034;, quelques classes sp&#233;cialis&#233;es, comme le sont aujourd'hui le clavecin ou la guitare. (Et par &#034;classes&#034;, je parle aussi bien de salles de conservatoire que de classes sociales.) &#192; mesure que s'ouvriront, volont&#233; politique oblige, des cours de &#034;musiques actuelles&#034; et autres alibis destin&#233;s &#224; former les dociles consommateurs culturels de demain, les &#233;l&#232;ves perdront peu &#224; peu leur seule possibilit&#233; de contact avec de v&#233;ritables pianos &#8212; la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves actuels (si l'on inclut le secteur priv&#233; et associatif) n'ayant d&#233;j&#224; jamais vu de piano &#224; queue. Sans aucune frustration, du reste : la diff&#233;rence leur serait de toute fa&#231;on insaisissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une vie musicale longtemps avant le piano, et il y en aura toujours une apr&#232;s ; de m&#234;me que les clavecinistes sont scandalis&#233;s (probablement &#224; juste titre) que nous osions jouer du Couperin au piano, je serai certainement d&#233;sesp&#233;r&#233; le jour o&#249; les concertistes joueront des concertos de Chopin sur des pianos en plastique, accompagn&#233;s par un orchestre synth&#233;tique. Avec un peu de chance, d'ici l&#224; ces instruments se seront dot&#233;s de leur propre r&#233;pertoire &#8212; m&#234;me si je crains fort que ledit r&#233;pertoire se limite aux musiques de vari&#233;t&#233; et de cin&#233;ma, &#233;ventuellement saupoudr&#233;es de quelques &#034;musiques du monde&#034; pour satisfaire notre &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Des-cultures-du-monde-vers-un-monde-des-cultures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;bonne conscience n&#233;o-imp&#233;rialiste&lt;/a&gt; et de &#034;cr&#233;ation/improvisation&#034; branch&#233;e pour attirer quelques subventions. Plus, &#233;videmment, quelques tubes &#034;classiques&#034; insubmersibles (la &lt;i&gt;Lettre &#224; &#201;lise&lt;/i&gt;, encore et toujours) &#8212; l'adjectif &#034;classique&#034; regroupant indiff&#233;remment, comme dans un rayon de supermarch&#233;, toute la musique &#233;crite entre 1500 et 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la grande diff&#233;rence ne sera-t-elle pas, en fait, la disparition du piano, mais bien sa survivance sous forme zombifi&#233;e : alors que (quasiment) plus personne ne songerait aujourd'hui &#224; construire des pianos identiques &#224; ceux de Beethoven, j'imagine parfaitement les constructeurs de claviers en plastique s'ent&#234;ter mordicus &#224; reproduire &#034;le&#034; son des mythiques Grands Pianos, m&#234;me quand ceux-ci auront disparu depuis des d&#233;cennies. Perp&#233;tuant, conservant, id&#244;latrant &#224; l'infini le piano, ou plus exactement son lointain &#233;cho, d&#233;form&#233;, embaum&#233; comme un cadavre dans un mus&#233;e, rejouant le m&#234;me Chopin, la m&#234;me &lt;i&gt;Lettre &#224; &#201;lise&lt;/i&gt; dans une m&#233;ta-version pr&#233;-enregistr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien y r&#233;fl&#233;chir, je ne suis pas certain que ce soit le plus enviable des sorts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auxquels il faudrait ajouter la multiplicit&#233; timbrique, mais j'y reviendrai plus tard...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et encore faudrait-il y ajouter deux facteurs aggravants : la dur&#233;e de vie de ces instruments synth&#233;tiques, souvent d&#233;risoire, et la quasi-inanit&#233; d'un march&#233; d'occasion : on le voit, il est infiniment plus profitable &#224; un industriel de vendre des claviers &#233;lectroniques que de v&#233;ritables instruments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et ceci sans la moindre justification technique, contrairement aux anciens claviers &#233;lectriques Hammond, Fender et compagnie : nous parlons ici d'&#034;esth&#233;tique&#034;, c'est-&#224;-dire en fait de &lt;i&gt;marketing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le comble du snobisme et de la m&#233;galomanie ayant &#233;t&#233; atteint lors d'une r&#233;cente cr&#233;ation de &lt;i&gt;Sweeney Todd&lt;/i&gt; au th&#233;&#226;tre du Ch&#226;telet &#8212; o&#249; je mettais les pieds pour la premi&#232;re et derni&#232;re fois &#8212; ; l'introduction &#224; l'orgue &#233;tait diffus&#233;e sur bande, enregistr&#233;e sur de v&#233;ritables grandes orgues par une super-star (Escaich), puis sit&#244;t l'introduction termin&#233;e un ridicule boui-boui &#233;lectronique prenait piteusement le relais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comment, ce mot n'existe pas ? Allez hop, je l'invente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me si certains compositeurs parviennent &#224; se faire un nom sans avoir recours au piano, ce sera toujours par un r&#233;pertoire &#034;&#224; grand spectacle&#034; : op&#233;ra (Verdi, Wagner), symphonie (Berlioz, Mahler)&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#233;pertoire lui-m&#234;me transcende les barri&#232;res sociales et g&#233;n&#233;rationnelles : je suis toujours impressionn&#233; de voir que mes jeunes &#233;l&#232;ves qui ne connaissent ni le nom de Mozart ni de Bach, connaissent malgr&#233; tout le nom de Beethoven &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; &#034;c'est la Lettre &#224; &#201;lise&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;... Que des g&#233;n&#233;rations de t&#226;cherons auteurs de musiques de film ont choisi, pour une raison qui m'&#233;chappe, d'associer aux th&#233;matiques romantiques et amoureuses...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je me r&#233;f&#232;re ici au &lt;a href=&#034;http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=1349&amp;action=pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#233;moire de th&#232;se&lt;/a&gt; de Salaa Soulaiman, (malheureusement) publi&#233; sous licence CC by-nc-nd, 2009, et j'ai &#233;galement picor&#233; quelques donn&#233;es dans le &lt;a href=&#034;http://www.cefedem-normandie.com/index.php?option=com_phocadownload&amp;view=category&amp;download=48:mem10gelardjuliette-pluriinstrumentiste&amp;id=3:musique-memoires&amp;Itemid=40&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#233;moire de D.E.&lt;/a&gt; de Juliette G&#233;lard, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par un amusant retour de manivelle, ce sont les m&#234;mes aspirations qui pr&#233;sideront au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; l'av&#232;nement des instruments amplifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;digeant cet article je d&#233;couvre que l'on a &#233;t&#233; jusqu'&#224; ajouter trois ou quatre p&#233;dales aux pianos, dont certaines destin&#233;es &#224; actionner des tambourins !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; quelques &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Innovations_in_the_piano&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exceptions&lt;/a&gt; pr&#232;s, telles que les pianos &lt;a href=&#034;http://www.fazioli.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fazioli&lt;/a&gt; &#8212; qui restent cependant marginales et r&#233;serv&#233;es au domaine du luxe et de l'excentricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est &#233;videmment bien plus naturel de traduire ainsi le terme anglais &lt;i&gt;velocity&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; les jeanfoutres publicitaires parlent absurdement de &#034;v&#233;locit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De fait, non seulement l'on vous propose de mettre un &#034;Grand Piano&lt;sup&gt;&#174;&#8482;[patent pending]&lt;/sup&gt;&#034; dans votre clavier &#233;lectronique, mais de nombreuses biblioth&#232;ques de sons vous offriront (moyennant quelques milliers de dollars) de mettre tout un orchestre symphonique (celui de Vienne, de Berlin, de &#034;East West&#034; ou que sais-je) dans votre ordinateur &#8212; au grand r&#233;gal des t&#226;cherons sus-mentionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et de fait, toute &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Digital_piano&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;portion du Web&lt;/a&gt; abordant le sujet semble condamn&#233;e (y compris sur &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Clavinova-mon-ami#forum4639' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mon propre site&lt;/a&gt; &#224; devenir un terrain d'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Astroturfing&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;astroturfing&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; d&#233;complex&#233; quoiqu'involontaire, parfois de fa&#231;on comique... L'argument qui m'amuse le plus est l'in&#233;vitable &#034;vous avez sans doute raison pour les claviers qui remontent &#224; 5 ou 10 ans, mais vous devriez vous tenir au courant : les derniers mod&#232;les ont totalement r&#233;gl&#233; les probl&#232;mes que vous d&#233;noncez&#034; ; argument que je serais certainement pr&#234;t &#224; entendre avec indulgence si je ne l'entendais depuis... vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'o&#249; l'av&#232;nement de la notion de &#034;retour&#034;, qui a enterr&#233; d&#233;finitivement l'id&#233;e pourtant &#233;vidente que tout instrumentiste est n&#233;cessairement avant tout son propre auditeur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait de cath&#233;drale, il est d'ailleurs int&#233;ressant de noter que l'un des premiers claviers &#233;lectroniques, l'orgue Hammond, a tr&#232;s t&#244;t &#233;t&#233; utilis&#233; dans les stades de baseball et de hockey am&#233;ricains &#8212; tradition qui perdure aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y aurait &#233;galement beaucoup &#224; redire sur les &lt;i&gt;percussions&lt;/i&gt; &#233;lectroniques elles-m&#234;me, qui ne sont utilis&#233;es par aucun percussioniste ni batteur digne de ce nom exactement pour les m&#234;mes raisons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand bien m&#234;me le volume est &#034;pouss&#233;&#034; &#224; son maximum, encore faut-il tenir compte &#8212; nouvelle complication &#8212; des limites physiques du syst&#232;me de diffusion, des &#233;ventuels algorithmes de compression dynamique, des ph&#233;nom&#232;nes de saturation etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F&#251;t-ce vous-m&#234;me : au moment o&#249; vous tournez le bouton, vous n'&#234;tes pas encore instrumentiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paradoxalement, la m&#233;diation &#233;lectronique &#8212; les syst&#232;mes de diffusion amplifi&#233;e &#8212; utilis&#233;e pour rendre la musique inoffensive est &lt;i&gt;&#233;galement&lt;/i&gt; celle qui permet de la rendre extr&#234;mement dangereuse pour l'appareil auditif. Sans commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au contraire de, au hasard, la t&#233;l&#233;vision et la console de jeux...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#034;orgues&#034; &#233;lectroniques &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#233;sents de longue date, mais personne n'aurait risqu&#233; de confondre un &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Bontempi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bontempi&lt;/a&gt; avec les orgues de Notre-Dame !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un parall&#232;le peut ici &#234;tre fait avec les bandes dessin&#233;es : aucun collectionneur ne privil&#233;giera les &#233;ditions r&#233;centes dont le lettrage et la mise en couleur sont faits par ordinateur, aux &#233;ditions d'origine faites &#224; la plume et au pinceau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Souvent plus imaginaire qu'autre chose, mais nous avons vu combien importe l'aspect symbolique et affectif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;... Et de cuivre, et de peau...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vous ne connaissez pas le &#034;piano-plaisir&#034; ? C'est un instrument magique qui permet de jouer &lt;i&gt;La Lettre &#224; &#201;lise&lt;/i&gt; sans jamais avoir fait aucune gamme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La disparition progressive des harmonies municipales et villageoises en est un autre signe : il est plus &#034;cool&#034; pour un adolescent de jouer dans un groupe de rock que dans une fanfare, c'est du moins ce que nos m&#233;dias de masse lui prescrivent &#224; longueur de journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Outre l'article &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Clavinova-mon-ami' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Clavinova, mon ami&lt;/a&gt;, j'ai consacr&#233; un billet plus r&#233;cent &#224; la mode des pianos dans l'espace public : &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Les-singes-savants-du-Docteur-T' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les singes savants du Docteur T&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que composer veut dire</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Ce-que-composer-veut-dire</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Ce-que-composer-veut-dire</guid>
		<dc:date>2012-05-20T18:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;De la meilleure fa&#231;on d'expliquer que l'on &#233;crit de la musique. Et de ce qui s'ensuit.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De la meilleure fa&#231;on d'expliquer que l'on &#233;crit de la musique. Et de ce qui s'ensuit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment nommer un compositeur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question me taraude depuis mon plus jeune &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un probl&#232;me de terminologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire de la musique d&#232;s que j'ai su en lire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit en 1993, probablement &#8212; j'avais commenc&#233; le piano assez tardivement.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et je n'ai pas cess&#233; depuis lors. J'ai &#233;crit plus d'un millier de pages (ce qui est relativement peu), et pourtant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, je n'ai jamais employ&#233; le verbe &lt;i&gt;composer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par superstition ? Peut-&#234;tre. Par mauvaise volont&#233; ? Certainement. Mais plus probablement &#224; cause d'un b&#234;te probl&#232;me d'audition ou de prononciation : &#224; chaque fois que j'entends ce terme dans la bouche de quelqu'un, je n'entends pas, par exemple : &#034;Pierre compose&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends : &#034;Pierre... &lt;i&gt;comp&#244;se&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez l'infime pause de connivence, puis la diction un tantinet emphatique. C'est une probl&#233;matique que j'avais d&#233;j&#224; soulev&#233;e &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Amateurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici-m&#234;me&lt;/a&gt; autour d'une autre question de terminologie (le mot &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt;) : le public, en g&#233;n&#233;ral, ne peut prononcer le mot &lt;i&gt;composer&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;compositeur&lt;/i&gt; de fa&#231;on neutre. Il &lt;strong&gt;faut&lt;/strong&gt;, apparemment, qu'il y ait toujours une marque de &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Distinction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;distinction&lt;/a&gt;, de d&#233;f&#233;rence, de moquerie, de distance, de pomposit&#233;, de sacralisation, de pr&#233;tention &#8212; ou bien un peu de tout cela &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;gitimit&#233;, j'&#233;cris ton nom&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire pourrait s'arr&#234;ter l&#224;. Sauf que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutez un compositeur, j'entends par l&#224; un Vrai Compositeur Contemporain Digne De Ce Nom (VCCDDCN) vous dire &#034;je compose&#034;. Vous entendrez la &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; inflexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce-&#224;-dire ? Que ledit &lt;i&gt;comp&#244;siteur&lt;/i&gt; lui-m&#234;me a chop&#233; la grosse t&#234;te ? Tr&#232;s probablement (certains, m'a-t-on dit, sont humbles, mais &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Dusapin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas tous&lt;/a&gt;). Mais m&#234;me dans l'hypoth&#232;se o&#249; sa diction serait en fait totalement neutre, la v&#233;rit&#233; est que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En tant que tel, &#224; l'heure actuelle et dans notre soci&#233;t&#233;, le terme de &lt;i&gt;compositeur&lt;/i&gt; n'est &lt;strong&gt;plus&lt;/strong&gt; utilisable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour quelqu'un de vivant, s'entend &#8212; que Mozart ou Bach soient de grands compositeurs, tout le monde l'admet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf moi, dans le cas de Bach. [Ce moment de provoc' gratuite vous est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais qu'un freluquet de moins de quatre-vingts ans mette trois notes sur une feuille de papier r&#233;gl&#233;, et la r&#233;action la plus pr&#233;visible sera : &#034;Mais comment ose-t-il ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps est effectivement un processus de l&#233;gitimation incontestable, qui n'a rien de malsain en soi. Des dizaines de milliers de gens &#233;crivent des centaines de milliers de partitions, et un jour o&#249; l'autre, l'Histoire passe par l&#224; et fait un tri ; ceux qui restent, ceux qui sombrent, ceux que l'on red&#233;couvrira fortuitement, ceux dont on s'entichera l'espace d'une d&#233;cennie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant je crains que cette vision ne soit le sympt&#244;me d'une d&#233;rive plus inqui&#233;tante. Signe des temps modernes et de l'&lt;a href=&#034;http://arsindustrialis.org/prol%C3%A9tarisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hyper-prol&#233;tarisation&lt;/a&gt; de la soci&#233;t&#233; ? Je n'en sais rien et vous non plus : cette sainte terreur face au pr&#233;dicat &lt;i&gt;composer&lt;/i&gt; &#233;tait peut-&#234;tre d&#233;j&#224; l&#224; il y a deux si&#232;cles, apr&#232;s tout. En revanche, je &lt;strong&gt;sais&lt;/strong&gt; pour le constater chaque jour, que la population, y compris dans sa frange la plus &#034;cultiv&#233;e&#034;, a aujourd'hui &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-son-en-boite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;perdu presque tout contact avec la musique &#233;crite&lt;/a&gt;. &#201;crire des partitions comme je le fais, c'est &lt;i&gt;has-been&lt;/i&gt;, tout le monde ne jure plus que par les enregistrements, les vid&#233;os, les &#034;maquettes&#034;, les MIDI files et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : &#233;crire des notes, c'est bon pour des mecs en perruque qui sont morts ya deux-cent-cinquante ans. Fermez le ban.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faux-semblants et vraies arnaques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que se trouve, &#224; mon sens, un danger r&#233;el : tout comme la dichotomie arbitraire &lt;i&gt;amateur&lt;/i&gt; vs &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt;, la sacralisation du terme de &lt;i&gt;compositeur&lt;/i&gt; n'est pas sans cons&#233;quences sur les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et politiques du milieu de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la d&#233;nomination de &lt;i&gt;compositeur&lt;/i&gt; n'est ni r&#233;glement&#233;e, ni m&#234;me n&#233;cessairement associ&#233;e &#224; une profession. En d'autres termes, &#224; peu pr&#232;s n'importe qui peut se dire &lt;i&gt;compositeur&lt;/i&gt;... pour ensuite tirer profit de l'effet de terreur sacr&#233;e qui en r&#233;sulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains usages, d'ailleurs, entretiennent d&#233;lib&#233;r&#233;ment la confusion. Tout chanteur qui a vaguement deux-trois notes en t&#234;te, tout dessinateur de bande dessin&#233;e qui joue quelques accords de ukulele, seront ainsi enregistr&#233;s en tant que &lt;i&gt;compositeurs&lt;/i&gt; aupr&#232;s des soci&#233;t&#233;s de gestion de droits (soi-disant) &#034;d'auteur&#034;. (Je vous l'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/De-l-art-d-acheter-de-l-anti-matiere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;j&#224; dit&lt;/a&gt; : j'&lt;i&gt;adooore&lt;/i&gt; les soci&#233;t&#233;s de gestion de droits d'auteur.) Et de fait, le lobby du (soi-disant) &#034;droit d'auteur&#034; est le premier &#224; brandir un &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/philosophy/words-to-avoid.fr.html#Creator&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vocabulaire sacralisant&lt;/a&gt; pour faire accepter au commun des mortels de renoncer &#224; quelques libert&#233;s civiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au kilom&#232;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, le terme de composition n'a pas totalement disparu du champ musical : il s'est simplement d&#233;plac&#233;. Allez voir n'importe quel groupe de rock (dans un garage ou dans un stade de foot rempli de groupies, le niveau culturel est quasiment le m&#234;me) ; l'on vous expliquera que le monde de la musique-de-consommation (en novlangue culturelle on appelle cela &#034;les musiques actuelles&#034;), se divise en deux cat&#233;gories : les &lt;i&gt;reprises&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;compositions&lt;/i&gt;. Oui, aligner quatre accords us&#233;s jusqu'&#224; la corde, et une vague ligne m&#233;lodique sur d'insipides d&#233;clarations d'amour en anglais, &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt; s'appelle &#034;composer&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me confronte &#224; ma &lt;i&gt;propre&lt;/i&gt; terreur sacr&#233;e : ne risque-t-on pas de galvauder et salir ce mot ? Excr&#233;er (je ne parle m&#234;me pas d'&#233;crire) une demi-heure de musique en vingt-cinq secondes ou passer six mois &#224; r&#233;diger une partition de douze minutes, ne me semble pas proc&#233;der &lt;i&gt;exactement&lt;/i&gt; de la m&#234;me profession...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne serait-ce pas, cependant, surestimer le travail des &#034;vrais&#034; compositeurs l&#233;gitimes ? L'investissement intellectuel n&#233;cessaire pour la conception d'une telle chanson n'est probablement gu&#232;re inf&#233;rieur &#224; celui que consacraient les compositeurs du temps pass&#233; pour &#233;crire des &lt;i&gt;arie antiche&lt;/i&gt; au kilom&#232;tre, de la musique &#224; danser ou d'insupportables chorals religieux. Ou, m&#234;me, la derni&#232;re soupe contemporaine de je ne sais quel VCCDDCN &#224; la mode, et manifestement calibr&#233;e pour plaire &#224; je ne sais quel bailleur de fonds (j&#8216;y reviens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc qu'existe une d&#233;limitation, et pour moi cette barri&#232;re symbolique se situe au niveau de &lt;i&gt;l'&#233;crit&lt;/i&gt;, et du degr&#233; (minimal) de conceptualisation qu'il impose. Je me refuse cat&#233;goriquement &#224; nommer &#034;composition&#034; l'activit&#233; qui consiste &#224; aligner plus ou moins instinctivement des &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;nes sonores&lt;/i&gt;, tels que le font les musiciens de vari&#233;t&#233;, de musique &#233;lectronique ou &lt;i&gt;techno&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt;, alors, de ces VCCDDCN que l'on dit &#233;lectro-acousticiens ? Pour &#234;tre franc, cette derni&#232;re cat&#233;gorie regroupe un peu tout et n'importe quoi. Pour rester sur la probl&#232;matique de la conceptualisation formelle des langages musicaux, je dois mentionner que l'utilisation de logiciels graphiques (l'ind&#233;tr&#244;nable Max/MSP ou son sous-estim&#233; petit fr&#232;re libre Pure Data, ou je ne sais quel autre OpenMusic) donne d'ailleurs un nouveau sens au terme de &#034;composition&#034;. Le monde des logiciels Libres apporte &#233;galement une r&#233;ponse fort int&#233;ressante, avec l'av&#232;nement des musiques &#233;lectroniques g&#233;n&#233;r&#233;es sous forme de code source (SuperCollider, Csound). Il y a l&#224;, ind&#233;niablement, une forme de &#034;composition&#034;, m&#234;me si celle-ci soul&#232;ve d'autres probl&#232;mes (en particulier l'incontournable m&#233;diation technique, sur laquelle je reviendrai dans un prochain article).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impossible r&#233;habilitation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc &#233;tabli que le mot &lt;i&gt;composer&lt;/i&gt; tend &#224; &#234;tre per&#231;u (et partant, d&#233;fini) moins d'un point de vue factuel que d'un point de vue &lt;u&gt;moral&lt;/u&gt;. Et pour moi le premier, qui ne suis pas en reste quand il s'agit de critiquer le manque suppos&#233; d'int&#233;grit&#233; intellectuelle d'un auteur, ou de mettre en doute sa sinc&#233;rit&#233; artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, quoi de plus naturel (et, pour rester dans un domaine moral, quoi de plus &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt;) que l'action de composer ? Composer, au sens strict, c'est tout simplement prendre des &#233;l&#233;ments &lt;i&gt;d&#233;j&#224; existants&lt;/i&gt; et les disposer ensemble, de fa&#231;on harmonieuse : ainsi parle-t-on de &#034;composer un bouquet de fleurs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;not&#233; pr&#233;sente un avantage &#233;norme et essentiel : il indique tout de go que &lt;i&gt;la composition n'est pas une invention ex nihilo&lt;/i&gt;. Un compositeur n'est ni un magicien ni un d&#233;miurge, il ne suscite pas une apparition surnaturelle et cosmogonique, il se contente tout simplement de ramasser des trucs qui tra&#238;nent autour de lui, et de les mettre dans un certain ordre. S'il est un compositeur classique, il prendra des notes et des accords, des gammes et des cadences ; s'il est un compositeur peu imaginatif (ou un musicien de techno) il prendra carr&#233;ment des bouts de m&#233;lodie et des fragments de morceaux ; et &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; s'il est un Vrai Compositeur Contemporain Digne De Ce Nom, qui en tant que tel se targue d'inventer son propre langage, il chopera n&#233;cessairement des id&#233;es de d&#233;construction formelle, de r&#233;flexion sur l'objet sonore, de remise en question de la fonction m&#234;me de l'art, qui tra&#238;nent un peu partout depuis un si&#232;cle &#224; l'aise (et dans la cr&#233;ation subventionn&#233;e depuis un demi-si&#232;cle). En d'autres termes, et quoi que pr&#233;tende l'hyst&#233;rie du &#034;droit d'auteur&#034; : &lt;u&gt;tout le monde pompe&lt;/u&gt;, depuis toujours, et c'est tr&#232;s bien comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;utilisation n'est pas toujours consciente ni d&#233;lib&#233;r&#233;e. Ni m&#234;me syst&#233;matiquement souhaitable, sans quoi la musique ne serait qu'une &#233;ternelle r&#233;&#233;criture : je veux croire qu'aucune &lt;i&gt;composition&lt;/i&gt; n'est jamais exactement &#233;gale &#224; la somme des parties qui la &lt;i&gt;composent&lt;/i&gt;, et qu'il s'y trouve, peut-&#234;tre de fa&#231;on indicible, une empreinte de la personnalit&#233; et de l'originalit&#233; du compositeur &#8212; empreinte peut-&#234;tre elle-m&#234;me tout aussi inconsciente et involontaire, je m'empresse de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, nous nous trouvons dans un syst&#232;me o&#249; tout invite un compositeur &#224; arborer son originalit&#233;, &#224; endosser les habits d'un &lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt;-d&#233;miurge avant qui rien n'existait, et ce faisant &#224; s'&#233;vertuer &#224; cacher la nature m&#234;me de sa d&#233;marche, derri&#232;re un culte du secret parfois quasi mystique o&#249; &#034;l'inspiration&#034; tient lieu de transcendance imp&#233;n&#233;trable. Il y a certainement l&#224; un parall&#232;le &#224; effectuer avec l'informatique : l&#224; o&#249; les logiciels privateurs fonctionnent d'une fa&#231;on myst&#233;rieuse et presque magique, y compris &#224; votre d&#233;triment, un logiciel Libre vous expose son code. Vous pourrez savoir non seulement ce qu'il fait, mais &#233;galement qui a &#233;crit quoi, quand, et pour quelles raisons ; vous verrez la liste compl&#232;te de ses d&#233;fauts (&lt;i&gt;bugs&lt;/i&gt;) et de ses qualit&#233;s, et vous pourrez m&#234;me vous essayer &#224; en r&#233;&#233;crire certaines parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que le logiciel Libre est moins &#034;noble&#034; que le logiciel non-Libre ? Personne ne le sugg&#232;rerait s&#233;rieusement, et il est au contraire commun&#233;ment admis aujourd'hui que cette d&#233;marche est parfaitement saine et l&#233;gitime. Mais ce point de vue &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ne s'&#233;tend pas&lt;/a&gt; (encore) aux d&#233;marches artistiques, nimb&#233;es qu'elles sont de leur sacralit&#233; symbolique et de leur distinction sociale, pour le meilleur et pour le pire. Si employer le mot &#034;composer&#034; doit revenir &#224; nourrir ce prestige d&#233;l&#233;t&#232;re, alors je pr&#233;f&#232;re le fuir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En qu&#234;te de sinc&#233;rit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est ici en question, c'est &#233;galement la figure du compositeur en tant que &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt;. &#192; de nombreux jalons dans ma carri&#232;re, je me suis entendu dire : &#034;il faut savoir se vendre&#034;. Qu'est-ce-&#224; dire ? Un artiste d&#233;pend toujours de facteurs commerciaux, &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Du-Ble-dont-on-fait-les-notes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;c'est entendu&lt;/a&gt;, comme peu ou prou tout un chacun. Mais on est ici un degr&#233; au-del&#224; de l'artisan qui, par exemple, devrait vendre ses tabourets pour survivre : il faut savoir &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; vendre. En d'autres termes, le premier et en d&#233;finitive le seul produit qu'un artiste puisse vendre... c'est lui-m&#234;me. L'artiste moderne, battant, comp&#233;titif, n'est plus un simple citoyen, une expression, une &#339;uvre : il est une &lt;i&gt;marque&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'y &#233;chappe pas moi-m&#234;me : en me d&#233;nommant &#034;auteur Libre&#034; (comme si j'avais invent&#233; l'eau ti&#232;de) ou en formalisant mes recherches formelles sous la marque &#034;&lt;a href=&#034;http://oumupo.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Oumupo&lt;/a&gt;&#034;, je n'ai strictement rien cr&#233;&#233; sinon une d&#233;nomination (un &lt;a href=&#034;http://cequilfautdetruire.org/spip.php?article2214&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;branding&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, comme on dit dans le grand monde). De m&#234;me, si mon premier &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Opera-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;op&#233;ra&lt;/a&gt; a rencontr&#233; un certain succ&#232;s, c'est moins en raison de la partition elle-m&#234;me (que personne n'a lu et dont tout le monde se contrefout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je le dis sans amertume aucune &#8212; comment &#231;a, vous n'y croyez pas ?&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) que parce que j'&#233;tais &#224; merveille &lt;a href='http://archives.oumupo.org/11-Dans-ma-petite-case' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dans la case&lt;/a&gt; du &#034;jeune compositeur plein d'id&#233;es&#034; qui r&#233;alise un &#034;op&#233;ra-bande dessin&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous vraiment en passer par l&#224; ? J'en viens &#224; le croire (m&#234;me si je le fuis soigneusement, au d&#233;triment de toute perspective professionnelle). Je doute, toutefois, qu'il faille s'accomoder de l'ali&#233;nation qui va avec, et du r&#244;le de &lt;i&gt;poseur&lt;/i&gt; qui s'impose de fa&#231;on naturelle et &#233;vidente &#224; l'aspirant VCCDDCN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sinc&#233;rit&#233; n'est pas un attribut g&#233;n&#233;tique. C'est l'enjeu d'un combat, d'une reconqu&#234;te constante et ingrate. Ce qui devrait &#234;tre l'acte le plus naturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mes &#233;l&#232;ves de six ans &#233;crivent de la musique couramment, de m&#234;me qu'ils font (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est en fait un engagement humain et &#233;thique, public et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je continuerai &#224; me pr&#233;senter comme un simple citoyen, une &#034;personne qui &#233;crit de la musique&#034;, plut&#244;t que comme un &lt;i&gt;compositeur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les cons posent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Valentin Villenave.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soit en 1993, probablement &#8212; j'avais commenc&#233; le piano assez tardivement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf moi, dans le cas de Bach. [&lt;i&gt;Ce moment de provoc' gratuite vous est gracieusement offert par [Le Site].&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je le dis sans amertume aucune &#8212; comment &#231;a, vous n'y croyez pas ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mes &#233;l&#232;ves de six ans &#233;crivent de la musique couramment, de m&#234;me qu'ils font des dessins d&#232;s qu'on leur offre des crayons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du son en bo&#238;te</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Du-son-en-boite</link>
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		<dc:date>2012-01-16T20:33:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Cet article traite d'un sujet hautement pol&#233;mique, &#224; savoir &#5777;&#5777;&#5777;&#5780;&#5778;&#5778; &#5780;&#5780;&#5780; &#5770;&#5768;&#5768;&#5769;&#5769;&#5770;&#5780;&#5780; &#5780;&#5780;&#5777;&#5777;&#5779;&#5779;&#5779;&#5779;&#5770; &#5767;&#5767;&#5767;&#5767;&#5767;&#5767;&#5769; &#5768;&#5768;&#5768;&#5778;&#5778;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que vous soyez &#233;l&#232;ve instrumentiste dans un conservatoire prestigieux ou dans une petite association de quartier, il est un mot que vous serez tr&#232;s probablement amen&#233; &#224; entendre et utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot, employ&#233; tour &#224; tour avec fiert&#233; ou avec honte, constitue probablement le d&#233;nominateur commun de toute classe d'instrument ou de chant, et pourtant il n'a strictement aucun rapport avec la technique musicale ; ce mot, je ne me souviens pourtant pas l'avoir utilis&#233; une seule fois en plus de dix ans d'enseignement &#8212; au point que je me demande parfois si cela ne fait pas de moi un prof indigne de ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot est : &lt;i&gt;enregistrement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut &#234;tre le prof, qui demande, apr&#232;s avoir vu pendant six semaines l'&#233;l&#232;ve s'acharner sur un morceau : &#034;et sinon... tu as &#233;cout&#233; l'&lt;i&gt;enregistrement&lt;/i&gt; ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut &#234;tre l'&#233;l&#232;ve, au contraire, qui alors que son professeur lui fait une suggestion de tempo, objecte avec fiert&#233; : &#034;j'ai &#233;cout&#233; l'&lt;i&gt;enregistrement&lt;/i&gt;, il le joue plus vite&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut &#234;tre l'objet d'une conversation mondaine, d'aucuns (professeurs ou &#233;l&#232;ves confondus) jugeant de bon ton de comparer les &#034;diff&#233;rentes versions&#034; enregistr&#233;es &#8212; l'on opposera ainsi &#224; &#034;la version de Nat&#034; des sonates de Beethoven, celle de Kempff, ou encore &#8212; tr&#232;s chic &#8212; l'on comparera les diff&#233;rentes versions successives de Brendel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut &#234;tre le seul moyen pour un instrumentiste d&#233;favoris&#233; &#8212; c'est-&#224;-dire ne jouant pas de piano et ne pouvant s'offrir un accompagnateur &#8212; d'avoir la moindre id&#233;e de ce &#224; quoi peut ressembler le morceau qu'il travaille. Grande est alors la tentation de tenter de &#034;jouer avec l'enregistrement&#034;, ce qui a conduit certains &#233;diteurs de partitions &#224; se pr&#233;cipiter (versant quelques gouttes de salive au passage) sur le march&#233; des &#034;versions instrumentales&#034; et autres &#034;enregistrements d'accompagnement&#034;, transformant ainsi lentement mais s&#251;rement les cours de musique en &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Karaok%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;karaok&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est avant tout et incontestablement, l'aveu d'une d&#233;faite par abandon : celle par laquelle l'on renonce &#224; son statut de musicien dou&#233; d'intelligence qui fait l'effort intellectuel de &lt;i&gt;lire&lt;/i&gt; la partition et tente de la comprendre, pour se transformer en auditeur-l&#233;gume qui se laisse passivement gaver de musique, avant de passer &#8212; dans le meilleur des cas &#8212; au stade d'instrumentiste-perroquet en tentant de reproduire ce que l'on vient d'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le son en bo&#238;te, aliment pour les masses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certes, la musique n'a pas toujours &#233;t&#233; &#233;crite, en particulier dans les milieux populaires. Certains langages d'expression musicale reposent m&#234;me sur une large part d'improvisation, par essence non-&#233;crite. La notation occidentale classique de la musique, d'ailleurs, n'a pas toujours &#233;t&#233; aussi pr&#233;cise, et ne saurait pr&#233;tendre &#224; une quelconque universalit&#233;. Cependant, il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne de soutenir que l'alphab&#233;tisation est une chose nuisible, sous pr&#233;texte que les cultures populaires de nos anc&#234;tres &#233;taient principalement orales : d'o&#249; vient, alors, que la musique &#233;crite soit aujourd'hui rel&#233;gu&#233;e au rang d'objet ant&#233;diluvien et superflu, dont on sait tout juste qu'il servait &#224; amuser de vieux bonshommes en perruque qui sont morts depuis deux si&#232;cles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la musique &#233;crite a fait les frais du processus de &lt;i&gt;ringardisation organis&#233;e de la culture savante&lt;/i&gt; que j'ai souvent &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Note-d-intention' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;crit&lt;/a&gt; ici, et qui b&#233;n&#233;ficie de la conjonction des effets de mode (toute g&#233;n&#233;ration ayant tendance &#224; se d&#233;finir une &#034;contre-culture&#034; par opposition &#224; ses ain&#233;s), du progr&#232;s technique (et du go&#251;t pour la modernit&#233; qui l'accompagne, avec son cort&#232;ge de &#034;besoins nouveaux&#034;), et surtout des int&#233;r&#234;ts bien compris de toute une industrie m&#233;diatique : vendre des partitions ? Cela ne concernera qu'une poign&#233;e de personne qui sauront les lire. Vendre du son ? Potentiellement, tout &#234;tre humain dot&#233; d'une oreille ou deux deviendra votre client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(C'est m&#234;me pire que cela, puisqu'ind&#233;pendamment du support sonore vous pourrez consid&#233;rer comme client &#8212; et de ce fait, ran&#231;onner &#8212; quiconque aura le malheur de passer par l&#224; et d'entendre votre son. De l'art de vendre de l'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/De-l-art-d-acheter-de-l-anti-matiere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;antimati&#232;re&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'est instaur&#233; dans notre soci&#233;t&#233; un &lt;strong&gt;culte de la captation artificielle&lt;/strong&gt; sonore et visuelle, qui depuis un si&#232;cle fait les d&#233;lices des industriels du divertissement de masse. De cette d&#233;rive, je ne pr&#233;senterai que quelques signes marquants, au premier chef desquels la grande ru&#233;e vers l'or qu'a constitu&#233; au &lt;span class=&#034;smallCaps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle l'industrie du disque, tout &#224; la fois objet de consommation courante et produit de luxe. Les bals populaires se sont faits discoth&#232;ques, les musiciens, &#034;D.J.&#034; (la mauvaise conscience bourgeoise ayant eu t&#244;t fait de consacrer comme art le fait de pousser trois boutons : c'est m&#234;me &lt;i&gt;mieux&lt;/i&gt; qu'un art, comme le montre l'acronyme anglo-am&#233;ricain, forme ultime de la reconnaissance sociale). Autre signe int&#233;ressant &#8212; &#233;galement d&#233;sign&#233; sous un vocable anglo-am&#233;ricain &#8212;, la mode du &#034;home studio&#034; qui fleurit depuis quinze ans, accessoire bourgeois aussi irrempla&#231;able que l'&#233;tait le piano autrefois (&lt;i&gt;davantage&lt;/i&gt; bourgeois sans doute, puisque plus cher et plus encombrant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus &#8212; et c'est pourquoi je parle de &#034;captation artificielle&#034; &#8212;, une fois le &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; d&#233;connect&#233; de l'&lt;i&gt;instrument&lt;/i&gt; qui le produit, &#224; quoi bon s'encombrer encore de ce dernier ? Un d&#233;placement m&#233;tonymique contre nature s'est ainsi produit, qui conduit aujourd'hui les instruments &#224; &#234;tre rel&#233;gu&#233;s au rang d'accessoires superflus tandis que leur &#034;son&#034; suppos&#233; est cens&#233; exister par lui-m&#234;me, par les merveilles de la synth&#232;se. Ainsi de cet argumentaire publicitaire (que j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Clavinova-mon-ami' class=&#034;spip_in&#034;&gt;amplement pourfendu&lt;/a&gt;, au grand dam de mes lecteurs les plus na&#239;fs ou les moins cultiv&#233;s) qui vous invite &#224; acheter des &#034;pianos &#233;lectroniques&#034; (oxymore au demeurant inepte sinon malhonn&#234;te) pour &#034;remplacer&#034;, &#034;en mieux&#034;, votre piano ringard-puisque-non-&#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vogue des logiciels de synth&#232;se musicale depuis vingt ans, a aussi permis &#224; n'importe qui de se proclamer &#034;compositeur&#034; (et d'&#234;tre reconnu comme tel, j'y reviendrai dans un &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Ma-gentille-soupe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;futur article&lt;/a&gt;) sans avoir &#224; apprendre le moindre rudiment d'un langage musical quel qu'il soit ; quant aux logiciels commerciaux d'&#233;dition de partitions, on ne leur demande aujourd'hui gu&#232;re que deux choses : en amont, de pouvoir &lt;i&gt;r&#233;diger la partition &#034;eux-m&#234;me&#034;&lt;/i&gt; d'apr&#232;s une entr&#233;e sonore ou MIDI, et en aval, de pouvoir &lt;i&gt;jouer la partition &#034;eux-m&#234;me&#034;&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout aspirant chanteur ou groupe de rock/rap/vari&#233;t&#233;/que sais-je, l'&#233;tape cruciale et indispensable est toujours l'enregistrement, parfois fort on&#233;reux, d'une &#034;maquette&#034; ; afin d'&#233;viter cette &#233;tape, d'innombrables petits groupes sur le Web se tournent vers la &#034;musique &#233;lectronique&#034;, qu'ils produisent avec plus ou moins de bonheur, et souvent au kilom&#232;tre. La culture de masse n'est pas la seule affect&#233;e : les musiques non-&#233;crites (jazz, rock, vari&#233;t&#233;, &#233;lectronique, rap, que sais-je) ont fait l'objet d'une ahurissante entreprise de r&#233;cup&#233;ration/l&#233;gitimation sous la d&#233;nomination de &#034;musiques actuelles&#034;, dont je ne sais si elle est plus absurde qu'insultante ; et en sens inverse, les milieux autrefois l&#233;gitim&#233;s s'inf&#233;odent aujourd'hui totalement &#224; l'&#233;tat d'esprit inculte-et-fier-de-l'&#234;tre de la bourgeoisie &#034;d&#233;complex&#233;e&#034;. Ainsi, je me trouve de plus souvent &#224; m'entendre dire par des &lt;i&gt;ensembles instrumentaux&lt;/i&gt; &#224; qui je tente de pr&#233;senter mes partitions : &#034;Vous n'auriez pas plut&#244;t une maquette ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Pardon ? Avez-vous dit &#034;des baffes qui se perdent&#034; ? Ah non, c'&#233;tait moi qui pensais tout haut, veuillez m'excuser.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'enregistrement, miroir aux alouettes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il ne manque sans doute pas d'avantages, la valeur de l'enregistrement sonore en tant qu'objet d'art me para&#238;t pourtant &lt;i&gt;&#233;minemment discutable&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne serait-ce que par sa s&#233;duction mensong&#232;re : l&#224; o&#249; le public sait parfaitement s'il est assis dans une salle de cin&#233;ma et regarde un film ou s'il se trouve dans une salle de th&#233;&#226;tre face &#224; de vrais com&#233;diens, l'&#233;coute d'un disque ne vous fournira que tr&#232;s rarement cette mise &#224; distance et pourra facilement vous conduire &#224; prendre pour une &lt;i&gt;v&#233;ritable&lt;/i&gt; interpr&#233;tation telle que l'on pourrait l'entendre en concert, ce qui n'est que le r&#233;sultat de manipulations du son plus ou moins subtiles. (D'o&#249; l'argument de vente du &#034;live&#034;, o&#249; le son n'est pourtant qu'&#224; peine moins manipul&#233; qu'en studio.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en veux pour illustration &lt;i&gt;l'accroissement inimaginable, destructeur et ridicule&lt;/i&gt;, du niveau d'exigence technique depuis un demi-si&#232;cle dans les conservatoires &#8212; m&#234;me si ce ph&#233;nom&#232;ne est &#233;galement la cons&#233;quence et l'indice d'autres id&#233;ologies telles que l'athl&#233;tisme et le jeunisme de notre soci&#233;t&#233;. &#192; ce titre, le culte de l'enregistrement est d'ailleurs &#224; rapprocher de l'id&#233;olog&#232;me qui s&#233;pare arbitrairement les &#034;amateurs&#034; des &#034;professionnels&#034;, que je &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Amateurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rejette&lt;/a&gt; et &lt;a href='http://archives.oumupo.org/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;nonce&lt;/a&gt; de &lt;a href='http://archives.oumupo.org/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;longue date&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en vain que l'on a feint de croire que les disques n'&#233;taient pas les ennemis de la musique savante (&#224; grands renforts de distinctions purement sp&#233;cieuses, de magazines sp&#233;cialis&#233;s, de &lt;i&gt;star-system&lt;/i&gt; et j'en passe) : s'il ne fallait donner qu'un exemple du m&#233;pris insondable en lequel l'industrie tient la culture digne de ce nom, je le trouverais dans ces hypermarch&#233;s du disque o&#249; est invariablement regroup&#233;, sous l'appellation &#034;classique&#034;, tout ce qui a pu s'&#233;crire en Occident entre 1530 et 1950 &#8212; le reste &#233;tant bien &#233;videmment ignor&#233;. Je ne peux qu'avouer mon incompr&#233;hension en voyant tant de clients sinc&#232;res et cultiv&#233;s &#8212; parmi lesquels peu d'authentiques musiciens, au demeurant &#8212; se presser autour de ces rayonnages o&#249; la culture se vend au poids (outrageusement cher du reste). Si le disque peut donner l'impression de se rapprocher d'une musique absolue et id&#233;ale, il n'en est rien : m&#234;me si, abusivement &#233;rig&#233; en &#034;r&#233;f&#233;rence&#034;, un enregistrement forge de fait nos syst&#232;mes de repr&#233;sentation, il n'en &lt;i&gt;impose&lt;/i&gt; pas moins un sens de lecture, exactement de m&#234;me que vous ne pourrez consid&#233;rer avoir lu un roman apr&#232;s avoir simplement vu un film qui pr&#233;tend en &#234;tre adapt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; remarqu&#233;, au fait, combien lire une partition est comme lire un roman ? (L'un comme l'autre requiert de savoir lire, bien s&#251;r, mais supposons que vous lisiez la musique aussi bien que les mots.) Cela exige de la part du lecteur une implication active, et un effort d'imagination. Lecture bien plus agr&#233;able que l'&#233;coute d'un disque, qui envahit votre int&#233;rieur et vous impose sa dynamique : en tenant une partition, c'est tout naturellement que l'on peut sauter quelques pages, s'attarder sur une harmonie, revenir sur telle ou telle mesure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me certains amateurs d'enregistrements ne rechignent pas &#224; re-d&#233;couvrir, sous forme &#233;crite, une musique qu'ils connaissent d&#233;j&#224; (ou croient conna&#238;tre) ; l'engouement pour les &lt;i&gt;song books&lt;/i&gt; en t&#233;moigne. De m&#234;me, les instrumentistes capables de d&#233;chiffrer quelques partitions sur leur instrument, savent tout le bonheur (souvent coupable car m&#233;pris&#233; par le Culte de l'Enregistrement) qu'il peut y avoir &#224; d&#233;chiffrer une partition, tr&#232;s lentement ou tr&#232;s doucement (et dans tous les cas, &#034;tr&#232;s mal&#034; par rapport au Disque) mais toujours de fa&#231;on &#244; combien gratifiante. La musique non-&#233;crite n'attend que d'&#234;tre fig&#233;e et artificialis&#233;e apr&#232;s captation ; la musique &#233;crite, elle, est appel&#233;e &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le m&#233;tier d'interpr&#232;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tabli depuis longtemps que n'importe quelle conversation entre deux &#234;tre humains fait intervenir une large proportion de communications &lt;i&gt;non-verbales&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire en grande majorit&#233; des signes visuels (posture, gestuelle, mimiques). Il en va de m&#234;me en musique : un interpr&#232;te n'est pas simplement un fournisseur de son, c'est aussi et avant tout quelqu'un qui, sur sc&#232;ne, &lt;i&gt;s'adresse &#224; vous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire, alors, tout ce qu'est vou&#233;e &#224; perdre toute tentative de captation sonore &#8212; ou m&#234;me visuelle : ce ne sera qu'une trace, qui du reste ne laissera que bien peu de place &#224; l'imagination. La vid&#233;o elle-m&#234;me n'apporte pas grand chose, si ce n'est une trace suppl&#233;mentaire (&#224; son tour incompl&#232;te et frustrante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; que le musicien dit vous importe plus que la fa&#231;on dont il vous le dit, alors, certes, vous pourrez peut-&#234;tre vous contenter de cette trace (c'est mon cas, et c'est pourquoi je suis absolument indiff&#233;rent aux questions de &#034;versions&#034; de diff&#233;rents interpr&#232;tes : je n'&#233;coute des enregistrements que pour entendre les &lt;i&gt;notes&lt;/i&gt;, et si je peux disposer de la partition je n'ai strictement aucun besoin de quelque enregistrement que ce soit). Mais si vous vous attachez v&#233;ritablement &#224; cet &lt;i&gt;acte de communication&lt;/i&gt; qu'est la pr&#233;sentation en public d'une pi&#232;ce de musique, la communication non-verbale vous sera certainement irrempla&#231;able : c'est seulement en discernant (ou en croyant discerner) le sourire en coin du pianiste lorsqu'il entame son &lt;i&gt;Scherzo&lt;/i&gt;, que vous comprendrez pourquoi il fait ces notes piqu&#233;es de fa&#231;on ironiquement s&#232;che, qui sur un simple enregistrement vous aurait sans doute paru aigrelette et non ironique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas partisan, pour autant, de la fa&#231;on dont une certaine id&#233;ologie &#224; la mode a consacr&#233; le &#034;spectacle vivant&#034; (ceux qui emploient cette expression sont d'ailleurs souvent les m&#234;mes que ceux qui parlent &#034;musique actuelle&#034;, &#231;a doit &#234;tre l'air du temps, c'est le &lt;i&gt;hype&lt;/i&gt;, coco) ; je pense qu'il n'y a strictement aucun rapport ni parent&#233; entre la d&#233;marche artistique d'un interpr&#232;te de musique &#233;crite, d'un musicien de &#034;vari&#233;t&#233;&#034;, d'un com&#233;dien ou d'un danseur &#8212; et je consid&#232;re que les programmateurs, producteurs ou &#034;artistes&#034; qui mettent toute leur &#233;nergie &#224; concevoir des spectacles &#034;pluridisciplinaires&#034; (coco), se fourvoient au mieux dans un sacrifice sinc&#232;re aux divinit&#233;s de la Mode, au pire dans un gadget branch&#233; dont la seule raison d'&#234;tre est de servir d'appeau &#224; subventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, concevoir la musique comme un &#034;spectacle&#034; me semble quelque peu superficiel ; ce biais trouve son paroxysme dans les concerts de musique &lt;i&gt;pop&lt;/i&gt; o&#249;, malgr&#233; la pr&#233;sence apparente sur sc&#232;ne de stars et d'instrumentistes (lesquels sont parfois des danseurs munis de guitares), une large partie de la bande-son est en fait pr&#233;-enregistr&#233;e ou pr&#233;-trait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on le nomme spectacle ou concert, le moment de transmission (voire d'&#233;change, car il existe aussi une communication du public vers l'interpr&#232;te) que constitue un &#233;v&#232;nement public, me semble donc riche d'une v&#233;ritable &lt;i&gt;alt&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; : l'auditoire y est oblig&#233; de se confronter &#224; cet Autre qu'est l'interpr&#232;te, dans toute son individualit&#233;, tout son potentiel de surprises, plaisantes ou d&#233;plaisantes. En concert, pas question de baisser le volume si la musique est trop forte, de monter le son ou de &#034;mettre sur pause&#034; le temps d'aller aux toilettes ! Il vous faudra accepter l'interpr&#233;tation dans toute sa masse sonore, m&#234;me violente ; tendre l'oreille si elle se fait diaphane ; et... vous retenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coquille de son&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La transmission radiophonique, &#224; ce titre, rel&#232;ve d'une situation quelque peu interm&#233;diaire : vous pouvez, certes, ajuster le volume de votre r&#233;cepteur... mais le choix ne vous est pas laiss&#233; de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; que vous allez entendre &#8212; et la surprise est donc toujours possible (quoique trop rare dans les faits). Il convient &#224; ce titre de diff&#233;rencier la grande majorit&#233; des stations de radio (priv&#233;es mais parfois publiques) o&#249; la &lt;i&gt;playlist&lt;/i&gt; se d&#233;roule nonchalamment, &#233;ventuellement entrecoup&#233;e de r&#233;clames invariablement intrusives et agressantes (c'est leur raison d'&#234;tre)... et les stations sur lesquelles un &lt;i&gt;pr&#233;sentateur&lt;/i&gt; s'adresse &#224; vous, encadrant par ses annonces et commentaires les enregistrements musicaux dont il peut ainsi pallier, en partie, la pauvret&#233; &#8212; mais aussi l'aggraver !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pauvret&#233; &#8212; artistique, expressive, &#233;thique &#8212; des pistes musicales sonores a donn&#233; lieu, depuis bien longtemps (et avant m&#234;me la reproductibilit&#233; m&#233;canique du son), &#224; la notion de &lt;i&gt;fond sonore&lt;/i&gt;. Le son n'y est qu'une coquille vide, conventionnelle et codifi&#233;e, par dessus laquelle est cens&#233; prendre place un &#233;v&#232;nement pr&#233;sentant davantage d'int&#233;r&#234;t &#8212; ce qui, &#233;videmment, n'a gu&#232;re tard&#233; &#224; s'inverser, la &lt;i&gt;pr&#233;sence&lt;/i&gt; du fond sonore &#233;tant charg&#233;e &#224; elle seule d'&lt;i&gt;indiquer&lt;/i&gt; ce qui est cens&#233; &#234;tre int&#233;ressant et d'en orienter la lecture. (D&#233;rive ultime, la notion m&#234;me d'int&#233;r&#234;t finit par dispara&#238;tre, le son ne se faisant plus que &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; purement indicatif, avec pour tout message que &#034;vous vous trouvez dans un ascenseur&#034; ou &#034;ceci est un restaurant chinois&#034;.) Dans bien des cas, le message prime sur son vecteur : ainsi de l'&#233;quation &#034;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;musique de danse = f&#234;te&lt;/code&gt;&#034; qui gouverne aujourd'hui la majeure partie des rassemblements sociaux, mondains, pr&#233;-sexuels ou festifs, et o&#249; le langage musical se r&#233;sume peu ou prou &#224; une pulsation m&#233;tronomique affirm&#233;e sans ambigu&#239;t&#233; aucune (ni le moindre respect pour l'intelligence &#233;ventuelle de l'auditeur, ni le moindre &#233;gard pour son appareil auditif). Un &#034;BPM&#034; (&lt;i&gt;beats per minute&lt;/i&gt;, tempo m&#233;tronomique mesur&#233;e en nombre de pulsations par minute), une basse bien grave, une &#034;bo&#238;te &#224; rythmes&#034; toute pr&#234;te (et cal&#233;e en carrures de quatre mesures), un vague enrobage &#224; base d'accord et de voix &#233;th&#233;r&#233;e, et vous tenez un produit pr&#234;t &#224; &#234;tre consomm&#233; dans les supermarch&#233;s et discoth&#232;ques &#8212; jamais le &#034;son en bo&#238;te&#034; n'aura si bien port&#233; son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans minimiser ce que la notion de &#034;musique de fond&#034; a de d&#233;gradant pour un musicien (il faut avoir &#233;t&#233; pianiste de bar dans des r&#233;ceptions hupp&#233;es pour le mesurer pleinement, encore qu'&#224; partir d'une certaine heure cela peut donner une vision assez salutaire de nos classes dominantes &#8212; et prouver qu'en quantit&#233; suffisante, le champagne ne remplit gu&#232;re d'autre office que le gros rouge), elle me semble pourtant pr&#233;senter moins d'hypocrisie que l'id&#233;olog&#232;me &#233;voqu&#233; plus haut qui consiste &#224; faire passer l'enregistrement pour &#034;la&#034; musique (compl&#232;te, achev&#233;e, id&#233;ale). Au contraire, quiconque consomme du son &#034;en fond&#034; montre qu'il a parfaitement conscience de ce que ces pistes sonores ne se suffisent pas &#224; elles-m&#234;mes. Et l'enregistrement devient alors ce qu'il n'aurait jamais d&#251; cesser d'&#234;tre : un simple &lt;i&gt;support&lt;/i&gt;, sur lequel peuvent se d&#233;velopper d'autres &#233;v&#232;nements, d'autres lectures ; la musique de film est &#224; ce titre un excellent support, certes tr&#232;s convenu et globalement peu travaill&#233; mais souvent d'une grande qualit&#233; (c'est d'ailleurs, pour beaucoup, une occasion unique d'entendre de la musique orchestrale et authentiquement instrumentale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage des baladeurs participe d'une m&#234;me d&#233;marche : marcher dans la rue en &#233;coutant une piste sonore, c'est construire soi-m&#234;me l'arri&#232;re-plan musical de son propre film ; c'est aussi, et je ne peux que l'encourager, faire de la musique un objet familier, que l'on transporte avec soi &#8212; par &#034;musique&#034;, j'entends ici : &lt;i&gt;un certain langage musical&lt;/i&gt;, de son choix. Mais je suis toujours impressionn&#233; et ravi de d&#233;couvrir que certains de mes &#233;l&#232;ves transportent avec eux un catalogue personnel o&#249; se m&#234;lent chansons de rock, musiques de film et &lt;i&gt;Nocturnes&lt;/i&gt; de Chopin !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans le mur (du son) ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors bien s&#251;r, les baladeurs d'aujourd'hui ne sont point ceux d'autrefois qu'il fallait nourrir de cassettes ou de disques, non : l'avenir est (nous dit-on) &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation, aux boutiques en ligne de fichiers sonores et au &lt;i&gt;streaming&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, aucune des critiques que je formulais plus haut ne me semble invalid&#233;e par la d&#233;mat&#233;rialisation du support. Bien au contraire : le malheur (aid&#233; par l'inculture technologique du grand public et par l'avidit&#233; d'une certaine industrie informatique) a voulu que se r&#233;pande de fa&#231;on omnipr&#233;sente et h&#233;g&#233;monique des formats d'&#233;chantillonnage et de compression du son absolument &#233;pouvantables, condamnant l'humanit&#233; toute enti&#232;re sur plusieurs g&#233;n&#233;rations &#224; une habitude d'&#233;coute si grossi&#232;re qu'elle confine au handicap. Cette calamit&#233; plan&#233;taire trouve son apog&#233;e (et son porte-&#233;tendard) dans l'inf&#226;me troisi&#232;me couche du format mpeg 1 (qui n'en demandait pas tant), offerte en p&#226;ture aux masses sous le sigle MP3 &#8212; avec, au passage, une substantielle manne financi&#232;re &#224; base de trafic de brevets pourtant ill&#233;gitimes dans la plupart des pays, le n&#244;tre compris. &#192; quelques exceptions pr&#232;s o&#249; les limitations techniques ont &#233;t&#233; pleinement int&#233;gr&#233;es dans les langages eux-m&#234;mes (&lt;i&gt;low-fi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;8-bits&lt;/i&gt;), je pense qu'une telle amputation sonore ne devrait &#234;tre tol&#233;r&#233;e pour aucun langage musical, qu'il soit &#233;lectronique ou acoustique, instrumental ou vocal &#8212; la premi&#232;re victime &#233;tant bien s&#251;r les percussions en m&#233;tal, pourtant essentielles dans bien des musiques r&#233;put&#233;es &#034;populaires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre leur trop faible qualit&#233;, les formats non-Libres de compression sonore sont &#233;galement le th&#233;&#226;tre de tout un trafic de restrictions et de monopoles : pistes sonores dont la copie est (soi-disant) impossible, baladeurs qui ne liront qu'un format de fichiers... Le consommateur est peu inform&#233;, et l'industrie le sait : elle sait pouvoir compter, pour l'essorer soigneusement, sur son consentement b&#233;at et h&#226;tif. Qu'il puisse se trouver autant de gogos pour &lt;i&gt;acheter&lt;/i&gt; ce genre de verroterie num&#233;rique, engraissant ainsi une fois de plus les m&#234;mes ruffians qui s'&#233;taient d&#233;j&#224; goinfr&#233;s avec le vinyl, les musicassettes et le laser, n'est gu&#232;re qu'une illustration de cette d&#233;faite de la Raison que trahit l'app&#233;tence de notre soci&#233;t&#233; vers le son en bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'argument de la &#034;diversit&#233; culturelle&#034;, il fait long feu dans ce contexte, les marchands de son compress&#233; ayant tout int&#233;r&#234;t (de m&#234;me que les radios commerciales) &#224; mettre en valeur les pistes sonores qui en ont le moins besoin, c'est-&#224;-dire les produits de consommation culturelle courante. S'entretient ainsi un entonnoir culturel o&#249;, bien loin de vous &#034;ouvrir au monde&#034; dans toute sa diversit&#233;, l'on s'emploie avant tout &#224; faire en sorte que vous n'achetiez que ce que vous connaissez d&#233;j&#224; : la surprise fait fuir, la familiarit&#233; fait vendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La revanche du son ill&#233;gitime&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;seau Internet, au demeurant, n'a pas &#233;t&#233; sans ouvrir une v&#233;ritable br&#232;che (qui n'a, malgr&#233; tous les efforts des industriels et de leurs laquais gouvernants pr&#233;tendument d&#233;mocratiques, toujours pas pu &#234;tre combl&#233;e) en permettant et encourageant l'expression plus ou moins directe et la communication plus ou moins imm&#233;diate entre les citoyens. L'&#233;difice du &#034;son l&#233;gitim&#233;&#034; a d&#251; faire face (et dans certains cas, succomber) au d&#233;ferlement d'une myriade de sons ill&#233;gitimes : copies non-autoris&#233;es d'albums (parfois dans une compression sans perte), auto-distribution de certains musiciens, expression musicale &#034;amateur&#034;, culture du d&#233;tournement et du &#034;remix&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces outils nouveaux ouvrent, pour le musicien comme pour l'enseignant, des possibilit&#233;s tr&#232;s vite irrempla&#231;ables &#8212; quoique souvent incompatibles avec une l&#233;gislation d&#233;pass&#233;e, injuste et absurde. Ainsi lorsqu'il s'agit de choisir un nouveau morceau &#224; travailler : l&#224; o&#249; de trop nombreuses g&#233;n&#233;rations d'&#233;l&#232;ves n'ont eu d'autre choix que de subir les sempiternels &#034;recueils p&#233;dagogiques&#034; &lt;a href='http://archives.oumupo.org/La-musique-Libre-c-est-maintenant' class=&#034;spip_in&#034;&gt;b&#226;cl&#233;s&lt;/a&gt; par une poign&#233;e d'&#233;diteurs fran&#231;ais aussi mercantiles qu'incomp&#233;tents, nous pouvons aujourd'hui choisir parmi d'&lt;a href=&#034;http://imslp.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;immenses biblioth&#232;ques&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;http://cpdl.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;partitions&lt;/a&gt; sous &lt;a href=&#034;http://mutopiaprojet.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licences Libres&lt;/a&gt;. Et le fait de pouvoir &#233;couter, sur des sites de &lt;i&gt;streaming&lt;/i&gt; audio ou vid&#233;o, des enregistrements, m&#234;me tr&#232;s mauvais, permettent aux &#233;l&#232;ves de d&#233;couvrir par eux-m&#234;me quelques pi&#232;ces du Grand R&#233;pertoire plut&#244;t que de d&#233;pendre exclusivement de leur prof, ses go&#251;ts et ses travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une m&#234;me d&#233;marche d'&#233;mancipation ou (r&#233;)appropriation, ces outils permettent &#233;galement au musicien d'enrichir sa culture et son travail. M&#234;me si j'ai dit le peu d'estime que m'inspire ce sport qui consiste &#224; aller &#034;&#233;couter l'enregistrement&#034; et &#034;comparer les versions&#034; des pi&#232;ces que l'on travaille, il est certain que plusieurs influences valent mieux qu'une, et que le R&#233;seau des r&#233;seaux permet &#224; tous d'&#233;largir (l&#233;galement ou non) son champ d'&#233;tude. C'est encore plus n&#233;cessaire dans le cas d'&#339;uvres dont on n'a pas la partition : les enregistrements &#233;tant bien plus abondants et facile &#224; trouver en ligne que les partitions, c'est l&#224; une possibilit&#233; de consulter rapidement de nombreuses &#339;uvres que l'on ne trouverait pas sans cela &#8212; particuli&#232;rement les &#339;uvres dites &#034;contemporaines&#034;, qu'un l&#233;gislateur peu int&#232;gre a cru bon de confisquer au domaine public auquel elles peuvent l&#233;gitimement pr&#233;tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi, lorsque l'on &#233;crit de la musique, une possibilit&#233; unique de se documenter sur des instruments ou langages que l'on n'aurait sans doute jamais d&#233;couverts, et certainement pas employ&#233;s : ainsi de la fl&#251;te &lt;i&gt;hulusi&lt;/i&gt; que j'ai &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Etoile-sans-couleur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;cemment&lt;/a&gt; tent&#233; d'utiliser dans une partition. Internet est ainsi l'&lt;a href='http://archives.oumupo.org/Des-cultures-du-monde-vers-un-monde-des-cultures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;espoir&lt;/a&gt;, peut-&#234;tre irraisonn&#233;, d'une v&#233;ritable communication culturelle entre les continents, plut&#244;t que le processus de domination acculturatrice du reste du monde auquel l'Occident nous a habitu&#233;s jusqu'ici. Que ce soit pour les sp&#233;cificit&#233;s instrumentales ou pour la d&#233;couverte de langages musicaux non-&#233;crits, l'enregistrement sonore (et &#233;ventuellement visuel) pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t documentaire primordial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers un avenir autodidacte ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre ce mouvement de r&#233;habilitation du son ill&#233;gitime est-il, paradoxalement, indice d'espoir pour la musique &#233;crite. En effet, il montre la possibilit&#233; (tout au moins technique) d'un affranchissement du public vis-&#224;-vis des injonctions m&#233;diatiques et de la culture &#034;de masse&#034; : en allant chercher par eux-m&#234;me l'information plut&#244;t que de devoir se contenter de ce qui leur est jet&#233; en p&#226;ture, les citoyens peuvent &#233;ventuellement (re)d&#233;couvrir la richesse de patrimoines culturels qui leur auraient &#233;t&#233; jusqu'ici, soit inaccessibles, soit interdits de fait car estampill&#233;s comme ringards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, la possibilit&#233; aujourd'hui concr&#232;te, r&#233;elle et pratique, d'acqu&#233;rir les savoirs que l'on choisit &lt;i&gt;soi-m&#234;me&lt;/i&gt;, pourrait inclure &#224; terme des savoirs et savoirs-faire d'ordre culturel : des sites web permettent d&#233;j&#224; d'acqu&#233;rir les connaissances de base pour jouer d'un instrument ou d&#233;chiffrer une partition, des &lt;a href=&#034;http://www.solfege.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;logiciels Libres&lt;/a&gt; permettent d'am&#233;liorer son oreille et ses connaissances th&#233;oriques, d'&lt;a href=&#034;http://lilypond.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;autres&lt;/a&gt; de r&#233;diger ses propres partitions... D&#232;s les tout-d&#233;buts du Web se sont constitu&#233;es des biblioth&#232;ques (souvent ill&#233;gales) permettant de retrouver vos musiques pr&#233;f&#233;r&#233;es et de vous les r&#233;approprier sous forme &#233;crite : ainsi des myriades de transcriptions au format MIDI autrefois, ou aujourd'hui de ces innombrables sites o&#249; l'on peut trouver les partitions de musiques de tel film ou tel jeu vid&#233;o... s'ajoutant aux biblioth&#232;ques de partitions Libres que j'&#233;voquais plus haut. Peut-on esp&#233;rer que ceux-ci conduisent &#224; celles-l&#224; ? Il est trop t&#244;t pour le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ces usages, qui permettent d'acc&#233;der par un m&#234;me moyen (l'ordinateur et le Web) &#224; la fois aux enregistrements (synth&#233;tiques ou non) et aux partitions, s'instaure un nouveau rapport entre la musique &#233;crite et la piste sonore : de m&#234;me que les sous-titres d'un film &#233;tranger permettent de comprendre le film, l'enregistrement sonore permet de comprendre la partition pour tenter ensuite de la reproduire soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces nouvelles pratiques, la place du musicien traditionnel (et en particulier du professeur) s'av&#232;re limit&#233;e, sinon vou&#233;e &#224; dispara&#238;tre. Cela signifierait alors la victoire d&#233;finitive de l'enregistrement sur l'enseignement, la perte d'un savoir et d'une certaine tradition instrumentale... Mais aussi la survie d'une pratique musicale vivante et authentiquement d&#233;mocratique (puisqu'accessible &#224; tous), dans laquelle l'&#233;crit aurait une place. Tout comme l'Internet d'hier et le mouvement du logiciel Libre nous ont habitu&#233;s &#224; pouvoir acc&#233;der au code source et &#224; comprendre les rouages des programmes, l'Internet de demain pourrait donner &#224; quiconque le souhaite la possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; la &#034;source&#034; de toute musique entendue ici ou l&#224;, c'est-&#224;-dire &#224; sa partition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;sh&#233;rence de l'&#233;crit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir de quel &#233;crit l'on parle. Davantage qu'un texte, une partition est susceptible d'&#234;tre &#233;crite &#224; de nombreux niveaux ; pour qui voudra simplement &#034;voir les notes&#034; derri&#232;re un enregistrement entendu, elle fournira obligeamment toute une s&#233;rie de points noirs sur des lignes, qui permettront de reproduire &#224; peu pr&#232;s les harmonies et m&#233;lodies entendues &#8212; reproduire, sans n&#233;cessairement comprendre. Mais &#224; qui &lt;i&gt;sait&lt;/i&gt; lire et observer attentivement, chaque choix du compositeur adresse un message tr&#232;s fin : parfois textuel (dans le cas des indications d'expressivit&#233; ou de tempo), parfois implicite (dans le placement d'un phras&#233;, le choix d'une ponctuation). Sans parler, naturellement, des choix musicaux eux-m&#234;mes et de la construction dramatique du discours : jeu de piste, surprises, gratifications,...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il, naturellement, que ces finesses &lt;i&gt;soient&lt;/i&gt; &#224; lire dans la partition. Or nous avons assist&#233; ces derni&#232;res d&#233;cennies &#8212; particuli&#232;rement en France &#8212; &#224; un singulier appauvrissement de l'&#233;dition musicale (j'entends par l&#224; la qualit&#233;, et non son chiffre d'affaires, qui, concentration capitaliste aidant, se porte on ne peut mieux). L'on nous vend ainsi maints recueils (particuli&#232;rement dans le r&#233;pertoire p&#233;dagogique, m&#233;pris&#233; comme la poule aux &#339;ufs d'or qu'il se trouve &#234;tre) dont les pi&#232;ces sont truff&#233;es d'erreurs, d'impr&#233;cisions, d'amputations, d'aberrations musicales ou historiques &#8212; lorsqu'il reste une seule note de la main du compositeur, puisque dans bien des cas ce ne sont que transcriptions, transpositions, r&#233;&#233;critures, adaptations &#034;facilit&#233;es&#034;, toutes r&#233;dig&#233;es au kilom&#232;tre et sans aucun talent ni souci musical : y trouver ne serait-ce qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; nuance exacte est un &#233;v&#232;nement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves ne semblent pas g&#234;n&#233;s outre mesure de cette inanit&#233; (dont ils ne prennent souvent m&#234;me pas conscience, n'ayant aucune id&#233;e de ce &#224; quoi ressemble une partition digne de ce nom) &#8212; comment le pourraient-ils ? Tout comme dans le cas d'une musique de film ou de jeu vid&#233;o, ils ne consultent la partition (au mieux !) que pour &lt;i&gt;voir les notes&lt;/i&gt;, et non pour s'interroger sur ce qu'exprime le compositeur. Tant que les notes correspondent &#224; peu pr&#232;s &#224; ce qu'ils ont pu entendre dans &#034;l'enregistrement&#034;, tout va bien &#8212; et si des nuances ou des finesses d'expressivit&#233; sont requises, celles-ci viendront &lt;i&gt;de l'enregistrement&lt;/i&gt; et non d'indications sur la partition, celui-ci s'&#233;tant de fait substitu&#233; &#224; celle-l&#224;. La partition n'est plus qu'un aide-m&#233;moire : le &lt;i&gt;v&#233;ritable support&lt;/i&gt; est la piste sonore, ou du moins le vague souvenir que l'on en garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, la premi&#232;re t&#226;che de quiconque enseigne la musique est de lib&#233;rer ses &#233;l&#232;ves des pr&#233;conceptions de l'enregistrement, et de montrer que la musique, &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; sous forme &#233;crite, est un langage charg&#233; de sens, personnel et expressif : nous, professeurs, avons pour responsabilit&#233; de donner vie &#224; la partition sous le regard de l'&#233;l&#232;ve, jusqu'au jour o&#249; il y parviendra de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ce n'est pas pour tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, pas aujourd'hui : l&#224; je dois vous laisser, j'ai une maquette &#224; enregistrer au synth&#233;, pour mon prochain op&#233;ra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s la r&#233;daction de mon texte, &lt;a href=&#034;http://1g0r.status.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;@1g0r&lt;/a&gt; me signale cet &lt;a href=&#034;http://blogs.smithsonianmag.com/paleofuture/2012/02/musicians-wage-war-against-evil-robots/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; sur un mouvement de protestation des musiciens am&#233;ricains des ann&#233;es 1930 contre l'av&#232;nement de la musique enregistr&#233;e. On pourra aussi, &#233;videmment, se r&#233;f&#233;rer, au toujours essentiel &#8212; quoique fortement dat&#233; &#8212; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C5%92uvre_d%27art_%C3%A0_l%27%C3%A9poque_de_sa_reproductibilit%C3%A9_technique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;texte&lt;/a&gt; de Walter Benjamin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Amateurs !</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Amateurs</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Amateurs</guid>
		<dc:date>2007-11-01T13:06:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Encore un article volontairement pol&#233;mique. Le d&#233;bat est ouvert, je serais ravi que nous puissions confronter avis et t&#233;moignages sur la pratique musicale amateur telle que mes &#233;l&#232;ves adultes peuvent la conna&#238;tre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Encore un article volontairement pol&#233;mique. Le d&#233;bat est ouvert, je serais ravi que nous puissions confronter avis et t&#233;moignages sur la pratique musicale amateur telle que mes &#233;l&#232;ves adultes peuvent la conna&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Amateurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce mot, en lui-m&#234;me, est d&#233;j&#224; sujet &#224; d&#233;bat. &#192; partir de quand est-on amateur ? Est-ce une question d'&#226;ge ? De comp&#233;tence ? De r&#233;mun&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au conservatoire, je crois, que j'ai d&#233;couvert le terme d'amateurisme. &#192; cette &#233;poque, je devais avoir une dizaine d'ann&#233;es et je commen&#231;ais le piano. Tout semblait clair alors : il y avait d'un c&#244;t&#233; les Professionnels et de l'autre les Amateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Soit l'on avait beaucoup de temps, de talent et de courage (et un peu de chance aussi), et l'on rejoignait les premiers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Soit l'on manquait de l'une ou de l'autre chose et l'on se dirigeait vers la multitude constitu&#233;e par les seconds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, le petit relent de m&#233;pris traditionnellement associ&#233; &#224; cette notion d'amateurisme semble aller dans ce sens : dans un monde o&#249; se retrouve &#224; tous les niveaux et dans tous les milieux le culte de la performance, l'amateur n'est plus &lt;i&gt;celui qui aime&lt;/i&gt;, mais celui qui se d&#233;finit par sa &lt;i&gt;m&#233;diocrit&#233;&lt;/i&gt; m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et surtout qui, non content d'&#234;tre m&#233;diocre, ose s'en satisfaire et ne pas aspirer &#224; progresser : &#034;Vous savez, je ne suis qu'un amateur&#034; &#233;quivaudrait &#224; &lt;i&gt;&#034;Ne m'en demandez pas trop : je ne progresserai pas et je m'y suis fait.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, dans l'amateurisme tel qu'on l'entend d&#233;sormais, quelque chose qui rel&#232;ve du ridicule : quoi de plus ridicule que quelqu'un qui semble ignorer sa propre m&#233;diocrit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, tout semblait clair alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis me voil&#224; pianiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Professionnel,&lt;/i&gt; dirait-on.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus je d&#233;couvre ce m&#233;tier, et ce milieu, plus l'inanit&#233; (voire, ce qui est plus dangereux, la malhonn&#234;tet&#233;) de cette vision, de cette s&#233;paration arbitraire, m'appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;couvre un syst&#232;me bien plus pernicieux, qui ne me fait vraiment plus r&#234;ver.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fronti&#232;re n'est pas simplement t&#233;nue entre le Professionnel et l'Amateur : elle est &lt;strong&gt;factice&lt;/strong&gt;. Ce n'est rien de plus qu' un conte, entretenu au profit d'int&#233;r&#234;ts politiques, industriels, financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on cherche par l&#224; &#224; dissimuler, tout en l'entretenant soigneusement, c'est tout simplement l'insondable m&#233;diocrit&#233; des uns &lt;strong&gt;comme des autres&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt;, dans tous les milieux artistiques, est un label bien pratique. Il permet de vendre &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi &#224; n'importe qui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Machine &#224; illusions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On vous dit : &#034;Untel est pianiste professionnel&#034; ; vous entendrez &lt;i&gt;&#034;Untel joue s&#251;rement tr&#232;s bien du piano, puisqu'il en vit&#034;&lt;/i&gt;. Mais pas &lt;i&gt;&#034;Untel vit en dessous du seuil de pauvret&#233; avec ses trois enfants et son absence totale de couverture sociale&#034;&lt;/i&gt;. Ni, dans un autre genre, &lt;i&gt;&#034;Untel joue comme un porc, mais depuis qu'il s'est d&#233;brouill&#233; pour grenouiller dans la m&#234;me paroisse que la belle-soeur du directeur artistique de Vivendi, &#231;a va tr&#232;s bien pour lui&#034;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que mon attitude ne choquera personne. Je ne pr&#233;tends pas nier qu'il existe de grands, tr&#232;s grands artistes. Je pr&#233;tends simplement que leur appliquer le qualificatif de &#034;&lt;i&gt;Professionnels&lt;/i&gt;&#034; revient &#224; peu pr&#232;s &#224; vendre dans un m&#234;me rayon de supermarch&#233; des tranches de cochon industriel fatigu&#233;es et p&#226;lies, &#224; c&#244;t&#233; de quartiers de Jambon artisanal au torchon, avec en tout et pour tout un seul et m&#234;me emballage portant l'&#233;tiquette : &#034;&lt;i&gt;Comestible&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; partir d'un certain point les choses en viennent m&#234;me &#224; s'inverser. C'est l&#224; tout le paradoxe, effrayant, de ce terme de &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt; : en fait, le &lt;strong&gt;vrai&lt;/strong&gt; m&#233;pris n'est pas tant tourn&#233; envers les amateurs... qu'envers les professionnels eux-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sales -timbanques !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m'explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes donc arriv&#233;s &#224; la conclusion qu'il existait d'un c&#244;t&#233; les Professionnels, et de l'autre les Amateurs. On se retrouve avec deux tas sur l'&#233;talage, l'un dont on se d&#233;sint&#233;resse (les Amateurs), et l'autre que l'on a le droit (le devoir dans certains cas) d'admirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait on les admire, ces Professionnels, on les porte aux nues, on ach&#232;te leurs disque &#231;a et l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, certes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au bout du compte, l'artiste professionnel ainsi d&#233;fini reste une b&#234;te bizarre et exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un de diff&#233;rent de nous autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pas comme nous : lui, il est &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'est finalement pas si &#233;loign&#233; que cela de l'insubmersible clich&#233; du &lt;i&gt;saltimbanque&lt;/i&gt;. &#192; plus forte raison lorsque quelqu'un d'un peu puissant, &#233;diteur, label de disques, ou autre &#233;picier, se rend compte que l'artiste peut lui &#234;tre extr&#234;mement utile, financi&#232;rement et politiquement, moyennant une tutelle idoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois dans la machine, l'artiste &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt; se pare d'un touche de glamour qui permet de mieux le vendre. Il devient &lt;i&gt;star&lt;/i&gt;, et le public ne le verra plus qu'au travers de ce voile de r&#234;ve qui flottera autour de lui tant que la mode durera.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un mythe d&#233;lav&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas de la star que je veux parler. C'est de l'artiste que vous ne voyez pas sur les couvertures des magazines, c'est de l'ami de votre beau-fr&#232;re qui est musicien, que vous avez crois&#233; &#224; quelques reprises, c'est de ce lointain cousin que vous connaissez &#224; peine et qui est &#034;dans la peinture&#034; (m&#234;me si vous ne savez pas trop ce que cela recouvre)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, faute de r&#234;ve en papier glac&#233;, on aura un regard mi-&#233;merveill&#233; mi-condescendant, au m&#234;me titre (dans le meilleur des cas) que pour, par exemple, un sportif : oui bon, il court vite, c'est bien. (D'ailleurs les artistes eux-m&#234;me, du fait du culte de la performance dont je parlais plus haut, &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Anti-Piano' class=&#034;spip_in&#034;&gt;assument avec fiert&#233;&lt;/a&gt; cette comparaison.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le monde vous le dira &#8212;tout le monde me le dit &#8212; : &#034;je veux que mes enfants apprennent &#224; jouer tr&#232;s bien du piano. Mais je ne veux pas qu'ils soient professionnels ; je pr&#233;f&#232;re qu'ils fassent un vrai m&#233;tier...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Machine &#224; illusions... (bis)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Certains auront t&#244;t fait de rep&#233;rer l'astuce. Et le filon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi fleurissent de nouvelles disciplines. Je vois, ici et l&#224;, des &#034;Cours de Piano Amateur&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des classes de &#034;Piano Vari&#233;t&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore des &#034;Cours de Piano Adultes&#034;. (mon pr&#233;f&#233;r&#233;. On dirait un sex-shop pianistique...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si le piano n'&#233;tait pas un seul et unique instrument, avec une seule et unique technique, mais toute une multitude d'instruments : de m&#234;me que l'on va faire de la Fl&#251;te &#224; bec parce que c'est moins cher et (pr&#233;tendument) moins difficile que la Fl&#251;te traversi&#232;re, faisons du &#034;Piano Vari&#233;t&#233;&#034; plut&#244;t que de faire du &#034;Piano&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je vous le disais : aujourd'hui, l'amateur est appel&#233; &#224; se d&#233;finir par sa propre m&#233;diocrit&#233;. Le professionnel, lui, subit le processus inverse : son statut de professionnel lui assure une mani&#232;re d'&lt;i&gt;aura&lt;/i&gt;, mais il devient de ce fait un &#234;tre &#233;trange et, somme toute, peu recommandable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chacun dans sa case&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de ranger les musiciens dans des cases nettement d&#233;par&#233;es, cette esp&#232;ce de mise &#224; l'&#233;cart, de &lt;i&gt;Unheimlichkeit&lt;/i&gt; associ&#233;e artificiellement et plus ou moins d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; l'artiste &lt;i&gt;professionnel&lt;/i&gt; n'est pas sans m'&#233;voquer le processus analogue dont font l'objet les intellectuels aupr&#232;s du grand public. Au pire des cas on les rejette comme parasites ou imposteurs (et l'on a &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard-Henri_L%C3%A9vy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parfois bien raison&lt;/a&gt;, au demeurant) ; au mieux ils font l'objet d'un succ&#232;s d'estime sans le moindre fondement et en toute ignorance &#8212; ce qui est plus pernicieux, et facilite d'autant les impostures pr&#233;cit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serais tent&#233;, de par ma culture politique, d'y voir le r&#233;sultat d'une forme de propagande larv&#233;e visant, en discr&#233;ditant les penseurs et les artistes, &#224; maintenir le peuple dans sa pauvret&#233; culturelle et son absence de libre-arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me s'il est ind&#233;niable que cette machine fait assur&#233;ment le profit des puissants, je ne peux pas croire que le public ne soit pas &#224; m&#234;me d'organiser lui-m&#234;me sa pauvret&#233; et sa servitude, &#224; travers ses aspirations et son mode de consommation culturelle. Apr&#232;s tout, nous sommes en d&#233;mocratie...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et le pianiste amateur, dans tout &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, lui, il peut toujours jouer du &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Quelques-mots-sur-Wikipedia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Clavinova&lt;/a&gt; dans son salon. Puisqu'il n'est pas &lt;i&gt;Professionnel&lt;/i&gt;, &#231;a ne regarde que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans oublier que pour se consoler de n'&#234;tre pas pianiste professionnel, il peut toujours se dire qu'il est libre ; libre d'acheter des disques Vivendi, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en a les moyens : il a un vrai m&#233;tier, lui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du Bl&#233; dont on fait les notes</title>
		<link>http://archives.oumupo.org/Du-Ble-dont-on-fait-les-notes</link>
		<guid isPermaLink="true">http://archives.oumupo.org/Du-Ble-dont-on-fait-les-notes</guid>
		<dc:date>2007-10-26T18:34:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Quelques mots sur un sujet pr&#234;tant &#224; pol&#233;mique... La discussion est ouverte.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://archives.oumupo.org/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques mots sur un sujet pr&#234;tant &#224; pol&#233;mique... La discussion est ouverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;jeux&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[poesie]&lt;br class='autobr' /&gt;
Die gr&#246;sste Kunst ist Geld zu machen,&lt;br class='autobr' /&gt;
aufs Geld kommt endlich alles an.&lt;br class='autobr' /&gt;
Wer dieses Handwerk nicht verstehet,&lt;br class='autobr' /&gt;
und mit der Weisheit betteln gehet,&lt;br class='autobr' /&gt;
der ist wahrhaftig schlimm daran. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/jeux&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction (libre) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;jeux&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[poesie]&lt;i&gt;Le plus grand Art, c'est de se faire de l'argent,&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout du compte, tout se r&#233;sume &#224; l'argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui qui n'a pas compris cet artisanat,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et qui erre en qu&#234;te de sagesse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-l&#224;, c'est vraiment le roi des cons.&lt;/i&gt;&lt;/jeux&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;De temps &#224; autres, la question revient. Elle est particuli&#232;rement utile pour ranimer une conversation qui s'enlise, un repas de famille moribond, une soir&#233;e entre amis qui manque de flamme. C'est une question &#233;minemment pol&#233;mique (ce que l'on appelle un &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll_(Internet_et_Usenet)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Troll&lt;/a&gt;) qui permet, pour peu que vous adoptiez un point de vue l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent de celui de votre interlocuteur, conduire &#224; de v&#233;ritables f&#226;cheries &#8212; j'en sais quelque chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ladite f&#226;cherie est d'ailleurs aussi r&#233;elle que son motif est bidon ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle question, au fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; toute la magie de la chose : n'importe quelle question. Il vous suffit d'y placer soigneusement l'un des termes suivants : G&#233;nie, Art, Sublime, Noble. Faites bien attention &#224; &lt;i&gt;prononcer&lt;/i&gt; la majuscule quand vous posez votre question, vous verrez qu'avec un peu d'entra&#238;nement on y arrive tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Si vous m'avez &#224; votre table, il vous suffira de dire &#034;Bach&#034;, &#231;a marche aussi bien.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Art, Artisanat : m&#234;me combat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le petit texte que je citais en introduction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La traduction est de moi mais elle rend clairement l'esprit ; pour les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'a jamais &#233;t&#233; sign&#233; ; on sait qu'il date du XVIIIe si&#232;cle et qu'il a &#233;t&#233; mis en musique par le compositeur &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Telemann&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Telemann&lt;/a&gt;, auquel certains attribuent m&#234;me la paternit&#233; du texte &#8212; et je ne suis pas loin de les suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit ou non de Telemann lui-m&#234;me, on peut pr&#233;sumer que ce dernier &#233;tait bien d'accord avec l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale. Les compositeurs ont rarement eu la vie facile, &#224; quelques &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Wagner&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exceptions&lt;/a&gt; pr&#232;s. Sous l'Ancien R&#233;gime et bien au-del&#224;, en l'absence de structures d'Etat (commandes, subventions, r&#233;sidences etc) telles que nous en connaissons aujourd'hui &#8212; et il y en a de moins en moins &#8212; il leur fallait trouver des &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9c%C3%A8ne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#233;c&#232;nes&lt;/a&gt;, soit dans l'aristocratie, soit plus tard parmi la riche bourgeoisie, et aujourd'hui les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel int&#233;r&#234;t, me demanderez-vous au passage, pour quelqu'un qui a des sous, d'entretenir un compositeur ? Les raisons sont variables. Cela peut &#234;tre (on me l'a dit en tout cas) par philanthropie, pour se faire un peu de pub ou att&#233;nuer l'image de rapiat que l'on peut avoir aupr&#232;s de ses employ&#233;s ou de ses concurrents, cela peut &#233;galement &#234;tre pour b&#233;n&#233;ficier de r&#233;ductions fiscales (le compositeur remplit en cela sensiblement la m&#234;me fonction qu'un &lt;a href=&#034;http://www.didier-louis.com/PAGES/INVESTIR/aspects_financiers.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cheval&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lequel compositeur doit alors se plier aux fantaisies et caprices du m&#233;c&#232;ne en question : ainsi les c&#233;l&#232;bres variations dites Goldberg de Bach ont-elles &#233;t&#233; &#233;crites pour... &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Variations_Goldberg#Histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;servir de berceuse&lt;/a&gt; &#224; un comte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, disais-je, &#233;tant &#233;crit en allemand, fait intervenir deux mots sur lesquels on peut s'arr&#234;ter un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kunst&lt;/strong&gt; : l'Art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Handwerk&lt;/strong&gt; : l'Artisanat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction est plus flagrante en allemand qu'en fran&#231;ais, je crois d'ailleurs que le premier terme a un sens tr&#232;s l&#233;g&#232;rement plus &#034;noble&#034;, plus spirituel qu'en fran&#231;ais. Quant au second, il se traduit, litt&#233;ralement, par &#034;Ouvrage Manuel&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant pos&#233; cette dichotomie, je me rends comme &#224; mon habitude sur Google pour poster tout un tas de lien, et... tr&#232;s curieusement, je ne l'y retrouve pas. Toutes les r&#233;ponses accolent l'Art et l'Artisanat. Ce qui &#233;tait justement le but de ma d&#233;monstration. Mais... &lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=art+artisanat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;regardez un peu&lt;/a&gt; les r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Art et Artisanat africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Art et Artisanat primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que diable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous semblons &#234;tre la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; culture &#224; &#233;prouver le besoin de &lt;a href=&#034;http://www.dicodunet.com/annuaire/def-1177-art-et-artisanat.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faire cette diff&#233;rence&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ya bon n&#233;ocolonialisme, au passage : dans les r&#233;sultats Google sus-mentionn&#233;s, l'apposition de &#034;Art et Artisanat&#034; est en fait une mani&#232;re de nous vendre d'adorables-colifichets-teeeellement-exotiques faits par d'authentiques-peuplades-primitives-c'est-fou ; vous l'aurez remarqu&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rence bidon, soit dit entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tarte &#224; la cr&#232;me : le cin&#233;ma&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; ma question de repas de famille ; voici un exemple type :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma est-il un art ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(J'aurais pu vous faire toute la sc&#232;ne, la tatie Lisette qui parle de cette exposition qu'elle a &#233;t&#233; voir, tellement bien, l&#224;, de ce peintre dont elle a le nom sur le bout de la langue ; le cousin Georges qui en profite, de fa&#231;on un peu impolie, pour mentionner le film qu'il vient d'aller voir, l'oncle Charles qui le rembarre sur l'air de &#034;ah oui mais &#231;a, c'est diff&#233;rent : c'est pas de l'art !&#034; et le gros L&#233;on, presque machinalement, de r&#233;torquer &#034;mais toi, t'y connais quoi &#224; l'art de toute fa&#231;on ? hein ?&#034; &#8212; on s'en passera, si vous me le permettez.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une v&#233;ritable tarte &#224; la cr&#232;me, un clich&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma est-il un art ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Hors de question. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'abord c'est un genre mineur, tout le monde le sait. (ah bon ? en quoi ? en quantit&#233; ?)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite c'est un produit de consommation, &lt;a href=&#034;http://www.formats-ouverts.org/blog/2005/05/18/402-star-wars-a-dautres-formats&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;format&#233;&lt;/a&gt; et purement commercial.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, c'est un mod&#232;le de production qui implique des centaines de personnes, on ne peut donc y trouver l'identit&#233; d'un et d'un seul cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cr&#233;ateur en tant qu'individu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vais commencer par ce dernier &#233;l&#233;ment, qui me touche de loin le plus, farouche individualiste que je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai. Un film, une &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Loi-des-series' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie&lt;/a&gt;, met en oeuvre tout un tas de personnes, soumises &#224; tout un tas de contraintes. Tout le contraire de l'artiste qui, seul dans son trou ou dans sa tour (&#231;a revient au m&#234;me), &lt;i&gt;cr&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette conception &#034;noble&#034; de l'Artiste, du Cr&#233;ateur (n'oubliez pas de prononcer la majuscule), me para&#238;t tr&#232;s partielle et tr&#232;s partiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quand signe-t-on des oeuvres musicales, par exemple ? Aallez, mettons 800 ans pour vous faire plaisir. Et encore, c'&#233;tait tr&#232;s marginal &#224; l'&#233;poque. C'est v&#233;ritablement avec l'apparition, progressive, des id&#233;es &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Humanisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;humanistes&lt;/a&gt;, qu'appara&#238;t le concept de &lt;strong&gt;compositeur&lt;/strong&gt;, il y a entre 500 et 600 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu, c'est tr&#232;s peu. Et c'est de plus enti&#232;rement limit&#233; &#224; l'Occident. La musique, dans les autres cultures (cf plus haut), n'a pas cette valeur &lt;i&gt;personnelle&lt;/i&gt;, individuelle. Elle s'y confond avec la vie sociale, spirituelle, religieuse, collective. Le plus souvent, elle n'est d'ailleurs pas not&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, nombre de compositeurs ont eu des collaborateurs, des &#233;l&#232;ves, des disciples ; c'est plus visible encore chez les Peintres de la Renaissance, dont les tableaux &#233;taient le fruit du travail de plusieurs personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, j'ai toujours beaucoup de mal &#224; ne pas hurler de rire quand l'un ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc relativiser d'urgence notre vision de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, pour la pr&#233;tendue int&#233;grit&#233; de l'&#338;uvre &#8212; autre mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Cr&#233;ateur, n'est-ce-pas, a longuement m&#251;ri son &#338;uvre, il l'a m&#233;thodiquement pens&#233;e, pes&#233;e. Nous lui devons donc un respect Colossal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas changer une virgule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas changer une nuance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes ; l'argument est valable, si l'on cherche &#224; servir de R&#233;f&#233;rence ; ainsi l'&#233;diteur, comme je l'ai d&#233;j&#224; &#233;crit &lt;a href='http://archives.oumupo.org/Domenico-Scarlatti-sonate-Kv25-en-fa-diese-mineur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;quelque part&lt;/a&gt;, porte-t-il une lourde responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'interpr&#232;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ho...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In-ter-pr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du verbe interpr&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#232;te, il s'en fiche. Il a son id&#233;e, sa vision. C'est pour cela que je ne prends jamais la t&#234;te de mes &#233;l&#232;ves sur des questions de doigt&#233;s (lesquels sont de toute fa&#231;on, g&#233;n&#233;ralement apocryphes). L'essentiel pour moi est justement cette &lt;i&gt;vision&lt;/i&gt;. Avoir une id&#233;e, donner du sens &#224; une pi&#232;ce, &#231;a n'a pas de prix. Si &#231;a passe par une nuance qu'on ne fait pas, tant pis &#8212; si on peut la faire quand m&#234;me, c'est aussi bien. Le tout est de ne pas faire de contresens, ou bien si l'on en fait un, de le faire de fa&#231;on d&#233;lib&#233;r&#233;e et artistiquement int&#233;ressante (c'&#233;tait mon jeu pr&#233;f&#233;r&#233; quand j'&#233;tais &#233;l&#232;ve, &#231;a m'a attir&#233; quelques ennuis d'ailleurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvonne Loriod, la femme du compositeur Olivier Messiaen, est un jour venue au conservatoire de St-Maur pour y entendre je ne sais plus quelle pi&#232;ce &#233;crite par son (d&#233;funt) mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle ne savait pas, c'est que ladite pi&#232;ce (qui &#233;tait, je crois, &#233;crite pour des cordes) &#233;tait jou&#233;e par... l'ensemble de saxophones du conservatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le r&#233;cit que m'en a fait Jean-Pierre Ballon, le directeur, elle en a &#233;t&#233; passablement choqu&#233;e. Il ne le comprenait pas, ne l'approuvait pas, et n'a pas dissuad&#233; ses profs de saxos de monter des transcriptions pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons qu'il n'y a pas si longtemps, du vivant de Mozart, il n'&#233;tait pas rare qu'une cantatrice devant chanter un de ses op&#233;ras... aille voir un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; compositeur quelques jours avant, pour qu'il lui &#233;crive d'&lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; airs qu'elle puisse chanter en lieu et place de ceux qu'avait &#233;crit Mozart ; c'&#233;taient des airs compl&#232;tement diff&#233;rents, sur des textes qui n'avaient rien &#224; voir, et &#231;a ne choquait personne ! De la m&#234;me mani&#232;re, Mozart a lui aussi &#233;crit de magnifiques airs pour des op&#233;ras qui n'&#233;taient pas de lui. La &lt;a href='http://archives.oumupo.org/-Culture-Libre-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Propri&#233;t&#233; Intellectuelle&lt;/a&gt;, il faut le dire, n'&#233;tait pas ce qu'elle est aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Art et commerce&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que la diff&#233;rence majeure dans les &lt;i&gt;valeurs&lt;/i&gt; qu'on attribue &#224; ces deux mots d'Art et d'Artisanat (valeurs affectives, valeurs imaginaires, toutes plus ou moins inconscientes) r&#233;side dans la notion de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma, je l'ai dit, est commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est absolument vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on sait combien co&#251;te la production d'un film, on comprend un tout petit peu que les gars essayent de r&#233;cup&#233;rer leur argent derri&#232;re (je dit r&#233;cup&#233;rer, et non &lt;i&gt;quintupler&lt;/i&gt; ; les places de cin&#233;ma &#224; 10 euros, il faut pas abuser non plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la musique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez-vous sinc&#233;rement que Vivaldi, pour ne citer que lui, se serait enquiquin&#233; &#224; &#233;crire 600 concertos si ce n'&#233;tait pour gagner sa cro&#251;te ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez-vous que Kurt Weill, en pleine mis&#232;re, aurait &#233;crit en trois semaines un op&#233;ra/com&#233;die-musicale qui allait rencontrer un succ&#233;s plan&#233;taire ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez-vous que Stravinsky aurait fait trois mille cinq cent cinquante transcriptions (c'est une estimation) de ses trois ballets si ce n'&#233;tait pour se faire du bl&#233; ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez-vous que Bartok aurait &#233;crit des milliers et des milliers d'oeuvres pour survivre aux Etats-unis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah zut. Il n'a pas &#233;crit des milliers d'oeuvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a refus&#233;, le bougre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est mort. Faute d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne commettons pas l'erreur de croire que la musique est autre chose qu'un artisanat. Un tr&#232;s bon artisan fera du tr&#232;s bon artisanat, un mauvais fera de la crotte. C'est pareil pour les compositeurs. Le fait qu'on se souvienne aujourd'hui des 10% de compositeurs qui en valaient un peu la peine (&#224; part Gounod, mais c'est un autre probl&#232;me), ne doit pas faire oublier les mauvais (ou les bons qui n'avaient pas le sens des affaires, et qui sont rest&#233;s inonnus ; &#231;a arrive aussi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule question qu'il convient de se poser n'est donc pas : est-ce de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que c'est bon, ou est-ce que c'est pas bon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'y r&#233;pondre, en son &#226;me et conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf si vous &#234;tes en plein repas de famille, et que c'est votre maman qui la pose &#8212; mais c'est un autre probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ladite f&#226;cherie est d'ailleurs aussi r&#233;elle que son motif est bidon ; quiconque entreprend de se f&#226;cher de cette mani&#232;re l&#224; a en g&#233;n&#233;ral d'autres raisons moins avouables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La traduction est de moi mais elle rend clairement l'esprit ; pour les germanophones, appr&#233;ciez la versification en t&#233;tram&#232;tres iambiques &#8212; oui, je cr&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me, j'ai toujours beaucoup de mal &#224; ne pas hurler de rire quand l'un ou l'autre de mes &#233;l&#232;ves me cite en exemple de compositeur, les pr&#233;tendus &#034;auteurs&#034; de musiques de films tels &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Williams_%28compositeur%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Williams&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Danny_Elfman&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Elfman&lt;/a&gt;. L'un comme l'autre sont &#224; la t&#234;te de leur propre PME, et leur boulot est fait par une bonne dizaine d'assistants, voire plus ; en ce qui concerne le second, rockeur d'origine, la rumeur pr&#233;tend qu'il ne sait m&#234;me pas ce qu'est une cl&#233; de Sol... Ce qui n'emp&#234;che pas que j'aime beaucoup nombre de leurs musiques, et que j'ai beaucoup de respect pour eux en tant qu'entrepreneurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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